(New York, 5 novembre 2003) Le gouvernement guinéen a violé l'embargo des Nations Unies sur les armes à destination du Liberia et a fourni des armes que les rebelles libériens ont utilisées pour commettre des atrocités, a dénoncé Human Rights Watch dans un document d'information publié aujourd'hui. Jeudi, le Conseil de Sécurité des Nations Unies, dont la Guinée est un membre élu, doit examiner le régime des sanctions à l'encontre du Liberia, en vigueur jusqu'en mai.
“Il est consternant de constater que la Guinée, membre du Conseil de Sécurité, a délibérement ignoré l'embargo sur les armes à destination du Liberia, " a déclaré Lisa
Misol, chercheuse sur les armes à Human Rights Watch. " Le Conseil
de Sécurité doit tenir la Guinée pour responsable de ce manquement
majeur.”
Le document d'information, " Sanctions sur les armes, approvisionnement en
matériel militaire et souffrances humaines : flux illégaux d'armes
vers le Liberia et bombardement de Monrovia en juin-juillet 2003 " apporte
des informations sur l'assaut sanglant contre la capitale du Liberia, Monrovia.
Les Libériens Unis pour la Réconciliation et la Démocratie
(LURD), un groupe rebelle soutenu par la Guinée, s'opposait aux forces loyales
au Président libérien, Charles Taylor. Lors de l'offensive finale
en juillet, le LURD a bombardé de façon indiscriminée des
zones civiles. De très nombreuses personnes ont été tuées
et au moins 2000 autres, majoritairement des civils, ont été blessées.
Human Rights Watch a enquêté sur la provenance des obus de mortier
utilisés par le LURD, qui ont causé un grand nombre des victimes
et a découvert que l'offensive n'avait pu être réalisée
que parce que le groupe rebelle avait obtenu des approvisionnements récent
en armes depuis la Guinée. Le Ministère guinéen de la Défense
a commandé des mortiers et d'autres munitions en Iran et a organisé leur
transfert et transport vers le LURD.
“La Guinée a du sang sur les mains,” a déclaré Misol. “En fournissant des armes aux rebelles libériens, elle n'a pas seulement failli à l'embargo sur les armes mais est également devenue complice de flagrantes violations du droit de la guerre.”
L'une des zones du centre de Monrovia les plus touchées par le bombardement
a été l'enceinte de l'ambassade des Etats Unis où des milliers
de personnes déplacées avaient cherché refuge. Le gouvernement
américain a établi un lien entre certains des obus de mortier et
la Guinée, qui bénéficie de l'aide militaire américaine.
Human Rights Watch a appelé à une suspension de l'assistance militaire
américaine et de celle d'autres pays à la Guinée, au vu de
ses liens de longue date avec le LURD et de rapports faisant état de la
poursuite des flux d'armes via la frontière guinéenne au profit des
rebelles, en dépit de l'embargo.
Jeudi, le Conseil de Sécurité discutera d'un rapport du Panel d'experts
des Nations Unies portant sur l'échec des sanctions à l'encontre
du Liberia. Le Panel a, de façon répétée, formulé ses
soupçons quant au rôle de la Guinée dans la guerre civile du
Liberia. Dans le document d'information, Human Rights Watch implique directement
le Ministère guinéen de la Défense dans l'approvisionnement
illégal d'armes au Liberia.
L'ancien gouvernement de Charles Taylor et un second groupe rebelle, le Mouvement
pour la Démocratie au Liberia (MODEL), qui tous les deux, comme le LURD,
font état de bilans désastreux en matière de droits humains,
ont également été en mesure de se procurer des armes en dépit
de l'embargo sur les armes. Ils ont fréquemment bénéficié de
l'aide d'alliés régionaux. En août, un avion transportant un
chargement d'armes à destination du gouvernement Taylor a été intercepté à Monrovia.
Le container saisi a été récemment ouvert et plus de 22 tonnes
d'armes de petit calibre et de munitions ont été trouvées.
“L'exemple du Liberia montre que les embargos sur les armes n'ont d'intérêt
que par la mise en œuvre effective qui en est faite,” soulignait Misol. La
paix fragile au Liberia dépend de la reconnaissance rapide du fait que toutes
les parties ont contribué à l'échec des sanctions.”
Un accord de paix pour le Liberia a été signé en août
après le départ en exil de Taylor vers le Nigeria. Un gouvernement
transitoire d'unité nationale a pris le pouvoir au Liberia le 14 octobre.
Les factions en guerre se sont engagées à désarmer mais des
accrochages se sont produits et le risque de voir les hostilités reprendre
demeure.
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