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Camp Boiro Memorial


Hervé Hamon & Patrick Rotman
L'affaire Alata.

Paris. Éditions du Seuil, 1977. 103 pages


Avant-propos


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La liberté de publication existe-t-elle en France ? Non. Il suffit que le ministre de l'Intérieur trouve gênante pour les intérêts français la diffusion d'un livre et que ce livre soit écrit par une personne ne pouvant pas exhiber d'attestation de nationalité française, pour que cet ouvrage puisse être confisqué par la police.

C'est ce qui est arrivé le 22 octobre 1976 au livre Prison d'Afrique, où Jean-Paul Alata décrit avec une sincérité bouleversante les tortures qu'on inflige dans les bagnes de Guinée, au nom du « socialisme » de M. Sékou Touré, et qu'il a luimême subies pendant cinquante-quatre mois.

Parce que ces terribles révélations risquaient de troubler les relations franco-guinéennes — que la diplomatie de la Ve République avait ruinées il y a bientôt dix ans — parce que l'industrie française a besoin de la bauxite guinéenne et que M. Giscard d'Estaing projette de rendre visite dans quelques mois à M. Sékou Touré, ce livre qui n'est qu'un cri pour la liberté a été saisi par le gouvernement du chef d'État qui venait de publier Démocratie française !

Ce scandale — venant après ceux qu'ont provoqués depuis des années plusieurs saisies de livres publiés par François Maspéro — a peu ému l'opinion française. Que l'on interdise un film pornographique et la presse s'enflamme. Mais que l'on interdise à un bagnard de dénoncer un régime concentrationnaire qui l'a torturé, parce que le geôlier est producteur d'aluminium — et tout le monde ou presque s'en accommode.

Faut-il encore fonder la démocratie française ? On ne le fera qu'en se refusant à tolérer l'intolérable. Nous espérons qu'en écrivant l'Affaire Alata, Hervé Hamon et Patrick Rotman — rassurez-vous M. le Ministre de l'Intérieur, leurs papiers sont en règle, ils ont droit, jusqu'à nouvel « ordre », à l'indignation — contribueront à ce soulèvement des esprits qui rendra impossible l'accord sournois de la « justice », de la police, de la diplomatie et des affaires, complices de cette politique du bâillon.

Jean Lacouture