Camp Boiro Internet Memorial
Amnesty International


Emprisonnement, “disparitions” et assassinats politiques
en République populaire et révolutionnaire de Guinée
Mission de décembre 1981
Mémorandum rendu public le 6 octobre 1982

Paris, Editions Francophones d'Amnesty International, 1982. 63 pages


Extraits de différentes déclarations du président Sékou Touré

Le gouvernement guinéen n'a pas répondu au mémorandum qui lui a été remis. Toutefois, lors de sa visite en France en septembre 1982, le Président Sekou Toure afait un certain nombre de déclarations concernant les droits de l'homme en Guinée, dont nous reproduisons quelques extraits.

Sur la démocratie

Antenne 2 : “Les rapports entre la France et la Guinée n'ont pas toujours été très faciles, en partie à cause de problèmes humains, de ce que nous appelons en Occident les droits de l'homme que la Guinée, il faut bien le dire, n'a pas toujours respectés ?
Président Sékou Touré : (riant) “Et la France a toujours respecté les Droits de l'Homme ?
Antenne 2 : Non, mais on parle de la Guinée, Monsieur le Président, qu'en est-il aujourd'hui ?
Président Sékou Touré : Nous avons toujours respecté les droits du peuple et les droits de l'homme et je crois que la démocratie, le système démocratique guinéen, est en avance sur la plupart des systèmes démocratiques en Europe. Je vous parle en connaissance de cause.” (Antenne 2. Interview de Paul Nahon. 14.09.82)
Président Sékou Touré : “… Le système démocratiqueguinéen est le plus avancé dans le domaine des droits de l'homme. Nous sommes en avance sur l'Europe pour la place qui est faite à la femme dans la société. Nous sommes en avance et c'est pourquoi, sans complexe, nous disons partout: nous n'avons rien à apprendre dans le domaine de la liberté, de la dignité, que nous avons toujours respectés.
Europe I : … Vous êtes ici ; nous sommes tous les deux à Paris ; je n'ai pas peur de vous. A Conakry j'aurai peur de vous.
Président Sékou Touré : Vous ne devez pas avoir peur de moi à Conakry, comme moi je n'ai pas peur de vous ici à Paris. Parce que je connais la loi française, s'il y a des disputes entre nous deux, nous serons jugés par une loi que j'accepte et qui me donnerait raison, si la raison est de mon côté.
Europe I : Alors, Monsieur le Président, accordez-moi la même loi en Guinée! Et la même aux Guinéens !”
Président Sékou Touré : La même aux Guinéens ? Mais les Guinéens l'ont !”.
(Europe 1. Interview d'Ivan Levaï 20.09.82)

Sur les rapports et les témoignages de violation.

“On ne juge pas les délits d'opinion, mais la trahison, les activités mercenaires”.
“La France a été induite en erreur, aucun individu n'a été poursuivi en Guinée pour délit de presse, délit de parole ou activité politique”.
(A la sortie de l'Elysée - AFP 17.09.82)

“… Jugez-nous par nous mêmes, pas par ce qu'on dit sur nous. En Guinée nul n'est pousuivi pour délit d'opinion. Savez-vous que la plupart de mes ministres et hauts responsables militaires nous ont trahis ?…”
(A l'hôtel de Ville de Paris — Le Matin 18.09.82)

“On veut confondre deux choses différentes: le droit de l'Homme avec le droit au mercenariat. Jusqu'ici aucun homme, aucune femme en Guinée n'a été poursuivi pour délit de presse, pour délit d'activités politiques ou syndicales; jusqu'ici ; que l'on me cite un seul nom, pour relever ce défit”. (Europe 1 — Interview d'Ivan Levaï 20.09.82)

Le Président a tenu à souligner, racontant dans le détail la tentative de débarquement à Conakry de Novembre 1970 qui, selon lui, a fait 362 morts parmi la population, et les réactions internationales qui ont suivi, que personne n'avait été arrêté pour délit d'opinion mais bien pour tentative armée “contre le peuple de Guinée”. (Conférence de presse — A.F.P. 20.09.82)

Antenne 2 : Monsieur le Président, c'est vrai qu'il Y a en Guinée, dans votre pays, une certaine libéralisation depuis deux ans, mais les rapports d'Amnesty International, que vous connaissez, … des témoignages…
Président Sékou Touré : Témoignages de qui ?
Antenne 2 : Des gens torturés, des syndicalistes, des ouvriers…
Président Sékou Touré : Des syndicalistes ? Lesquels ?
Antenne 2 : Vous contestez en bloc ?
Président Sékou Touré : Des ouvriers ? Qui ? … Je vous parle en connaissance de cause. Si vous pouviez désigner un leader sincère qui (veuille) tenir un meeting de la sorte c'est le peuple qui répondrait à ce Monsieur-là, pas le Président de la Guinée. Je n'ai rien à cacher. On en veut à la Guinée pour avoir dit non au Général de Gaulle au moment du référendum. La Guinée a assumé ses responsabilités en toute conscience et cette situation singulière a été exploitée dans le but d'isoler la Guinée. Sur ce plan je n'ai de compte à rendre à personne qu'à mon peuple; et vous savez quelle est la position (du peuple guinéen) à régard de son régime. (Antenne 2. Interview de Paul Nahon, 14.09.82)

Europe I : Alors pourquoi Amnesty International, et qu'est-ce que vous pensez d'Amnesty International ?… Je vous donne les chiffres, Monsieur le Président: 5.000 morts et 20.000 personnes arrêtées…
Président Sékou Touré : Ils n'ont quà dire 5 milliards de morts et 40 milliards d'arrêtés. Ce que moi je sais, que tout le peuple guinéen connaît, a été publié, la liste intégrale. Nous ne cachons rien en Guinée; c'est le peuple guinéen qui a jugé les agresseurs, comme en France en août 1944…
Europe I : … On dit que 22 de vos ministres ont disparu.
Président Sékou Touré : Je vous dis que c'est faux ! …
(Europe 1 Interview d'Ivan Levaï, 20.09.82)

A propos des Guinéens “disparus” mariés à des Françaises

Interrogé sur la possibilité d'un règlement définitif de l'affaire des “épouses françaises de Guinéens disparus”, le Président Sékou Touré a déclaré que c'était un “faux problème”, “Dans l'intérêt de la France comme de la Guinée, il y a lieu d'offrir à l'opinion publique ce qui est positif, ce qui est utile et non de faux problèmes comme celui-là”.
(A.F.P. 10.09.82)
Selon le Président guinéen, la presse française (donne) trop d'importance à cette affaire. Pour lui, l'affaire est réglée, son Ministre des Affaires étrangères ayant notifié officiellement par lettre leur décès au quai d'Orsay… huit sur neuf époux des Françaises… ont été exécutés, le dernier Abdoulaye Barry étant “porté disparu après son évasion”.
(A.F.P. 20.09.82)

Sur les enquêtes internationales

Antenne 2 : Monsieur le Président… permettriez-vous à une organisation internationale, comme la Croix-Rouge, de venir, chez vous, constater ?
Président Sékou Touré : La Croix-Rouge peut venir à tout moment ; d'abord nous ne sommes pas membres, mais je l'accepte pour faire le démenti aux menteurs qui, en France, écrivent ou parlent ; pas seulement la Croix-Rouge, mais tout homme qui n'aime même pas la Guinée, … pourvu qu'il puisse vous dire la vérité, est autorisé à venir en Guinée, circuler dans tout le pays ; s'il veut visiter les prisons, qu'il les visite.
(Antenne 2. Interview de Paul Nahon, 14.09.82)

A propos du rapport de l'organisation humanitaire « Amnesty International » sur les prisonniers politiques en Guinée, le Président Sékou Touré a répondu en se déclarant prêt à accepter l'enquête d'un tribunal international pour mettre fin aux « diffamations ».
(Conférence de Presse. A.F.P., 20.09.82)