webGuinée/Camp Boiro Memorial
Amnesty International
Rapport de la Mission de Décembre 1981


Introduction

En décembre 1981, lors de sa mission en Guinée, Amnesty International a présenté aux autorités guinéennes une liste de prisonniers « disparus », en demandant des informations concernant le sort qui leur avait été réservé. Parmi les prisonniers dont les noms figurent sur cette liste, on comptait nombre d'anciens ministres et de hauts fonctionnaires gouvernementaux, d'officiers de l'armée, d'enseignants, de juristes et de membres du monde médical, arrétés pour activités é contre-révolutionnaires é entre 1969 et 1976. La plupart de ces personnes étaient détenues sans avoir été ni inculpées, ni jugées; certaines d'entre elles ont été condamnées é de longues peines d'emprisonnement é l'issue de procés d'une partialité flagrante. Il semble qu'aucune d'entre elles n'ait été relaxée, et l'on a de bonnes raisons de croire que toutes ont été exécutées en prison, sans procés. Bien que les autorités aient accepté, en décembre 1981, de fournir des renseignements concernant chacune des personnes dont le nom figurait sur la liste, Amnesty International n'a reéu aucune information de cet ordre, et l'on ignore toujours le sort qui a été réservé é ces personnes.

La liste soumise aux autorités guinéennes par Amnesty International contenait les noms de 78 prisonniers, mais le nombre des prisonniers é disparus é en Guinée s'éléve probablement é plusieurs milliers. Sur 4.000 personnes, au moins, arrétées pour motifs politiques entre 1969 et 1976, quelque 100 personnes, selon des sources officielles, ont été condamnées é mort. Il est hors de doute que ces prisonniers ont été exécutés, bien que leurs corps n'aient jamais été rendus é leurs familles et que l'on ignore oé ils ont été enterrés. D'autres personnes, dont le nombre s'éléve peutétre é 1.000, ont été libérées, encore que 100 libérations au plus aient été établies de faéon sére. On ignore ce que sont devenus les autres, soit plusieurs milliers, mais, depuis la fin de 1980, aucun de ces détenus n'aurait été vu vivant dans aucune des prisons guinéennes comportant des prisonniers politiques. Les autorités ont pratiqué une politique de secret quasiment absolu en ce qui concerne le lieu de détention et l'état des prisonniers politiques. Les personnes arrétées pour motif politique en Guinée sont détenues au secret, et les familles sont tenue dans l'ignorance de leur état de santé et de leur lieu de détention. Méme s'iln'en était pas ainsi, les Guinéens, pour la plupart, hésiteraient é demander aux autorités des renseignements sur leurs parents détenus, de peur d'étre arrétés eux aussi. Dans de nombreux cas, les parents de « contre-révolutionnaires » emprisonnés ont été arbitrairement licenciés de leur emploi et se sont vu confisquer leur maison et leurs biens. Selon de nombreuses informations, les enfants de ces détenus font souvent l'objet de traitements discriminatoires, en ce sens qu'on les empéche de poursuivre leurs études ; par ailleurs, il semble que l'on incite les femmes de prisonniers à se remarier. La liste des 78 prisonniers é disparus é constituée par Amnesty International comporte uniquement les noms des personnes dont la é disparition é a été valablement établie de différentes sources officieuses. Cependant, Amnesty International dispose d'informations concernant quelque 300 autres prisonniers dont le sort demeure inconnu et dont il faut craindre qu'ils aient, eux aussi, « disparu ».