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Droits de l'Homme
Amnesty International


Guinée
Existe-t-il une volonté politique
d'améliorer la situation des droits de l'homme ?


Résumé

Malgré la promesse du président Lansana Conté de promouvoir les droits de l'homme au moment de son accession au pouvoir en 1984, les pratiques qui caracterisaient la Guinée sous la présidence de son prédecesseur, Ahmed Sékou Touré, ont réapparu. Une mission d'Amnesty International qui s'est rendue en Guinée en mars et avril 1995 a constaté la persistence d'arrestations arbitraires, de pratiques de torture, de morts en détention, d'exécutions extrajudiciaires ainsi que de condemnations à la peine capitale.

Amnesty International est préoccupée de ce qu'au cours des cinq dernières années, des militants des principaux partis politiques, des étudiants, des journalistes et des syndicalistes ont fait l'objet d'arrestations arbitraires précédées de passages à tabac par les forces de l'ordre.

Les victimes de la répression brutale des forces de sécurité guinéennes, rencontrées par la mission de recherche d'Amnesty International, ont confirmé l'usage systématique de la torture. Ces pratiques sont courantes bien que la nouvelle constitution de 1990 interdise le recours à la torture et que la Guinée se soit engagée à bannir ces pratiques en ratifiant la quasi-totalité des instruments internationaux, dont la Convention des Nations Unies contre la torture.

Des informations parvenues à Amnesty International font état de nombreux morts en détention du fait de la torture, de la malnutrition ou de la maladie. En janvier 1995 16 détenus sont décédés dans des circonstances encore inexpliquées à maison d'arrêt et de correction de Conakry.

Actuellement plusieurs centaines de prisonniers seraient détenus dans des conditions de détention très pénibles dans les prisons guinéennes. La sévérité des conditions de détention ne semble pas due aux seules pénuries qui existent dans les pays en voie de développement, mais à une volonté délibérée de ne pas améliorer les conditions de détention ou à une grave négligence des autorités guinéennes. L'organisation est particulièrement préoccupée par le fait que ces prisonniers continuent d'être soumis à un regime carcéral d'exception, ce qui constitue un déni de leurs droits fondamentaux et une menace pour leur santé, voire pour leur vie.

Depuis 1990, des dizaines de civils non armés ont été abattus en toute impunité ou grièvement blessés par les forces de sécurité. En maintes occasions, il semble que les cas de recours excessif à la force ayant entraîné la mort puissent constituer des exécutions extrajudiciaires A titre d'exemple, en décembre 1990, après que des étudiants eurent lancé des appels à la mobilisation générale, un officier des forces de sécurité a donné l'ordre à ses hommes de tirer sur les étudiants qui manifestaient pacifiquement sur le campus de l'Université de Conakry.

Les dernières exécutions en Guinée remontent à 1985: plusieurs dizaines de personnes avaient été exécutées à l'issue d'un procès sommaire tenu à huis clos devant un tribunal militaire. En juin et août 1995, la cour d'assises de Conakry a condamné six personnes à la peine de mort. Amnesty International est préoccupée par ces récentes condamnations; elle considère que la peine capitale viole les droits inaliénables de l'individu tels qu'ils sont énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, qui reconnaît le droit de chaque individu à la vie.

A plusieurs reprises, Amnesty Intemational a réitéré ses appels aux autorités guinéennes pour qu'elles agissent de toute urgence afin d'empêcher que soient commises de nouvelles violations par les forces de sécurité, mais jusqu'à présent rien n'a été fait. L'organisation demande au Président de la République, au gouvernement ainsi qu'à la nouvelle assemblée législative de prendre de toute urgence des mesures décisives pour mettre fin aux violations des droits de l'homme commises en toute impunité et de s'engager à sauvegarder les droits de l'homme conformément aux normes internationales.

Le présent rapport Guinée/Existe-t-il une volonté politique d'améliorer la situation des droits de l'homme ? a été publié par Amnesty International le 9 novembre 1995. Les visiteurs peuvent consulter le texte intégral du document dans les pages qui suivent. webGuinée remercie le Secrétariat International (Londres) et le Washington, DC Office d'Amnesty International pour leur coopération.