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Camp Boiro Memorial


Amnesty Intemational
Droits de l'Homme
Rapport spécial sur la situation des Guinée — 1995


Guinée
Existe-t-il une volonté politique
d'améliorer la situation des Droits de l'Homme ?


Les violations des droits de l'homme depuis l'adoption d'une nouvelle Constitution en 1990

5. Traitements cruels, inhumains ou dégradants, conditions carcérales et morts en détention

Au cours de ces cinq dernières années, Amnesty International a été informée de nombreux cas de prisonniers morts en détention des suites de la torture ou du fait de malnutrition ou de maladie. L'organisation estime que les conditions de détention en Guinée ne respectent pas les normes internationales contenues dans l'Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus. La sévérité des conditions de détention ne semble pas due aux seules pénuries qui existent dans les pays en voie de développement, mais plutôt à une volonté délibérée ou une grave négligence des autorités guinéennes. Amnesty International est préoccupée de cette absence de volonté politique des autorités guinéennes de mettre fin à la torture et aux autres traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Actuellement, plusieurs centaines de prisonniers seraient détenus dans des conditions de détention très dures dans les différentes prisons guinéennes. Amnesty International est particulièrement préoccupée par le fait que ces prisonniers continuent d'être soumis à un régime carcéral d'exception, ce qui constitue un déni de leurs droits fondamentaux et une menace pour leur santé, voire pour leur vie.

En 1994, Dansokho Camara, délégué de l'Association guinéenne des droits de l'homme (AGDH) a effectué une visite des prisons dans quelques préfectures. Dans son rapport rendu public en mars 1995, l'AGDH écrit:

Jonchés sur le sol nu, couvert [...] d'urine et de matières fécales, les détenus dorment et dormiront sans doute encore, à même le sol, sans natte, ni couverture.

Ces derniers n'ont pas droit à des visites et il leur est également interdit de sortir pour des promenades,

dans un carré chaud et très obscur, les détenus font tout sur place: déféquer, uriner et manger pour ceux qui ont la possibilité de recevoir [de la nourriture] de l'extérieur.

Dans la majorité des centres de détention, les détenus sont soumis à un racket permanent de la part des autorités pénitentiaires. Ainsi la moindre visite familiale se monnaye, à la maison centrale de Nzérékoré comme partout ailleurs il, constate le rapport de l'AGDH, il est imposé aux détenus le paiement d'une somme de 15 000 francs guinéens pour recevoir une visite de leurs farnilles. Ceux qui n'ont pas cette possibilité restent enfermés dans l'obscurité et les geoliers exigent des pots de vin des détenus pour diligenter leur procès ou leur sortie. Lors de sa mission en avril 1995, Amnesty International a recueilli des informations concordantes sur l'état déplorable des conditions carcérales en Guinée, qui constituent un traitement cruel, inhumain et dégradant.

Toujours à Nzérékoré, la mission de l'AGDH a constaté que cinq cellules servant de dépotoirs pour les matières fécales, sont constamment pleines et que leur contenu fétide est déversé dans le couloir principal de la maison centrale. Dans une cellule connue sous le nom de "Burkina", 35 détenus entièrement nus, d'autres avec les fers aux pieds, sont couchés à même le sol dans leur urine et leurs matières fécales.

L'AGDH a constaté aussi dans cette même localité qu'une femme enceinte, Luoupou Traoré, grelottait en détention. Elle avait été arrétée en même temps que son mari à qui les autorités reprochaient d'avoir acheté de la viande de mouton volée. Le vendeur présumé n'a pas été interrogé par la police. Quant à M. Traoré, il a été torturé et mis aux fers à la prison de Nzérckoré.

Ces conditions de détention sont un terrain favorable pour des maladies comme le béribéri et l'hépatite A, entre autres.

En Guinée Forestière, à Lola, dans la maison de la garde républicaine, qui a été transformée en prison, la mission de l'AGDH a rencontré 71 détenus, dont trois femmes et un bébé. Selon l'AGDH, certains prisonniers étaient couverts de gale et totalement nus car même le port du caleçon leur est interdit. Entassés dans une cellule de 4 m2, les détenus ne reçoivent quasiment rien à manger et n'ont pas droit à des visites médicales. Le régisseur de la prison a expliqué aux membres de la délégation de l'AGDH que les médecins de l'hôpital de Lola refusaient de soigner les détenus. Des membres d'associations des droits de l'homme ont déclaré à la mission d'enquête d'Amnesty International qu'aucun budget n'était accordé à la prison de Lola.

A ces conditions de détention déplorables s'ajoutent des morts en détention dont les causes n'ont pas été éclaircies. En août 1993, un détenu, Liman Kourouma, est décédé des suites de la torture à la maison d'arrêt et de correction de Conakry. A la demande des parents, une autopsie a été pratiquée et le médecin légiste a conclu à une crise cardiaque. Cependant, l'examen fait état de traces circulaires de liens et de brûlures électriques au premier degré dans la région des chevilles. Amnesty International avait écrit aux autorités guinéennes pour demander l'ouverture d'une enquête sur les circonstances de ce décès mais, à ce jour, aucune réponse ne lui a été communiquée.

Dans la nuit du 31 décembre 1994 au la janvier 1995, 16 détenus sont décédés dans des conditions inexpliquées à la maison d'arrêt et de correction de Conakry. Ils faisaient partie des personnesêtées au cours des mois précédents dans le cadre d'une opération pour mettre fin à la grande insécurité que connaissent certaines villes guinéennes. D'aprés certains témoignages, des traces de blessures étaient perceptibles sur les cadavres. Des journaux guinéens ont signalé que des personnes habitant à proximité de la sureté guinéenne ont entendu des coups de feu provenant de la cellule où les 16 détenus étaient enferrnés. D'autres raisons ont été avancées pour expliquer la mort de ces détenus et notamment le fait que l'exiguïté de la cellule ne permettait pas une aération suffisante. Les corps de 13 des victimes ont été enterrés et le procureur de la République, sans préciser les termes de l'enquête, a déclaré à la presse qu'une information judiciaire avait été ouverte et que l'équipe médicale de la police avait procédé à des prélèvements pour les besoins de ses investigations. Toutefois les résultats de l'enquête n'ont toujours pas été rendus publics.

Arnnesty International demande instamment aux autorités guinéennes d'accorder à tous les prisonniers un régime alimentaire et des soins médicaux convenables et de veiller à leur bon état de santé. Des conditions sanitaires et d'hygiène décentes devront également étre assurées, ainsi que la possibilité pour les prisonniers de prendre tous les jours de l'exercice à l'air libre.