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Camp Boiro Memorial


Amnesty Intemational
Droits de l'Homme
Rapport spécial sur la situation des Guinée — 1995


Guinée
Existe-t-il une volonté politique
d'améliorer la situation des Droits de l'Homme ?


Le contexte politique

Les promesses faites au moment de l'accession au pouvoir du président Conté en l984 laissaient entrevoir qu'une ère nouvelle s'ouvrait en Guinée. Cependant il devint rapidement évident que les espoirs de la communauté internationale seraient de courte durée et que les libertés pour lesquelles des milliers de Guinéens s'étaient battus au péril de leur vie étaient serieusement menacées.

Un peu plus d'un an après l'arrivée au pouvoir du président Conté, exécutions extrajudiciaires, actes de torture et arrestations arbitraires furent de nouveau signalés. Certains centres de détention, dont le camp Boiro, ou plusieurs détenus etaient soumis à la "diète noire" jusqu'à la mort (voir le rapport d'Amnesty Intemational Guinée : Emprisonnement, "disparitions" et assassinats politiques en République populaire et révolutionnaire de Guinée, publié en 1982), n'étaient plus mentionnés mais les pratiques héritées de ces centres refaisaient surface ailleurs, comme à Kindia, en Basse Guinee, à une centaine de kilomètres de la capitale. Dans une déclaration radio-télévisée en juillet 1985, quelques jours après une tentative de coup d'Etat ou plusieurs personnes, dont des militaires, ont été arrêtées, le président Conté a publiquement fait état de son mépris pour la sauvegarde des droits de l'homme :

« On avait dit auparavant que le sang ne coulerait plus en Guinée. Les anciens dirigeants, on les a gardés en prison pour les juger. Au nom des droits de l'homme, droits de la femme, droits de l'enfant, droits de ceci, droits de cela, c'est fini en Guinée. Ceux qui sont à Kindia, je le dis à haute voix parce que tout le monde sait qu'ils sont là-bas, à partir d'aujourd'hui ils cesseront de respirer...»

Plusieurs dizaines de personnes, arrêtées en avril 1984 et après la tentative de coup d'Etat de juillet 1985, ont été extrajudiciairement exécutées. Tout au long de la présidence de Lansana Conté, les libertés n'ont cessé d'≖tre sous étroite surveillance.

A plusieurs reprises, Amnesty International a écrit aux autorités guinéennes pour exprimer sa profonde inquiétude devant l'absence d'enquête approfondie sur les violations des droits de l'homme signalées en Guinée, notamment les exécutions extrajudiciaires et les meurtres de manifestants par des membres des forces de l'ordre, qui pourraient constituer des exécutions extrajudiciaires. Amnesty Intemational leur a également fait part de ses préoccupations relatives aux morts en détention des suites de la torture, et à l'absence d'enquêtes de la part des autorités, en dépit de leurs obligations aux termes de la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ratifiée en 1989 par la Guinée. Mais les demandes de l'organisation sont restées lettre morte.

La politique du régime à parti unique - ne laissant aucune place à la libre expression - a été suivie pendant plus de six ans. A partir de 1990, des changements sont intervenus progressivement, notamment l'adoption d'une nouvelle constitution qui fait référence à la protection des droits de l'homme.

Ces changements constitutionnels se sont poursuivis en 1993 et en 1995 avec la tenue des élections présidentielles et législatives. En décembre 1993, la Guinée a connu ses premières élections présidentielles pluralistes qui ont vu la victoire contestée du président Conté. Selon les observateurs intemationaux, elles ont été entachées de nombreuses irrégularités car des votes favorables à l'opposition dans certaines circonscriptions, notamment en Haute Guinee, ont été annulés pour éviter un deuxième tour de scrutin.

La période de transition démocratique, entamée en 1990, a été parachevée en juin l995, avec la tenue d'élections législatives.

Un rapport d'Arnnesty International publié en 1991 et intitulé République de Guinée : Préoccupations d'Amnesty international et évolution de la situation depuis avril 1984, décrivait de nombreux aspects des violations des droits de l'homme perpétrées systématiquement en Guinée depuis la mort du président Ahmed Sékou Touré : "disparitions", longues détentions d'opposants, recours à la torture et morts suspectes en détention. A plusieurs reprises, Amnesty International a lancé aux autorités guinéennes des appels, restés sans reponse, afin qu'elles fassent la lumière sur les violations commises et que les responsables de ces violations soient jugés afin de mettre un terme au phenomène de l'impunité.

En mars et avril 1995, Amnesty International a effectué une mission de recherche en Guinée au cours de laquelle ses représentants ont constaté la persistence de violations des droits de l'homme, notamment des arrestations arbitraires d'opposants politiques, d'étudiants et de syndicalistes, des meurtres de manifestants pacifiques qui pourraient constituer des exécutions extrajudiciaires, la peine capitale et un certain nombre de morts en détention dues principalement à la torture, aux mauvaises conditions carcérales mais aussi à la complaisance des autorités pénitentiaires qui ont permis plusieurs lynchages par des foules en colère.