La Guinée a élu au suffrage universel le président Conté et lui a donné une majorité parlementaire à l'issue des élections législatives tenues en juin l995. Malgré ces faits nouveaux et l'engagement pris par le président Conté au moment de son accession au pouvoir en 1984 de promouvoir le respect des droits de l'homme, des violations systématiques des droits de l'homme continuent d'avoir lieu. Amnesty Intemational estime que le phénomène de l'impunité, c'est-à-dire, l'absence de sanctions, est l'une des principales raisons de la persistance de ces violations
A cet égard, les recommandations faites par Arnnesty International dans sa déclaration du 20 août l991 devant la Sous-Commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités (ONU) sont directement applicables à la situation actuelle de la République de Guinée
"Les normes internationales demandent clairement aux Etats d'entreprendre des enquêtes approfondies sur les violations des droits de l'homme et de veiller à ce que les responsables soient traduits en justice. Pour que toute la vérité se fasse jour, il est essentiel que les violations des droits de l'homme fassent l'objet d'enquêtes appropriées. Tant les victimes et leurs familles que la société en général ont intérêt à connaître la vérité sur les abus passés... De même, traduire les coupables en justice est non seulement important pour le cas concerné, mais montre clairement aussi que les violations des droits de l'homme ne seront pas tolérées et que ceux qui commettent de tels actes devront pleinement en rendre compte. Quand il n'est pas fait d'enquêtes et que les coupables ne sont pas poursuivis, un cycle de violence est engendré et les violations des droits de l'homme continuent en toute impunité."
"L'impunité annule les valeurs de vérité et de justice et entraîne d'autres violations."
Si ce cycle parvient à être interrompu, Amnesty Intemational croit que tous les gouvernements, ainsi que leurs successeurs, doivent assumer certaines responsabilités fondamentales:
"Premièrement, des enquêtes complètes devraient être menées sur les allégations de violations des droits de l'homme. Le but de telles enquêtes devrêtre d'établir la responsabilité individuelle ou collective et de foumir un compte rendu complet de la vérité à la victime, à sa famille et à la société. Les enquêtes doivêtre entreprises par des organismes impartiaux, indépendants des forces de sécurité et doivent bénéficier de l'autorité et des ressources nécessaires à leur tâche Les résultats de ces enquêtes devraiêtre rendus publics.
Deuxièmement, les responsables de violations des droits de l'homme doivent être traduits en justice, qu'il s'agisse de responsables d'un gouvernement passé ou présent et sans tenir compte du fait qu'ils soient membres des forces de sécurité ou de groupes paramilitaires non officiels Les auteurs présumés devraient être jugés et un verdict clair de culpabilité ou d'innocence devrait être rendu à l'issue de leur procès. Amnesty International ne prend pas position sur la nature de la sentence, mais l'infliction systématique de peines n'ayant aucune mesure avec la gravité des infractions commises fait tort à la justice et n'empoche pas d'autres violations d'être commises. Il est important aussi, naturellement, que de tels procès soient pleinement conformes aux normes internationalement reconnues et que les accusés ne soient pas soumis à la torture ni à la peine de mort.
Troisièmement, les lois portant amnistie, qui ont pour effet d'empêcher la vérité de se faire jour et aux coupables de rendre compte de leurs actes devant la loi, ne devraient pas être acceptables, qu'elles soient adoptées par les responsables de violations ou par leurs successeurs. Cependant, Amnesty International ne prend pas position en ce qui concerne les grâces accordées après la condamnation une fois que la vérité est connue et que la justice a suivi son cours."
Les procureurs de la République relèvent du ministère de la justice. Ce dernier est responsable de l'application de la loi. Arnnesty Intemational estime que les procureurs devraient prendre l'initiative d'appliquer la loi et d'enquêter sur les infractions. Les lieux de détention devraient faire l'objet de visites de la part des autorités judiciaires. Amnesty International recommande que le ministre de la justice donne pour instruction aux parquets de jouer un rôle plus actif en requérant eux-mêmes l'ouverture d'une information judiciaire notamment dans les cas de torture et de mort en détention
Un enseignement des règles et normes internationales en matière de droits de l'homme et une bonne connaissance de celles-ci sont indispensables pour prévenir les comportements arbitraires et abusifs de la part des agents de la force publique Amnesty International recommande que l'attention des ministres responsables de l'enseignement professionnel dispensé aux magistrats, aux avocats et aux agents de la force publique, ainsi qu'aux fonctionnaires employés dans d'autres domaines pertinents, soit appelée sur les dispositions des instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme. Des heures de cours devraient leur être expressément consacrées dans les programmes de formation, et les règlements des différents services devraient, le cas échéant, se référer explicitement aux règles et normes intemationales.