Depuis 1990, des dizaines de civils non armés sont abattus en toute impunité ou grièvement blessés par les forces de sécurité. En plusieurs occasions, il semble que les cas de recours excessif à la force ayant entrainé la mort puissent constituer des exécutions extrajudiciaires. Le fait que les autorités n'aient pas ouvert d'enquêter judiciaires impartiales sur ces événements tend à augmenter l'inquiétude que des civils non armés ont pu être exécutés extrajudiciairement.
En décembre 1990, lors de l'investissement par l'antigang du campus universitaire de Conakry pour briser un mouvement de grève de l'UNEEP, un des officiers dirigeant cette opération a donné l'ordre à ses hommes de tirer sur les étudiants qui faisaient un sit-in pacifique. Sékou Traoré, étudiant en première année de génie civil, a été atteint d'une balle et est décédé des suites de ses blessures à l'hôpital Ignace Deen. Le syndicat des étudiants a dénoncé le fait que l'enquete sur les circonstances de ce décès ait été confiée à l'unité qui a participé à l'opération de police. Les résultats de l'enquête sur le décès de Sékou Traoré n'ont pas été rendus publics et, à notre connaissance, aucune sanction n'a été prise contre les responsables de l'unité qui a provoqué la mort de Sékou Traoré.
Les forces de l'ordre ont aussi ouvert le feu à plusieurs reposes sur des civils, dont des femmes et des enfants. En février 1993, à la suite d'une manifestation réclamant la libération de deux personnes arrêtées pour avoir protesté contre la corruption présumée en matière de conscription, les forces de sécurité ont tiré sur la foule rassemblée devant la gare routière de Faranah, tuant trois femmes et faisant trois blessés, dont un enfant Lamine Oularé, âgé de neuf ans.
En jum 1993, les forces de l'ordre ont tiré sur une foule qui manifestait pacifiquement à Dinguiraye pour protester contre la décision du gouvernement de fixer la fête de Tabaski 3 le 31 mai et de laisser en liberté des voleurs de bétail présumés, et contre la lenteur du tribunal à les traduire en justice; ces tirs ont fait deux morts et plusieurs blessés dont certains ont été hospitalisés.
En septembre 1993, les forces de l'ordre ont tiré sur les manifestants d'une marche pacifique organisée par l'opposition à Conakry. Le président Conté a cité le chiffre de 18 morts et de 198 blessés, mais d'après les informations dont dispose Amnesty Intemational le nombre de décès est supérieur à 70. Au moins 13 personnes sont mortes à la suite d'une bastonnade de la part des forces de l'ordre. Un des gendarmes qui surveillaient la manifestation a confié à un journaliste que ces forces avaient reçu l'ordre de tirer sur les manifestants. Le directeur de la police a annoncé l'arrestation de deux soldats soupçonnés d'avoir ouvert le feu sur les manifestants et a déclaré qu'ils seraient jugés sans délai, ajoutant toutefois que les membres des forces de sécurité affirmaient avoir agi en état de légitime défense. Amnesty International n'a reçu aucune réponse des autorités suite à ses demandes pour obtenir des précisions sur le procès ni sur l'enquête pour déterminer les circonstances dans lesquelles les membres des forces de l'ordre ont ouvert le feu en légitime défense. De plus, les directives officielles, régissant l'usage des armes à feu tant dans les opérations de maintien de l'ordre en général que pendant les manifestations, qu'Amnesty International a souhaité obtenir, ne lui sont jamais parvenues.
Le recours fréquent à une force excessive et démesurée à l'encontre de manifestants non violents et l'absence d'enquêtes efficaces sur les morts qui s'ensuivent laissent à penser qu'il pourrait s'agir d'exécutions extrajudiciaires. Les exécutions extrajudiciaires sont des homicides délibérés et arbitraires qui découlent d'une politique gouvernementale - à tout niveau - visant à éliminer des personnes ou groupes de personnes déterminés. Ces homicides, commis dans le cadre de manifestations, sont à distinguer de ceux qui se produisent dans les cas de recours à la force en logitime défense ou pour protéger autrui, et de ceux qui sont accidentels ou qui sont la conséquence d'un état de panique.
Note
3. Plus connue sous le nom de fête du mouton, célébrce deux mois après la fin du ramadan.
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