webGuinée — Mémorial Camp Boiro
Témoignages


Jean-Paul Alata
Prison d'Afrique

Paris. Editions Le Seuil. 1976. 255 pages


Chapitre XII
Le révolté et le marabout

Devant l'ampleur de la tâche qui l'attendait, le ministre avait créé quatre sous-commissions au camp Boiro et coordonnait leurs travaux en se réservant les dossiers les plus intéressants. Il ne convoquait ses greffiers que pour le servir personnellement ce qui nous laissait pas mal de temps à passer dans nos cellules.

Les conditions avaient fort changé. Les gardes se montraient courtois, presque obséquieux envers ceux qu'ils voyaient si fréquemment convoqués par le ministre.

Un adjudant-chef, Fofana, remplaçait désormais Oularé pour la discipline générale du camp. Il avait laissé des consignes très strictes et notre porte restait ouverte, le matin de dix heures à midi et l'après-midi, de la relève de la garde, vers les quinze heures jusqu'à dix-huit. Cela ne nous donnait guère d'air puisque cette porte donnait sur la salle de séjour mais atténuait la sensation d'étouffement de la claustration.

Nous avions vite noué des relations verbales avec nos deux voisines. Un beau matin où j'attendais une convocation du bureau et me tenais sur le pas de la porte, je vis Rokhayna sortir de la douche et rajuster son mouchoir de tête. Elle avait été tondue à ras depuis peu. La fille surprit mon coup d'oeil. Le garde était assis sur les marches extérieures du pavillon et paraissait se désintéresser de ce qui se passait à l'intérieur. Elle eut un regard embarrassé.
– Je suis horrible, Jean?
Nous nous connaissions bien, avions été de fugitifs amants, trois ans auparavant. Relations qui ne nous avaient pas marqués. Aucune gêne, de bons souvenirs, sans plus. Disons que nous nous étions appréciés mutuellement, sans nous attacher, et que nous étions restés bons camarades, avec quelque liberté de gestes
Dans cette prison, je pense que la pitié dominait mon regard.
Depuis que je connaissais Tenin, aucune femme ne m'intéressait plus et, malgré neuf mois de continence absolue, la vue de ces formes plantureuses drapées dans un pagne mouillé n'éveilla rien de lascif en moi.
La tonte de ses cheveux lui faisait une tête toute ronde mais ne la dépréciait pas outre mesure. Une des coiffures à la mode en Guinée est accompagnée d'un tressage si serré de la chevelure qu'on n'arrive plus à la distinguer du crâne.
Ce fut d'entière bonne foi que j'ajoutai:
– Ne t'inquiète pas, ma fille. Tu es toujours aussi jolie mais pourquoi t'ont-ils fait cela?
Elle eut un geste furtif des bras dans la pénombre, ne voulant pas attirer l'attention du garde. A un mètre d'elle, je vis les traces noirâtres.
– Toi aussi ?
– Oui, moi aussi et comme je ne voulais toujours pas, ils m'ont rasée.
– Alors, tu as signé ?
– Bien sûr. J'ai compris, maintenant. Dis, tu me pardonnes ?
Elle faisait allusion à ses déclarations lors du premier jugement de janvier. Responsable féminine de haut rang, elle avait, ce jour-là, à la tribune du congrès, proposé de rouler tous les accusés sans exception dans du goudron, de les couvrir de coton et d'y mettre le feu. Elle demandait même d'organiser des bals publics avec les suppliciés comme torches.
Je souris. Les confidences des arrêtés de la deuxième vague m'avaient édifié sur les outrances verbales. J'avais ainsi appris que Fatou, la rivale de Rokhayna au sein des organismes politiques de Conakry, avait entraîné les femmes dans une manifestation à l'intérieur de Boiro, en février. Les militantes déchaînées avaient dansé aux cris de « Tuez tous ces chiens », « Plus de riz pour eux », « Donnez-les nous, qu'on les châtre », et autres joyeusetés. Déjà, l'an dernier, elle avait pris la tête d'une manifestation féminine dont le seul slogan, répété trois heures durant, avait été d'exiger les attributs sexuels du colonel Diaby qui venait d'êtreêté.
– Tu veux parler du goudron, glissai-je, à mi-voix.
Elle inclina la tête sans répondre.
– Ce n'est rien, ma fille. Il fallait que tu parles. C'est le système.
Rokhayna releva le front. Ses yeux étaient immenses dans son visage amaigri.
– Mais c'est que je vous croyais tous coupables!
– Je le sais. Laisse tomber. Tout cela, c'est fini. Il faut sortir d'ici. C'est tout!
– Oh, sortir, je n'y crois plus!
Elle jeta encore un regard vers la porte. Nous avions parlé à voix si basse que rien n'avait alerté la sentinelle. Elle n'hésita plus, fit deux pas rapides; passa ses bras autour de mon cou et m'embrassa, puis elle se glissa dans sa cellule avant que je ne me fusse remis de ma surprise.

Le baiser eut d'heureuses conséquences. Au contact de ce corps féminin, à peine voilé, je fus envahi d'une vague sensuelle. La chaleur de la femme m'avait habité. Mon bouleversement était tel que Korka et mes deux autres compagnons se mirent à rire.
– Sacré Jean-Paul, fit Korka. Tu arrives encore à penser à cela!
J'eus un geste de lassitude de la main.
– Tu sais très bien que je ne pense qu'à une seule femme mais il faut avouer, depuis la cabine technique, j'étais inquiet... je me demandais si ...
Je laissai la phrase inachevée. L'autre compléta.
– Si tu n'étais pas devenu impuissant? Moi aussi, j'ai les mêmes craintes. Pas le moindre signe de vie!
J'éclatai du premier rire vraiment sincère que j'aie eu depuis mon incarcération.
– Ne t'inquiète plus! Un simple contact d'une belle fille va te guérir. Je viens d'en avoir la preuve!
En attendant, grommela Mama, tu vas nous attirer des ennuis à embrasser les filles!

Septembre 1971

On parlait beaucoup dans notre cellule car elle faisait pratiquement face à la cabine technique. Les cris et gémissements qui en provenaient toute la nuit interdisaient tout sommeil. Nous dormions quelques heures le jour.
La nuit, à tour de rôle, un de nous, monté sur les barreaux de son lit, cherchait à reconnaître les détenus amenés en face.
Le thème de nos discussions à cette époque ne fut guère varié: les raisons de cette gigantesque purge. Un peu comme Alpha Taran chacun demandait anxieusement : « pourquoi ? » mais surtout : « pourquoi moi? ».

Les raisons générales tous les concevaient aisément. La faillite économique et financière devait être imputée aux hommes pour en dégager le Parti. C'était d'une pratique trop bien connue et qui avait fait ses preuves en de trop nombreux pays. Le régime était dans une impasse. L'économie de la Guinée à bout de souffle. La production agricole s'était écroulée. Café, bananes, palmistes atteignaient à peine le tiers de leur volume de l958. Aucune ressource industrielle n'avait suppléé à la carence agricole. L'absence de source d'énergie exploitée interdisait une industrialisation efficace. Les usines implantées servaient désormais aux présentations folkloriques pour délégations étrangères. Elles ne travaillaient au mieux qu'au quart de leur seuil de rentabilité. La monnaie guinéenne était honnie des couches populaires et surtout des paysans, qui revenaient lentement au troc ancestral.

Le chômage n'apparaissait pas officiellement et les statistiques gouvernementales avaient beau jeu dans ce domaine. Il n'y avait aucun chômeur! Tous ceux qui avaient un métier officiel étaient employés par l'Etat mais cela ne touchait que le dixième de la population active. Les neuf dixièmes n'étaient pas chômeurs ils étaient des « non employés » mieux des « jamais employés » « never employed »!

Deux autres phénomènes touchaient la société:
Le gel des salaires à leur niveau de l'Indépendance consacrait la chute vertigineuse du pouvoir d'achat de la classe ouvrière. La présence dans les villes de centaines de milliers de « never employed » ruinait les travailleurs si peu favorisés par ailleurs. Cette masse mouvante provenait principalement du Foutah. Ses débouchés traditionnels étaient: une émigration saisonnière vers les pays voisins à grande culture, le navetanat 1 ou les emplois domestiques offerts par la colonie européenne des grandes villes. Tout était bloqué, même la soupape de sécurité représentée par les petits « tabliers » au marché.
Ces parasites, qui n'étaient pas – officiellement – des chômeurs, rendaient encore plus précaires les conditions de vie des quelques travailleurs citadins, tenus, par tradition, de subvenir à leurs besoins.

Enfin, la moralité générale, en particulier celle de la jeunesse estudiantine, s'était écroulée. Les jeunes Guinéens n'étaient pas des contestataires au sens qu'Europe et Amérique donnent à ce terme. Ils n'étaient même plus des rebelles depuis que leur révolte, en 1962, avait été impitoyablement matée, dans l'indifférence affectée de leurs parents. Ils étaient écoeurés. Toute leur ambition tenait dans ce mot magique « sortir ».
Ils voulaient partir de Guinée, aller en d'autres pays où ils puissent faire des études sanctionnées par des diplômes reconnus qui leur ouvriraient des débouchés, en d'autres pays où on n'impose pas de réunions, investissement humain, campagne agricole, milice. Pourquoi ne pas l'avouer? En d'autres pays où on puisse danser ce qu'on veut, jerk ou cha-cha-cha et passer, à tout moment, le disque de son chanteur préféré, fût-il Frank Sinatra, Sammy Davis Jr., Harry Belafonte, ou Sheila et non pas la chère Miriam Makeba officielle.

En guettant cette possibilité qu'ils saisissaient avidement dès qu'elle se présentait, beaucoup buvaient, fumaient le chanvre et profitaient des nouvelles libertés sexuelles accordées aux filles.
Les cadres traditionnels du pays se trouvaient ainsi, encore plus cruellement , secoués par la tourmente. Ils étaient coupés de leurs prolongements naturels. Les garçons fuyaient la Guinée dans une diaspora irréversible, les filles émancipées coupaient les ponts avec les familles jusqu'à ce qu'elles y reviennent, nanties d'un ou deux bâtards. La libération de la femme guinéenne ne s'accompagnait pas de pratiques médicales. La pilule était inconnue et le jeune mâle, particulièrement égoïste.

Cette analyse, chaque détenu la faisait fort bien. Ce n'était pas le fait du socialisme, comme cela se disait trop couramment dans les milieux populaires mais celui du Parti et de ses dirigeants. On était très loin du socialisme.

A part la nationalisation des mines – et encore! – des banques et des assurances, l'esprit de la direction était très éloigné du marxisme. On avait autorisé l'exploitation agricole privée, encouragé les Libanais et les cadres à devenir industriels. Pis encore on les poussait à construire des bâtiments d'habitations à louer! Certains ministres, avec la bénédiction du président, possédaient plusieurs immeubles, loués à prix d'or, à des ambassades. Où était le socialisme dans tout cela? Certainement pas dans l'afflux au camp de ces centaines de paysans tout effarés, de ces ouvriers arrachés à Fria !

L'échec devrait, toujours, être imputé au chef qui conçoit. C'était là une réalité qu'on n'admettrait jamais officiellement. On avait donc saisi l'occasion de l'agression pour monter une immense opération et rejeter sur l'étranger la responsabilité de l'effondrement guinéen. A ses complices nationaux de payer la casse ! C'était là que commençait l'incompréhension des malheureux. Pourquoi faisaient-ils partie des sacrifiés?

La discussion s'enlisait toujours à ce stade dans les considérations personnelles. Il faudrait de longs mois de souffrances pour que certains comprennent et trouvent leur réponse D'autres n'en obtiendraient jamais.

15 Septembre 1971

J'avais beaucoup entendu parler de Clauzels, un expert de l'aide technique de l'Est. La population de Kankan l'accusait d'avoir provoqué la vague d'arrestations qui avait suivi l'expulsion des Allemands. On chuchotait également qu'il avait personnellement conduit les perquisitions à la recherche de prétendus dépôts d'armes. Son maintien en prison était une énigme. Encore plus, sa descente aux enfers du bloc. Jusqu'à une date récente, il avait été gardé à l'annexe qu'il avait même inaugurée. Les gardes affirmaient qu'il avait tout eu à sa disposition. On lui avait meublé une chambre avec lit et fauteuil. Il y recevait sa nourriture de l'hôtel : apéritifs, vins et glace à volonté.

Brutalement, tout avait cessé et il avait été incarcéré au régime commun du camp.
Il entra. Un peu plus grand que moi, en forme, mais le visage creusé par les soucis. Il était blond, bien bâti. Ses yeux gris, privés de leurs lunettes clignotaient continuellement. La bouche, mince, était cernée de deux longues rides d'amertume. Les cheveux venaient d'être coupés en brosse.
Le ministre lui fit signe de prendre place. Il s'assit, le buste rès droit. Il gardait les mains libres non menottées et les posa à plat, sur les genoux, regarda bien en face son interlocuteur :
– Hé bien, Clauzels; nous ne sommes plus amis?
L'homme hocha lentement la tête. Sa voix avait un fort accent plutôt germanique; il prononçait certains mots trop gutturalement. Son français était lent, hésitant, encombré de vieilles tournures mais, dans l'ensemble, assez bon.
– Pardon, camarade ministre, mais je suis toujours ami de la Révolution. C'est vous qui me traitez mal. Vous manquez à la parole donnée.
Ismaël se mit à rire.
– Nous ne te traitons pas mal. Tu es comme les autres détenus. Avant, oui, tu étais bien traité mais avant, tu nous aidais et tu t'y refuses désormais.

Clauzels respira profondément, parla posément. On sentait qu'il s'y contraignait.
– C'est moi qui suis descendu volontairement de Kankan pour combattre les ennemis de la Révolution. Je vous ai apporté toutes les preuves contre Siebold. Ancien SS, il a fait tant de mal à mon pays. Je vous ai aidé à lutter contre lui mais, maintenant, vous me demandez des choses que je ne sais pas. Ce n'est plus la Révolution. Je refuse.
– Si je comprends bien, accusa Ismaël, pour toi, servir la Révolution, c'est surtout continuer à lutter contre les ennemis de ton pays, les fascistes allemands. Tu t'es borné à transposer sur notre sol une vieille querelle entre vos deux pays. Maintenant qu'il faut passer aux réalités guinéennes, tu refuses. Pourtant, tu nous as bien donné des noms de Guinéens suspects, en janvier?
– C'étaient des amis de Siebold, tous!
– Toi aussi, tu étais un ami de Siebold, Tu allais souvent chez lui, prendre l'apéritif, déjeuner.
– Pour le surveiller! J'ai fait plusieurs rapports sur lui à mon ambassade. Siebold était un criminel de guerre!
– Alors, tu persistes dans ton refus?
La voix de Clauzels se fit âpre, toute chargée de rancoeur :
Votre président, lui-même, m'a dit au téléphone, ou bien vous m'avez encore trompé et fait entendre un autre, que mon arrestation n'avait été décidée que pour me protéger. Il m'a remercié. Il m'a dit que j'avais rendu un grand service à la Révolution en faisant arrêter Siebold. Maintenant, je sais que depuis janvier, j'ai été condamné par le tribunal révolutionnaire, comme tous les autres, à perpétuité. Je suis jeté dans une cellule, sans confort, sans hygiène. Plus d'eau, plus de nourriture !
– Plus de nourriture, s'écria le ministre. Tu n'es pas à la diète ni à la demi-ration!
Oularé, derrière le prisonnier fit un signe négatif.
– Il est au régime normal, affirma-t-il.
– Vous appelez cela une ration normale! Du riz mal cuit, sans sel sans sauce, des déchets de poisson, même des intestins pas vidés!
Le ministre éleva lentement les mains au-dessus de la table, les y laissa retomber.
– Notre pays est très pauvre, et notre peuple ne voudrait même pas qu'on gaspille un grain de riz pour les contre-révolutionnaires.
Le prisonnier éclata d'un rire forcé. Ses yeux ne clignaient plus.
Ils fixaient droit Ismaël. Placé entre eux, je pus y lire un mépris profond.
– Votre pays est pauvre mais c'est mon pays à moi qui le nourrit ! Il est pauvre mais les ministres, les directeurs ont tous de belles voitures. Moi, je ne suis pas un contre-révolutionnaire. Je suis un communiste, un vrai, pas comme vous des bourgeois cachés!
Ismaël devint gris. Ses mains se crispèrent.
– Cela suffit, Clauzels. Nous n'avons de modèle à prendre nulle part ni de conseils à recevoir de personne. Emmenez-le. Qu'il reste au bloc, au régime normal!

Clauzels sortit sans que rien, dans sa démarche, n'indiquât qu'il eût été touché par l'apostrophe dernière. J'éprouvais pour lui une certaine admiration tempérée de réserve. L'homme venait de refuser, avec panache, de poursuivre sa collaboration, ce que je n'aurais probablement jamais le courage de faire.
Pourtant, il était bien à la base des arrestations de Kankan, la rumeur publique ne se trompait pas.
Après son départ, Ismaël resta nerveux, visiblement irrité. Les paroles de Clauzels l'avaient blessé. Je savais, d'expérience, que toute allusion à son train de vie somptueux, sa voiture américaine, ses cigarettes anglaises, les objets d'or qu'il aimait manipuler, le mettait hors de lui.

Ce fut Oularé qui en fit les frais. Le ministre lui dit d'un ton cassant:
– Tu as encore rencontré des mercenaires? Tu te crois obligé de fuir ?

L'irruption dans la salle d'un nouveau personnage permit à Oularé d'effectuer une sortie discrète. C'était une silhouette surgie directement de l'imagerie classique du gros nègre bantou tel que se le représentaient les Européens. Haut de taille, noir de jais, le teint luisant de santé, suintant de graisse, le bonhomme était habillé d'un ensemble traditionnel complet, jusqu'au grand boubou de bazin superbement brodé qui détonnait au milieu des tenues de combat des commissaires et gardes. Il déplaçait un vent considérable. Sur une tête massive, à la mâchoire lourde, imberbe, aux lèvres épaisses et toujours entrouvertes, il arborait un haut bonnet brodé. Ses petits yeux, profondément enfoncés dans les orbites, à demi-dissimulés sous les paupières gonflées, étonnaient dans ce large visage bouffi de suffisance.
– Ah, voilà notre Karamoko 2, s'écria le ministre, recouvrant son sourire pour accueillir l'arrivant.
Sa chaleur était si inhabituelle qu'elle me surprit.
L'homme s'assit lourdement sur un des fauteuils des commissaires, promena un regard assuré sur la pièce.
– Tiens, s'exclama-t-il d'une voix rauque, le très grand ami du prési, notre ancien camarade Kassory!
– Bonjour Karamoko, fut la simple réponse du détenu qui ne bougea pas de sa chaise.
Puis, son regard se posa quelques secondes sur moi. J'eus l'impression physique qu'on ressent quand on est épié par un serpent.
Personne n'ouvrant la bouche, le ministre fit les présentations.
– Comment, Karamoko, tu ne connais pas le camarade Alata? Il est pourtant bien connu à Kankan. Il est marié à une de nos soeurs.
– Alata, ah oui, le conseiller du prési, un autre de ses grands amis! reprit la grosse voix. D'ailleurs, tous ses amis sont là ! Ils l'ont tous trahi ! Alata, oui, je connais. Il aimait beaucoup les femmes! Il dépensait beaucoup d'argent pour elles !
Il éclata d'un grand rire. Je n'avais pas bronché sous le sarcasme.
Le ministre reprit:
– C'est Gbeléma Fodé, le grand Karamoko qui nous a tant aidés à Kankan.
Gbeléma Fodé Oui, depuis plusieurs mois, son nom revenait sans cesse dans les conversations des prisonniers. C'était un petit marabout de village auquel plusieurs responsables de Kankan avaient fait confiance. Sa spécialité était de « travailler 3 » pour attirer sur ses clients la bienveillance de leurs chefs. Les malheureux l'avaient payé pour se mettre bien en cour. La coïncidence de la promotion, quelques semaines plus tard, d'un d'entre eux aux fonctions de gouverneur, avait développé la popularité du charlatan. Étaient venues l'agression et l'arrestation de Siebold à Kankan. Clauzels avait indiqué Fodé comme un ami du SS nazi. On l'avait coffré. Il avait demandé à faire des révélations sensationnelles, se faisant fort de prouver qu'il pouvait protéger la vie du président. Transporté à Conakry, il avait réussi à persuader ce dernier que tous les responsables de sa région avaient participé au complot. Lui, Gbeléma Fodé, consulté pour faire aboutir les machinations, s'en était bien gardé. La preuve en était l'échec de l'attaque. Michel Émile, levier de la répression à cette époque et Ismaël, qui y voyait son avantage, ayant aveuglement appuyé la version Gbeléma, la décapitation de la Fédération de Kankan s'ensuivit. Tous ses responsables politiques et administratifs furent arrêtés. Le sinistre individu, promu au titre de sauveur du régime, plastronnait et pillait.
Il parcourait toute la Guinée aux frais du gouvernement, comme envoyé personnel du chef de l'Etat, tirant le maximum de profit de la crédulité des uns, de la terreur des autres.
Il avait obtenu sur les biens des condamnés une belle voiture, lui qui n'avait pas autrefois une bicyclette avait enlevé dans leurs maisons, les meubles et armes qui lui plaisaient. I1 avait même contraint femmes et filles des détenus à lui céder sous le chantage répugnant de leur obtenir des nouvelles des leurs et, peut-être de les faire libérer.
Bref, il était devenu le marabout officiel !

J'avais bien entendu dire qu'il assistait aux séances de la commission, mais c'était la première fois que je l'y rencontrais.
En général, on lui demandait de traduire et commenter tout écrit arabe trouvé au cours des perquisitions. Comme tous les faux marabouts qui n'ont reçu d'autre instruction islamique qu'à une petite école coranique de village, Gbeléma Fodé ne lisait pas l'arabe mais avait appris à reconnaître les figures géométriques des lettres du Coran dans l'ordre des sourates. Il était, en outre, encombré de pratiques fétichistes.
Quand on lui remettait quelque gris-gris trouvé chez un détenu, quelque malheureuse lettre récupérée dans un portefeuille, il fallait voir l'air majestueux qu'il prenait. Il tournait et retournait l'objet en tous sens, suivait de son gros doigt les signes écrits ou parfois peints à l'encre de Chine. Malheureusement cela tournait toujours au tragique. Il arborait son air le plus solennel pour décréter qu'il s'agissait là d'un très dangereux « travail » accompli par un de ses confrères pour obtenir un avantage irrégulier du président, lui nuire ou, ce qui était pire dans l'esprit superstitieux des commissaires, le « lier ».

« Lier » quelqu'un, c'est le soumettre par des maléfices à la volonté de celui qui le travaille. On lie, en pays malinké et peul, une femme, un mari mais on lie aussi un chef et, cela, c'est le crime impardonnable !
Le misérable avait beau protester, jurer qu'il s'agissait d'un travail demandé pour guérir une maladie ou obtenir les faveurs d'une jolie fille, voire gagner un procès, rien n'y faisait. Gbeléma Fodé, sauveur du régime, avait parlé et quelques heures de cabine technique apportaient toujours la preuve qu'il ne se trompait jamais. Ce qui lui permettait d'éliminer la concurrence en faisant arrêter le confrère auteur du « travail ».
Ismaël avait suivi ma pensée sur mon visage que j'ai beaucoup trop mobile. Je n'ai jamais pu jouer au poker ! Il sourit, dit :
« J'ai prié Gbeléma de nous aider à régler l'histoire de Fofana Sékou. Je vais vous expliquer. Quant à toi, Karamoko, je dois te dire que ces deux hommes sont redevenus nos amis. Ils ont montré beaucoup de courage, ont avoué tous leurs crimes. Le président leur a rendu sa confiance.

Le marabout hocha gravement la tête, s'installa plus à l'aise dans son rôle de justicier, étalant majestueusement autour de lui les plis amidonnés de son grand boubou.
– Je vais regarder, dans mon travail, s'ils sont sincères, si le prési peut vraiment leur faire confiance ! Je le lui dirai bientôt.
Le ministre tiqua à cette indication sans voiles. L'opinion du marabout pesait plus que la sienne ; il poursuivit à l'adresse de ses auxiliaires :
– L'affaire Fofana Sékou est très importante. Ne vous effrayez pas à sa vue. Il a essayé de se suicider avant hier en se jetant la tête la première contre le mur. Il est resté plusieurs heures inanimé. Cela prouve surabondamment qu' il avait quelque chose à cacher. J'attends beaucoup de lui, vous saurez pourquoi bientôt.

Cette attention particulière avait de quoi étonner. L'homme était attachant mais sa personnalité politique falote. Il avait plu à tous les régimes depuis vingt-cinq ans. Jeune font ionnaire, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, il avait bénéficié de la protection du premier commandant de cercle qui l'avait eu sous ses ordres. L'administrateur Caristan avait facilité sa carrière, le guidant à toutes les étapes; il lui avait également ouvert les portes de l'Assemblée territoriale.

Dans une première étape, Fofana avait soutenu les chefs, leurs élus au Parlement français puis, assez sagement, il avait rejoint le RDA. Depuis l'Indépendance, il n'avait cessé d'occuper de hautes fonctions administratives.
Une anecdote bien connue illustrait parfaitement son caractère. Un gros ponte du Parti ayant effectué une tournée dans sa région, le gouverneur Fofana l'avait accompagné. Leur véhicule s'était embourbé jusqu'aux essieux. Le ministre, descendu, fit un faux pas et s'étala. Immédiatement, Fofana se jeta à plat ventre dans la boue après avoir fait un signe impératif aux autres assistants de l'imiter. Un tel homme ne pouvait être dangereux pour aucun régime. Quant à l'interroger il ne serait pas difficile d'obtenir de lui ce qu'on désirait.

Le prisonnier était enturbanné de pansements rougeâtres. Gris, il ne marchait qu'avec difficulté, soutenu par un garde. Assis sur le tabouret, il restait prostré, la tête basse, le buste affaissé. Ses mains enchaînées tremblaient.
Nous nous regardions. Il paraissait impossible que le ministre songeât à interroger une victime dans cet état.
– Ce n'est pas très malin, ce que tu as fait là, Fofana, dit Ismaël, Pour un musulman, se donner la mort est un crime, pour un militant une erreur impardonnable !
L'homme ne répondit pas. Il ne regardait que le sol.
– Et ta femme, tes enfants, ton vieux père ? Tu les as oubliés?
Fofana releva la tête. Ses yeux brillaient de fièvre. Brusquement, il se mit à pleurer. On connaissait la passion qu'il nourrissait pour sa très jolie femme Fatou qui lui avait donné sept enfants et le respect qu'il professait pour son père âgé de plus de quatre-vingts ans. Il passait pour un fils, un père et un mari excellent. Il articula à voix très basse, très faible:
– Je vais mourir de toute façon. J'ai voulu le faire plus vite, les débarrasser une fois pour toutes.
– Qui te parle de mourir, demanda le ministre. Regarde Alata, Kassory. Est-ce qu'ils sont morts ? Tout le monde les croit passés au poteau. Tu les vois bien vivants. Ils ont choisi de continuer à vivre pour leur famille et pour la Révolution. Gbeléma, toi qui es un marabout, explique donc à cet homme le crime qu'il commet en voulant se suicider.
Le marabout prit son air le plus important. Il parla longuement malinké au malheureux. Pêêle, il appelait les principes religieux bien connus et des souvenirs de famille. Il dépeignait sa femme, ses enfants poussés par sa faute à la misère, s'acharnait à lui faire honte d'avoir renoncé à la lutte.

Après dix minutes de cette homélie, le détenu, tremblant de fièvre, protesta encore :
– Mais Fatou est à la rue maintenant, avec les enfants. Tout est perdu. J'ignore si mon vieux père a supporté le choc. Ils vivaient tous par moi. Autant disparaître tout de suite.
Ismaël eut son mince sourire, consulta sa montre.
– Tu nous prends pour des bandits! Pourquoi veux-tu que nous fassions du mal à ta famille? Ta femme? Elle est chez moi, avec les enfants. Tu ne le crois pas?
Le prisonnier manifestait clairement son scepticisme.
– Soit !
Le ministre gardait le sourire. Il attira l'appareil téléphonique, composa un numéro. Le correspondant répondit.
– C'est toi, Amy ? Fatou est là ? Passe-la moi. Fatou ? Tout va bien ? Tu es installée, avec les enfants ? Tu ne manques de rien ?
Je voyais Fofana se transformer à vue d'oeil. Il se redressait, se tendait en avant.
– Veux-tu parler à ton mari ? Non, je ne plaisante pas. Je te le passe mais conseille-le. Qu'il soit sérieux, pas de bêtises.
Obturant le combiné de la main, Ismaël jeta à l'adresse de Fofana:
– Je ne lui ai pas dit que tu avais essayé de te tuer. Ne l'affole pas. Je te la passe. Quelques mots seulement. Que tu saches que je ne mens jamais.
Il lui passa l'appareil à travers la table.
Je crus que l'homme allait s'évanouir. Son teint était plombé. Il arrivait à peine à articuler ses mots, reçut une réponse, reposa l'appareil, complètement effondré.
Le ministre souriait toujours en le regardant. Tête baissée, les coudes sur les genoux, le pauvre sanglotait.
– Alors, je t'avais menti ?
– Non, fit la tête courbée.
– Je ne te mentirai pas davantage en te disant que rien n'est perdu pour toi. Tu as tout intérêt à nous aider. Va, je vais te faire accompagner à une autre cellule, à l'annexe. Nous reprendrons l'entretien, cette nuit. Tu n'es pas en état de raisonner.
Il fit signe à Kourouma de l'emmener.
– Soignez-le bien. Kinkeliba, pain, lait. Qu'il soit en forme, ce soir.
Après sa sortie, Gbeléma protesta en malinke. Il aurait voulu lui faire signer ses aveux immédiatement. Ismaël le regarda avec grand sérieux, répondit:
– Je sais qu'il était prêt à tout signer. Je tiens à ce qu'il se reprenne. J'attends beaucoup plus de lui qu'une simple déposition. Il faut qu'il ait la tête claire pour nous servir. D'ailleurs il ne bronchera plus.
Il se tourna vers ses auxiliaires.
– Ce soir, avant sa comparution, je vous expliquerai ce que je
veux obtenir. Vous avez constaté qu'on réussit toujours à faire céder un homme? Il suffit de trouver la corde sensible.

Je passai donc la fin de la journée dans la cellule. Quelque chose m'intriguait. Les fréquentes allusions d'Ismaël aux mercenaires quand il s'adressait à Oularé et le ton qu'il employait.
Je m'en ouvris à Mama. Malgré le peu de sympathie qui nous liait, s'il y avait quelqu'un au courant de la petite histoire des gardes, ce ne pouvait être que lui.
– Comment, tu ne connais pas l'aventure d'Oularé et des mercenaires? Pas joli, joli! Quand ils ont occupé le camp, les gardiens du bloc avaient réussi à fermer leur portail de fer. Au lieu de l'attaquer au bazooka, dans la crainte de blesser le prisonnier qu'ils étaient venus chercher, les mercenaires sont allés arrêter Oularé, alors margis-chef et qui habitait le camp. Ils l'ont conduit à la porte du bloc, lui ont demandé de héler ses camarades. Il a juré qu'il était seul, qu'ils ne risquaient rien. Ces couillons ont ouvert. Deux d'entre eux ont été abattus immédiatement. C'est ainsi que le bloc a été pris.
Je m'indignai:
– On n'a rien fait à ce salaud? Alors, nous qui nous sommes battus pour le pays, nous sommes humiliés et condamnés et de tels salopards, on les laisse tranquilles!
– On l'a même promu adjudant ! Que veux-tu, conclut Mama flegmatiquement, il est du même village que le président !

– Tu as parlé du prisonnier que les mercenaires étaient venus chercher? Qu'est-ce que c'est que cette histoire,
– Tu ne la connais pas non plus? Un jeune Portugais de bonne famille. On prétend que c'est le fils d'un ministre de Salazar. Il s'est trompé de route en 1963 en pilotant un avion de tourisme. Croyant atterrir en Guinée-Bissao, il est arrivé à Boké. On l'a cravaté et, depuis, il était à Camayenne, après avoir passé deux ans à Kindia. Vingt fois, les Portugais ont demandé sa libération. On ne leur a pas répondu. Cela faisait sa septième année de détention!
J'émis soigneusement:
– Entre ce type à Boiro et les deux officiers blancs au camp du PAIGC, on comprend l'attaque de novembre !
– Bien sûr, dit Korka. Il est évident que c'était l'objectif majeur, Le reste était opération de diversion. Ils ont voulu foutre le bordel à Conakry et ils ont sacrément réussi !

Il était maintenant dix heures du soir. Avec Kassory, nous faisions face à Ismaël, assisté de Conté et du marabout Fodé.
– Je profite que cet imbécile de Seydou ne soit pas ici pour approfondir l'affaire, commença le ministre.
Nous nous donnâmes un coup de coude. La zizanie entre Keita Seydou et Ismaël était maintenant patente. L'ambition rongeait Seydou. Apparenté à la famille d'Andrée 4, il se voyait beaucoup plus qu'ambassadeur et Ismaël n'appréciait ni son opportunisme ni sa bêtise.
– Que pensez-vous de Louis Behanzin et d'Emile Cissé ? nous demanda abruptement le ministre.
Que répondre ? Émile Cissé, appelé par ses amis Michel Émile, était un pilier du régime et l'élément de pointe dans la répression.
– Oui, reprit le ministre. Ils sont en liberté et vous paraissent si puissants que vous n'osez rien dire. Pour moi, ils sont à éliminer tous les deux. Ils empoisonnent l'esprit du président. Ce sont des démagogues, de faux révolutionnaires qui jouent le jeu de l'impérialisme en se camouflant derrière une phraséologie facile. Ils sont de véritables prototypes de la 5e colonne.
Il paraissait réfléchir intensément tout en parlant. Je ne pus m'empêcher de montrer ma stupéfaction. Émile, c'était l'exécuteur des basses oeuvres du Parti. Gouverneur de Kindia, président du comité révolutionnaire de cette ville, le seul qui siégeât en dehors du camp Boiro, il échappait au contrôle du ministre.

L. B. S., pour sa part, ne s'était mêlé en rien aux remous sanglants de cette période. C'était un pur intellectuel, intensément attaché à promouvoir en Guinée une révolution culturelle, analogue à celle de Mao, il faisait montre d'une fidélité canine envers le chef de l'Etat. D'origine étrangère [Béninois], installé dans le pays peu de temps peu après l'Indépendance, il avait, lui aussi, adopté entièrement sa nouvelle patrie et s'était brouillé spectaculairement avec nombre de ses anciens amis qui l'accusaient de « stalinisme guinéen ».

Que ces hommes soient maintenant visés dépassait tout entendement. Le but poursuivi par Ismaël se précisait. Pourquoi le président le laissait-il faire? De jour en jour, je m'attendais à quelque éclat entre les deux hommes. Le ministre allait trop loin.
Michel Émile, Louis Béhanzin Sénainon (L. B. Z)., encore deux inconditionnels, deux hommes qui se seraient fait hacher pour le patron mais deux ennemis personnels d'Ismaël.
Ce dernier interrompit sa rêverie.
– Nous allons mener une rude partie. Dans l'intérêt de la Révolution ces deux canailles doivent être éliminées. J'ai déjà réuni, ici, une dizaine de dépositions contre eux dont j'ai réservé la publication mais aucune n'émane d'homme aussi prés de Michel Émile que Fofana. Nous procéderons par ordre. D'abord, Émile, puis L. B. Z.
Je me rappelai alors que Fofana avait été, les trois dernières années, gouverneur de la région de Labé, où régnait, sans partage politique, le tout-puissant Émile. Avec sa souplesse d'échine habituelle, il avait accepté le joug et s'en était bien tiré.
– Voilà donc comment nous allons procéder. Qu'il admette les prémices habituelles, puis je vous laisse ensemble. Fodé restera avec vous. Vous aurez à lui faire comprendre que, ce qui m'intéresse, c'est qu'il nous donne assez de corde pour pendre Michel Émile. Tout lui sera pardonné mais qu'il me permette d'écarter définitivement ce traître.

Aucun mal à accomplir son plan. Fofana, retourné comme un gant par la voix de sa femme, admit tout ce qu'on lui proposa. Sa déposition fut plutôt un réquisitoire contre Michel.

Je revins à ma cellule dans un état d'abattement total. Jusqu'à présent, je pouvais encore apaiser ma conscience en me persuadant avoir agi pour sauver des hommes, pris comme moi dans un piège effrayant. Aujourd'hui, c'était différent. Je prêtais la main à un nouveau complot destiné à éliminer des adversaires particuliers d'Ismaël. Le fait qu'innocent moi-même, je croupissais en prison, ne m'autorisait pas à accepter passivement la venue d'autres malheureux, encore moins à la provoquer.
De spectateur-victime, je devenais acteur-metteur en scène. Je me trouvais ignoble. Comment réagir désormais?
Jamais, après ce que j'avais vu et compris, Ismaël ne me laisserait en paix.
La nuit fut interminable. L'annexe retentissait de cris et de hurlements. Les fous étaient déchaînés. Aucun infirmier ne venait les apaiser.

Notes
1. A la veille de l'Indépendance, le Sénégal avait besoin pour la récolte de l'arachide de main-d'oeuvre mais saisonnière. Un très grand nombre de Peuls descendaient du Foutah Djallon et gagnaient le Sénégal par Koundara. Ils y travaillaient trois ou quatre mois et revenaient au pays avec leurs économies.
2. Professeur ou mieux « qui est instruit », « qui connaît », en langue maninka.
3. Le « travail » des faux marabouts est très mystérieux. Mais il est des choses inexplicables et à côté de charlatans tels que Gbeléma Fodé, il existe de vrais marabouts. Aucun de ceux qui ont réellement vécu en Afrique ne peut ignorer certaines manifestations étonnantes de divination. comme certaines cures ahurissantes et encore certaines précautions contre des accidents ou des coups du sort.
4. Mme Andrée Touré