webGuinée Camp Boiro Memorial
Victimes — Témoignagnes


Almamy Fodé Sylla
L'itinéraire sanglant

Paris. ERTI. 1985. 192 pages


Chapitre Troisième
A vous la parole !

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1. Opinion publique !

Liberté de parole ! En Guinée ! pas possible ! mais si, Pourtant ! l'armée, dans un de ses communiqués radiodiffusés le 3 avril 1984, a décidé le changement. Le grand éléphant (Syli en soussou) est mort de dilatation aortique il paraît, aux Etats-Unis d'Amérique.
— Mort de quoi dis-tu ?
— Oh ! tu sais ! Les médecins ne sont pas comme nous, hommes ordinaires ! Ils n'ont pas les pieds sur terre, ni la tête sur les épaules ! lis créent des mots tellement bizarres qu'ils sont les seuls à pouvoir lire et comprendre ! Tu as raison mon cher Diallo ! D'ailleurs, occupons-nous du mort et non de la maladie qui l'a tué !
— C'est vrai ! Au juste, ce n'est même pas certain qu'il soit mort ! Tu sais, les tyrans ont la vie dure ils ne meurent pas facilement : je ne pense pas qu'Hitlême soit mort. Tu as vu Bokassa ! L'Afrique entière le maudit et souhaite sa mort ! mais hélas ! Rappelle-toi les propos prophétiques de Sékou Touré, qui disait que personne ne verrait sa tombe et que jamais il ne vivrait ancien Chef d'État et indexé comme tel par ses ennemis ! Donc il n'est pas mort ! Il est allé se cacher quelque part en Amérique pour voir la réaction du monde à l'annonce de sa mort.
— C'est fort possible mon cher ami ! seulement il y a un aspect de ce problème qu'il faut considérer : quelle figure feraient les Etats-Unis en acceptant de jouer ce jeu de celui qui, 26 ans durant, les a insultés et boycottés ?
— Oh ! tu sais, la politique, c'est une affaire de balance ! chacun ira du côté de ses intérêts ! Et, puis, n'oublie pas que Sékou n'a jamais été, dans les faits, un homme de gauche, c'était un homme de droîte ! Ses meilleurs alliés étaient donc ceux, justement, qu'il insultait tous les jours !
— Quelle duplicité ! Quelle vérité amère ! Le Vatican l'a toujours considéré comme un homme de droite et à juste raison ! Mort ou pas mort, en attendant que la lumière soit faite sur cette situation, le Comité Militaire de Redressement National libère la « bouche » de tout le monde. Et, les choses étant ce qu'elles sont, à tout seigneur tout honneur, donne la parole aux anciens détenus politiques, rescapés des camps de concentration créés et animés par une équipe de tortionnaires sans cœur et sans foi.

2. Mon premier témoignage

Facély II Mara, Radio Télévision Guinéenne (RTG) : Voudriez-vous décliner votre identité à l'intention de nos auditeurs ?
Almamy Fodé Sylla : Almamy Fodé Sylla, professeur de Langues et Littératures, ex-Secrétaire général de l'ex-section du 5e arrondissement, ex-fédération de Conakry II.
RTG : Indiquez les circonstances de votre arrestation et les conditions de votre détention au Camp Boiro.
Almamy Fodé Sylla : Il y a exactement deux mois, nous vivions sous une dictature noire, impitoyable, injuste et sanglante qui a maintenu notre peuple martyr dans la plus effroyable terreur où chaque citoyen était en liberté provisoire, attendant chaque jour qui passe, son tour d'être pris pour l'un des trois principaux camps de concentration du pays. C'est dans cette logique sékoutouréenne que se situe mon arrestation survenue voici comment :
De retour de Kassa où j'avais passé la nuit du vendredi 16 septembre 1977, arrivé au petit matin par bateau, j'aperçus de loin, sur le pont, un de mes jeunes frères, Aboubacar Barath, actuel président de la Cour d'Appel de Faranah. Mais si je distinguai bien ce frère, je vis en même temps, et de tous côtés, de nombreux policiers et gendarmes dont la présence insolite et inaccoutumée au port avait attiré beaucoup de curieux. «
— Madame Sylla m'envoie te recevoir ce matin, te porter la triste nouvelle de la situation inquiétante qui prévaut chez nous depuis hier soir , devait m'annoncer Aboubacar, qui me réclama également ma fouille, notamment les clés si j'en avais sur moi.
Malgré la prise d'assaut du bateau par une vingtaine d'agents royalement ridicules — car aucun ne me connaissait je pus franchir tous les barrages, du bateau jusqu'à la porte où, réalisant l'éventuel scandale qui se produirait si je devais êtreêté en famille, je revins sur mes pas et, me rendant compte du désarroi général de ces nombreux sbires, venus pour arrêter un homme, un seul — ils étaient plus de cent cinquante — je demandai à l'un d'eux ce qu'il faisait là et, en mauvais policier, il répondit : «
— Nous sommes venus arrêter un certain Sylla, Secrétaire général de la section du 5e arrondissement.
A ma question de savoir s'il connaissait physiquement l'intéressé, il répondit négativement. Après l'avoir mis en scène, je me présentai à lui en exhibant ma pièce d'identité. Convaincu qu'il s'agit bien de moi, il s'exclama et donna un coup de sifflet. «
— Arrêtez les recherches, l'intéressé est retrouvé.
Je ne manquai pas l'occasion de redresser l'erreur qu'il commet en disant « l'intéressé est retrouvé .
— Il faut dire « l'intéressé, se rendant compte de la trop grande intelligence pratique de ceux qui nous ont envoyés, s'est présenté à nous.
Conduit donc au commissariat de police du Port, je fus déchaussé sans autre forme de procès et jeté dans une cellule sordide jusqu'à 11 h… Scandalisé par l'énormité de l'acte, car citoyen théoriquement protégé par toutes les prescriptions et lois de la démocratie, qu'on arrête sans aucune formule, et qu'on enferme sans interrogatoire ni jugement.
Vers 11 h 10, je vis la porte de la cellule s'ouvrir sur un homme élancé d'environ 1,90 in, les yeux injectés de sang, les lèvres pendantes rougies par l'excès d'alcool. Je reconnus le Commissaire Diallo dit « criminel » qui m'intima l'ordre de me lever et de le suivre. Ce que je fis sans résistance et, dehors, je voulus prendre ma moto, mais Diallo m'en empêcha, toujours sans scène de rue.
Monté à bord d'une jeep bâchée, je devais me retrouver quelques minutes plus tard dans un bureau situé dans un domaine et un milieu totalement inconnus de moi. Mais l'allure toute particulière des gens de cette planète, l'odeur des drogues qu'ils laissaient exhaler, le bruit de leurs chaussures, le cliquetis des armes m'indiquèrent tout le sérieux du nouveau monde d'accueil.
Trois violents coups de crosse devaient d'ailleurs compléter ma formation de base. Déshabillé à coups de poing, je fus conduit par quatre grands gaillards, les armes avec baïonnette au canon jusqu'à la porte de la cellule no. 71 où je fus enfermé avec mon innocence. A 0 h, je reçus la visite de quatre autres agents qui me sortirent et m'escortèrent devant la commission d'enquête du fameux Comité révolutionnaire que préside le très célèbre et très honorable Béria de Guinée, Son Excellence Ismaël Touré (astakh firllah al azime. Allahoumma rabbana amanna fakh firlana Djounoubana wa akhina adia ban nari). (Mon Dieu ! pardonne-moi, puisque j'ai cru en toi ! Pardonne-moi les péchés et évite-moi les tourments de l'enfer). Son altesse, roi du feu et du fer, Ismaël Touré, me recevant au nom de sa sagesse, le très vénéré père spirituel, propagateur émérite du « Saint-Esprit », sa sainteté Ahmed Sékou Touré. (Allahou akbarou ! Allahou Akbarou ! Allahou Akbarou soub hanalladji sakhara lana haza wama koun na lahou moukhrinina wa in na ila rabbinal moukha liboune). (Verset de protection contre la malédiction qui peut s'abattre sur toute personne prononçant le nom de Sékou Touré).
— Mon cher Sylla, tu te croyais malin pour avoir trompé la Révolution pendant 24 ans. Où es-tu ce soir ?
— Eh ! bien, pris dans l'engrenage infernal du filet infaillible, tu n'as aucune chance de t'en sortir. Cependant, pour limiter tes souffrances avant la potence, tu as intérêt à tout avouer. Préparez donc 20 feuilles pour lui, j'espère qu'il a compris !
C'est par ces propos que le président de la commission m'a reçu pour la première fois.
Cela se passe de tout commentaire. Tout semble préparé avant mon arrivée ! Il est facile de s'en rendre compte. Tous les cadres sont fichés par le Parti, mais c'est à tour de rôle que chacun sera arrêté.
Entre l'étonnement et la surprise, la tension nerveuse faillit me vaincre devant cette mascarade de juges techniquement incompétents dont les maîtres à penser, les directeurs de conscience, ignorent totalement les notions les plus élémentaires de l'histoire des sociétés humaines. Il faut être Sékou Touré, « Alcapone » 1 (c'est le nom que lui ont donné les détenus), pour organiser à la fin du XXe siècle, des tribunaux d'exception, dont l'histoire a enregistré la disparition il y a bien longtemps. Je continue donc à rêver, ête chargée d'idées noires.
C'est à ces instants insupportables, lourdement chargés de cauchemars que viendra s'ajouter la suite du programme : la cabine technique. «
— Oularé, envoyez-le et mettez-le en "condition" » (terme ironique pour voiler l'opération de tortures).
La cabine technique est dirigée par un officier de la gendarmerie du nom de Cisse surnommé « Ministre ». Les différentes tortures sont exécutées par des « hommes » qui n'ont d'humain que de constitution. Drogués pour tuer, ils ont plaisir à fouetter jusqu'au sang, à casser des membres, à plonger la tête du détenu dans un fût rempli d'excréments humains, à électrocuter, à mettre le pied du prisonnier dans du goudron chaud, à installer le détenu dans le pneu destiné à le torturer, etc.
Il est inutile d'insister sur cet aspect des atrocités du Camp Boiro qui, trop minutieusement racontées, donnent la chair de poule aux uns, envie de rendre aux autres alors que les plus délicats piquent une crise cardiaque qui peut leur être fatale. Sur ce chapitre, le livre « La vérité du Ministre » de M. Diallo Alpha Abdoulaye est suffisamment explicite !
Nous laissons le soin au CMRN (nouvelles autorités guinéennes) d'indiquer, pour l'opinion guinéenne en général et celle africaine et internationale en particulier, le véritable dessous de la carte du pouvoir, de l'autorité, de la singularité de la mobilisation dite « populaire » du P.D.G., surtout la petite histoire de celui que la plupart des peuples considèrent, à tort, comme un géant parmi les plus grands patriotes qui ont défendu les nobles idéaux de liberté, de justice, le « lion » de l'Afrique, le « champion » de l'Indépendance africaine, le « père fondateur » de l'OUA, l'infatigable pèlerin de la cessation de la guerre et du maintien de la paix entre l'Iran et l'Irak, l'éminent coprésident du Comité « Al Quods » chargé, au nom de la communauté musulmane toute entière, de déclencher une vaste campagne dans le monde en vue de préserver la propriété collective des religions révélées sur Jérusalem, le tribun capable des plus violentes diatribes, homme à mémoire d'éléphant, toujours prêt à rappeler, en vue d'humilier, les plus petits faits indigestes des personnalités qu'il a connues dont il est resté farouchement jaloux du rayonnement politique, intellectuel ou socio-humain. Sékou Touré a eu malheureusement beaucoup de complices dont nous sommes obligés de parler, car l'histoire est le rappel des faits et de leurs auteurs ainsi que les circonstances qui ont motivé les différents actes. Comme Hitler, le Parti social-démocrate, les généraux et commandants nazis, Sékou, le P.D.G. et les dirigeants du régime dictatorial et sanguinaire, tous à des degrés différents, portent le poids de la responsabilité d'assassinats massifs de populations paisibles et de cadres innocents. Les nombreux livres en chantier et les films historiques qui s'en inspireront, immortaliseront la mémoire de ceux et celles qui ont laissé leur innocente vie dans ces ghettos tristement célèbres. Aussi, le Comité Militaire de Redressement National, soucieux de réhabiliter ces dignes filles et fils du pays, s'est-il engagé à ouvrir les dossiers de ces camps de la honte.

voilà en gros ce dont le régime de Sékou « Alcapone », le guinéo-mauritano-malien, a été capable pendant 26 ans d'un règne totalitaire, sanguinaire et inhumain.

Que dire des traits de caractère des principaux dirigeants du P.D.G. nazi ? Sékou a trahi les Guinéens, l'Afrique et les autres peuples qui l'accueillaient en héros, en véritable champion de la liberté et de la démocratie. Il a essayé de tromper Dieu, mais celui-ci avait déjà révélé avant lui dans le Saint Coran, le verset 13 de la Souratoul Moulkou : « Je sais ce que chacun de vous trame dans les méandres de sa pensée profonde ».

Sékou était un véritable ennemi du peuple de Guinée, un politicien réactionnaire qui n'a dit la vérité qu'une seule fois de sa vie , ce jour-là, agonisant dans son lit de mort, il laissera échapper la seule expression de vérité dont il a été capable : « l'homme propose, Dieu dispose, aujourd'hui c'est fini pour Sékou ».

Sékou était également méchant, très méchant, extrêmement méchant, mais aussi, il était petit, très petit, un lilliputien, qu'opposés ces deux traits de caractère ont limité certains dégâts de l'illuminé. Tous ces proches collaborateurs qu'il a fini par tuer ou mettre en prison pour de longues années ont été plus ou moins victimes de haine résultant de la jalousie née de cette petitesse. Constatant un jour la finesse des motifs de broderie du grand boubou d'un de ses Ministres, il s'exclama comme un bambin : « Oh là ! là ! quelle bourgeoisie. » Il n'oublie pas de faire à un autre Ministre, la remarque suivante : « Moi je suis un Président malheureux, tous mes Ministres ont de jolis salons. Chez moi, c'est une honte ».

Dès qu'il a arrêté un Ministre aisé, membre de la Direction Nationale du P.D.G., il s'est aussitôt jeté sur son bureau en marbre qu'il a immédiatement fait envoyer à la case de Belle-Vue, une de ses résidences officielles.

Tous les anciens détenus de Boiro conviendront avec moi quIsmaël Touré est un sadique né, un criminel né pour tuer. Il n'est pas entièrement satisfait de l'exécution de ses ordres par les « cabinards » (cabine technique) : il doit faire du mal lui-même pour jouir du bonheur qui en résulte pour un sadique comme lui. C'est ainsi qu'il torturera personnellement certains détenus. Momo Soloma-nâni en sait long sur ce chapitre. Il porte de visibles séquelles de la brûlure d'un morceau de caoutchouc allumé sur son corps. D'autres détenus ont eu le « privilège » de recevoir sur leurs joues pour être éteints plus d'un mégot de cigarettes allumées.

Quand ses bourreaux de la cabine technique sont venus lui annoncer la mort, survenue des suites de tortures, du Commandant Sylla Théoury, Ismaël a répondu : «C'est bien ! il est cuit dans son jus ».

Siaka Touré, lui, est un personnage singulier. Il n'est pas facile de rencontrer un bourreau au comportement doux et affable de l'acabit de cet homme qui a trompé tous les Guinéens, surtout les jolies filles guinéennes par cette nature innocente.
Grand spécialiste du montage, de la mise en scène et de l'exécution de tant de complots imaginaires, Siaka est un homme qui a su tromper par ses sourires et ses envolées sentimentales presque affectueuses, pas comme Néron d'Agrippine qui était cruel sans malice.
Siaka vient ramasser une dizaine de détenus pour les mener au « poum-poum » (fusillade) et revenir les mains. ensanglantées auprès des autres détenus qui attendent leur tour et, caressant l'épaule décharnue d'un malheureux, lui demander : « Et le moral, il est bon ? ».
Quel caractère monstrueux !
Keira Karim, Saïdou Keita, Cherif Sékou, Moussa Diakité, analphabètes opportunistes, sont, avec Mamadi Keita, Siké Camara, Mamadi Kaba, les meilleurs apprentis-sorciers, anthropophages. Responsables d'assassinats de cadres, ils étaient, comme leur maître Sékou, passionnément jaloux des qualités techniques, morales et intellectuelles de leurs victimes. Sékou Touré ne s'était entouré, pour la plupart, que de tristes individus, assoiffés de sang, qui l'ont aidé à saccager la Guinée, pour laisser ce beau pays dans une parfaite incurie, une totale désolation. Conakry, cette « perte de l'AOF » est une ville qui semble dévastée et abandonnée par des croisés.
Les crimes sont nombreux et de tous ordres. Peut-on payer le sang par le sang, comme le conseillent certaines religions ?
Le Comité Militaire de Redressement National a demandé au peuple de pardonner pour tout ce qui est arrivé et de regarder l'avenir avec optimisme. C'est bien beau de pardonner mais d'abord la justice !
Pour empêcher les rescapés des geôles de se rendre justice, il y a lieu de créer un tribunal spécial chargé de juger des crimes et criminels qui ont agi en temps de paix comme en temps de guerre.
Non pas en spécialiste, en magistrat, mais en qualité de victime, constituée en partie civile, voici l'accusation principale que je porte contre Sékou Touré et ses complices : convaincus de crimes et complicité de crimes.

1er groupe.

Ils sont accusés d'avoir apporté au dictateur :

  1. L'aide nécessaire requise pour la naissance, le développement et l'entretien d'un pouvoir personnel, dictatorl al par le culte de la personnalité du tyran, « Responsable Suprême de la Révolution, Stratège infaillible »
  2. Le concours opportun et nécessaire au tyran dans l'exécution de son plan machiavélique d'élimination systématique de tous les patriotes guinéens
  3. Le soutien politique et moral au cupide, insatiable dans ses nombreux vols d'argent et de pierres précieuses

les complices actifs suivants :

2e groupe

Sékou Touré dit « Alcapone », ancien Président de la République, accusé pour :

  1. Destruction physique et morale de paisibles et innocentes personnes au nombre incalculable.
    En effet, personne ne sait le nombre de citoyens guinéens et africains innocemment tués dans les « célèbres » camps de concentration sous le régime de Sékou Touré.
    Témoin, ces trois camions remplis de « Mamadou Diallo », tous raflés à Labé et déposés au Camp Boiro sur instruction du Comité Révolutionnaire dont une section avait signalé l'entrée clandestine en Guinée d'un mercenaire du nom de « Mamadou Diallo ».
    — Il faut prendre dans la zone où le mercenaire a disparu après sa pénétration illégale, tous ceux qui portaient les mêmes noms et prénoms que lui.
    Cela cadre parfaitement avec le système mis en place par Sékou qui préférait les défauts de ses amis aux qualités de ses adversaires, et qui disait qu'il vaut mieux sacrifier de nombreux innocents que de laisser échapper un cadre longtemps visé, lui-même un parfait innocent.
    Après trois ans de séjour, tous les Mamadou sont morts sauf cinq sur le contenu des trois camions. Quelle justice !
    Sékou Touré devra rendre compte devant les hommes et dans l'autre monde, de tous ces cas de massacres de marginaux raflés aux frontières ou dans les centres urbains. Il y sera aidé par certaines personnalités qui occupent encore aujourd'hui les premiers rangs des dignitaires du nouveau régime.
    Le cas d'un pauvre paysan, victime de l'arbitraire et de l'injustice mérite d'être porté à la connaissance du public. De passage devant le Camp Boiro, un vieux paysan fraîchement débarqué des montagnes de l'intérieur du pays, demande des renseignements au sujet d'un certain Abou, fils de son voisin, arrêté à Conakry et conduit au Camp Boiro, selon les informations reçues au village : «
    — Est-ce ici le Camp Boiro ? si oui, je vous prie de dire à votre chef de libérer « Abou ». C'est le fils de mon ami du village , son père est très bon. Lui-même, un garçon sérieux. Il est marié avec enfants. Pardon, libérez-le, car son champ de riz est en maturité et n'attend que des bras valides pour être récolté. Vous lui remettrez ces 20 sylis pour qu'il s'achète des cigarettes. N'oubliez pas ma commission, je compte sur vous et nous attendons Abou.
    — Approche un peu vieux et assieds-toi, ordonne le garde portier.
    Entre-temps arrive le « Tout-Puissant » Siaka Touré, maître-sorcier, tortionnaire en chef, commandant en chef des « forces occultes », célèbre gardien des « loques humaines », l'homme-caméléon : « monstre » à Boiro, « ange » ailleurs.
    — Voici, mon Commandant, un vieux qui demande des nouvelles d'un agent de la 5e colonne.
    — Bon, envoyez-le.
    Et voilà le pauvre vieux qui s'en va pour une destination inconnue. Il y fera trois ans pour sortir avec trois maladies qui ne tarderont pas à l'emporter à trois mois de sa libération… Ces quelques exemples suffisent, je crois pour appuyer ma première accusation contre « Alcapone » que j'accuse encore de :
  2. Haute trahison du peuple en hypothéquant son avenir politique, économique, culturel et social.
    En effet, en donnant au socialisme guinéen une figure de fantôme, synonyme de violence, de dictature, d'injustice, il a délibérément détruit les bases morales du socialisme qui s'en remettra difficilement en Guinée. En 30 ans du règne du Parti unique, Sékou a sacrifié le développement économique aux discours creux, insensés, ennuyeux, auxquels il a habitué les Guinéens qui ont abandonné l'essentiel au profit du superflu : plus de productions industrielles, pourtant source de devises ; créer la rareté en tout pour rendre le Parti indispensable à la vie car c'est lui seul qui peut satisfaire le centième des besoins du peuple qui doit se contenter du minimum car la « Révolution est exigence » selon Sékou Tôrè (Tôrè signifie souffrance en langue soussou).
    Quant à l'aspect culturel hypothéqué, le commentaire n'est pas nécessaire car c'est une honte nationale dont le peuple de Guinée portera encore longtemps le poids. Les centres d'enseignement révolutionnaire (C.E.R.) créés pour saboter l'enseignement et l'éducation en République de Guinée, avaient pleinement joué leur rôle.
    En effet, jusqu'au 3 avril 1984, le niveau général moyen de l'élève guinéen était le plus bas de toute l'Afrique, comme le revenu par tête d'habitant en Guinée.
    Que voulait Sékou pour ce beau pays de Guinée ? Un pays dont tous les habitants seraient des abrutis, des aveugles, prêts à applaudir le tyran, à rapporter au Parti le moindre propos malveillant de la part de n'importe qui, car seule la délation permet d'avoir un bon d'achat de quelques mètres de percale ou d'imprimés à Sonatex. Une population affamée, soumise au dictateur dont le bonheur fait la joie du peuple. Ne jamais laisser au peuple le moindre temps de réfléchir sur sa propre condition. Au plan social, un peuple divisé aux mœurs corrompues : menteur, tricheur, fainéant, cupide voilà la réalité que Sékou a voulu créer en Guinée pour garantir deux choses
    - son pouvoir personnel
    - après lui, le déluge, le chaos où se noierait immanquablement son successeur que le peuple qualifierait d'incapable, regrettant ainsi le règne tyrannique de notre brave tyran. Sékou a-t-il réussi dans cette entreprise destructrice ? A chacun d'y répondre !
  3. Vol de sommes fabuleuses d'argent et de pierres précieuses.
  4. Division du peuple pour préparer une guerre civile qui serait au passif du successeur. Comme Hitler, Sékou a construit une poudrière et mis à côté un fût d'essence avec une boîte d'allumettes pour qu'après lui la bombe éclate par la moindre imprudence de la part des nouvelles autorités en place.
  5. Abus de confiance, escroquerie politique et morale tout au début. (Alabè, Annabibè, de grâce, venez à moi, je ne vous décevrai pas).
  6. Incitation et appel à peine voilé à la débauche : toutes les structures du Parti et des organismes parallèles, des travailleurs, des jeunes, des femmes favorisent ce contact très délicat de l'essence et du feu, de la jeunesse, masculine et féminine. La plupart des enfants nés entre 1958 et 1984 portent les tares très graves de cette licence insupportable.
  7. Dictature politique imposée à un peuple doux résigné parce que profondément religieux.
  8. Propos délateurs et mensongers, injurieux et alarmistes, méthode cynique de tenir le peuple sous tension permanente et de créer en lui des sentiments d'éternelle suspicion et de haine.
  9. Charlatanisme et assassinat de personnes comme sacrifices humains.
  10. Attentat à la pudeur par de nombreux viols de mineures et d'épouses de détenus politiques.
  11. Exploitation scandaleuse des initiatives et aptitudes du peuple dans des activités inutiles, ruineuses et nuisibles (manifestations artistiques populaires).
  12. Fausse déclaration d'identité pour tromper l'opinion publique sur ses origines authentiques.

3e groupe

Ce groupe est composé de toutes celles et de tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin à la tragédie guinéenne : agents secrets, parents ou alliés du tyran, les nombreux marabouts complices du pouvoir tyrannique. Responsables de la plupart des sacrifices humains, qu'ils indiquaient personnellement, avec le rituel, au Chef de la Loge maçonnique de l'Ouest africain, les sacrificateurs portent la lourde responsabilité d'avoir mis le couteau à la gorge d'êtres humains, comme eux, et de l'avoir tranchée, froidement, salis frémir.
Sur ce chapitre, rappelons avec amertume le résultat d'une amitié.
Oh ! Dieu de la Clémence ! Pardonnez aux innocents ! Mais condamnez les coupables !
Ayez l'âme d'Elhadj Sidiki que l'amitié d'un fils pour un tyran a entraîné sur la voie très périlleuse de « Cheytane », du Satan trompeur. En effet, Sékou et son ami Béa (Premier Ministre) se concertent, discutent, arrêtent un plan satanique, auquel ils associent malheureusement un homme respectable, le père du Premier Ministre. Si Sékou a, 30 ans durant, choisi, adopté et gardé Béavogui Lansana comme fidèle compagnon, c'est parce qu'il le sait capable d'accepter de jouer n'importe quel rôle dans son théâtre infernal. Assis dans un coin, les deux hommes complices convoquent Elhadj Sidiki Béavogui, qui arrive précipitamment, sans savoir qu'il venait se souiller les mains dans des circonstances imprévisibles pour un fervent musulman. «
— Tiens, égorge-le ! telle est la volonté de Dieu.
Les deux hommes d'État suivent avec un réel plaisir « l'exécution froide » qu'ils viennent d'ordonner. Crime parfait ! Certainement pas ! La chose, bien tenue au secret pendant un certain temps, va « filtrer ». Et, finalement, c'est dans un livre que l'humanité entière sera informée. Elhadj Sidiki Béavogui en voudra éternellement à son fils pour ce crime odieux qu'il lui a fait commettre. Toutes celles et tous ceux qui ont approché Elhadj Sidiki Béavogui peuvent témoigner de l'authenticité de cette révélation. Car le « vieux » l'a dit à tout son entourage. Et c'est pour cette raison que, très « adroitement », « ce père indiscret que l'âge fait délirer », est mis en réclusion quelque part jusqu'à sa mort. Mais comme il n'y a pas de crime parfait, c'est bien dans cette réclusion que le « Tout Guéckédou » a appris tout ce qui s'est passé.
« Je refuserai de commettre un tel crime », diront certains lecteurs.
Attention ! Sékou n'était plus un homme à partir de 1964. C'était un monstre si effrayant que tous les Guinéens craignaient plus que Dieu, parce qu'on avait fini par accréditer l'idée d'immortalité d'Ahmed Sékou Touré, qualifié de « Cheick Mahady », le sauveur de l'humanité, le dernier prophète et le plus grand de tous les envoyés.
Si un musulman intègre, à conviction inébranlable préfère la mort à un tel crime, ce n'est sûrement pas le cas chez un « musulman de circonstance », illettré par surcroît, récemment baptisé, peut être par conviction légère, ou par amour de certains rites, très certainement par honneur d'être dans ême « société » religieuse que Sékou le musulman de « parade », l'excellent commentateur du Saint Coran, mais qui s'est interrogé pour trouver, dans sa vie, le crime qu'il n'a pas encore commis, pour qu'il le fasse allègrement avant que la mort ne le surprenne.
Si l'on peut trouver des circonstances atténuantes pour le père de Béa, le seul fait d'avoir accepté la mission de tuer pour un salaire est une circonstance très aggravante pour les tueurs a gage. Quant aux dignitaires du P.D.G. qui, par excès de zèle, se sont rendus coupables de crime de toutes sortes, ils doivent être jugés et condamnés comme tels. Par exemple, Sékou n'a dit à aucun responsable de Conakry d'aller saccager la concession de Lancéï Keita, père de Tidiane, l'agresseur du Président.

3. Une séance d'interrogatoire par la commission présidée par Ismaël Touré, demi-frère de Sékou Touré

Frappés de cécité politique et morale, grisés par le pouvoir, aveuglés par la cupidité, ces hommes incultes n'ont, un seul jour imaginé le revers de la médaille. Puisqu'ils ne croyaient pas en Dieu, ils ne pouvaient pas prévoir le changement auquel s'attend tout croyant. C'est pourquoi, par la foi, la patience et le courage, nous, détenus politiques, étions sûrs qu'un jour la vérité serait connue et sa victoire proclamée. A ce titre prophétique, j'ai dit à Ismaël Beria : « Soub-hanallah, wal-ham doulillah, wa la i laha illallah wallahou akbarou. Wa la hawla, wa la quwatan, illa billahi al a liyoul azime» (Sainteté et Hommage à Dieu, unique divinité ! impuissant est l'humain, omnipotent est le Seigneur.)

Voici les onze questions qui m'ont été posées par la Commission d'enquête :

  1. A partir de quelle période avez-vous collaboré à l'utilisation de la Commission d'assainissement du marché MBalia contre la police économique ?
  2. Quels étaient les thèmes et les moyens utilisés pour opposer systématiquement la Commission d'assainissement et la police économique ?
  3. Quels sont les thèmes et autres moyens utilisés pour exciter les vendeuses et les annoncer par étape à s'insurger non seulement contre la police économique, mais aussi et surtout contre toute autorité se réclamant du Parti-État en les amenant dans une attitude de rébellion caractérisée ?
  4. Quels sont les principaux responsables mêlés de près ou de loin, directement ou indirectement, à cette action de sabotage et de rébellion ?
    a) parmi les militants et cadres du Parti à tous les échelons ?
    b) parmi les agents et cadres de l'administration régionale et centrale ?
    c) parmi les anciens commerçants aigris ?
    d) parmi les transporteurs, chauffeurs et apprentis ?
  5. Développez en détail, dans le cadre de cette organisation contre-révolutionnaire, présentant tous les traits caractéristiques d'une séquence du complot anti-guinéen, le rôle qui vous a été confié et dans quelle mesure vous iivez accompli ce rôle ? a) dans la phase préparatoire d'intoxication. b) dans la phase d'exécution au cours des graves incidents des 27 et 28 août 1977, en mettant l'accent sur votre participation aux phases principales de la rébellion ? (marche sur la Présidence, désordres au Palais du Peuple attaque des locaux de la police économique et des commissariats, vol des armes, munitions et autres mobiliers dans les locaux saccagés, attaque des personnes aux barrages, chant subversif, tentative de camouflage, complicité dans la fuite du comploteur Ibrahima Sory Barry).
  6. Quelles sont les raisons qui vous ont amené et depuis quand, à agir contre le Parti-État ?
  7. Qui vous a recruté dans la contre-révolution ?
  8. Quels sont les objectifs qui vous ont été présentés au moment de votre recrutement et quelles promesses vous ont été faites en cas de succès du complot ?
  9. Quels sont les complices que vous avez entraînés dans ce complot ?
  10. Rôle de Ibrahima Sory Barry à la tête du groupe des collecteurs dans la subversion ? Moyens et méthodes d'action du groupe des collecteurs ?
  11. Rôle de Sény « la presse» à la tête du soi-disant syndicat des transporteurs ? Moyens et méthodes d'actions de ce syndicat en dîrection des transporteurs d'une part et des voyous d'autre part ?

« Prêt pour la révolution ! »

De toutes ces questions, celle qui a la plus retenu l'attention de la commission est la 7e « qui t'a recruté ? ».
Je répondis en disant que c'est une grave injure à mon endroit car, cadre conscient, suffisamment responsable, on ne peut pas me recruter pour servir de 5e roue dans une affaire où il est question des destinées du pays. Moi je peux recruter mais ne suis « recrutable » par personne. Très satisfait de cette réponse, Ismaël saisit la balle au bond, en me demandant : «
— Alors dis-nous, cadre conscient, quels sont ceux que tu as recrutés dans la contre-révolution.
A cette autre question, je répliquai que c'est là encore une injure, car c'est minimiser mes capacités de destruction d'un édifice fragile, parce que fondé sur le mensonge et le sang des innocents. Pour démonstration, que le P.D.G. convoque un grand meeting populaire comprenant les délégués de toutes les communautés villageoises ; mais attention, pas « d'élus du P.D.G. », en réalité des hommes imposés par le Secrétaire Général du Parti dont la volonté est souveraine dans les élections guinéennes. A ce meeting, je laisserai le Bureau Politique National du P.D.G. parler pendant deux heures de son propre bilan, de ses perspectives et moi, en cinq minutes de dissection du P.D.G. et de ses dirigeants, tout le peuple de Guinée, debout comme un seul homme, les écrasera comme une punaise. Je n'aurai donc pas besoin de me faire aider à la liquidation d'un régime dictatorial sans assises populaires.
Après cet échange d'idées, Ismaël me promit ce meeting qui choisirait entre le P.D.G. et moi. En attendant la réalisation de cette promesse, j'adressai au « Camarade Responsable Suprême de la Révolution », une lettre ouverte de plusieurs pages, dans laquelle je lui fis le récit substantiel de l'histoire de plusieurs princes tant temporels que spirituels, dont : Auguste le Clément, Alexandre le Grand de Macédoine, Abraham, David, Salomon, Ramsès 11, Noé, Namrod, Nabuchodonosor, Annibal, Pyrrus, Mithridate (qui parlait 22 langues et avait régné 61 ans), Hector, Assourbanipal, Képhren, Néron, Moïse, Jésus, Mahomet, Charlemagne, François ler, les rois bourbons, les empereurs Cisse du Ghana, ceux du Mali, de Gao, Hitler, Mussolini, Samory, Lénine, Staline, Mao.
Je précisais dans ma lettre la fin misérable de tous les mauvais princes et l'heureuse fin des autres dont l'histoire immortalisera la mémoire à cause de leur œuvre faite de générosité et de droiture.
Cette lettre, véritable document historique, a été très salutaire pour moi car, le « Responsable Suprême de la Révolution » qui ne s'attendait pas à une telle explosion de courageuses vérités, a été si surpris de cette attitude d'un détenu politique, qu'il a aussitôt ordonné de lever ma « diète », qui comptait déjà 7 jours. Convoqué une dernière fois par la commission, je devais préciser ma pensée à travers de nombreuses expressions latines que j'ai employées dans ma lettre : « Amare velle bonum alicui », (Aimer quelqu'un c'est vouloir son bien).
Sékou, dans tous ses discours chante le peuple mais il ne fait absolument rien pour le servir. « Homine imperito nunquam quidquam injustius », (Jamais rien n'est plus injuste qu'un ignorant). Par ce dicton je m'adressais encore à Sékou, qui n'a rien appris de l'histoire des peuples. Le peuple applaudit ses discours, chante ses louanges ; il se croit « aimé pour rien », il pense le demeurer éternellement. Il croit tromper le peuple, qui l'a cependant découvert depuis longtemps mais, qui continue à le louer espérant, par ce procédé, adoucir le coeur insensible du leader-charmeur, distributeur de beaux sourires. Si seulement Sékou avait appris l'histoire d'autres dictateurs qui ont régné en maîtres absolus, il aurait su que le « pouvoir absolu corrompt absolument » comme l'a dit Karl Marx. Si seulement le « père de l'indépendance guinéenne » savait que les politiciens comme Danton et Robespierre, des orateurs comme Cicéron, des dictateurs, malades de pouvoir et de sang comme Hitler, ont été chacun, en un moment donné, sous un ciel donné, noyés dans des bains de foule où ils étaient considérés comme des êtres spéciaux, extraordinaires, à qui l'histoire a réservé quelquefois une triste fin après bien des tournants périlleux, il comprendrait que seule la bonté, la justice et la droiture ont un prix de bonheur et d'honneur. Mais hélas !
« Urbe direpta, hostis discessit ». (« Après qu'il eût pillé la ville, l'ennemi partit »). Ceci s'adressait à Béhanzin, un béninois, traître à l'Afrique, adopté par Sékou, qui en fait un « grand Ministre » très écouté. Mathématicien, idéologue, « socialiste », Béhanzin a été le champion de toutes les réformes de l'enseignement en République de Guinée. C'est lui, avec d'autres, qui a institué les fameux C.E.R. Centres d'Enseignements Révolutionnaires, que la jeunesse scolaire et universitaire a vite fait d'appeler « Centre d'enseignement des enfants râtés, C.E.R. ». Pour avoir donc mis le feu à l'enseignement, et à l'éducation en Guinée, sa terre d'asile, il ne mérite ni pardon ni clémence.
« Brutus avait libéré la ville de Rome de la tyrannie des rois ; mais les Romains ne jouissaient point de la liberté ainsi acquise ». Là encore je m'adressais à Sékou. Citus avait provoqué la colère d'Alexandre par son insolence et ses libertés excessives. Menacé par lui, il sortit d'abord de la salle du festin, mais rentra bientôt par une autre porte, récitant ce vers dAndromaque d'Euripide. « Hélas, qu'il règne en Grèce un triste état d'esprit ». Alors Alexandre s'empara de la lance d'un de ses soldats, et comme Citus s'avançait vers lui, il l'en transperça. Citus s'écroula avec un gémissement de douleur. Aussitôt la colère du roi se calma. Voyant ses amis muets et immobiles, il eut honte de son crime et, tirant la lance du corps de Citus, il voulut s'en transpercer. Mais ses gardes lui saisirent le bras et le conduisirent dans sa chambre. Il y passa toute la nuit à pleurer et, immobile, il demeura toute la journée du lendemain, brisé de remords. Du vestibule de sa chambre, on pouvait entendre ses soupirs.
Cette petite anecdote signifie que tout chef est capable de commettre des crimes, mais lorsqu'il se ressaisit, s'il n'est pas un monstre à la face humaine, comme Sékou, il pleure son acte, le regrette et s'en repentit. Il est par ailleurs intéressant de savoir que le P.D.G. et son leader étaient des ennemis de classe de certaines couches sociales, dont Sékou a juré d'éliminer tous les éléments. C'est ce que j'eus la témérité d'évoquer dans ma déposition en précisant que trois conditions m'opposaient systématiquement au P.D.G. et à son leader.

Je lui fis également comprendre que Samory, Alpha Yaya, Bocar Biro Barry en Guinée, Lat Dior au Sénégal, Ba Bemba au Mali, Guillaume Tell en France, et tant d'autres à travers le monde, symbolisèrent le refus de se plier aux exigences avilissantes de la domination étrangère. Lavoisier, André Chénier, flétrirent la violence de la convention, et durent payer de leur vie leur courageuse conduite. Vercingétorix vaincu inspire plus d'admiration que César triomphant. L'Almamy Bocar Biro de l'Empire théocratique du Fouta-Djalon a plus de mérite vaincu que le Commandant de Beckmann, vainqueur de l'armée indigène fortement éprouvée par d'incessantes guerres provoquées et entretenues par l'envahisseur, qui « vainc sans péril et triomphe sans gloire ».

Il ne fut pas seul.

Sékou agissait exactement comme son maître Iblis ou Satan (Tel maître, tel élève ; tel prophète, tel apôtre). Iblis refusa d'exécuter l'ordre donné à tous les anges de se soumettre à Adam, reconnaissant ainsi l'hégémonie et la supériorité de celui-ci sur toutes les créatures. Dieu, pour le punir, le renvoya du ciel et, lui, pour se venger de l'homme (Adam) prit la décision « satanique » d'induire en erreur tous ceux et toutes celles des fils et filles d'Adam qui se laisseraient corrompre par sa tentation. «
— A cause de toi, fils d'Adam, j'ai été maudit, tu me le paieras cher, car nombreux seront mes adeptes parmi tes enfants, qui m'accompagneront dans la géhenne aux tourments éternels.
Ah, dit Cheytâne.
Cependant, Cheytâne a été plus sérieux, plus honnête, plus droit, que « certain leader », dont l'intention non affirmée ne pouvait filtrer qu'à travers ses actes quotidiens. Il s'est entouré de tous les cadres capables de sortir ce pays de l'ornière non pas par amour du peuple mais simplement pour les avoir à portée de main, les liquider au fur et à mesure par trahison, en les accusant de complots. C'est à cette seule fin qu' il a amadoué bon nombre de hauts cadres en « fouettant » leur conscience patriotique, avec des propos très flatteurs, au lendemain de l'indépendance nationale.
— Rentrez dans votre pays nouvellement indépendant ; il a besoin de cadres valables comme vous pour sa reconstruction. J'en appelle donc à votre foi patriotique.
Quel cadre pouvait-il résister à une telle vérité, surtout qui s'inscrit dans le sens de l'histoire ? C'est à ce piège que furent pris la plupart de nos cadres, qui avaient à « manger et à boire » en Europe et ailleurs.
Fodéba Keita, Alhassane Diop, Balla Camara, Naby Youla, occupent, parmi tant d'autres, une place de choix au sein de ces victimes de la perfidie et de la haineuse jalousie d'un politicien véreux, dont l'amitié ou l'estime, la confiance ou la foi, ne signifient rien d'autre qu'un moyen circonstanciel pour atteindre un but. Et, puisqu'il faut se servir des hommes pour atteindre tous les buts, il gardera donc autour de lui des gens « bons à rien », des « beni-oui-oui », qu'il a « travaillés » et déshumanisés, en en faisant des complices très actifs. C'est dans ce cadre qu'il a crée quatre grandes commissions permanentes d'enquêtes du Comité Révolutionnaire :

Supposons qu'un cadre, professeur, administrateur, médecin en même temps Secrétaire général de section ou Secrétaire fédéral, soit impliqué dans un « complot » et arrêté. Il ne sera pas interrogé par la commission des intellectuels, mais par celle des hauts cadres. L'on peut donc se demander si, de ce « tourbillon » infernal, de cette obscurité « noire », est sorti indemne, au moins un cadre pour servir de témoin aux générations montantes.
Dieu de sagesse soit loué pour avoir donné l'occasion à certains cadres de témoigner aujourd'hui de la triste réalité du Camp Boiro et d'être aux côtés du CMRN pour la gigantesque entreprise de redressement national. Ce livre est un simple recueil de témoignages. Il n'a pas la prétention d'orienter la commission nationale d'enquête chargée du dossier des complices de Sékou, mais aura le mérite, nous l'espérons, de donner des conseils d'ordre pratique. Ainsi, nous souhaiterions du CMRN et du gouvernement autant de rigueur pour les criminels endurcis que d'indulgence pour tous ceux qui ont évité de pactiser avec le tyran. Tous les citoyens, les cadres surtout, ont adopté la politique de « sauve-qui-peut » dans le régime de terreur de l'éléphant emballé, pendant que quelques assassins-nés conseillaient à Sékou sa dangereuse politique sanglante. Ceuxlà doivent être jugés et condamnés comme criminels et comme complices.
Par ailleurs, pour aider le musée national, les historiens et artistes, nous conseillons de mettre en sécurité les six principaux tortionnaires des camps de concentration :

Sans de tels exécutants fidèles, et d'autres encore, très nombreux, qui se recrutent dans tous les milieux, le dictateur n'aurait pas tué ces milliers d'innocents, tous accusés de complots.
Que la justice veille donc, désormais, sur l'exécutif ! Que Dieu, le juge infaillible, veille sur le peuple.
Un citoyen de bonne foi n'a-t-il pas lancé à ma figure, la question suivante : « Pourquoi aviez-vous gardé pour vous tout ce que vous saviez sur Sékou et sur le P.D.G. et, que vous êtes en train de révéler maintenant ? ».
La réponse à cette question est très simple car, qui connaît Sékou, craindra sa main ensanglantée. Des personnes averties par le « 6è sens », capables d'appréhender les défauts majeurs chez leurs semblables, au moindre contact, avaient annoncé tout ce qui devait arriver avec le régime de Sékou, mais à l'époque c'est le mensonge et la violence qui faisaient la loi en Guinée. On ne les a donc pas prises au sérieux.
Déjà à Tondon en 1954, où il venait de manger avec nous à table, Sékou a laissé une mauvaise impression au commandant. En effet, après la repas, l'administrateur et moi raccompagnons Sékou Touré et son ami Saïfoulaye Diallo, jusqu'à leur voiture. De retour au salon, le commandant me dit :
— Tu vois l'homme-là, c'est un menteur.
A l'époque je ne comprenais rien à cette affirmation de M. Labour. Il a fallu plusieurs années pour que les choses se précisent sans erreur.
De même, une certaine étrangère vient pour rendre visite à une amie, épouse d'un Ministre guinéen. Les bonnes manières exigent que le couple hôte accompagne l'étrangère pour une visite de courtoisie au Président de la République.
— Mais que vous êtes calme, Madame ! vouêtes donc pas heureuse en Guinée ! Elle n'a pas l'air d'aimer ce pays ! ». Voilà quelques propos-chahuts tenus par Sékou Touré, qui a vite constaté que l'étrangère était assise comme une statue, ne disant mot, observant seulement les moindres gestes du Président-charmeur.
La causerie finit, faute d'interlocutrice. Les visiteurs rentrent et, à la maison, l'étrangère n'ouvrit la bouche que dans la chambre de Mme Diop Alhassane, son amie :
— Ne lis-tu pas sur le visage de ton Président les nombreux signes indiquant sa criminalité ? Je te conseille de prendre ton mari et tes enfants et de mettre les « bouts », faute de quoi, nous allons perdre notre « cher mari », car il va le tuer. Si Diop ne te comprend pas, les enfants et toi, tout de suite à Dakar, c'est un ordre.
Voici fidèlement rapportés les propos de deux personnes qui n'ont vu qu'une fois Sékou Touré, mais l'ont défini comme menteur et criminel. Le tout s'est vérifié plus tard.

4. Quelques preuves

Pourquoi Sékou envoie-t-il un message de satisfaction à Marien N'Gouabi, président du Congo-Brazzaville, pour le crime qu'il vient de commettre en tuant le grand artiste congolais Franklin Boukaka, pendu, sa guitare au cou ? C'est parce qu'il en sait long. Ses « diables » de Karamoko-féticheurs ne lui conseillèrent-ils pas de sacrifier un homme public, connu et aimé dans le monde ? Selon ces fameux prédicateurs, en mourant le pauvre condamné « lègue » par procédés occultes, au leader qui le sacrifie, les qualités qui font qu'il soit connu et aimé de tout le monde. L'Afrique est un mystère !
De même, j'accuse Sékou Touré de la mort de l'artiste qui fut le plus populaire en Guinée dans les années 60-70, le compositeur-chanteur-animateur, danseur, le brillant Demba Camara, à qui il a remis son fameux mouchoir blanc ensorcelé, à la veille du départ de l'orchestre Bembeya-jazz pour Dakar, en 1973.
Jean-Paul Alata est un Français qui a eu, pendant longtemps, ses entrées et sorties à la présidence de la République. Pour entrer définitivement dans les bonnes grâces de Sékou touré, Alata prend le nom de famille de son ami : il s'appelera désormais Jean-Paul Touré Alata . Et pourquoi pas ? Dans la vie, l'homme est guidé par ses intérêts. C'est en Afrique qu'on entend dire « même pour milliards et châteaux, je n'aliénerai pas mon « sacré nom de famille ». L'Afrique a ses valeurs !
L'Europe et les autres parties du monde, ont aussi leurs civilisations ! Comprenons-nous, nous nous compléterons !
Comme la plupart de ses pairs africains et même européens (pourquoi pas), Sékou était un « fieffé charlatan», animateur des « petites chambres noires », refuge d'adeptes de Cheytâne. Les marabouts lui prédisent que son successeur viendrait de la région administrative de Dubréka, 3e poste de la Guinée française. Pour cette raison, (aujourd'hui il faut avouer la vérité, car les événements ont prouvé que son marabout avait vu juste, son successeur est bien de cette région) il s'acharne contre cette localité côtière, dont il ordonne même, discrètement, de brûler toute la documentation monographique, ainsi que les documents historiques compulsés depuis la pénétration coloniale. Il réduit ainsi Dubréka à sa plus simple expression. Et, pour résoudre le douloureux problème de « Coyah », dont il a tué, arrêté ou fait exiler les plus éminents et valeureux fils tels que Karim Bangoura, Kassory Bangoura, Mouctar Bangoura, Naby Issa Soumah, il érige l'arrondissement de Coyah en région administrative pour l'opposer à Dubréka qui, non seulement perd sa qualité de chef-lieu de région, mais devient un simple arrondissement dont le sort n'est, désormais, plus enviable.

5. Sékou était un ingrat

L'ingratitude de Sékou Touré se passe de tout commentaire. Toutes celles et tous ceux qui l'ont vu grandir, lui ont tendu une main fraternelle en lu donnant asile et repas, secours et protection, ont regretté leur action et, en secret, demandé à Dieu la rémission de leur péché.
De tous les groupes ethniques guinéens, ce sont les Soussous qui ont le plus soutenu Sékou Touré en combattant vigoureusement tous les cadres de l'opposition qui auraient certainement fait le bonheur de ce pays (Barry Diawadou, Bangoura Karim notamment). Il traînera les mêmes Soussous dans la boue, leur donnera l'occasion de « chanter et danser » à tous moments ; il dira sans hésitation ni retenue aux Soussous : «
— Vous ne savez que chanter, danser et attendre le riz du port.
Pourtant, s'il accède au pouvoir, s'il s'y est maintenu pendant si longtemps, c'est certainement grâce aux Soussous, qui ne font aucune réserve dans leur amitié. Ce sont eux dont il a exploité le dynamisme, la vivacité et le bon coeur, qui ont consolidé les bases du P.D.G., qui se serait miné par sa propre action négative, n'eût été le soutien désintéressé, inconditionnel et batailleur de « l'ethnie-choc ».
Pour implanter le P.D.G. au sein des masses populaires, diffuser la fameuse idéologie de civilisation de masse, Sékou n'a épargné aucune force politique, économique, sociale ou culturelle :

L'on voit que pour atteindre le but, Sékou n'a épargné aucun effort, aucun sacrifice, aucun moyen. Il n'a négligé aucun secteur, aucune personne susceptible de garantir ses intérêts politiques. Il a su utiliser chaque moyen à bon escient. En véritable homme politique, il ne s'est jamais embarrassé de scrupules, tels que les sentiments fraternels, amicaux ou autres. Dès qu'il traverse un tournant, il met cap sur un autre en rangeant dans la poubelle de l'histoire tous les moyens (sous-entendu tous les hommes) devenus « caducs ».
C'est ainsi que Sékou n'avait rien de fixe sur cette terre ; aucun contrat ne pouvait le lier indéfiniment à qui que ce soit. Toutes ses amitiés, solides pour les autres, « événementielles » pour lui s'envolaient avec la solution du problème politique qui étaient à la base de leur naissance. En décevant donc ses « amis », il croit cela si normal qu'il peut dormir les poings fermés à côté d'un cadavre d'un Elhadj Lamine Kaba de Coronthie ou de celui d'un Kassory Bangoura, d'un Tibou Tounkara ou d'un Saïfoulaye Diallo.
Pour mobiliser les femmes guinéennes, Sékou crée de toutes pièces une héroïne nationale, MBalia Camara, en accusant de son 'assassinat', alors qu'elle était enceinte, l'un des chefs de canton les plus prestigieux de la Guinée française. Le peuple de Guinée doit savoir maintenant la vérité sur les émeutes de Tondon (février 1955). Un des nombreux témoins occulaires dont la plupart sont encore vivants, j'affirme avec force l'innocence d'Almamy David Sylla, accusé d'être l'assassin de M'Balia, l'héroïne du P.D.G. Citons quelques-uns des témoins qui peuvent confirmer l'authenticité de cette déclaration

Facély II Mara, RTG : voulez-vous nous dire, à l'intention de nos auditeurs, ce qui s'est passé à la présidence, quand, libéré, vous vous y êtes rendu. Almamy Fodé Sylla : il est de coutume qu'après sa libération le détenu politique se rende à la Présidence, « remercier » le bourreau pour son acte « magnanime », sa « clémence ». Termes élogieux, profondément démagogiques que tout prisonnier entend de la bouche de Siaka Touré quelques instants avant sa libération :
— Le « Responsable Suprême de la Révolution » me charge de vous annoncer, que de son droit de grâce, il outre-passe le peuple qui vous a condamné à mort, en vous redonnant votre liberté, espérant que vous êtes décidés à servir, désormais fidèlement la Révolution. Mais attention ! ici vous n'avez rien vu ni entendu. Si par malheur, un parmi vous est repris par la faute de sa bouche, il sait ce qui l'attend, car on ne lui donnera plus l'occasion d'en reparler…
En dehors de quelques cas très rares de détenus de peu de foi, qui cherchent à entrer dans les bonnes grâces du tyran après leur libération, les prisonniers politiques éprouvent de l'amertume à se rendre auprès du bourreau dont tous les secrets sont désormais sus, lui serrer les mains ensanglantées. Chacun des détenus, suivant son degré de courage, met des semaines ou des mois à exécuter le dernier acte humiliant fermant la série des actes déshumanisants du camp, et ouvrant la voie à une nouvelle prison tout aussi dure moralement que le bloc central.
Certains préfèrent leur retour à Boiro à cette visite à laquelle s'attend le bourreau de Conakry. «
— Je refuse de le voir ! je n'ai pas à remercier mon bourreau parce que Dieu m'a sauvé de ses griffes empoisonnées. S'il faut le voir pour pouvoir vivre, je préfère mourir.
Ce sont là quelques-unes des déclarations de M. Coumbassa Firmin après sa libération de Boiro. Ces propos ont été fidèlement rapportés au tyran qui attendait patiemment leur auteur incorrigible dans un nouveau tournant :
— N'avais-tu pas juré de ne pas me voir Coumbassa, alors qu'as-tu à dire aujourd'hui ?
— Plus qu'hier, je suis prêt pour la potence mais pas vous voir pour des remerciements insensés. Je viens vous demander un bon d'achat d'un camion Zil, s'il vous plaît !
— C'est très courageux Coumbassa ! souviens-toi de tes propos ! je n'ai pas de Zil !
Quelques jours plus tard, le grand syndicaliste africain Coumbassa Firmin se retrouvait pour la 3e fois au cœur même du bloc central du Camp Boiro.

Facély II Mara : Il est veinard hein ! trois fois à Boiro, trois fois libéré ! De quel bois se chauffe-t-il ce Monsieur Coumbassa ?
Almamy Fodé Sylla : Moi qui ne suis pas aussi téméraire que Coumbassa, n'ai attendu que six mois pour me décider à la grande et solennelle visite que le dictateur attend de chaque cadre libéré de ses géôles. Sur les instances de ma famille, ma femme et moi sommes rendus à la Présidence et, reçus en audience publique, nous avons eu l'entretien suivant :
— Camarade Président, ma femme et moi-même sommes venus rendre hommage à Dieu pour notre libération et vous remercier pour tout ce que vous avez bien voulu faire pour nous. J'en profite pour vous réaffirmer que dans mes veines il ne coule pas de sang de la confusion ou de la trahison. Ma famille étendue, ma femme et moi-même vous rassurons de notre disponibilité permanente pour la cause sacrée du vaillant peuple de Guinée.
— Mon cher Sylla, je t'ai compris et je te remercie ; je te souhaite beaucoup de chance. Et toi Madame Sylla, es-tu heureuse de la libération de ton mari ?
— Dieu merci, camarade président.
Depuis ce jour, commençait pour notre famille et celle de tous les anciens détenus une autre vie de difficultés de toutes sortes : biens saisis, pas réhabilités, démunis de tous moyens de subsistance, craints des uns, méprisés des autres, rejetés dans de nombreux cas par la tribu où la concorde, l'amour, l'affection, le pardon, la compréhension ont cédé la place à la méfiance, à la mesquinerie, aux complexes les plus divers.
La plus dramatique des situations est l'incompréhension des conjoints dont la plupart ont fini par divorcer aux grands regrets de tout le monde. En effet, comment réussir à recréer cette atmosphère de confiance réciproque, de concorde et d'amour sincère rompue depuis plusieurs années ? La femme a joué le rôle de mari et d'épouse, a serré la ceinture autour du pagne pour valablement remplacer un père de famille dont l'absence est durement ressentie par les enfants surtout. Le détenu est revenu plein de complexes d'infériorité vis-à-vis d'une épouse qui le nourrit, l'habille et le loge. Viril sans virilité, homme sans moyens matériels et financiers. Incapable de jouer son véritable rôle, il doit choisir entre reprendre le combat pour la vie et laisser faire à sa place une femme déjà rompue à cette tâche.
Les enfants, habitués à se passer du père, ne reconnaissent comme autorité que celle de leur mère. Discriminés au sein d'une société qui a renié leur famille, la plupart des enfants de détenus se sont exilés s'ils ne se sont pas adonnés à l'alcool.
Père incapable, mère immunisée, enfants déséquilibrés = famille désunie !
C'est pour toutes ces raisons que nous lançons un appel pathétique aux nouvelles autorités du pays pour qu'elles rétablissent bien vite la justice au sein de la société guinéenne, tout en restant fermes, car liberté n'est pas synonyme de libertinage. L'une des qualités de Sékou était l'organisation dans le programme d'action. Il avait réussi à mettre tout le peuple de Guinée dans une sorte de basse-cour, où l'oncle Sam décidait de la vie ou de la mort de chaque poulet. Il donnait à chaque citoyenne, à chaque citoyen, un programme d'activités qui l'occupait tout le temps, lui laissant l'impression d'être utile à son pays. Sa mort a donc laissé un grand vide qu'il importe de combler le plus vite possible.
De même, il faut systématiquement démanteler l'organisation policière de Sékou, dont a longuement parlé M. Keita Koumandian, cet éminent syndicaliste, autre victime du tyran, arrêté en 1961 dans l'affaire des enseignants, qui m'a emporté moi-même pour les « 32 escaliers du Camp Alpha Yaya, autre camp de concentration.
Confiant dans le communiqué no. 10 du 3 avril 1984, relatif à la réhabilitation des anciens détenus politiques, je souhaite que des médailles spéciales de fidélité soient frappées à l'intention de certaines épouses de détenus qui étaient aussi prisonnières que nous. Sans avoir la prétention de savoir ce qui s'est passé dans chaque famille de détenu, et fortement impartial, c'est en me fondant sur le jugement du public que je propose une petite liste très incomplète d'épouses à « médailler », avec mes sincères excuses à toutes les autres qui ne sont pas portées ici. Ne vous formalisez pas ! Ne vous croyez pas abandonnées ou rejetées, condamnées par le tribunal de l'histoire ! Je cite les camarades que vous connaissez mieux que moi. Il y a sûrement de très bonnes épouses dont je ne parle pas par ignorance, dans ce livre ! Que leur anonymat les conduise à la vie éternelle du beau paradis - Amen.

D'autre part, au départ de la 2e République, nous devons absolument faire attention à deux choses essentielles.
Le naturel qui frise la naïveté chez le Guinéen peut nous conduire à nous « jeter littéralement dans la gueule du loup », car le nouveau gâteau guinéen est plus sucré que celui que les puissances européennes se sont partagé à Berlin en 1885.
La recréation de l'atmosphère de plainte éternelle, de guerre froide contre l'impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme que les chantres du P.D.G. ont, près d'un demi siècle, accusés de tous les maux du monde :
« Si ça ne va pas, c'est la faute à l'impérialisme,
« Si nos sources d'eau tarissent, c'est l'impérialisme qui vient se désaltérer là ;
« Si les paysans de Tondon, Benty, Kaïnté ont été brutalisés, certains tués, c'est l'impérialisme qui a agit à l'insu de notre leader bien-aimé, le père des « miskines », etc.
Un pareil danger nous menace encore car Sékou risque de remplacer l'impérialisme — dont il était la véritable incarnation — dans les mentalités guinéennes. La vérité, quoique relative, est que Sékou a été, est et demeurera encore longtemps la référence de tous nos malheurs. Mais c'est inutile de continuer à perdre notre temps, à en parler à tout bout de champ.
Laissons-le donc avec ses tonnes de péchés ; s'il a une mémoire (ou pas), que Dieu et ses anges règlent son compte comme il faut, pour que ses mânes ne poursuivent aucune guinéenne, aucun guinéen, qui ne demandent qu'à vivre maintenant heureux par le travail dans la joie de la dignité retrouvée.
La Fontaine a eu raison de dire que « rien ne sert de courir, il faut partir à point ».
Le CMRN est-il bien parti ? c'est le titre d'un roman.
Un nouvel espoir vient de naître en Guinée.
Une date : 3 avril 1984, à inscrire en lettres capitales dans le registre de l'histoire de notre pays. « Si le malheur est social, le malheur n'est pas la loi. » Comme les compagnons d'Épicure, jamais nous n'imaginions plus qu'il pût exister un bonheur collectif, car celui-là retrancha tout dans l'homme social. Il retrancha ce qui est sociable, mais les désirs de l'homme naturel, il ne les retrancha point, faute de le pouvoir en effet. Cependant ce retranchement n'est pas une perte réelle, mais seulement une mutation des apparences, une amputation de ce qui est dans l'homme comme un tissu cancéreux. Il reste un homme dont les bras atteignent les limites vraies de son destin, c'est Conté. Donc au pessimisme social doit succéder un optimisme naturaliste fondé sur le réel, le sage et le divin. Si tout le peuple de Guinée a porté le poids de la dictature sékoutouréenne, certaines familles ont cependant été plus martyrisées que d'autres :

Facély II Mara, RTG : devant tout ce drame, quel message adressez-vous au glorieux peuple de Guinée ?
Almamy Fodé Sylla : je vous remercie M. Facély II Mara, pour m'avoir posé cette question, car, malgré la nouvelle situation qui prévaut en Guinée depuis le 3 avril 1984, certaines gens n'ont pas encore retrouvé leur équilibre interne.
D'honnêtes personnes pensent encore que le changement dont parlent les militaires n'est pas une réalité, mais un rêve, tellement elles ont été « mâtées » dans leur esprit et leur conscience. Les mots P.D.G., Syli, Sékou, Révolution, contre-Révolution sont si profondément ancrés en chaque guinéenne et en chaque guinéen, qu'il faut beaucoup de patience pour opérer le changement.
Voici donc à ce propos le message que j'adresse au peuple de Guinée. Glorieux peuple de Guinée, Finie la terreur ! Finies la tyrannie et la barbarie ! Finis à jamais l'injustice et l'arbitraire ! Finis, finis pour toujours :

Mon second témoignage

Au peuple de Guinée ! Voici 37 ans, le P.D.G., son leader et tous les démagogues opportunistes t'ont intoxiqué, par le mensonge et la délation ! A la R.T.G., « l'Eléphant » de Guinée a crié pendant 26 ans et, un seul jour, il ne t'a enseigné la vérité !
Maintenant qu'un changement total est intervenu, peuple, CMRN et gouvernement, accordez-nous le micro pour quelques semaines seulement. Nous désintoxiquerons l'ensemble du peuple par la vérité, rien que la vérité. Le vif désir de rendre un hommage sincère, profondément reconnaissant à toutes celles et à tous ceux qui nous ont encouragé par leurs douces paroles, ou par l'expression de leurs sentiments d'admiration et d'estime. Ce désir-là peut rendre notre style assez libéral et surtout entâcher notre élocution de quelque venin de vantardise. Car, comme Jacob, ce jeune paysan qui sut se faire aimer à Paris, je tire de mon premier témoignage une sorte de vanité secrète qui me condamne désormais à plus d'humilité et de sagesse, de rigueur et d'abnégation dans le travail, en vue de produire, à la dimension des espoirs, des oeuvres utiles et utilitaires, faites avec le cœur et la foi, le tout de bonté.Répétant avec La Rochefoucauld, la « beauté plaît, l'esprit amuse, la sensibilité passionne, la bonté seule attache ». Deo gratias ! Hommage au Tout-Puissant qui nous a permis de subir avec succès les dures mais très exaltantes épreuves de Boiro, et Hamdallâhi, Ham da-lasbâbi, notre reconnaissance va droit au seigneur des mondes, et nos remerciements aux hommes de bonne volonté dont l'œuvre de générosité et de bienfaisance a sauvé la vie de centaines d'innocents que les vampires assoiffés de sang auraient impitoyablement liquidés sans remords.
Nous pensons :

Nous ne cesserons jamais d'adresser l'expression de nos vifs remerciements à tous ceux et à toutes celles qui ont joué un rôle bienveillant à l'endroit des détenus (dont certains doivent à d'autres. C'est le cas de M. Sékou Yalani Yansané. Il doit reconnaissance et gratitude à M. Benjamin Louis, autrement appelé Bejany, qui était récemment admis à l'hôpital Ignace Deen, au pavillon de Mme N'Diaye. Elle, qui s'était bien occupée, à l'instar des Médecins Sans Frontières, de ce pauvre rescapé fatigué par ses 72 ans d'âge et ses 8 ans de Camp Boiro. De même, il faut rendre hommage à tous les 15 détenus rescapés de Kindia, particulièrement à ceux qui s'occupaient de Faouly, l'une des plus malheureuses victimes des camps de concentration. En 8 ans de détention dans des conditions déjà décrites, M. Soumah Faouly, arrêté pour être jeune frère de Capitaine Abou Soumah, a perdu l'usage de la langue, des pieds, des yeux et des oreilles).
Il n'est pas superflu de rappeler qu'à propos du capitaine Abou Soumah, l'opinion doit être instruite sur sa mort tragi-mystérieuse.
En effet, après avoir vainement tenté de l'empoisonner à Abidjan comme il l'a fait à Alata, Sékou Touré envoie un de ses tueurs à gage faire le nécessaire en employant un procédé occulte qui devait malheureusement réussir et emporter l'âme précieuse de ce frère de combat, le capitaine Abou Soumah.
La vengeance poursuivant le crime ! Non ! On ne se vengera pas ! Mais attention ! Nous demandons que justice soit faite ! Ahmed, Sékou, Touré poursuivait des familles jusqu'à leur extinction totale ou tout au moins l'élimination des principaux membres. De même, certaines équipes de Médecins sans frontières, des témoins ayant assisté au traitement médical à Paris du professeur Kapet de Bana, rescapé de Boiro, peuvent attester que cet ancien détenu politique, après 8 ans dans le très tristement célèbre camp de concentration Boiro, libéré sur les instances des organisations humanitaires internationales, a été empoisonné à bord de l'avion qui le transportait à Paris. Les vérifications sont possibles à son niveau car il n'en est heureusement pas mort.

Mesdames et Messieurs, notre gratitude va encore au Tout-Puissant qui nous a libérés le 3 avril 1984 par la main fortifiée de l'armée nationale faisant renaître à la liberté, le vaillant peuple de Guinée et immortalisant les morts et les vivants, rescapés des tristes géôles : Camp Boiro, Camp Alpha Yaya, Camp Keme Bourema (Kindia), Camp Soundiata Keita (Kankan), et ailleurs.
Hommage aux nombreux et fidèles auditeurs de la R.T.G. dont les critiques très constructives nous servent grandement. Nous ne saurons donner la liste très longue de ces nombreux amis ; que tous soient vivement remerciés. Il faut cependant mettre à l'aise ceux qui se demanderaient les raisons de ce 2e témoignage. La réponse est très simple ; c'est pour donner satisfaction à de nombreux auditeurs dont les questions pertinentes posées après le 1er témoignage méritent une attention particulière. Aussi, un second, pourquoi pas un troisième, un quatrième… témoignage, quand on sait qu'à Boiro, on pouvait faire faire plusieurs dépositions à un détenu de façon circonstanciée ! Mieux, il n'est pas possible à un détenu rescapé d'un camp de concentration de dire en une fois tout ce qu'il sait des hommes et des machines intimement insérés les uns dans les autres dans un mécanisme de destruction de l'homme par l'homme.

M. Facély II Mara : comment vous étiez-vous arrangé pour allier la Révolution de M. Sékou Touré « Alcapone » et votre attitude naturelle d'opposant systématique au P.D.G. pour finalement vous faire élire Secrétaire général de la section du 5e arrondissement, surtout sans vous faire prendre par le Parti ?
Almamy Fodé Sylla : pour commencer, j'ai été arrêté malgré le voile et, je crois avoir dit dans mon témoignage en soussou que tout opposant au régime dictatorial défunt devait être prudent, choisir entre partir (c'est le cas de beaucoup de cadres) et rester.
Dans ce dernier cas, il faut accepter toute la dictature du Parti unique, se plier aux vexations, humiliations, provocations de l'enfant, du cadet face à l'aîné, de l'élève vis-à-vis de son éducateur, de l'apprenti contre son maître, surtout de la femme qui se dit mariée à l'égard de l'homme qui prétend être son mari.
Entre partir et rester, j'ai choisi de demeurer sans cependant condamner ceux qui, pour préserver leur âme, ont été contraints de s'expatrier. Et quand on a choisi de rester, il faut adopter une attitude conciliante dans toutes les situations. Ne jamais perdre de vue que pour abattre un ennemi il faut l'approcher le plus près possible. Si c'est un homme normal, ces réflexes seront donc normaux. Cela implique que ses réactions, à quelques nuances près, sont prévisibles. Or, Sékou Touré était un paranoïaque, un malade inconscient de son état. Il souffrait de deux grands complexes : de naissance et de formation. Mégalomane par surcroît, complexé « social », il se croyait socialement persécuté par un entourage, pour lui constamment douteux, dont il faut se méfier, en avoir une peur démentielle, qui met une trouille agressive, inflexiblement tendue, comme une flèche empoisonnée, vers les autres hommes, cible permanente.
Dans un tel cas, disons-nous, il n'y a que Dieu — pour les croyants —, le hasard — pour les autres — qui sauve quand on a choisi de demeurer à ses côtés. Ayant compris l'homme, j'ai adopté une attitude et un comportement tout de contestation, mais pratique, car le tyran se laisse tromper par des façons de faire « zélées ». Par exemple, j'ai vu un ancien chef de canton danser le folklore en battant le tam-tam à l'occasion de la visite de Sékou Touré dans sa fédération. Sékou, très enchanté, nomma immédiatement l'intéressé commandant d'arrondissement. Il faut être fou pour croire et accepter un féodal épousant la « révolution socialiste » jusqu'à devenir danseur « nyamakala » à la place de « Samba Yoro ». Sékou n'a pas compris le proverbe peuhl : « Suttude e sattude ko attyugol ko suttunoo bhuri sattande suttudho » (l'habitude est une seconde nature dont il est difficile de se défaire). Un chef de canton dont tous les ancêtres sont des féodaux, adhérer à l'idée d'égalité absolue de tous les hommes, relève de phénomènes plutôt économiques que socio-politiques. Mais en tant qu'homme, surtout de nature explosive, il m'arrivait très souvent d'adopter des attitudes qui trahissent le manteau, espèce de couche superficielle de couleur « révolutionnaire », pour montrer mon vrai moi.
Sachez en passant que dans le régime policier et dictatorial de Sékou Touré l'équilibre interne était rompu tout le temps que durait votre vie en son sein. Ici, les choses sont compliquées car, en vous rendant illogique, le comportement de l'illuminé demeure parfaitement lucide et logique. C'est ainsi que le 27 août 1977, dans la matinée, je fus spontanément sorti de mon « fourreau » pour dire aux femmes du marché M'Balia :
— Vous avez parfaitement raison de vous révolter, le comportement de la police économique est plus que révoltant. Au nom du Parti-État, dont j'incarne l'autorité et la vérité pratique au 5e arrondissement, je vous assure que la police économique partira définitivement du marché M'Balia, soyez-en sûres ! retournez au marché, continuez vos activités comme par le passé sans inquiétude.
Voilà des propos compromettants que seul le « Responsable suprême de la Révolution » a le droit de tenir devant sa foule délirante. Rendons grâce à Dieu pour nous avoir libérés d'un grand malade. Alhamdu lil'Allâhi rabbil aalamina « Hommage au Seigneur de l'univers ».

Facély II Mara : Pourquoi ne citez-vous pas tous les dignitaires du P.D.G. sur la liste des malfaiteurs ?
Almamy Fodé Sylla : En effet, je n'ai pas cité tout le monde mais des spécimens, si vous voulez, de chaque groupe. Voyez par exemple les cas combien douloureux

On ne saurait donc oublier aucun des collaborateurs du tyran dont la plupart sont criminels à leur façon.
Il faut également savoir que Sékou Touré était si méchant, si profondément égoïste, si ennemi du peuple de Guinée, qu'il s'est toujours arrangé pour partager la responsabilité de ces nombreux crimes avec ses collaborateurs, dont il a sali les mains de la plupart.
Quant au peuple qui condamnait avec lui (excité par lui, exalté par lui), des comploteurs sans complots (rendus traîtres par la bouche de Sékou Touré et tués après acclamations), Sékou l'a rendu responsable de nombreux crimes.
Il faut préciser également que pour accéder à certains postes de responsabilités au niveau de l'État ou des entreprises, à un moment où Sékou, se moquant royalement du peuple dont il fait tout pour empêcher le bonheur. Le dictateur employait la tactique du plus requis, du plus disponible à tel niveau, à tel poste, pour agir conformément à sa seule volonté. Qui n'a pas prononcé au moins un discours démagogique et plein d'éloges « du tyran » ? Si le CMRN pouvait amuser le peuple de Guinée en faisant repasser certains discours des années 1960 et 1970, quel retournement cela ferait !
C'est dans le même ordre d'idées que je demande avec insistance que le CMRN recherche la lettre ouverte que j'avais adressée à Sékou Touré ainsi que ma déposition sur bande magnétique que le peuple écouterait avec surprise, pour définitivement rassurer certaines gens qui pensent que nous n'osons « cracher » que sur des morts. Notre bande, qui date du 12 octobre 1977, donc 6 ans 5 mois avant la mort du tyran, est le meilleur témoin de notre position de toujours vis-à-vis du dictateur et de son régime. En rêvant sur le choix des cadres, pour nous, détenus politiques, nous supposions comme d'office acquis aux idées « machiavéliques » de Sékou Touré tous les hauts cadres, tous les cadres moyens, civils et militaires choisis après bien des tests pour assumer la haute et très délicate mission de torturer des innocents en vue de leur « arracher » des aveux.
Ainsi, tout membre de la commission d'enquête du Comité révolutionnaire est potentiellement tortionnaire. « Cujus abdîtis ad huc vitiismire congruebat ». Néron, dit Tacite, porta impatiemment la mort de Narcisse, parce que cet affranchi avait une conformité merveilleuse avec les vices du prince encore cachés.

Facély II Mara : que voulez-vous dire par bibliothèque vivante en parlant des tortionnaires ?
Almamy Fodé Sylla : Une bibliothèque vivante ou une encyclopédie (c'est strictement pareil), est une image pour faire comprendre la somme de connaissances ou d'informations détenues par les tortionnaires du Camp Boiro.
S'agissant de ces malfaiteurs toujours en liberté, complices exécutants de ceux qui sont déjà arrêtés, c'est-à-dire les Ministres, dignitaires de l'ancien régime, nous pensons qu'il faut les mettre en confiance, ne pas leur faire de mal, mais les mettre en sécurité à cause du rôle historique qu'ils sont appelés à jouer.
Après la disparition brutale de Fadama Condé, notre inquiétude demeure : Ces tortionnaires ne vont-ils pas mourir un à un, paisiblement, sans donner ce qu'ils doivent obligatoirement livrer à l'histoire ? Pour vous donner une idée de la complémentarité des rôles, voici résumée la relation des bourreaux : Sékou — Ismaël — Siaka — Fadama — d'autres bras. Expliquons cette chaîne.
Sékou dit : «
— Je suis jaloux de tel cadre !
Ismaël répond :
— Laisse-moi m'occuper de lui.
Siaka ajoute : «
— J'ai de nombreux bras de fer pour l'assommer !
Fadama conclut :
— Je l'ai déjà tué !
Et le cercle vicieux reprend par Sékou, qui conclut : «
— De ce côté-là, je suis tranquille mais voilà un autre ennemi qui se dessine là-bas. »
Et, infernal, le processus a duré jusqu'au 3 avril 1984.
Cette brave équipe de tortionnaires encore en liberté doit aider non pas la « révolution », cette fois-ci, comme il nous avait été demandé, mais la patrie dont ils détiennent une importante séquence de l'histoire. Et, qui parlerait en poète, dirait : « Et la nuit noire engloba de son lourd manteau le quart de siècle tristement célèbre de M. Sékou Touré. Né en 1922, il a conquis et obtenu le pouvoir à 36 ans, a régné 26 ans pour mourir à 62 ans, laissant la grande réputation de premier grand dictateur de la République de Guinée. Mais en Guinée, nous ne voulons ni de 2e, ni de 3e dictateur, plus de dictateur tout court.

Facély II Mara : Etes-vous en train d'écrire un livre ? Si oui, quels en sont les thèmes essentiels ?
Almamy Fodé Sylla : c'est l'histoire qui condamne tous les intellectuels, témoins de l'histoire, rescapés des divers camps de concentration, d'écrire des livres et des mémoires pour contribuer ainsi à la dénonciation des crimes commis par la clique de la 1re République, mettant aussi l'humanité en garde contre toute velléité de dictature, toute manifestation de pouvoir tyrannique.
Les divers écrits mettront en relief la duplicité de certains hommes et, s'ils sont chefs, les crimes dont ils seront coupables et, pire, s'ils sont tribuns, véritables savants en langage politique comme Sékou Touré, ils sont capables d'éliminer le genre humain. En effet, admettons que Sékou Touré ait vécu 1 000 ans dont 500 ans de pouvoir, voyons à peu près le nombre de personnes qu'il ferait voyager sans retour : soustraction faite de l'année 1958 où il était « Néron » dans ses trois premières années de règne, il reste 25 ans de pouvoir au cours desquels il a éliminé au moins 50 000 personnes dans 4 camps de la mort ; en 500 ans, 500 fois plus :

soit 500 x 50 000 25 1 000 000 de personnes.

S'il avait vécu 100 000 ans, il aurait éliminé une bonne partie de la population africaine. L'on sait surtout que le dictateur n'a pas d'idéal à défendre ; il n'a que des buts à atteindre. Quand on le loue, l'on fait ainsi le culte de sa personnalité. Devenu puissant, il se retourne non seulement contre tous ceux qui lui ont prêté une main forte, mais aussi tous ceux qui créent chez lui des complexes : il tuerait donc le plus bel homme, la plus belle femme, le plus riche, le plus instruit, le plus honnête... Tenez-vous bien ! le tyran fait toute comparaison par rapport à lui-même ! Imaginez voêmes, chers lecteurs, le nombre de Guinéens et Guinéennes que Sékou Touré aurait épargnés parce que ne présentant aucun danger pour lui, suivant sa logique implacable. Il n'y en aurait pas eu beaucoup hein ! La plupart des rescapés des tristes géôles sont donc en train d'écrire des mémoires et les nombreux livres déjà en chantier verront le Jour dans les très prochaines années « inchallâh » (s'il plaît à Dieu). En dehors de l'important travail réalisé par Jeune Afrique, J'invite toutes les Guinéennes, tous les Guinéens, les Africains et tous les hommes épris de justice, à lire le remarquable ouvrage de M. Alpha Abdoulaye Portos Diallo, cet autre illustre rescapé, diplômé de hautes études de résistance à Boiro.

Facély II Mara : pourquoi avez-vous qualifié le Camp Boiro de 6e continent ?
Almamy Fodé Sylla : les géographes, les historiens et autres spécialistes nous ont appris l'existence de cinq (5) continents mais, d'un commun avis, tous les détenus sont tombés d'accord sur cette appellation de Boiro « 6e continent ».
Nous invitons topographes, cartographes, géographes et tous spécialistes intéressés par la question à réfléchir sur ce problème afin d'enrichir le patrimoine mondial de nouvelles données continentales. Les premiers historiens qui ont foulé le soi de Boiro, émerveillés, se sont écriés : Oh ! quel musée ! Il l'aurait effectivement été, n'eût été l'acte criminel du chef de poste central Fadama qui a malheureusement effacé tous les écriteaux, les dessins significatifs que comportaient les murs des cellules.
Mais, malgré cela, Boiro demeure le 6e continent par l'esprit et les idées forces qui ont présidé à sa création, sa structure organisationnelle et fonctionnelle : terreur, horreur, crime, le tout entouré de mystère, et l'évocation du seul nom de Boiro fait sursauter d'émotion chaque Guinéen, chaque Guinéenne, sans compter l'impact négatif de cet austwich guinéen sur la politique extérieure guinéenne de Sékou, pendant tout le règne de l'hommeéléphant.
Le peuple de Guinée est aujourd'hui révolté dans sa conscience patriotique, dans son humanisme et dans sa religiosité en apprenant que Sékou, en trahissant sa cause sacrée, a gravement abusé de sa vigilance, en organisant dans sa capitale, Conakry, à proximité du cimetière national (où reposent en silence des Guinéens et Guinéennes ayant incarné avec dignité et bonheur les nobles idéaux de liberté et de justice), la plus terrible tuerie dans le plus monstrueux camp de concentration, pour éteindre avec un cynisme incomparable, la plupart de ses meilleurs enfants. Sékou Touré croit entrer dans les bonnes grâces du Tout-Puissant Allah, en construisant (après avoir détourné ou volé les premiers budgets mis à notre disposition par un pays frère), à 150 m de ce tombeau ouvert de Boiro, la 4e mosquée du monde par sa capacité, véritable joyau, fierté de notre sainte religion.

«A la ma ahadi ileykoun yâ bani âdama an la Ataaboudou chaytâneInnahou lakoun adoû-n moubbînn. Wa annouaboudouni haza ciratoun moustakhîm ! walakhad adalla minkoun djibilan kacîran Afalamtakoûnou taakhiloun hazihi djahannamoun lati kountoun touadoûne. »
« Enfant d'Adam, fils d'Adam ! n'as-tu pas reçu notre message te mettant en garde contre la tentation de chaytâne ton pire ennemi ? celui-ci a déjà guidé nombre de personnes sur le chemin glissant de la perdition parce qu'elles n'ont pas tenu compte de ma mise en garde. L'enfer est votre juste salaire ! Malheur donc à toi Sékou, toi qui t'es détruit, as détruit ta famille et creusé la tombe pour recevoir toute ta descendance ?»

Malheur à tous ceux qui continuent à sucer le sang du peuple de Guinée, ils sont tous connus parce qu'ils agissent au su et vu de tout le monde, de façon arrogante comme pour lancer un défi à l'esprit de redressement.
L'arrestation des maîtres-voleurs ne met nullement fin à leurs activités criminelles. On sait que les nombreux complices receleurs des fonds et équipements volés au peuple continuent à fructifier les sommes déjà colossales et, impunément.
Ils se sentent protégés par une trop grande tolérance du CMRN qui, cependant, en respectant et appliquant strictement la déclaration universelle des droits de l'homme, n'entend pas piétiner, même pour une seconde, la justice qui stipule la réparation de tout tort causé à un citoyen.
Nous connaissons, le peuple aussi connaît, qui était qui, sous « Alcapone ». Quelques exemples nous édifieraient mieux.
Nous sommes au Palais du peuple en conférence économique de 1976. Tous les PRL de Conakry, au nombre de 142 à l'époque, sont déclarés déficitaires des suites de la gestion économique en général et celle de la « commande spéciale » d'août 1975 en particulier. Tout le monde, tous les maires, tous les chefs de service des PRL doivent-ils aller en prison ? Doit-on tolérer tous ces agents plutôt politiques qu'économiques en sacrifiant les milliards de sylis théoriques disparus ? Quelle figure ferait le Parti face aux commerçants contre lesquels une guerre sainte a été déclarée en février 1975 ? Le « Responsable Suprême de la Révolution » est-il capable de déclarer l'échec de sa politique économique pour donner raison à ses soi-disant ennemis ? Pour répondre à toutes ces questions, voici comment Sékou stratège procéda. En pleine séance il dit :
— "Window" est-il là ? Celui-ci répond par l'affirmative.
Il reprend :
— Mon compte spécial fait combien ?
— 950 000 000 de Sylis, répond Window.
— Je les mets à la disposition des PRL de Conakry pour résorber leurs déficits, conclut le patron créateur de la monnaie syli.
Applaudissements prolongés.
Chacun comprend le reste. Quel compte spécial ce Window gérait-il pour le « chef suprême de la Révolution » ? La question doit être posée à Kourouma Daouda dit Window, confident économique et financier de Sékou Touré.
A l'ex-mairie de Conakry III, le Secrétaire fédéral Alkaly Bangoura (dont Sékou a difficilement validé l'élection), constate qu'un de ses agents, Traoré Faramoudou directeur de l'habitat, fait des malversations. Il condamne cette façon malhonnête de faire de l'intouchable Traoré ! Aussitôt le maire de la commune, secrétaire fédéral de Conakry III reçoit une convocation par l'ex-Ministre de l'intérieur, Son Excellence « Himmler » Moussa Diakité, qui, en trois mots, se démasque sans retenue ni hésitation :
— Tu veux croiser les fers avec moi ? Eh ! bien touche à Traoré. Comme toi, c'est un chef de service dont tu ne saurais lier les mains. A bon entendeur salut. Vous pouvez disposer .
On voit comment ces hommes se « respectaient en respectant » ceux qui incarnent l'autorité de leur parti.
Je n'insiste pas outre-mesure sur le cas de l'ex-directeur de la Cotra qui continue avec la même insolence ses activités « made by me for my friend Siaka », c'est-à-dire : au service exclusif de son frère économique Siaka, bourreau de Boiro.
Chaque cadre guinéen connaît le rôle de Chérif, l'ex-directeur de l'usine d'alumine de Fria, ou celui de Kamsar, et j'en passe.
Ne vous croyez pas épargnés les autres ! La liste serait simplement trop longue. Et surtout, ne m'épargnez pas ! Dites aussi tout ce que vous connaissez sur moi, mais soyez objectifs ! Je vous apprends que je n'ai même pas un carnet de ravitaillement alimentaire à Conakry. C'est le marché MBalia et les autres marchés qui sont mes magasins d'achat. En 26 ans, le P.D.G. ne m'a donné qu'un « bon d'achat » — que je n'avais pas sollicité d'ailleurs — ; il s'agit d'une mobylette que le Ministère du Commerce avait attribuée à des « fonctions » (maire, secrétaire à l'économie). Or, par hasard, j'exerçais à l'époque dans un P.R.L. les fonctions de secrétaire à l'économie. J'eus donc cette motoconfort qui, malheureusement, devait être saisie en 1977 après ma 3e arrestation.
Je dois donc peu de chose au P.D.G. en dehors des années de détention aux Camps Samory, Alpha Yaya et Boiro. Si vous croyez en Dieu et voulez échapper au sort de vos maîtres, un seul conseil : « rendez à César ce qui est à César ».
Remettez au CMRN tous les fonds volés que vous gérez pour soutenir des familles qui ne méritent que la pendaison n'eût été la clémence du gouvernement de la 2e République. En tout cas, si vous ne vous exécutez pas après ce témoignage, je vais livrer au peuple la suite très sombre du dossier des receleurs dans leurs activités intérieures et extérieures.
Amendez-vous ! Sinon, je suis prêt à livrer la liste de 52 agents de renseignements, dont 22 tueurs à gage qui étaient à la solde de Sékou Touré.
L'un de ces tueurs habite le quartier Madina-École sur la corniche nord. Il a beaucoup de moyens matériels et financiers. Il a un passeport diplomatique et avait ses entrées et sorties à la Présidence d'alors et, sous le couvert du sport, il recrute ses adeptes au sein de la jeunesse. Élément très dangereux, voici la copie d'un télégramme qu'il envoie un jour de Londres, en langue Mandingue (malinké) à l'adresse du Président Sékou Touré. Le message était ainsi libellé : « N'nyako, n'daasörö » (Je le suis, je l'aurai). Cela signifie que la personne poursuivie est effectivement suivie et le tueur à gages rassure son patron du succès certain de sa mission.
Le groupe de six (6) tueurs spécialistes de la piraterie, dépêchés de Conakry pour Bouaké via Monrovia où les éléments ont changé d'identité, et dont la mission consistait à tuer le professeur agrégé de médecine Dr Conté Saïdou, n'a-t-il pas été appréhendé quelque part dans un aéroport sans atteindre l'objectif ?
Et les deux missions envoyées pour supprimer Dr Diané Charles à Monrovia ?
Que dire des tueurs qui ont tenté l'enlèvement du professeur agrégé d'histoire Baba Ibrahima Kaké, lors de la visite de Sékou Touré à Paris ? Nous en passons !
C'est un sursis que j'accorde à tous ces éléments « pendables » qui se promènent dans les rues de Conakry à bord des voitures marquées pour « prix de services rendus ». La commission d'enquête devra poser des questions à Saïdou Keita à propos de la mort de M. Noumoukè Kaba, à qui il a rendu visite à la veille de la disparition brutale de ce compagnon de lutte.
En plus des nombreux cas de crimes qu'il a sur la conscience, Ismaël 'Béria' Touré devra spécialement expliquer comment ont été tuées et dans quelles conditions les 6 séries de frères que voici les :

Par ailleurs, Mama Tounkara doit s'expliquer sur la mort d'un de ses frères à Boké et rendre compte des centaines de frontaliers qu'il expédiait de Dakar pour la boucherie de Boiro. Un grand commerçant, transporteur, homme d'affaires, Boubacar Walan doit expliquer l'arrestation du commerçant Demba Traoré résidant à Lomé, après avoir fait des largesses aux membres influents de la famille 'royale' : une mercédès à Amara Touré à Faranah une voiture Volvo à Kalagban de l'argent aux autres.
Amara, le tyran de Faranah doit expliquer la mort de Sagno Mamadi qui lui a simplement dit que le P.D.G. n'était pas une affaire de famille (c'est ce qu'il croyait) et qu'en conséquence, s'il doit appartenir à un organisme dirigeant du Parti, il faut qu'il le mérite. C'est à la suite de cette vérité élémentaire que nous avons perdu ce vaillant fils du pays.

Facély II Mara : pourquoi avez-vous demandé une médaille pour les rescapés de Boiro et leurs épouses ?
Almamy Fodé Sylla : pour les détenus politiques, rescapés des camps de concentration, vétérans de la guerre 1958-1984, point n'est besoin de donner les raisons pour lesquelles la 2e République doit leur décerner la médaille de compagnons de la liberté et à leurs épouses (à certaines bien entendu), celles de fidélité au peuple.
Comme les anciens combattants des deux guerres mondiales, médaille de l'ordre national, voyez les nombreuses cicatrices dans nos mains, sur les bras, le front, le dos, les pieds, les jambes, les séquelles de l'électrochoc, etc.
Même à l'intérieur du Camp, au Bloc central no. 1, une fois passé le douloureux cap de diète d'accueil — 5 à 15 jours sans boire, ni manger, période d'isolement dans les étroites et sordides cellules métalliques, moment très dur —, de mémoire d'homme il n'en a existé nulle part ailleurs que dans les « célèbres » camps nazis. Lorsqu'un détenu (dont on a augmenté le nombre de jours de diète de 4 x 2 soit 8 jours supplémentaires) a, par la grâce de Dieu, réussi cette douloureuse épreuve en attendant d'être indiqué par les charlatans comme sacrifice nécessaire au maintien du pouvoir dictatorial de Sékou avide de sang, il a désormais droit à l'attente de son « jour » de départ soit pour la ville soit pour la tombe. A ce niveau-là, le détenu change de cellule et les géôliers qui nous torturaient hier, c'est-à-dire pendant les interrogatoires, ceux-là dont la seule présence devant la cellule faisait penser à la mort, ces tortionnaires endurcis, désormais éclairés par la résistance dont chaque détenu vivant a fait preuve, commencent à se ressaisir en pensant à la « possible possibilité » de retrouver dans les rues de la « liberté » leurs victimes d'aujourd'hui. C'est ainsi qu'un tortionnaire du Camp de Labé, un adjudant para-commando, donna des conseils de sagesse à ses subordonnés qui brutalisent les hauts cadres arrêtés en 1961 : «
— Méfiez-vous ! La politique c'est dangereux ! C'est le bas et le haut ! Faites attention à ces gens-là qui peuvent un jour sortir d'ici et occuper les mêmes fonctions importantes dans la vie sociale ! Contrôlez même vos propos ! Innalaha maa saabirine (Dieu est pour les patients) ! Nyallugol takkaade no bhuri dawgol yolaade, mieux vaut côtoyer patiemment une rivière que de se laisser noyer par empressement, dit le proverbe peul. » Cela veut dire qu'il vaut mieux, dans la vie, se hâter lentement comme a dit Boileau dans son Art Poétique.
L'amorce faite par le CMRN en restituant aux détenus les maisons qui leur ont été arbitrairement retirées, est suffisamment significative et rassure les uns et les autres que la vérité et la justice seront réhabilitées, avec elles les heureux détenteurs.
D'autre part, le peuple qui est, après Dieu, le meilleur juge, nous connaît, avant, pendant et après notre détention. Il a longuement observé le comportement de chacun des membres de nos familles. Il a constaté que certains étaient plus prisonniers que nous, notamment nos épouses, à la fois méprisées, torturées, humiliées mais aussi convoitées par nos ennemis communs. Pour asseoir l'idée qu'il faut récompenser le courage. la fidélité et la combativité de ces pauvres femmes qui se sont retrouvées un beau matin reniées par toute la société, y compris les siens, expropriées. démunies de tous les biens matériels, enfin jetées dans les rues leurs nombreux enfants entre les bras, il suffit de se remémorer les dates inoubliables de janvier 1971 (période de chasse à l'homme) de février 1975 (un autre épisode de la tension permanente, cette fois-ci spécialement dirigée contre tous les « nantis » (notamment les commerçants), et celle d'août 1977, avec le soulèvement des femmes à Macenta, Gueckédou, N'Zérékoré, Mamou, Labé, Fria, Kindia, Forécariah, Coyah et Conakry, où les épouses des « comploteurs » étaient encore les meilleures cibles après les marchandes insurgées.
Les bourreaux ont poussé le scrupule jusqu'à prononcer, par un décret du Chef de l'État, le divorce d'entre les conjoints dont l'un était illégalement détenu ou tué, et l'autre (la femme) naturellement objet de convoitise aboutissant quelquefois à des scènes de rue, des duels de gladiateurs entre tortionnaires (pourtant tous mariés).
Siaka Touré, bourreau et son « scribe », Bembeya, peuvent attester de l'authenticité de cette déclaration. Parmi ces nombreuses héroïnes dont nous avons déjà parlé dans notre premier témoignage, il faut insister sur le cas de Mme veuve Bangoura Karim. Cette dame, comme beaucoup de ses soeurs de mêmes conditions, a connu des moments terriblement durs. En effet, renvoyée de sa propre maison après l'arrestation de son mari, elle a été obligée d'accepter la condition inacceptable de locataire (et ce, après revendication de sa qualité de fonctionnaire qui a droit au logement) dans une maison qu'elle a proprement construite avec son mari. Quel scandale ! décidément on verra du tout en Guinée !
Mme Kaba née Fatoumata Kôlè surnommée « Tout-passe » (c'était son auto-conseil après l'arrestation de son mari, répétant à tout ami qui la plaint « ça va passer, et effectivement « ça a passé ») a vu toutes les couleurs à Tougué, sa préfecture natale. Plusieurs fois arrêtée, emprisonnée, elle a toujours répété son calmant « ça va passer ». C'est l'occasion de remercier vivement toutes les personnes qui, comme M. Youla Almamy Oumar, Elhadj Aboubacar Lakhata Camara et tant d'autres, se sont chaleureusement occupées des familles des détenus.

Facély II Mara : ne connaissez-vous aucune famille brimée en Forêt ?
Almamy Fodé Sylla : Oh si ! je ne pouvais pas citer toutes les familles. Car en vérité c'est l'ensemble du peuple de Guinée qui a supporté le poids combien écrasant de la dictature noire de Sékou Touré. Il n'a épargné aucune famille, aucune couche sociale, aucune catégorie professionnelle, aucun homme, aucune femme.
Il était aussi admiré que craint et, depuis qu'il a terrorisé les populations musulmanes de Guinée par 78 pendaisons publiques en 1971, acte malheureusement toléré par certains Chefs d'État sur qui nous comptions pourtant en raison de leur culture, leur longue expérience politique, leur sagesse, leur audience internationale.
Et surtout, Sékou ayant obtenu l'effet recherché à l'intérieur, à savoir scandaliser le peuple par ce crime d'une horrible cruauté, s'est tout bonnement vu décerner le prix d'excellence en boucherie humaine. Quelle horreur ! quelle barbarie ! quelle laideur ! Quel peuple aurait résisté à une telle exhibition d'êtres humains empalés la tête en bas, regardant cette terre de Guinée, des corps inertes frappés pour la dernière fois par la brise marine de Conakry, la mousson du sud, l'harmattan du Centre et les alizés du nord ? (les pendaisons ont eu lieu sous forme de manifestation populaire dans chaque préfecture).
Malgré lui, le peuple a chanté les louanges du tyran, qui a exigé cela comme preuve d'adhésion à ces crimes. Et, quant aux femmes et enfants des malheureuses victimes, « Alcapone » exigeait que chacun chantât et dansât sous le corps du mari ou du père. Quel cynisme que Ramsès II, Képhren, Sargon, Assourbanipal auraient qualifié de monstrueux et d'inimaginable !
Il n'était pas donné à Sékou de se tailler une place d'honneur aussi bien dans les rangs du R.D.A. qu'au sein de sa section guinéenne sans l'appui total de certaines familles, de cadres politiques, administratifs, syndicaux et locaux dont le rayonnement et l'influence politico-sociale étaient déterminants à l'époque. C'est justement toutes ces familles, tous ces cadres, qui ont activement pris part à la création du mythe Sékou. Ce qui en fera l'homme politique de premier plan. Mais malheureusement toutes ces familles et tous ces hommes, toutes ces braves femmes ont été récompensés par la prison si ce n'est pas par la mort. Sékou Touré a donc été parfaitement régulier dans son caractère, rigoureusement identique à lui-même.
Jamais, un seul jour, il n'a agi de façon désintéressée. Son génie semble avoir pour tabou (totem) la reconnaissance du bienfait : pour lui, il faut se servir de l'homme comme d'un instrument de travail et pour cela, utiliser tous les moyens, bons ou mauvais pour parvenir à ses fins. Sa vie durant, Sékou Touré a couru derrière trois choses qui ne l'ont cependant jamais rassasié jusqu'à sa mort. Ce sont : l'argent, la femme, l'honneur.
Sa supériorité par rapport à tous les hommes de la terre réside dans son comportement amoral que n'accepte aucun homme normal : sans scrupule, sans pudeur, Sékou n'a jamais éprouvé le moindre frisson en trompant ses semblables par d'éternels mensonges. Il vous approche, vous met en confiance par un poste élevé dans son fameux Parti-Etat (afin que la chute soit plus violente, entraînant des brisures irréparables). Et, une fois qu'il sait un tel cadre sans méfiance, qui se dévoue entièrement à sa cause, n'a plus de réserve pour lui, puisqu'il le considère plus qu'un frère, il a plaisir à faire du mal en lui fauchant l'herbe sous les pieds.
De Beyla à Conakry, de Dakar à Paris, que de chemin parcouru par Sékou Touré jetant dans la poubelle tous ses soutiens… L'on peut se demander comment un Sékou Touré de Faranah pouvait-il bien se faire élire conseiller territorial de la Guinée française sur la liste de Beyla ?
En 1954, avec la bénédiction du Gouverneur général de l'A.O.F. Benard Cornut-Gentille, Sékou est lancé sur l'arène politique. Avec des idées et des intentions ignorées de tout le monde : c'est le louveteau, véritable monstre naissant. Il le prouvera quelques années plus tard tant à l'égard de Beyla que de Cornut-Gentille.
Que dire de tous ces cadres qui l'ont accueilli à Conakry, en véritable fils pour les uns et frère pour les autres ? Où est le doyen Ibrahima Touré de Boulbinet ? Manè Dâti de Koundara, cet instituteur, fondateur du R.D.A. dans cette localité qui, après avoir été un jour violemment pris à partie par le commandant de cercle à propos du R.D.A., adresse au Gouverneur Ramadier à Conakry un rapport circonstancié dont l'étude aboutit au rapatriement immédiat du Commandant ? Ce grand combattant, comme tant d'autres, a été purement et simplement jeté dans la poubelle comme une peau d'orange — et cela, parce qu'il a la chance, car il aurait dû être tué au même titre que la plupart des cadres-fondateurs du Parti.
Il faut préciser que seul Dieu a épargné certains cadres pour en faire des témoins. Que dire encore de M. Bangoura Kassory, fonctionnaire à l'époque à Dakar, et qui sauva de justesse une décisive situation de M. Sékou Touré ?
En effet, après les élections législatives de 1951, Sékou n'est pas élu en Guinée. Il prépare donc précipitamment un voyage de revendication sur Paris, rue Oudinot. Mais comme il est fiché « élément dangereux, agitateur véhément, agent indiscipliné, politicien sans politique, etc. » les consignes le concernant sont données à tous les niveaux. On sait qu'après la publication des résultats électoraux, M. Sékou Touré voudra se rendre auprès de ses amis à Paris. Il faut donc tout faire pour l'en empêcher (sans enfreindre bien entendu à ses libertés fondamentales), mais agir de façon légale où les consignes n'apparaîtront pas. C'est ainsi qu'arrivé à Dakar, notre politicien de Conakry, avec son éternel chapeau anglais, se présente à Air France. Dès qu'il décline son identité, l'agent fait semblant de s'occuper de lui en allant dans le bureau voisin. Il revient quelques minutes plus tard s'excuser auprès de son « cher client ». Celui-ci, devenu plus noir que le charbon, sort de là pour se rendre à la Compagnie de transports maritimes Fabres & Fressinet, où il rencontre la même opposition, empreinte de courtoisie déférente : «
— Nous sommes désolés M. Sékou, nous regrettons de ne pouvoir voyager avec vous, nous n'avons plus aucune place.
Complètement atterré, ne sachant où donner de la tête, M. Sékou se souvient d'un ami M. Bangoura Kassory (17 ans de séjour à Dakar, très connu dans tous les milieux, aimé de tout le monde à cause de son amabilité et de sa sympathie). Après ses explications, M. Bangoura calme son ami, lui donne l'assurance de faire le nécessaire et, se prenant par la main les deux hommes se rendent à Air France où s'engage un véritable combat de coq :
— Bonjour M. Roger !
— Bonjour M. Bangoura
— M. Roger, veuillez m'inscrire pour Paris, aller simple s'il vous plaît.
— Il n'y a pas d'obstacle à cela M. Bangoura. Pour quel jour voudriezvous voyager ?
— Par le premier avion, M. Roger s'il vous plaît
— Alors, c'est réglé. Le nom, c'est M. Bangoura ? (M. Bangoura qui sait que le seul mot Sékou évoqué peut compromettre toute la situation, donne un nom composé, amalgame de deux noms plus deux prénoms)
— Écrivez Bangoura Sékou Kassory Touré
— Oh M. Bangoura, quelle longueur dans votre nom
— Vous savez M. Roger, en Afrique, les prénoms sont très nombreux.
— C'est enregistré, M. Bangoura.
Et M. Sékou, coiffé de son chapeau noir et portant une paire de lunettes obtint un billet d'avion et put ainsi se rendre à Paris où des amis, les députés de la gauche, l'attendaient pour défendre ses intérêts politiques qui vêtre déterminants dans l'avenir du jeune leader.

Astakhfiroullah ! Rabbana Zalamouna anfoussana wa illamtakhfirlana wa tarahamouna lanakoûnanna minalkhâcirina (Oh Dieu l'Éternel, pardonnenous à cause de notre ignorance ! Pardonne à tous ceux qui ont sincèrement aidé le dictateur à monter sur le trône ! Ils sont très nombreux et ils se recrutent dans tous les pays, dans toutes les races).

En effet, de Moscou à Bucarest, de Sofia à Berlin Est, de Bruxelles à Paris, de Brazzaville à Tananarive, de Casablanca à Niamey, de Ouagadougou à Dakar, partout dans le monde, Sékou a eu de fervents admirateurs qui l'ont ardemment soutenu sans le connaître jusqu'à sa mort. « L'homme est un véritable inconnu connu ».
Que n'ont-ils pas fait, MM.

Nous savons le sort que Sékou a réservé à chacun de ces fondateurs qui ont tout sacrifié pour que vivent et se consolident un Parti et un homme qui ne sont différents du Parti démocrate-social et d'Hitler Adolf que par leur refus systématique de souscrire à un programme de développement économique viable.
Si César avait raison de dire « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu — veni, vidi, vici », Sékou n'aurait pas tort de dire « Je suis venu, j'ai vu, j'ai détruit le pays et ses meilleurs fils ».

7. Des dessous de la carte du tyran

Écoutez d'abord quelques déclarations de M. Sékou Touré, le tribun :

« Nous avons, quant à nous, choisi la voie de la vérité. Nous mourrons dans cette voie. Nous ne sommes pas des chefs de canton, qui ne parlent qu'une ou deux fois dans l'année. Nous voulons construire la nation : pour cela, tous les jours, nous diffuserons à la radio l'idéologie de la justice et de la vérité.
La valeur de l'homme dépend de son utilité pour le progrès de la société. La première richesse de l'homme c'est la vérité et la justice. Seule la vérité ne meurt pas. Quand on veut vivre éternellement, on doit choisir la vérité. Le P.D.G. c'est le Parti de la vérité et de la justice. Nous n'avons peur que de Dieu qui nous a créés. On ne peut pas vivre de vol et être ême temps un musulman. Il faut travailler ici-bas, pour qu'à la mort les gens vous pleurent ; mais si un homme ne fait que voler, mentir, s'il symbolise tout ce qui est mauvais, toute la famille aura honte de sa conduite, son titre de guinéen sera même contesté par les militants du P.D.G.
A sa mort, est-ce que tout le monde ne sera pas content ? Nous voulons mettre fin au mensonge, au vol, à la fainéantise. Nous voulons, en un minimum de temps, être à même d'électrifier tous nos P.R.L., les équiper tous en matériel de travail, en petites usines, en fabriques pour pouvoir transformer sur place nos matières premières. Nous voulons construire l'avenir. Au rendez-vous de l'histoire, nous verrons qui a eu tort et qui a eu raison. Notre unique force c'est la vérité. Nous mourrons avec elle, car un homme qui ment à son pays c'est-à-dire au souvenir des morts, aux vieux, aux pères, aux mères, aux enfants pour son intérêt particulier, ne mérite que mépris et pitié. Descartes, en disant « Distinguons le vrai d'avec le faux pour voir clair en nos actions et marcher avec assurance en cette vie », a indiqué à tous les hommes, à tous les Peuples la manière scientifique de marcher en la vie sans erreur » (Unité nationale. pages 33-35, 37, 97-109-110, 113 -117, 129-148).

Écoutons encore M. Sékou Touré en Juin 1949, contrecarrer les intérêts supérieur du peuple de Guinée :

« A l'occasion des élections des Sénateurs, les masses de tous les groupements ethniques, jointes à celles du P.D.G., ont affirmé sans équivoque leur commune position quant à l'élection d'un africain authentique du 2e collège. Mais hélas ! excepté les élus du P.D.G. et certains élus honnêtes tel que Mamadou Camara, conseiller de la Haute-Guinée, les autres conseillers parmi lesquels deux députés de la Guinée française, ont voté contre la volonté du peuple et ont ainsi, dans un climat de trahison ignoble, contribué à l'élection d'un gouverneur des colonies, Saller, frère du chef de cabinet du gouverneur Roland Pré. Quel scandale ! Quelle trahison ! »

Précisons que les conseillers, députés de la Guinée française que condamne M. Sékou Touré sont les mêmes qui ont approuvé le projet d'urbanisme de la ville de Conakry sous la bannière du gouverneur Roland Pré, dont tout le peuple de Guinée se souvient des efforts louables dans l'urbanisation systématique de Conakry. Le même Sékou qui prétendait faire le bonheur des guinéens, a écrit dans le journal « Réveil » no. 368 du 13 juin 1949.

« Le projet d'urbanisme de la ville de Conakry n'est, à vrai dire, qu'un projet de déguerpissement des populations africaines. Il faut refuser ».

Poussées par Sékou, les innocentes populations de Conakry ont opposé le refus « sékoutouréen », bien présenté mais cachant des intentions sataniques. Alors que le programme de construction de Roland Pré prévoyait l'édification en hauteur de la ville de Conakry des buildings à 3 étages sur toute l'île Tumbo. Tout le monde sait aujourd'hui celui qui avait raison entre les députés, conseillers de la Guinée française et M. Sékou Touré.

8. Quelques faits historiques

Au cours d'un grand meeting populaire tenu au palais du peuple en 1968, les militants du P.D.G. de la capitale s'indisciplinèrent notoirement. Ce qui n'enchanta pas le dictateur, qui aggrava la situation en menacant par de violents propos. Il n'obtint point le calme. C'est alors que M. Keita Fodéba, Ministre de la défense nationale 2, se leva, distribua des ordres impératifs à 4 officiers de se mettre en état d'alerte en prenant position aux portes d'entrée de la salle. Les populations voyant cette réaction de l'homme des militaires se tinrent tranquilles, permettant ainsi à M. Sékou de continuer ses jeux de mots. Ayant mis M. le dictateur en minorité, prouvant son incapacité à calmer ses auditeurs en début de révolte, M. Fodéba Keita venait de signer son propre acte de décès car, quelques jours plus tard, le tyran devait confier à un de ses intimes, un certain Fernand, en parlant de Fodéba : « il sera arrêté et liquidé car il se croit déjà trop fort et il ose le prouver ostensiblement ! ».
Si le garde du corps surnommé De Gaulle a aidé Sékou à égorger une de ses sentinelles, ce n'est pas la seule victime dont M. Sékou Touré a recueilli le sang dans une calebasse blanche pour des fins occultes. Signalons entre autres, le cas de cette fillette que deux gendarmes complices ont envoyée à Sékou et qui n'est plus jamais ressortie du palais. M. Sékou Touré croyait éliminer tous les témoins, oubliant que « walâ hawlâ walâ quwa tan, illâ billâhi alhalyoul azîme » (l'homme ne peut rien en dehors de Dieu le Puissant).
Et cette autre victime que M. Sékou a égorgée de sa propre main aidé d'un gendarme, qui s'est enfui dès le lendemain matin pour la Côte-d'Ivoire, d'où il peut témoigner s'il n'est pas prêt à rentrer en Guinée ?
Assassins de tous les pays, apprenez cette vérité élémentaire : partout, l'homme vit en étroite compagnie de Dieu et, jamais un assassin n'a commis sont forfait que sous l'œil vigilant et attentif d'un chasseur à l'affût, ou d'un promeneur solitaire ou de toute autre personne à qui Dieu le Tout-Puissant montre la scène avec J'acteur du drame car, c'est toujours devant un homme-témoin qu'on tue un autre homme. Par ailleurs, c'est le moment d'interroger la vieille sorcière assoiffée de sang, la mère dAndrée, cette Hadja responsable de beaucoup de crimes, de nous dire où se trouvent cachés à Macenta la jeune fille momifiée et les autres produits macabres de l'ex-chambre secrète de son beau-fils Sékou Touré. Dans ce témoignage, nous ne dénonçons pas encore nommément les nombreux complices du dictateur qui, après avoir commis toutes sortes de crimes, continuent à jouir du produit de leurs sales besognes avec l'insolence et l'arrogance impardonnables. La plupart des femmes des anciens dignitaires font, avec leurs grands enfants, la pluie et le beau temps dans les rues de Conakry, dans les services et à l'extérieur de la Guinée. La femme de Ismaël 'Béria' Touré s'amuse impunément avec ses fonds volés, dont elle retire souvent des montants importants à la Banque.
Certaines de ces femmes complices de leurs maris criminels ne sont-elles pas allées à Kindia faire du scandale ?
C'est pourquoi il faut juger ces bandits et libérer la ville de Kindia où ils vivent grassement non pas en criminels endurcis, mais en véritables détenus politiques, alors qu'ils ne méritent pas ce statut.
Les femmes d'Abdoulaye Touré, de Mouctar Diallo, de Moussa Diakité, de Mamadi Kaba, de Siké Camara, de Karim Keira, etc., ne provoquent-elles pas par de propos malveillants ? :
— Nous n'avons plus peur nous aussi, nous nous préparons conséquemment.
Voilà le propos qu'une de ces femmes dignitaires a tenu quelque part !
Attention ! Que ces ennemis du peuple cessent de nous braver, hein ! Nous n'avons pas eu peur de leurs maris qui tenaient le canon contre nos poitrines nues. Cessez ! Vous en avez intérêt ! N'abusez pas de la trop grande liberté que vous laisse le CMRN.

La libération, peu attendue, de vos maris ne doit point vous tranquilliser. Car le tribunal de l'histoire est impitoyable ! Mory Senkoun Kaba doit nous dire ce qu'il faisait auprès de l'ingénieur Noumouké Kaba, de jour et de nuit, quand celui-ci a été libéré de Boiro. S'il s'occupait fraternellement de lui, pourquoi ne continuerait-il pas à manifester les mêmes sentiments à l'égard de la famille de son « ami et frère » mort, ou plutôt tué selon l'avis du public ?

9. Qui a tué Balla Camara ?

La révélation vous donnera la chair de poule. M. Balla Camara, administrateur civil de la F.O.M. (France d'Outre-Mer), exerçait les fonctions très importantes de commandant de cercle en Haute-Volta (Burkina Faso). A l'accession de la Guinée à l'indépendance, il a cédé aux instances de ses amis, notamment M. Mory Camara, et aussi à l'appel incessant du destin, représenté par la famille, et surtout par « Syli-Sékou », qui l'invitait en patriote à tout abandonner pour le service du jeune état guinéen. Ce que Balla Camara fit avec plaisir en rentrant en Guinée, où la patrie, les amis et surtout le devoir à l'égard d'une vieille mère dont il est l'unique enfant l'attendaient impatiemment.

Allahou Akbarou ! L'homme ne peut rien contre le destin.
Soub hanallah wal hamdoulillâhwa la illâ ha illahâh wallâhou akbarou yafoua — Loû mâ youridou — innalâha yâ koumou ma youridou wallâhou alâkoullou chayn kha dîroun ! (Sainteté — Hommage à Dieu, seule divinité qui agit selon sa seule et irréversible volonté, parce que Suprême et absolu).

Enthousiaste, farouchement déterminé à travailler pour son pays, prouver que la science, la technique, l'art, la technologie ne sont l'apanage d'aucun peuple, encore moins d'un homme, notre administrateur, expert financier, Balla Camara est venu rejoindre sa terre natale, qui devra bientôt le recevoir en son sein, sacrifié par la jalousie et la haine d'une famille réprouvée à jamais par tous ceux qui en apprendront la malheureuse histoire. En effet, en bon citoyen guinéen qui a son mot à dire sans démagogie, M. Balla Camara sera victime de sa franchise. C'est ce que penseront ses amis alors que, patiemment, méthodiquement Sékou avait depuis longtemps préparé sa perte, la famille Touré et son alliance, la famille Kourouma, le sacrifiant comme ce fut le cas de M. Diallo Ibrahima, El Hadj M. Lamine Kaba imam de Coronthie et tant d'autres fils de ce pays.
Sékou arrête donc Balla Camara à la suite d'une explication répliquée de ce dernier au Palais du Peuple à Conakry. L'Almamy Ibrahima Sory de Mamou, ancien chef supérieur de la branche Alfaya du Fouta-Djallon, que Sékou avait choisi pour père adoptif, apprenant l'arrestation de Balla Camara, vient précipitamment à Conakry, rencontrer son illustre fils adoptif pour intercéder en faveur de l'inculpé. Sékou promet de le libérer très prochainement.
L'Almamy, retourne, fier de lui-même et de son « fils ».
Un instant plus tard, l'avion qui est allé chercher la mère de la première Dame, notre « belle-mère chérie », atterrit à l'aéroport de Conakry avec l'importante passagère à bord. Après les salutations d'usage, le beau-fils sans tarder, engage la conversation :
— C'est à cause de vos liens avec Balla que je vous fais venir (la mère d'Andrée et celle de Balla sont en effet des soeurs), Pour vous apprendre l'insolence dont Balla s'est rendu coupable à mon endroit, publiquement au Palais du Peuple » devait déclarer Sékou Touré.
La Hadja dont la « sagesse » se devait de sauver son neveu a malheureusement déclaré :
— Dieu te livre l'ennemi qui cherche à te détruire, qu'attendras-tu pour le liquider » ?
O ! vanité des vanités ! passion des passions ! Ca y est ! L'issue en est trouvée ! La belle-mère venait de sacrifier son propre neveu. Et, pour la première fois, il faut rendre témoignage à la vérité, Andrée n'a pas approuvé la position de sa mère, qui venait d'occuper cependant une nouvelle place de choix dans le coeur de son illustre beau-fils, qui a toujours cherché des complices pour ses crimes.
Balla a donc été condamné suivant le verdict de sa propre tante.
S'il est vrai que le comportement de Sékou était très déroutant, il n'a cependant trompé ses collaborateurs que pour un petit moment, jusqu'au séminaire de Foulaya (Kindia, décembre 1962) préparant le 6e congrès du P.D.G., où le masque du tyran est tombé, laissant apparaître nettement ses idées anti-démocratiques et son intention de dominer en véritable maître. En effet, quand il a été mis en minorité par les congressistes à Foulaya, il n'a pas pardonné à ceux qui en étaient les auteurs. Tous, un à un, ont été tués dans les différents pseudo-complots. L'on ne pouvait pas comprendre à l'époque, qu'en qualifiant, sa fameuse révolution de globale et multiforme, Sékou Touré s'adressait à lui-même mais dans un langage d'initiés inconnu des profanes.
Tous ceux qui ont approché l'homme, savent que le lâche avait si peur qu'une feuille morte qui le surprenait par sa chute, pouvait le faire fuir. Et, lorsqu'il se sentait en sécurité, il criait à tue-tête ses slogans de bravade et d'intimidation.
Pour illustrer cela, le voilà le jour de l'agression du 22 novembre 1970. Son garde du corps, le Commandant Zoumanigui, qui l'a servi fidèlement pendant 10 ans, après les premiers coups de feu, se fait accompagner de son aide de camp, le capitaine Doumbouya, pour venir assurer la sécurité du Chef de l'Etat. Blotti quelque part Sékou Touré ne s'attend qu'à des ennemis quand il voit arriver, l'air farouche, deux officiers supérieurs dont il ignore l'intention. Le « fier Syli-Sékou, le plus courageux des hommes, qui disait n'avoir peur que d'avoir peur », se met à trembler à la vue de ceux-là mêmes qu'il a toujours cherché à convaincre de son inébranlable courage et de son invincibilité physique et morale.
— Ne me livrez pas à la colère du peuple, tuez-moi sur place je vous en supplie, fredonna le Commandant en chef des forces armées populaires et révolutionnaires, le timonier en « carton », de la Révolution guinéenne. Oubliant qu'il est musulman, Sékou se met à invoquer Dieu par la Sainte vierge Marie, mère des malheureux, « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus le fruit de vos entrailles est béni »…
Zoumanigui sentant que son patron délire, et réalisant toute la gravité de la situation, se met au garde-à-vous en prononçant le mot d'ordre de soumission et d'obéissance militaires :
— Commandant Zoumanigui Kékoura, chef d'État-major de la gendarmerie nationale, garde du corps du Chef de l'État, accompagné de l'aide de camp le capitaine Doumbouya ; après avoir entendu plusieurs coups de feu d'armes de guerre et détenant la preuve irréfutable d'une attaque extérieure, venons assurer votre sécurité personnelle et celle de votre famille ; à vos ordres pour toutes fins utiles.
— Mettez-vous à l'aise, devait difficilement dire le « Responsable Suprême de la Révolution », qui venait de s'humilier devant deux de ses subordonnés. La balle est partie, trop tard ! on ne peut plus la rattraper !
Zoumanigui et son compagnon, dans l'exercice de leurs fonctions, malheureusement venaient de signer, comme Fodéba, leurs actes de décès. Car Sékou Touré n'entendait laisser aucun témoin de ses malheureux moments de faiblesse.
Sachant ce que nous venons de dire, l'on peut se demander comment Aly Bangoura, alors Chef du Protocole à la Présidence, Fily Cissoko Ministre des Affaires étrangères, plusieurs autres cadres dont Sény la presse et moi-même, avons échappé à la mort, alors que nous avons été témoins de la plus grave humiliation du dictateur le 28 août 1977 au Palais du Peuple où les femmes de Conakry III, déchaînées, ont voulu le lyncher n'eût été notre intercession. Là encore, la réponse est très simple.
C'est Dieu le Tout-Puissant qui nous a sauvés, car il n'est pas toujours donné aux assassins d'éliminer tous les témoins.
En continuant les éléments d'information, l'on se souvient du Coup d'État militaire de Mali en 1968. A l'annonce de cet événement, le « Responsable Suprême de la Révolution » réagit violemment en ces termes : «
— C'est bien fait pour Modibo Keita, je le lui avais dit. A Bamako toutes les boutiques sont achalandées de marchandises, l'on ne manque de rien au Mali. Il s'est si bien occupé de son peuple que l'armée a fini par s'occuper de lui. Je lui avais conseillé d'utiliser le ventre comme arme politique. Il ne m'a pas cru. Tant pis pour lui. Tant que le peuple cherche de quoi manger et se vêtir, il ne s'occupera que de cela, vous laissant la paix qui durera tant que durera la situation de pénurie générale.
Plusieurs de ses Ministres sont témoins de ces déclarations passionnelles, profondément inhumaines de M. Sékou Touré, ami personnel de M. Modibo Keita.
D'autre part, il est très difficile d'épuiser le chapitre des crimes « d'Alcapone » de Guinée.
C'est pourquoi nous proposons au CMRN la constitution d'une Commission nationale de recueil et de rencensement des crimes de Sékou, depuis ses crimes d'enfance jusqu'aux sacrifices humains, qu'il a immolés lui-même ou fait immoler par d'autres complices. Une telle œuvre constituerait l'un des monuments écrits les plus imposants de notre siècle, car si les hommes peuvent falsifier l'histoire dans une de ses toutes petites séquences, ils sont cependant incapables d'en modifier le cours.
Les Nazis ont déclenché la 2e guerre mondiale en la soutenant par la science et la technique.
Sékou et ses complices ont, en temps de paix et de manière paisible, déclenché la plus effroyable guerre, celle que sous-tendent le mensonge et la duperie et, par laquelle un seul a le canon et tire sur des gens non armés, sans bouche, les yeux également bandés. Il ne l'a réussi que par de gros mensonges, car, comme a dit Marx : plus le mensonge est gros, plus on y croit !
Le choix de Nuremberg pour le procès des grands criminels de guerre nazis n'était pas l'effet du hasard. Cette ville existe depuis plus de 900 ans et, pendant des siècles, elle a symbolisé la politique de conquête, les diètes de l'empire y siégeaient souvent et c'est à partir de là quétaient gérées les affaires du Saint-Empire Romain.
A partir de 1356, en vertu de la bulle d'or de Charles IV, tout nouvel Empereur devait réunir sa première Diète (Conseil) de l'Empire à Nuremberg.
Pour les hitlériens, le « Saint-Empire Romain » était le 1er Reich (Domaine) Allemand, celui que Bismarck fonda en 1871 étant le second Reich. Ils se considéraient eux-mêmes comme les fondateurs du 3e Reich, millénaire. Nuremberg devint donc le symbole du Reich, la capitale du Parti nazi. C'est dans cette ville que se trouvait le lieu traditionnel des rassemblements fascistes.
Pour démystifier ce qui la rendait célèbre, on décida d'organiser dans cette ville, le tribunal chargé de juger les criminels du nazisme.
Pour de semblables raisons historiques je propose que le tribunal spécial chargé de juger les criminels du P.D.G. soit organisé au sein-même du tristement célèbre Camp Boiro.
Pour indiquer toute l'importance d'un tel tribunal, je rappelle à l'intention des amateurs de l'histoire quelques éléments d'information sur les assises de Nuremberg :

Ceci donne l'idée du sérieux avec lequel l'humanité, lasse de deux grandes guerres, qui ont tué plus d'hommes que la maladie et la faim ne l'ont fait en 500 ans, a préparé ce procès, unique exemple dans l'histoire, connu de moi, en vue de prévenir toute velléité d'ériger le racisme en système de gouvernement.
Or, au su et au vu de ces mêmes puissances, cette fois-ci mieux organisées à l'O.N.U., et sous l'oeil complice de certains africains, qu'un homme infiniment supérieur à Hitler (qui ignorait une arme efficace, l'irrationnel) organise son peuple, et l'éduque dans une idéologie de peuple supérieur. La Guinée a un sous-sol extrêmement riche, cela s'entend, mais dire que c'est le pays le plus riche du monde relève de cette idéologie de superlatif absolu. Il pleut en Guinée, c'est vrai. Il tombe plus de pluie en Guinée que nulle part ailleurs (?). Cela signifie que la Guinée est un pays élu (?). Or croire que la vérité ne se trouve nécessairement nulle part ailleurs que dans son propre milieu racial ou national est une utopie et une insuffisance intellectuelle grave.
Cet homme ondoyant crée un mythe autour de lui. Il se fait passer pour le plus grand défenseur des opprimés, des pauvres (parce qu'ils sont les plus nombreux partout dans le monde). Il affiche un amour tyrannique pour sa patrie alors que lui-même sait que s'il a une patrie, ce n'est en tout cas pas la Guinée, dont il se réclame. Il arrache, par ses tonitruantes élucubrations, l'admiration, l'estime et finalement l'amour des Guinéens, surtout des Guinéennes et des autres peuples qui ne le connaissent que par ses discours, aussi véridiques que vigoureusement engagés sur la voie théorique de la défense des intérêts supérieurs des hommes et des peuples.
Assuré donc de tous côtés, le « Responsable Suprême de la Révolution » peut librement agir avec la bénédiction des uns et des autres.
Les conditions de base ainsi créées. Sékou se fait appeler « Responsable Suprême de la Révolution », le seul et unique centre d'intérêt, l'élu du peuple-élu.
Pour opérer le changement indispensable dans les mentalités du Guinéen qui se croit de bonne foi supérieur aux autres peuples, parce qu'on le lui a fait comprendre, il faut nécessairement commencer par détruire cette superstructure par une sérieuse préparation du tribunal dont le monde entier attend les assises avec force impatience.
Toute négligence, toute faiblesse dans l'organisation et le déroulement d'un tel tribunal indiqueraient que nous avons insuffisamment réalisé la gravité et l'importance historique de notre rôle, le poids de la responsabilité que nous portons face à l'avenir. Les criminels de guerre nazis condamnés à Nuremberg ne sont-ils pas encore recherchés aujourd'hui, poursuivis pour pouvoir purger les peines de prison dûment méritées ? Malgré un argument de force qu'ont avancé certains généraux d'Hitler, à savoir à la guerre comme à la guerre, soldat, simple exécutant je n'ai fait que mon devoir (la discipline faisant la force principale des armées, il importe que le supérieur obtienne du subordonné une soumission et une obéissance de tous les instants. L'ordre doit être exécuté sans discussion, sans hésitation ni murmure. L'autorité qui le donne en est entièrement responsable et la réclamation n'est permise au subordonné que lorsqu'il a obéi) ; malgré un dicton populaire : le pays le plus puissant du monde serait un pays P. réunissant les conditions suivantes :

  1. avoir l'armement sophistiqué des U.S.A.
  2. avoir l'entraînement de l'armée égyptienne avoir la discipline militaire allemande.

Malgré d'autres attitudes militaires défendables, les juges des puissances alliées, avec l'impartialité requise, et après avoir fait la part de toutes choses, ont cependant sévèrement condamné les criminels nazis pour prévenir la velléité d'un autre nazisme, dans le monde. Et ceux qui, en temps de paix et de façon délibérée et paisible ont agi comme en temps de guerre ? Allons-nous pardonner à cette myriade de complices conscients et actifs du tyran qui ont répandu pendant un quart de siècle la dangereuse idéologie de la race et du racisme en présentant le peuple de Guinée comme le plus courageux des peuples, le seul à voter non à la communauté franco-africaine en 1958 et, de ce fait, le seul parmi les anciennes colonies françaises d'Afrique de l'Ouest à être indépendant et souverain ?
Il nous faut désormais avoir la tête sur les épaules, les pieds sur terre. C'est pourquoi je félicite le CMRN pour sa décision royale de ne pas le louer ! Car un tyran ne naît pas, on le crée ! Comment Sékou, cet homme d'une petite famille paysanne peut-il devenir l'un des plus grands dictateurs du monde ? C'est par la faute de ceux et celles qui par démagogie, lui ont fait comprendre qu'il était un ange, un demi-dieu, un être spécial, tel que les chantres du PDG, certains cadres politiques, les artistes, les journalistes l'ont présenté ; allant chaque semaine, chaque mois, chaque année, d'éloge en éloge… Sékou a donc fini par se voir exactement tel qu'il se souhaite, c'est-à-dire le super-homme que l'ex-Premier Ministre Beavogui qualifiait de petit-fils de Chelck Abdoul Khâdr de Bagdad.

10. Le ridicule ne tue pas !

Voici le secrétaire général de la section de Baranama devant le micro de la commission d'enquête en vue de l'enregistrement de sa déposition. L'homme n'est pas lettré en français. Il ne peut donc pas lire la déposition imaginaire qu'on a faite nour lui. Il faut lui apprendre ce qu'il ne sait pas, à savoir sa propre participation au complot. Les gens sont patients :
— Enquêteur : Kè ! itulumalôn kôsôbè
— Secrétaire général : Nho ! nho !
— Enquêteur : iyé a folalé : Kaba Laye léka afônyè Kon'nvè bara n'né nin Sébold (Tu dois dire : c'est Kaba Laye qui m'a dit de travailler avec Sébold).
— Secrétaire général : nho - nho - m'bara anyâyé !
— Enquêteur : awa wa ama (donc vas-y). Il déclenche le système d'enregistrement.
— Secrétaire général : Al ko ko n'nyaafô (on m'a dit le dire).
— Enquêteur : non - wotê ! atefôlaté ! (Non ! ne dis pas : on m'a dit de dire).
L'apprentissage reprend et le secrétaire général dit encore :
Mbara nyâyé (J'ai compris). Le technicien déclenche encore son appareil :
Awa, afô
— Secrétaire général : Alko ! ko n'nyâfô (On m'a dit de dire...)
— Enquêteur : non ! non ! Oh là là, mais qu'il est bête !
— Secrétaire général : N'té bèti di ! Alkolé kon'nyafô ko Kaba Laye koninyè… (Je ne suis pas bête ! vous m'avez dit de dire que c'est…)
— Enquêteur : A to té… arrête tes koko là !
Les deux se brouillent et le secrétaire général est renvoyé dans sa cellule. Ismaël Touré, le tout-puissant président de la Commission d'enquête, ordonne de faire signer au secrétaire général de Baranama sa propre déposition, qu'il a été incapable de traduire en malinké. Quel jeu ! quelle comédie ! quelle tragédie incroyable !
Un coup de téléphone :
— Allo ! Président, bonsoir !
— Oui Touré, comment vas-tu ?
— Ça va Camarade Président. J'ai appris par la radio le communiqué du B.P.N. (Bureau Politique National) relatif à la convocation du C.N.R. (Conseil National de la Révolution). C'est pour t'exprimer ma surprise puisqu'on n'en a pas parlé à notre dernière réunion.
— C'est exact, mais en tant que « Responsable Suprême de la Révolution », je me suis réuni seul !
— C'est compris, nous en reparlerons Camarade « Responsable Suprême de la Révolution ».
— D'ailleurs, viens vite à mon bureau signer mon « acte de condamnation » Ça y est ! ce Ministre a dit ce qu'il ne devait pas dire ! Il quittera le B.P.N. (organisme suprême du Parti) au cours des très prochaines assises du Conseil National de la Révolution (C.N.R.).
Nous sommes en 1962, un Ministre, très heureux des progrès que réalisent les populations de Conakry dans l'habitat, l'annonce fièrement au Président qui répond en ces termes : « On va tout prendre après, qu'ils construisent partout : laissez-les faire ». Surpris, le camarade Ministre regrette son indiscrétion En octobre 1964, à une réunion du B.P.N. ; le « R.S.R. » prend la parole : — Voici une démarche nouvelle qu'exige la Révolution populaire, transcroissante, transtemporelle et multidimensionnelle. En effet, pour pouvoir lutter efficacement contre la bourgeoisie, je vous propose une loi-cadre en 12 points dont voici le texte que j'ai rédigé en votre nom. Adoptez-le et, demain nous le promulgons.
Belle démocratie sékoutouréenne ! Le texte est effectivement adopté sans amendement, à l'unanimité. Dehors, avant de s'installer dans sa voiture, un Ministre membre du B.P.N. lance à un collègue la réflexion suivante : Vois-tu mon cher Diallo, le peuple ne sait pas ce qui se passe ici, s'il le savait, il nous pendrait tous… Oh mon ami ! Tu ne comprends donc rien à notre organisation ! Tu n'apprécies pas encore à sa juste valeur la chance exceptionnelle du peuple de Guinée, d'avoir comme guide Ahmed Sékou Touré, grand idéologue, homme de culture de réputation mondiale, fierté de l'Afrique et de l'humanité progressiste. As-tu suivi les nouvelles créations qu'il a faites aujourd'hui ? transcroisante, transtemporelle, etc. ? L'on comprendra par la suite l'arrestation de l'un de ces deux Ministres qui ont échangé ces propos. Quelle délation partout, même au sein du B.P.N. Savez-vous l'époque à laquelle la confusion a commencé chez Sékou ? C'est quand il a créé les slogans : l'école vers la vie, pour la vie, dans la vie, Parti-Etat, État-Peuple, homme-peuple, mathématique sociale 2+2=5 ; 6 millions = 1, pour dire dans ce dernier cas que lui, le leader incarnant toutes les vertus du Peuple de Guinée, peut valablement décider en lieu et place de celui-ci : donc 1 c'est lui, 6 millions c'est le peuple.
Décidément, le ridicule ne tue pas ! Écoutez le général en chef des forces sataniques de Faranah s'adresser aux lycéens grévistes de novembre 1961, fraîchement débarqués de Conakry :
Alu radja hein ! Faransilu ko: kan dé verbu se sui le segon sémédé infinitifu ! mômô ba cé faranayan fo iba fèrè kè kabila n'nèko ! ni i mabila n'ko m'bîbila inflnitula Conakry pérésidan Sékou tésé ka ibo woro… môfu u lu ! agba ! ko indépendan manyin ba? Paki ! (Vous écoliers, apprenez le proverbe français « lorsque deux verbes se suivent le second se met à l'infinitif ». Quiconque ne s'aligne pas derrière moi à Faranah, je le mets à l'infinitif d'où personne ne le tirerait (l'infinitif signifie prison dans l'entendement de Amara Touré).
— Le jury, après délibération, vous proclame admis avec mention honorable. «
— Wo bara bèn ! Çà c'est bien ! Faranah bèh dâmeh ! Tout Faranah l'apprendra ! —
— Mais quesqué vous parlez Honorable ? C'est quoi ? C'est bon ou mauvais ? —
— Le jury vous déclare le meilleur des meilleurs, car depuis la création de l'université guinéenne, aucun étudiant n'a aussi brillamment réussi son sujet de mémoire que vous. Recevez les vives félicitations du père de la Nation dont vous venez de donner la meilleure démonstration de l'enseignement. La Révolution est globale, multiforme, transcroissante, multidimensionnelle et transtemporelle. Votre brillante réussite, en donnant raison au « Responsable Suprême de la Révolution » à propos de la « perfectibilité infinie de l'homme », est le meilleur défi à l'impérialisme, au colonialisme, au néo-colonialisme, au fantochisme et aux aliénés culturels ».
J'ai compris tout léparole que vous avez parlé, la Guinée a dit non à De Gaulle, maintenant il faut beaucoup de vizilancie lé énémi il dorpas ! pérécidan Sékou Touré il est bravo. C'est pourquoi quand il parlé il faut écouter complètement ! Il y a pas de foula, il y a pas de malinké, il y a pas de kissi, il y a pas de sosso ! tout le monde sont égals.
Voici prise sur le vif la conversation d'un intellectuel opportuniste avec Amara Touré, grand demi-frère de Sékoucomédien. Décidément le ridicule ne tue pas ! Sékou Touré a voulu épargner à son frère, le tyran de Faranah, les critiques de l'opinion car, il aurait tout bonnement signé un décret faisant de l'analphabète Amara, « ingénieur agronome ». Mais, il a préféré demander à l'illustre paysan de Faranah de traiter comme sujet de mémoire « les feux de brousse ». Un étudiant de polytechnique peut être ajourné mais pas le Secrétaire fédéral de Faranah, grand frère de Sékou Touré. Le jury de soutenance comprend aussi bien des professeurs d'université que des paysans, tous, réformés pour être déformés à l'École du Parti.

Et d'autres Touré encore, sans oublier leurs alliances les Keita, Kourouma, Sangaré, Diakite, Cherif, leurs griots et ceux qui avaient vendu leur conscience et leur dignité. Voilà l'équipe qui, pendant 26 ans a tyrannisé le malheureux peuple de Guinée, l'a traîné dans la boue, le dédaignant, le toisant, le ridiculisant à longueur de journée, alors « qu'on était rassasié du fruit de son labeur.»
Mais Dieu ne dort pas ! Monseigneur Robert Sarah, archevêque de Conakry, à qui je rends hommage pour son courage, a enseigné à Sékou Touré, citation : « que personne ne s'arroge la place de Dieu pour faire du destin des autres une propriété privée »... « Aussi, le pouvoir use » devait conclure le saint homme.

11. Une famille insouciante

Écoutez la famille royale, détendue, chaque membre disant ce qu'il pense :

— Mon père a gâté le peuple de Guinée qui ne se plaint de rien. Il a tout dans les entreprises nationales. Je me demande comment je vais faire pour son redressement quand Ahmed va laisser ce pays à Mohamed ! Signé Mohamed Touré devant de nombreux employés du ministère des Finances à Conakry (il a précédé l'armée dans l'emploi du terme redressement).
Le même fils bien-aimé, le prince guinéo-mauritanien, continue à réfléchir sur le « futur », dont son père, le stratège-président-sorcier croit lui avoir révélé le secret :
— Tu sais maman, quand je serai au pouvoir, je ne pardonnerai jamais à mes ennemis. Si j'en prends un, je règle son compte par pendaison. Mon père, lui a trop pitié des gens qui veulent le renverser .
— Eh! al bara Mohamed kan mè ? » (avez-vous compris ce que dit Mohamed ?) a simplement répondu Andrée, déjà fière de son fils artificiel.
Donnons maintenant la parole à la première dame, Madame Andrée Touré, pleine de complexes de peau et d'origine, qu'elle porta le jour de sa naissance :
— Jamais Mohamed ne se mariera en Guinée dont les filles ne sont pas sérieuses. Il se mariera soit au Maroc soit à la Mecque et avec une princesse, digne de son rang ».
Propos recueillis dans un hôtel à New York en présence de plusieurs Guinéens qui furent scandalisés.

12. Comment est né le mythe de petit-fils de Samory ?

En 1965 la brouille de M. Sékou Touré avec ses voisins atteint son paroxysme. Il lance des insanités, des insolences à maintes personnalités africaines (Senghor Président du Sénégal et Houphouët Boigny de Côted'Ivoire). Les radios Conakry, Abidjan, Dakar frisent la vulgarité que n'admet aucune civilisation surtout les traditions africaines qui tiennent particulièrement à la qualité des rapports de voisinage. Maurice Yaméogo, président de la Haute-Volta (Burkina Faso), se mêle à la bagarre, guerre froide qui durera des mois, au désespoir de toute l'Afrique africaine.
Yaméogo dont le père adoptif, le sage Houphouët, évite de répondre à M. Sékou Touré, qualifie ce dernier d'enfant naturel, fils non d'Alpha mais de Sidi Mohamed, un esclave maure ! Complètement démasqué, démystifié, Sékou cherche un autre mythe autour de sa naissance. Il dit, énervé, en réunion du B.P.N.:
— Il ne sait pas que je suis petit-fils de Samory ?
Ça y est !
Comme Leuck le lièvre qui dit à l'Assemblée des animaux : « donnez-moi une place, je vais naître »
Oh ! il est né là parmi nous, il est donc le plus jeune en même temps le plus intelligent. M. Sékou Touré vient d'appartenir à la famille de l'Empereur de Ouassoulou 3. Soit. Mais même si cela était vrai, M. Sékou aurait-il raison de mépriser le peuple que son grand-père a chéri et défendu ? Là encore le doute serait permis sur l'authenticité de tel lien. Revenons à la réunion où M. Sékou devient le prolongement de Samory. Son demi-frère Ismaël, qui ne put se retenir comme plusieurs autres membres du B.P.N., réplique violemment :
— Comment peux-tu être petit-fils de Samory, toi ? Comment peux-tu, par simple propos incontrôlé, nous faire changer de clan.
Mais Sékou, dont la qualité dominante est le manque de pudeur, persistera dans ce mensonge historique, répandant partout l'idée de ses liens de sang avec Samory, une sorte de vengeance de la société, qui compte des personnes bien au-dessus de lui sur le plan de la naissance. Il tuera le [petit]-fils de Kèmé Bouréma, le vrai petit fils de l'Almamy Samory. L'arrière-petit-fils du grand oualiou de Dinguiraye, les principaux cadres de Dinguiraye. Les localités saintes de Kankan, Kong, Dalein, Labé, Koula, Zawiya, Sagalé, Khouréralandé (Boffa), Koubia (Ouassou), Bambaya (Tondon), seront visitées par le tyran. Il y sera béni par l'assemblée des fidèles musulmans entre 1950 et 1958.
Déjà sûr de lui-même, il n'hésitera plus à tuer Dr. Maréga Bocar, Dr. Bah Thierno, vétérinaire, Dr. Sow Mamadou, vétérinaire (4), Thiam Baba Hady, économiste, Diop Tidiane, professeur, Baydi Guèye, homme d'affaires, Tall Habib, Lt. Dia Saïdou, Lt. Sow Hassane, tous de Dinguiraye, que nous choisissons en exemple, car c'est l'une des plus petites préfectures de Guinée. Et s'il tue 10 cadres là, à Kankan, Macenta, NZérékoré, Guéckédou, Kindia ou Boké, Mamou, Labé, Kouroussa ou Forécariah. La liste serait effrayante.
Cette haine implacable contre le genre humain ne quittera jamais Sékou Touré.

13. Détails sur l'organisation policière de M. Sékou Touré

Ce chapitre est d'autant plus intéressant que c'est le secteur qui a été particulièrement privilégié par le dictateur dans la conquête, la consolidation et le maintien du pouvoir.
Homme pratique ne minimisant aucun événement, personnage pragmatique, mystique, évasif, impulsif, il triomphe de ses propres défauts et de ses ennemis par une vigilance permanente, une solide organisation du pays et des hommes dont il ne doit ignorer aucun détail de la vie, aussi intime soit-il. C'est la devise de M. Sékou, qui avait quadrillé le territoire national, implanté un régime policier de terreur à l'intérieur et recruté des milliers d'agents de renseignements dans toutes les couches, en plus des ambassades de Guinée, qui n'étaient que des officines d'espionnage dont le seul rôle se limitait à ce travail et à escroquer de l'argent par toutes sortes de moyens illégaux. La perception de 30 dollars par les autorités libériennes sur chaque Guinéen comme taxe d'immigration, somme destinée au gouvernement guinéen de Sékou Touré, est un triste exemple d'escroquerie, à l'échelon étatique. La philosophie de conducteur des peuples ainsi que les principes actifs de cette philosophie de M. Sékou Touré se résument comme suit :

  1. Ne jamais rien minimiser.
  2. Surestimer tous les événements, surtout les événements malheureux inventer, en supposant qu'elles vont arriver éminemment des situations présentées comme désastreuses, requérant la mobilisation de toutes les énergies possibles ; c'est, en un mot, ne jamais permettre au peuple de réfléchir sur sa propre situation en lui donnant comme centre d'intérêt la vie et le programme d'une force anonyme, le Parti en l'occurrence, célébrer le leader de façon religieuse.
  3. S'intéresser à tout ce qui se passe dans chaque famille, chaque service en installant des mouchards à tous les niveaux.
  4. Opposer systématiquement les couches, familles, corporations entre elles, les groupes, les membres individuels de chaque famille, les hommes, les femmes, les enfants, même les animaux ; créer partout un esprit de méfiance réciproque et trouver à tout des raisons idéologiques d'ordre politique. De cette guerre froide entre les citoyens dépendra la vie du tyran. (L'ambassadeur craint son chauffeur oy sa petite secrétaire dactylo, véritables ambassadeurs plus que le chef de l'Etat, car ce sont les agents d'information, qui font et défont toutes les situations, toutes les fonctions). Des entreprises mêmes sont créées pour de telles personnes (Soguilec, extraite d'Ematec pour servir un homme de main, Nouhou Cissé).
  5. Sérier et orienter l'information dont il faut maîtriser tous les éléments donnez au peuple un ennemi aussi invisible qu'invincible (l'impérialisme) auquel il doit vouer une haine noire.
  6. Puisque le pouvoir ne souffre pas de partage, il faut éliminer tous les ennemis potentiels, même son propre frère ou fils, ses amis, n'en parlons pas, car en politique sékoutouréenne il n'y a pas de sentiments. Quoi de plus pitoyable et de plus cruel que de voir liés par une même corde Bah Bademba et Bah Thierno, deux frères de même mère arbitrairement arrêtés, torturés ensemble et enchaînés nu-corps, conduits à la potence ; les frères Telli Diallo, Alpha Oumar Barry et Alioune Dramé ?

Si, pour les hommes sérieux une information vaut la personne qui la donne, pour M. Sékou Touré cette théorie n'est valable que pour lui. En effet, en sa qualité de Secrétaire Général du Parti (le P.D.G.), Président de la République, il sait que personne ne peut et ne doit normalement douter de ses déclarations. Il profitera de cette situation pour mentir, encore mentir, toujours mentir. En prenant pour argent comptant les ragots des petites gens, il doutera de toute personne que l'opinion entoure de respect et de considération.
Au sein du B.P.N., du Gouvernement, M. Sékou Touré s'était arrangé pour trouver des « yeux et des oreilles » dans chaque groupuscule. L'animosité qui en est résultée entre ces dignitaires, tous proches collaborateurs du tyran, a été très profitable à celui-ci car, son pouvoir personnel n'a cessé de se renforcer au détriment de la structure démocratique fonctionnelle de l'État et du Parti.
Les petits groupes d'amis de la table de belotte se faisaient et se défaisaient suivant le bon vouloir du R.S.R., seul détenteur de la vérité. En effet, Sékou avait fini par accréditer l'idée de sa sainteté, de sa perfectibilité aux yeux du peuple. On entendait souvent dire :
— Le Président est bon, mais c'est son entourage qui sabote ses actions si bénéfiques pour le Peuple.
Il ne pouvait régner qu'en divisant. Ainsi, Ismaël voudrait frire Beavogui, empaler NFamara, pendre Bela Doumbouya, Dr Bah de la Santé, Diao Baldé, Cherif Nabaniou, Mamouna Touré et Soriba Touré, que Sékou entendait employer pour satisfaire la politique d'équilibrisme ethnique, ont été trouvés si dignes, si rigoureux qu'il fallait les renvoyer comme une balle dégonflée.
D'autre part, Sekou n'était pas intelligent mais très malin. Il sait que le monde est partagé entre trois blocs : Ouest, Est, Non-Alignés. Pour être parfaitement au courant de ce qui se passe partout, il s'organisera de la façon suivante. Il crée de toutes pièces un homme de Washington au sein du Gouvernement guinéen (qui se dit de gauche). Rendre cet homme de la C.I.A. très influent tant à l'intérieur qu'à l'extérieur est un devoir que Sékou a parfaitement accompli. Cet agent était Ismaël, qui a si bien joué son rôle d'agent double, qu'il refusait publiquement de monter à bord de tout véhicule de fabrication soviétique (russe).
Sékou, artiste, et son demi-frère Ismaël ont correctement joué leur rôle. Ils laissaient voir une certaine opposition idéologique entre eux, dont le mystère n'a été pénétré ni par les autres membres du Gouvernement, ni même par la famille. Par Ismaël, Sékou sait tout ce qui se trame au Pentagone, au sein de la C.I.A. Servi de ce côté-là, il crée son homme de Kremlin (Moscou) ; c'est lui-même, doublé de Siaka Touré.
Là aussi, rien n'échappe à notre homme dont la politique et l'idéologie officielles sont « Socialistes ».
Il reste un dernier élément à créer, c'est l'agent du Tiers Monde. Il jouera encore lui-même ce rôle, doublé d'Abdoulaye Touré, qui joue au pacifisme tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
Pour le monde des loges maçonniques, Sékou restera l'un des patrons Francs-maçons de l'Ouest Africain.
Voici bien fait le quadrillage du monde que Monsieur Sékou Touré voulait maîtriser pour pouvoir dominer.
Ce n'est pas tout car, à l'intérieur, un agent X chargé de mission à Kankan sera suivi d'un autre, Y, chargé de lui. Et les deux se retrouvent dans l'organisation locale, dont ils ignorent les membres, qui peuvent donc les surveiller sans difficultés. Les agents locaux ont mission de veiller sur les activités de toute nouvelle figure étrangère à la cité, travaillant aussi dans le cadre de consignes générales alors que les hôtes s'occupent de consignes particulières.
Dans une telle organisation policière, personne ne sait « qui est qui dans quoi ». Les mieux servis dans un tel régime sont les mouchards, les délateurs. Le pauvre laboureur et ses enfants, le maître et l'élève, l'étranger et son hôte, la femme et son mari, l'employé et son employeur, tous se surveilleront les uns les autres. Un barman qui, répondant à un client sollicitant une tasse de café, gesticule négativement. Cela entraîne son arrestation et son transfert à Boiro, où il lui est demandé d'expliquer son signe négatif pour dire qu'il n'y a pas de sucre. Le dossier établi contre ce barman comportait l'acte d'accusation suivant : « geste contre-révolutionnaire dénotant une position de classe ».

Facely II Mara : Pouvez-vous donner la preuve de l'existence de 103 marabouts ?
Almamy Fodé Sylla : Tout auditeur averti se demande, depuis la diffusion de mon premier témoignage, là où les sources d'information qui m'inspirent. En tant que simple professeur, j'ai été arrêté trois fois pour fait politique ou plus exactement pour délit d'opinion. J'ai été taxé d'ennemi juré du Parti par Mouctar Diallo, en 1961, à ma libération du Camp Alpha Yaya. Mamadi Keita l'a répété en 1967 à la commission d'établissement des programmes de Français à l'Institut Polytechnique de Conakry. Tout à fait situé donc à l'opposé du Parti, l'on est en droit de se demander mes sources d'information. Eh bien, ce n'est pas sorcier, je me suis particulièrement intéressé à la vie du P.D.G., de son leader et de tous ceux qui faisaient la pluie et le beau temps sous ce régime de mensonge, d'injustice et de terreur.
Aussi, les nombreuses fonctions que j'ai assumées au Camp Boiro ont-elles complété ma formation à l'École du P.D.G.

En plus de toutes ces charges, quand j'ai occupé les hautes fonctions de directeur de la cuisine. Avec de réelles prérogatives, je me suis fait de solides amitiés parmi les détenus et les geôliers. Ces derniers couraient après moi pour avoir quelques condiments soustraits à la cuisine. C'est dans l'exercice de ces nombreuses fonctions que j'ai reçu des informations très sûres à propos des 103 marabouts ayant travaillé pour Sékou Touré. Dans une lettre qu'un détenu de Boiro a adressée à M. Sékou Touré, en octobre 1977, existe la liste complète de ces marabouts, dont nous taisons les noms par mesure de sécurité, pour les intéressés. Mais s'ils ne s'amendent pas, ils seront nommément dénoncés dans le livre deuxième !
Un jour, Sékou Touré reçoit deux visiteurs de marque : un couple français venant de France ! Les hôtes sont reçus au salon d'honneur du Palais de la Présidence. Les entretiens atteignent un niveau tellement intéressant que nos deux Français comptent prolonger leur séjour guinéen.
En effet, en plein débat, débouchent d'un coin du grand salon, avec une vitesse effrayante, deux grosses souris qui viennent monter sur M. le Président Sékou Touré dont la réaction ne se fait pas attendre :
— Allons ! Andrée ! comment tu peux laisser venir Juliot et Juliette pour nous déranger en pleine conversation amicale.
— Allez ! mes enfants, réintégrer le logis.
— Excusez-moi Madame et Monsieur Paul ! continuons le sujet qui m'intéresse beaucoup.
Andrée, avec sa langue « pâteuse », vient créer un problème qu'heureusement les Français ne saisissent pas :
Ikaalon Péésidan, n'kaafonye wolon n'ko iye nyarinin keleen nyini... (Je t'ai déjà dit, président, de trouver un chat… ).
— Ça va arrête, Andrée !
Sans rien comprendre, les étrangers apprécient hautement le pouvoir quelque peu magique ou surnaturel de M. Sékou Touré qui a incomparablement réussi à apprivoiser les souris. Décidément Sékou savait jouer son jeu

14. Au C.M.R.N.

« Quid de te alii loquantur, ipsi videant, sed loquentur tamen ». (Ce que les autres disent de toi, c'est leur affaire , il est sûr cependant qu'ils diront quelque chose).
N'as-tu pas vu la différence entre Sékou et toi ? Ses débuts furent violence, incendie et guerre fratricide. Ton départ prières, bénédictions exigeant ta sollicitude. Décidément il faut faire des vers sans cependant en avoir l'air. N'as-tu pas observé sept événements extraordinaires en Guinée ?

  1. L'indépendance, trouvée au fond des urnes, sans effusion de sang.
  2. Le gouvernement, par une loi-cadre insensée, fait un coup d'État contre le peuple de Guinée le 8 novembre 1964, brise la bourgeoisie nationale qui ne réagit pas.
  3. Un homme terrasse le chef de l'État, qui se relève plus fort que jamais (affaire Tidiane).
  4. Un chef d'État (Sékou Touré) fait arrêter les trois quarts des membres du gouvernement, tous les membres de l'État-major inter-armes et des États-majors particuliers, personne ne lève le petit doigt.
  5. Le gouvernement supprime le commerce privé, qui existe depuis les temps les plus reculés de l'existence humaine et personne ne bouge.
  6. La semaine compte six jours !
    Le Tout-Puissant créa le monde et son contenu en 6 jours. La puissance du P.D.G. et son leader avait atteint un tel niveau que les gens sans foi pensaient que Sékou ne mourrait pas. Mais l'Éternel, maître des mondes, se manifesta le jour J, anéantissant toute la puissance machiavélique de Sékou. Et cela, exactement en 6 jours, comme pour nous dire que le monde que Sékou croyait être sa propriété privée a été détruit jour pour jour.
  7. L'armée, qui prend le pouvoir dans un pays hautement préparé à la guerre civile, même un poulet n'a pas été sacrifié le 3 avril 1984.

Voilà des situations extraordinaires pour lesquelles le Peuple de Guinée et son gouvernement doivent rendre hommage au Tout-Puissant et lui adresser des prières d'action de grâce, à l'instar de Boké, Dubréka, Boffa, Tondon, Béréiré Bafila, Benty, Forécariah, Bady, Coba, Ouassou, Fria, Tanéné, Coyah, pendant que se préparent activement les autres préfectures et sous-préfectures de la République

C. M. R. N. !
Nous ne t'invitons pas à la violence !
Mais refuse catégoriquement l'insolence !
Le respect des droits de l'homme ne signifie pas refus de rétablir la justice !
Si Sékou et son P.D.G. avaient pour alliés naturels les menteurs et les délateurs, c'est le C.M.R.N qui est l'allié de tous les combattants de la liberté, les opposants systématiques au P.D.G., les victimes (innocentes) des célèbres camps de concentration.
Mille bras, dix mille énergies, cent mille courages les animent ! Il suffit de leur faire appel !
Vous n'êtes pas M. Sékou Touré, le farouche ennemi des cadres et technocrates !
L'homme qui ordonna de bitumer un côté de l'autoroute, celui qu'il utilise, laissant l'autre côté pour la plèbe qu'il chérissait pourtant par de beaux discours !
Vous n'êtes pas l'homme qui autorisa la construction du barrage de Sélengué, ouvrage qui détruisit cinq villages frontaliers de Siguiri (Guinée) sans compensation des dommages et intérêts !
Qui refusa de goudronner les tronçons Dubréka-Fria, Koubia-Tondon, Tanènè-Boké, Tercè-Falessadé, cependant des routes économiques de première importance.
Vous n'êtes pas ce tyran qui imposa d'autres tyrans de l'espèce Moussa Sako de Kindia ou Amara Touré de Faranah !
Qu'est-ce qu'un homme ? C'est la meilleure créature que Dieu ait faite à son image. Seul capable de langage articulé, l'homme est ainsi supérieur à toutes les créatures connues de nous. La langue, partie vitale de notre corps est essentielle dans nos rapports interpersonnels ; c'est pourquoi les juristes ont eu raison de dire « Pacta surit servenda » (les accords doivent être respectés, c'est-à-dire la parole donnée doit être considérée comme sacrée). « On lie les boeufs par les cornes et les hommes par la parole ». D'ailleurs si le peuple de Guinée n'avait pas été distrait par les discours trompeurs de Sékou, c'est en 1962 qu'il aurait mis fin au règne d'un dictateur qui n'a pas hésité de déclarer que lui, n'a pas de parole donnée, car dit-il, la parole n'est pas une montagne qu'on ne saurait déplacer.

C. M. R. N. !
Draîne donc le poids de la charge que le Tout-Puissant te demande de transporter vers les horizons de bonheur matériel et moral du Peuple de Guinée !
N'hésite pas, l'hésitation et le tâtonnement étaient d'hier ! Depuis la mort de Sékou Touré, toutes les maladies ont disparu de notre pays comme par enchantement !
Dieu en soit loué !
Sékou n'a pas été « gentil » avec nous !
Alors pour l'histoire, C.M.R.N. pense à Burrhus le vertueux : « civitati grande desiderium ejus mansit per memorium virtitus » (Extrêmement regretté à cause de sa vertu). Ceux qui luttent sont ceux qui vivent ».

C. M. R. N. !
Nous ne sommes pas vindicatifs, mais le peuple a son mot à dire Écoute-le sagement !
Commander ! Diriger ! Gouverner !
C'est écouter l'opinion publique ! choisir et faire la politique du possible.
Et partir des conditions objectives, réelles pour bâtir l'avenir. Tout le peuple sollicite la tête des criminels, leur pendaison publique !
Mais le C.M.R.N. crie à la clémence et au pardon.
Le peuple a dit oui, confiant ! Mais il n'entend pas être insulté par la nomination de ceux qui de façon zélée, ont commis avec le tyran les crimes les plus odieux !
Quel est le Guinéen qui ne connaît pas le rôle qu'ont joué l'ancien directeur de Syliphone ou un certain couple de mannequins, un Mama Tounkara aux mains ensanglantées, un « rougeau », ancien directeur d'Alimag, un Chérif ancien directeur de l'usine de Fria, que l'ancien régime avait placé au-dessus de tous les Ministres, etc.
S'il est vrai que l'administration est une continuité, il est certain que l'administration sékoutouréenne fut un sérieux obstacle au progrès de la société guinéenne, freinant dangereusement la vie administrative nationale. Elle ne doit pas de ce fait être améliorée mais fondamentalement changée. Car le peuple et son C.M.R.N. n'ont pas opéré un changement de gouvernement mais un changement de régime politique. En conséquence, pour « déverrouiller » l'appareil toujours grippé malgré l'avènement du C.M.R.N. Il faut changer les hommes de Sékou, les remplacer par d'autres cadres plus compétents et plus requis au nouveau régime. Un Ministre ne suffit pas pour dynamiser son département. Ce sont ses collaborateurs qui sont essentiels pour la concrétisation du programme défini par le gouvernement. L'adhésion de ces techniciens à la politique générale de l'État est un impératif indispensable au progrès de la machine.
Le Guinéen, de quelque niveau ou condition que ce soit, citadin ou villageois, est riche de l'expérience théorique et pratiqpe des 25 années de souffrance du P.D.G. Chaque Guinéen est un chef d'Etat par réflexe, par raisonnement, par engagement à la défense des intérêts du peuple, par esprit de justice et de liberté, par réaction politique face aux événements de tous ordres. Il n'est donc pas aisé de diriger ce peuple-martyr, sur le plan politique, car désormais aucun discours, si beau soit-il ne peut le convaincre. Il n'attend que les réalisations pratiques.

C.M.R.N. !
Attaque-toi aux priorités des priorités avec des hommes conséquents !
Un fagot de bois pris en pleine forêt se transporte-t-il sans briser les lianes qui le retiennent ?
Le C.M.R.N. n'a-t-il pas d'ennemis après avoir détruit le P.D.G., supprimé les barrages entre les préfectures, mis fin à la fourniture obligatoire de denrées ou de normes, autorisé la circulation libre des hommes et des biens, et proclamé le libéralisme dans tous les domaines de la pensée et de l'action ?
Ne nous trompons pas ! Les ennemis sont nombreux et puissants ! Et les communiqués du C.M.R.N. leur donnent toute liberté de nous torpiller.
Ils s'organisent partout en groupes ethniques pour défier le C.M.R.N. et le peuple. Ils parlent de cas malinké, de situation soussou et de condition peuhle.
Pour le peuple, il n'y a que deux groupes antagoniques en Guinée :

C.M.R.N. !
L'ordre au Port de Conakry ne suffit pas ! Pendant le règne du P.D.G., la Guinée n'a connu que les crimes commis par Sékou « Alcapone » et ses complices. Tous les bandits, voleurs, tueurs et autres malfaiteurs des pays voisins ne pouvaient mettre pieds en Guinée où leur maître, le chef bandit, Ahmed Sékou Touré régnait puissamment.
Mais maintenant que ce maître est mort, laissant un vide à l'intérieur de la Guinée, tous ceux qui attendaient à nos frontières sont entrés et, aujourd'hui, ils se livrent à une véritable compétition pour la première place, vacante depuis le 26 mars 1984.
Hold-up, vol à main armée, vol avec effraction, crimes crapuleux, viols de mineures, introduction de drogues et stupéfiants, voilà la nouvelle réalité de nos villes et villages sans oublier la criminalité qui augmente de jour en jour.
C'est une honte, C.M.R.N., prends et utilise le fusil pour protéger le peuple ! Engagés que nous sommes aux côtés du C.M.R.N. pour le meilleur et le pire, seule sa victoire est pour nous salutaire… !

Mon troisième témoignage

— Ah non ! ce n'est pas possible ! il s'attaque à la vie privée des gens ! mais nous, ma femme et moi, allons porter plainte contre lui.
— Je ne te le conseille pas ! mon bien cher cousin ! Que fais-tu des communiqués du 3 avril 1984 relatifs au changement en Guinée ? Le P.D.G. est mort, définitivement mort et enterré ! Sylla ne fait que dénoncer un système, un régime sanguinaire et ses dirigeants.
— Passe, mais a-t-il le droit de parler de ma vie privée ?
Cette conversation a été captée dans une cérémonie de baptême d'un enfant dans un quartier de Conakry en août 1984. Heureusement que ce Sylla n'est pas physiquement très connu ! Il n'a donc pas besoin de « mouchards » pour savoir ce qui se passe. C'est lui-même qui écoute les avis, les analyses, les critiques, les encouragements que son 2e témoignage a suscités, avec quelque bruit, accompagnés même de deux lettres de menace de mort, dont la première a été adressée à Monsieur Facély II Mara, l'animateur principal de l'émission « A vous la parole ». «
— Si vous avez été menacés, c'est que le but visé a été atteint.
C'est ce que m'a dit une jeune fille de qui je n'attendais pas une telle réflexion. Cependant, qu'à tous les niveaux les gens discutent autour des idées force du témoignage, me laisserait absolument froid, s'ils ne posaient pas un problème de fond qui peut aisément avoir quelque suffrage :
— Sylla a eu tort de parler de la vie privée d'un couple d'anciens dignitaires.
Pour reposer mes oreilles trop échauffées, je pris la décision de répondre aux détracteurs, confusionnistes d'hier et d'aujourd'hui, par une lettre malheureusement jamais parue dans les colonnes du journal « Horoya ».
Je ne sus pourquoi.
La question doit être posée à M. Mody Sory Barry, très dynamique hier avec Sékou, et bien froid aujourd'hui avec Conté, qu'il aurait peut être bien fait d'accompagner dans sa première tournée à travers la Guinée !

Pas d'entorse à l'histoire !

Chasseur malhabile, prends garde à ton arme !
Ne tire pas n'importe comment, tu créerais l'alarme !
Grands arbres ne cachez pas la forêt tropicale,
Sous le faux et éminent prétexte d'une puissante amicale !
Fromager géant ! je te croyais indéracinable !
Mais hélas ! tu me laisses penaud et misérable !
Je cours, cours désespérément sans te joindre !
Pourtant, espoir, confiance n'étaient pas moindres !
Père du clan Touré debout ! ne meurs surtout pas !
Pauvres chênes privés de sève en branle-bas !
Bûcherons, paysans endurants, pitié et clémence !
Coupe-coupe et haches, évitez-nous la potence !
Quant à toi menuisier imperturbable !
N'attaque pas du fromager les fidèles disciples !
N'as-tu pas reçu ma lettre de menace ?
Dis-moi franchement ce que tu veux que je fasse !
Doux procès chez le fabricant de bateau ?
Sais-tu le motif que j'évoquerai au barreau ?
Apprends-le donc et prépare ta défense !
Injure publique à l'égard d'une reine sans faiblesse !
Menuisier ! donne un coup de scie dur à l'histoire !
Elle te fournira des exemples sans examen probatoire !
Il était un certain Le Troquer de l'Assemblée française
Qui dut donner sa démission pour préserver la dignité française
Dans la fameuse affaire des Balais roses à Paris !
L'on ne parla pas de vie privée pour un cauri !
Et ce Ministre britannique qui fut obligé par sa Majesté
De quitter les rangs après d'indigestes intimités
Avec une certaine fille aux comportements licencieux !
Remémorez-vous l'affaire Ted Kennedy aux U.S.A.
Sa candidature à la Présidence des États-Unis d'Amérique
Fut rejetée quand l'opinion a su qu'il entretenait des rapports intimes
Avec sa talentueuse et sympathique secrétaire blondine !
Souvenez-vous des journalistes marocains qui écrivirent une certaine année
« Les chaussettes du Président guinéen sont trouées ».
Mais revenons chez nous avant l'indépendance !
Période où chacun en Paix, faisait la danse !
Un leader syndicaliste écrit dans les colonnes du « Bambou » :
« Une nouvelle qui porta un grand et violent coup !
« Un membre de l'Assemblée territoriale !
Est pris en flagrant délit d'adultère royal !
Contraint de piler du mil, il perdit ses poils !
Aussitôt un membre éminent porta plainte !
Que fit le juge pour sauver le leader sans crainte ?
L'accusé demanda au puissant magistrat
L'envoi de l'affaire à l'audience impartiale !
L'autorité judiciaire sentant la tempête !
Conseilla en coulisses, de retirer la plainte !
Évitant ainsi une triste confrontation !
Dans cette guerre inégale faite de contradictions
Si toute personne a une vie privée intouchable !
Celle des personnalités est attaquable !
Pourquoi épargner Jeune Afrique accusateur ?
Puisque vos mains sont propres pourquoi cette rougeur ?
La mystique du Redressement est l'honnêteté !
En pratiquant la justice et la vérité !
La liberté est le plus grand bien pour chacun !
La démocratie une école sans tribun !
En philosophie, la lutte entre l'ancien et le nouveau !
Entre ce qui meurt et ce qui se développe !
N'intervient jamais la sage Pénélope !
La loi de développement des sociétés !
Des continents, des nations et principautés !
Objet de toutes les luttes politiques !
Oubliez, oubliez donc ce passé héroïque !
Peuple de Guinée ! pour ta liberté !
Alors, tous ensemble, renaissons à la vraie vie !
Le pouvoir absolu corrompt absolument !
Le garde-fou limite les dégâts royalement !
La désinformation est une méthode cynique !
Qui désoriente une sage politique !
Comment ne pas réussir avec une telle pratique !
Placé devant un homme sage, clément et auguste ?
Vérité historique : la vie à ceux qui luttent !

Tous les auditeurs attendaient avec impatience ce troisième témoignage, qui devait certainement les édifier sur pas mal de situations obscures créées et entretenues par le régime sanguinaire défunt de Sékou Touré.

En suivant les conseils du Chef de l'Etat, Président de la République, qui enseigne depuis le 3 avril 1984, le pardon et la clémence à l'égard des uns et des autres, nous nous abstenons de faire des révélations qui inciteraient le peuple de Guinée à se venger des criminels, outrepassant ainsi la volonté du Président Conté de réconcilier tous les Guinéens.
Néanmoins, l'histoire étant le récit véridique des événements passés, tôt ou tard chaque acteur de la tragédie guinéenne sera connu et, à l'instar des criminels nazis, répondre au rôle qu'il a joué. Membres de l'actuel gouvernement, très prochainement, vous serez tamisés.
Pourquoi, après leur victoire sur le fascisme hitlérien, les puissances alliées ont-elles pris leur responsabilité historique en créant un tribunal international chargé de juger les criminels de guerre nazis ? Nous pensons que cela a eu deux avantages :

Le même souci, très légitime, doit animer le C.M.R.N. dans la conduite des événements politiques ayant sous-tendu le règne diabolique de Sékou Touré.
Accorder une importance exceptionnelle à ce sujet, c'est guérir la plaie profonde qui ronge le cœur de chaque Guinéen. Agir contrairement à cela, c'est gangrener cette plaie, dont le Président Conté a entrepris le magistral traitement.

17. Sékou était-il un homme ?

Chaque lectrice, chaque lecteur doit répondre à cette question. Mais pour aider à cela, nous rappelons quelques faits.
Adopté par M. Félix-Houphouët Boigny qui l'introduisit auprès du Gouverneur de la Guinée, ardemment soutenu par toutes les personnes que son apparence a lourdement trompées, Sékou reçoit de son père adoptif Houphouët 13 000 000 de francs C.F.A. et 15 000 000 C.F.A. du Grand Conseil de l'A.O.F. C'est ce même Houphouët qu'il insultera tous les jours pendant sept ans d'affilée 5.
Il insiste auprès de maints hauts cadres « solidement installés » à l'extérieur à se rendre en Guinée indépendante pour le travail de reconstruction nationale. Oh ! quel stratège ! C'était tout juste entraîner dans son sillage tous les cadres capables de le remplacer un jour, les exploiter en vue de profiter de leurs connaissances, culture et expérience, les éliminer dès que possible après les avoir accusés de complots. Les exemples sont si nombreux qu'il importe de ne signaler que quelques cas :

Sékou Touré n'avait aucune considération pour l'avenir. Son action pratique en parfaite contradiction avec sa théorie était forcément réactionnaire par rapport à son propre « moi ». Sa vie durant, Sékou a farouchement lutté contre luimême, contre ses propres idées pourtant émises avec éclat. Toutes ses théories, relatives à toutes les situations, sont souvent très « bonnes », très progressistes. Mais étant donné que tout ce qu'il fait doit contredire toutes ces idées « lumineuses », Sékou n'a jamais eu la paix intérieure. La lutte entre ce qu'il est réellement et ce qu'il prétend être, a sous-tendu sa malheureuse vie faite de guerre froide et d'insécurité morale.
Atteint de folie des grandeurs, résultat de son complexe d'infériorité, Sékou n'a jamais accepté ni la dualité ni la contradiction. Toute bonne idée qui vient d'autrui doit être acceptée comme étant le fruit de son contact ou d'un de ses nombreux enseignements. C'est exactement sa pensée à l'égard de toutes les idées qui viennent de ses collaborateurs.
La responsabilité de ces mêmes collaborateurs a été justement cette faiblesse qu'ils ont manifestée en faisant croire à Sékou qu'il n'avait pas de semblable parmi eux ; surhomme, homme extraordinaire, envoyé spécial de Dieu sur terre pour sauver l'humanité de tous ses péchés, soigner tous les maux qui l'accablent, Sékou s'est finalement considéré comme tel et, petit à petit, le mythe grandissant avec le temps et les éloges des journalistes, des artistes, des femmes, des cadres politiques, le petit syndicaliste d'hier, d'une modeste famille de paysans, est subitement devenu le leader le plus écouté, le plus craint, le plus admiré d'un parti qu'il n'a ni fondé ni même dirigé avant 12 ans de l'existence de celui-ci.
Le hasard aidant, les circonstances historiques favorisent son ascension politique considérée comme mystérieuse dans un pays dont les populations, les cadres de tous les secteurs, les hommes politiques, les syndicalistes, se sont valablement imposés en Afrique depuis bien avant la pénétration coloniale et, aussi, depuis la domination française. L'on comprendra difficilement ce qu'un Sékou Touré a bien pu utiliser pour s'imposer à un peuple aussi éclairé que le peuple de Guinée, à des cadres dont toute l'Afrique était fière :

Sékou s'impose également devant trois sommités intellectuelles de l'époque ayant toutes brillamment réussi le diplôme supérieur d'aptitude pédagogique (D.S.A.P.) :

Sékou prévalut face à :

Il triompha plus tard face à la jeune génération, celle de

A toutes ces valeurs, dont la plupart ont été tuées dans les camps de la honte, le peuple de Guinée doit rendre un hommage mérité pour les services rendus au jeune État guinéen, avec foi et éonfiance en l'avenir, dont Sékou était supposé être la véritable incarnation.

18. Sékou, un « artiste cynique»

Un jour, Sékou envoie des agents arrêter un Allemand de la société Friz-Werhner. A table pour le déjeuner, l'Allemand entend frapper à la porte. Il se lève tranquillement et, après une douce et gentille réponse à sa question « Qui est là ? » l'Allemand ouvre la porte sur quatre « malabars » qui le repoussent, comme des bandits, en faisant irruption dans le salon. Pas de mandat d'arrêt, ni de mandat d'emmener. L'Allemand est menotté, invité à s'asseoir dans un fauteuil en attendant que les agents mangent à sa place son repas, qu'il n'aura pas l'occasion d'apprécier aujourd'hui… Et pour longtemps. Une conversation s'engage entre les intrus :
— Oh ! que c'est bon cette mangé-là !
Tu réson mon lasidan. Mais moi, mangé pas tomate avec cé qué blanc appelé salad !
E é, toi auci caporal ! toi connais pas salad ? mais il est très bon
— Bon ! allez ! terminé le mangèment !
— Mentena, anawan !
Les agents se lèvent de table et d'un geste violent se saisissent de l'Allemand, que l'événement a si profondément surpris qu'il nourrit déjà la plus noire des haines. Jeté dans une jeep entièrement bâchée, l'Allemand se retrouvera dans une cellule du triste Camp Boiro, assis nu-corps, en train de méditer sur les raisons de cette arrestation brutale et lâche, cet enlèvement à la junie ! Les agents, qui n'ont pas oublié que l'intérieur de la maison de l'Allemand est bien « fourni », reviendront plus tard piller tous les biens. Honteux mais aussi comique est le combat qu'engagent deux agents autour d'une paire de chaussures pour enfant que chacun d'eux voulait coûte que coûte envoyer à son fils.
Une autre fois, Sékou Touré, pour avoir accès à un ménage, fait arrêter un jeune et le condamner à la peine capitale pour quelques cartons de poissons (l'intéressé travaillait au Frigorifique du Port). A l'annonce de cette peine, sa femme (3 ans de foyer), va voir Sékou, se jette à ses pieds en pleurant.
— Mais qu'est-ce que c'est, Mademoiselle ?
— Madame, s'il vous plaît, Camarade Président
— Ah bon ! tu es mariée ! Pourtant tu n'en as pas l'air ! Tu es si belle !
— Je vous remercie camarade Président ! Mais je suis là pour mon mari qui est arrêté et condamné à mort.
— Ah oui ! condamné pourquoi ? Et tu dis peine capitale ? Mais qu'ils sont méchants, les magistrats ! Rendre une si jolie fille veuve à ton âge ! … Allons, cesse de pleurer ! Je suis là pour remplacer ton mari ! Tu vois que tu ne perds rien en perdant un petit commis pour gagner un Chef d'État ! Donc, de temps en temps passe me voir, je te ferai oublier ton mari ! Tiens ce bout de papier, c'est un laisser-passer pour me voir à n'importe quelle heure de jour et de nuit.
La jeune femme sort pour ne plus jamais le revoir.
D'autre part, il fait arrêter des familles entières (père, mère, fille ou fils). Quelquefois l'épouse est enceinte de plusieurs mois. Il les garde tous en prison sans jugement. Et, si son humeur le conduit un jour à libérer la fille ou la mère, c'est pour lui proposer d'être sa maîtresse. Si elle refuse, Sékou se vengera d'elle en tuant son père ou son mari.
Des milliers de familles de détenus disparus vivent en Guinée déçues et heureuses à la fois depuis le 3 avril 1984. Madame veuve Traoré Lamine demande à Sékou de lui permettre de présenter son nouveau-né à son mari arrêté quand elle était en grossesse de 7 mois. Sékou la rassure que son mari va très bien et que personnellement il va transmettre au Procureur Traoré les meilleurs sentiments de sa femme pour la visite de laquelle il doit se préparer dans trois jours.
— Tu reviendras me voir après demain.
Plus jamais cette femme aussi n'aura l'occasion de le revoir.
Une des grandes filles du lieutenant Coumbassa Aly, arrêté en 1969 va voir Sékou pour exprimer son intention d'envoyer à son père quelques articles tels que les fruits, les allumettes et cigarettes. Sékou lui demande d'aller voir au Camp Alpha Yaya (32 escaliers) où se trouverait son père. La jeune fille va se promener toute la journée avec son petit paquet dans le sac, espérant revoir son père suivant l'assurance que le président lui a faite. Il se moque de l'innocence ou de la naïveté de la jeune fille dont il a tué le père il y a très longtemps.
Lors d'une conférence du Parti à Labé, Soumaré, secrétaire fédéral de Dinguiraye, proclame à la tribune l'innocence de Keita Koumandian et de ses compagnons. Sékou répond :
— Tu as raison Soumaré. Mais j'étais convaincu qu'en arrêtant ces enseignants je trouverai bien des motifs d'accusation contre eux.
Sékou n'hésitera pas à dire au Professeur Baldé Mountaga :
— Je sais que vous étiez innocents, mais je ne pouvais pas faire autrement. Il fallait vous arrêter.
Il arrête le grand commerçant Petit Touré (petit-fils de l'Almamy Samory, dont il prétend descendre lui-même) et toute sa famille : sa mère, ses frères, sa femme. Cette dernière en grossesse de 4 mois s'accouchera en prison d'un bébé, qui fera 3 ans de détention avant d'être arraché à sa mère pour la famille de son mari, que Sékou avait déjà tué.
Sékou Touré n'a pas hésité d'arrêter deux frères de même mère, Elhadj Thierno Ibrahima Bah et Bah Bademba, laissant en deuil 7 femmes, 45 enfants vivants et leur vieille mère âgée de 83 ans.
De même, ilêta deux frères de même mère, Drame Hamidou et Mohamed Bappaté Drame : le premier, ingénieur architecte, s'aperçoit qu'il est assis à côté de son frère Mohamed dans une jeep bâchée les transportant de Conakry à Kindia. Cette opération est communément appelée transfert de détenus. Les deux frères ne devaient malheureusement plus jamais se revoir, car dès que les autorités ont été informées que les Dramé sont venus à bord du même véhicule (on ne sait comment et par quelle distraction ou négligence cela a bien pu arriver), la décision fut prise de liquider l'un d'eux. Et ce fut Hamidou que Sékou, le boucher, ordonna d'exécuter immédiatement.
Nous regrettons la mort de ce jeune cadre de 32 ans, à cause de ses nombreuses qualités humaines, sociales, physiques et intellectuelles.
Sékou arrête trois autres frères : Koivogui Pierre, Koivogui Charles et Koivogui Massa. Il les tue sans laisser d'héritier.
Plus dramatique est l'arrestation de trois vieilles personnes très célèbres en Guinée. Il s'agit de :

Sékou ordonnait des arrestations que lui seul pouvait expliquer comme celle de Bangoura Kassory, à qui lui-même téléphone pour annoncer une triste nouvelle :
— Allo ! Kassory, sais-tu que ton père est gravement malade à Coyah ?
— Comment le sais-tu Président ? Je croyais être le premier à recevoir des miens une telle information. Mais enfin ! informe-moi mieux !
— Tu n'as donc pas confiance en moi ?
— Oh si ! mille fois si ! Président.
— Alors, il faut t'y rendre immédiatement, car un père est sacré
— Bien Camarade Président ! Kassory prend sa voiture et file à Coyah.
Déception à l'arrivée. Comment peut-on s'amuser ainsi ? Mais… je ne reconnais dans cet acte, ni le chef d'Ëtat, ni l'ami Sékou Touré. Bon ! Dieu pardonne au pauvre pécheur que je suis ! Ma tête se charge d'idées noires que seule la vue de mon père rayonnant de santé renvoie comme une balle pompée ! Dieu en soit loué !
Quand Hadja Ramatoulaye Bangoura, fille du chef de canton de Koba (Boffa) et épouse de Diafodé Kaba, grand commerçant, s'est rendue à la Présidence accompagnée de huit de ses enfants (elle en a quinze au total). Sékou les a si bien reçus qu'il leur a dit ceci :
— Attention ! pas de larmes de crocodile dans mon bureau ! Ton mari a plusieurs comptes bancaires en France, veux-tu me communiquer leurs numéros ? Traître, il purge le juste salaire de sa forfaiture [Il s'était porté candidat à l'élection présidentielle en 1978].
C'est sur ces derniers propos que la pauvre Hadja Ramatoulaye piqua une violente crise dont elle ne se relèvera que plus tard dans sa chambre à coucher.
Chaque femme de détenu politique a vécu une expérience particulière qui mérite d'être enseignée aux générations montantes pour pouvoir les préparer contre la tyrannie et les tyrans, la dictature et les dictateurs. Le monde entier doit savoir ce qui s'est passé en Guinée, le condamner vigoureusement pour prévenir les velléités de pouvoir personnel.

19. Conséquences du complexe de naissance

Un sage conseil aux futures mères : femmes de Guinée, d'Afrique et d'ailleurs, ayez une conduite honorable dans la société africaine. Vous y gagnerez assurément car, partout dans le monde, les valeurs morales occupent une place de choix. Évitez autant que possible l'adultère.
Quant à la conception en dehors du mariage, elle vous couvre d'opprobre votre vie durant. Elle crée chez l'enfant naturel des complexes dangereux pour la société.
L'on sait que les femmes les plus malheureuses dans la famille africaine, en général, et guinéenne, en particulier, sont celles que les maris ne trouvent pas « vierges ». Pour les corriger, les parents leur rasent la tête et, les rouant de coups, les font promener à travers villages et hameaux, suivies de tous les jeunes gens de leur génération, qui se moquent d'elles en les arrosant de poussière. Certain père de famille bien fanatique peut pousser la violence jusqu'à faire subir à la jeune fille qui a souillé l'honneur du clan et même de la tribu, le supplice de « l'oreille coupée ».
Mais pourquoi toutes ces tortures morales et physiques ? Sans doute, chacun a déjà compris et réalisé toute l'importance de ces sanctions : réprimer l'acte immoral qu'est l'adultère et prévenir d'autres cas dans la communauté villageoise où les moeurs sont pieusement et jalousement gardées par les anciens.
Un jour, comme cela se fait dans toutes les familles africaines, Sékou Touré physiquement plus fort que son demi-frère Ismaël, donne quelques coups de fouet pour corriger ce cadet peu discipliné. Entre temps, arrive sa marâtre, mère d'Ismaël, dans un état de colère tel que ses propos incontrôlés marqueront sa vie durant Sékou Touré, hypothéquant ainsi inconsciemment l'avenir d'un peuple, pour ne pas dire celui d'un continent. «
— Pourquoi frappes-tu celui-ci ? Je t'interdis de porter la main sur Ismaël. Et si tu répètes cet acte, tu apprendras ce que tu ne sais pas. Sais-tu la différence entre Ismaël et toi ? Eh bien ! sache qu'il est fils de son père lui. Il est loin d'être un enfant naturel, un bâtard qui ne connaît pas son père. La prochaine fois que tu feras pleurer Ismaël, tu sauras ce jour que vous n'êtes pas égaux dans cette maison.
Ça y est ! Sékou a appris ce qu'il ne savait pas. Et voilà qu'il se retire, s'isole derrière la case pour pleurer à chaudes larmes. Depuis ce jour, il est déterminé à réussir par tous les moyens, pour pouvoir se venger, non pas seulement d'une méchante marâtre, mais de la société toute entière. En effet, Sékou Touré avait trois grandes raisons de lutter contre la société guinéenne :

  1. « Mal né » comme on dit, il a tout mis en oeuvre pour éliminer ceux et celles qui sont « bien nés ». Il faut entendre par « mal né », des doutes sur la paternité. Un enfant naturel est considéré comme « mal né » en Afrique. On le qualifie généralement de bâtard qui, selon les textes du Saint Coran, n'a aucun droit dans la famille d'adoption. Par « bien né », il faut entendre une naissance régulière, un enfant né d'une mère légitimement mariée. L'on comprend donc tout le regret de Sékou de ne pouvoir éliminer de la société tous ceux et toutes celles qui sont régulièrement nés de père et mère légitimement mariés. C'est pourquoi il s'était rabattu sur la catégorie la plus voyante des « bien nés », c'est-à-dire les enfants de souche féodale. Et pour se venger des autres familles, il légitime la « débauche » et favorise la délinquance juvénile pour que naissent dans chaque famille guinéenne un ou plusieurs petits bâtards qui viendront lui tenir compagnie devant les hommes et devant Dieu. Interrogez les pères de famille guinéens, ils vous diront que Sékou Touré a parfaitement réussi dans cette guerre anti-sociale.
  2. Né pauvre, dans une modeste famille de paysans, comme un hôte américain le lui a dit à Faranah, Sékou Touré a élaboré un programme systématique d'élimination de tous les riches et de lutte à outrance contre toute velléité bourgeoise.
  3. Analphabète d'abord, autodidacte ensuite, opportuniste ambitieux enfin, Sékou a détruit toutes les bases de l'enseignement en Guinée. Il ne pouvait pas concevoir qu'on dise qu'un Guinéen a brillamment soutenu une thèse de doctorat dans une université étrangère ; l'enseignement au rabais qu'il faisait donner dans ses C.E.R. ou « Centre dEnseignement Révolutionnaire » avait pour but de singulariser le Guinéen dans le monde par son ignorance et son incapacité à soutenir la comparaison avec les autres. Il voulait et cherchait à entendre dire « Sékou, quoiqu'on dise, est le seul Guinéen capable ». Là également, il est aisé de constater que le « stratège » avait parfaitement réussi dans la plus meurtrière guerre dont le peuple de Guinée mettra au moins un quart de siècle pour se relever. Des promotions entières sacrifiées ! Et Dieu, seul responsable de cette triple situation qu'a connue Sékou Touré, ne doitil pas être également victime d'« Alcapone » ?

Oh si ! Il faut que Dieu lui-même sache qui est Sékou, le terrible dragon de Guinée. Dieu créa Adam et obligea tous les anges à se prosterner devant lui. Tous s'exécutèrent sauf un seul, Iblis ou Satan, que Dieu renvoya du ciel avec promesse de le condamner aux tourments de l'enfer éternel le jour du Jugement dernier. Celui-ci, pour se venger du Créateur, se mit acharnément au travail de destruction de l'oeuvre divine. Sékou Touré se charge de continuer ce travail avec grand déploiement d'énergie. Il faut :

Mais tout cela ne suffit pas à détourner de la voie de Dieu, un peuple aussi religieux que le peuple de Guinée. Qu'est-ce qu'il faut donc faire ? Eh ! bien saper les bases-mêmes de l'Islam. Pour cela, il faut faire très attention ! Car en Guinée, il faut absolument compter avec l'Islam (90 % de la population). Oh ! ce n'est pas si compliqué, l'on peut croquer la chèvre de M. Kaïta sans se faire repérer. Prenons donc le bâton de pèlerin, montons dans le plus moderne des avions de guerre. Et hop ! En avant ! A la guerre contre les ennemis de l'Islam ! Commençons par créer la théorie de « Révolution et religion » ; des slogans tels que « l'Islam au service de la Révolution, l'Islam et le socialisme, la Révolution par le Prophète Mahomet, etc., pour entrer dans les bonnes grâces des souverains arabes et avoir des millions de dollars. Il faut passer aux yeux du monde musulman, pour le plus grand défenseur de l'Islam à travers le monde.
Il faut profiter de l'estime et de la confiance des Arabes, les Saoudiens surtout, pour souiller et profaner les lieux saints de Médine et de la Mecque, en envoyant chaque année, sous l'étiquette de pèlerins, des centaines de gens indignes (jeunes filles, artistes, agents de renseignements, tueurs à gage et même des personnes d'autres religions, etc.).
Il faut se faire élire dans les organismes internationaux de l'Islam en vue de miner le terrain à l'échelon du monde. Il faut enseigner les textes sacrés du Coran aux docteurs en théologie qui viennent de terminer leur millième séance de récitation du livre sacré, dont Sékou est incapable de lire la première sourate.
Il faut encourager intelligemment, soutenir la guerre irako-iranienne.
Voilà en gros comment le stratège guinéen a su mener la guerre contre Dieu et sa plus parfaite créature, l'homme.
Sékou disait souvent à ses intimes :
— Quand je hais quelqu'un, c'est jusque dans la tombe, et, même mort, je continue à le poursuivre.

20. Sékou aimait tyranniquement le pouvoir

D'inlassables recherches nous ont amené aux résultats suivants : Sékou Touré faisait trois à quatre heures de discours en moyenne par mois pendant trente ans (1954-1984). Pour garder si longtemps le pouvoir dans un pays au peuple « éclairé », il lui a fallu organiser :

A ce bilan auquel s'ajoute l'insécurité permanente pour tous les Guinéens, qui regardent la grande mosquée Fayçal de Conakry, l'Hôtel de l'Indépendance et le Palais des Nations comme les seules réalisations de Sékou Touré.

21. Sékou était un imposteur

En voici une petite preuve. En première étape, Sékou Touré supprime le commerce privé aux étrangers en les invitant à investir leurs fonds dans les activités industrielles : « le commerce aux Guinéens, l'industrie aux Étrangers ».
— Entendu !disent les Libano-Syriens, mais nous autres ne connaissons que le commerce et nous sommes étrangers. Que devons-nous faire ?
— Eh bien ! prenez la nationalité guinéenne , avait dit le Président.
Enthousiastes, tous les Lybano-Syriens, dans un mouvement de masse, emploient force corruption pour se faire délivrer les papiers nécessaires à la nouvelle nationalité. Tout est donc prêt ! Guinéens à part entière, ils se croient être dans les normes exigées pour faire le commerce privé. Mais que va-t-il se passer ?
Le Président proclame une nouvelle guerre contre le « démon argent », contre « Cheytâne 75 ». Plus de commerce pour qui que ce soit : Guinéen ou Etranger. Un poids, une mesure. Tout le monde à la terre !
Embarrassés, ne sachant plus où donner de la tête, certains ex-Liban-Syriens vont voir le Président :
— Comment allons-nous vivre, camarade Président, quand vous nous barrez la route de tous côtés ? Les choses étant ce qu'elles sont, nous vous demandons l'autorisation de nous laisser partir, de rentrer dans notre pays où, certainement, l'on aura besoin de nos services, car il y a la guerre chez nous.
— Ah, Ah ! vous êtes bien perdants messieurs ! Comment osez-vous me parler ainsi alors qu'en tant que Guinéens, vous jouissiez pleinement des mêmes droits que les Sylla, Touré, Bilivogui, Kaba, Bangoura, Sanoussi, Bah, Tolno ou Kolié ? Vous voulez fuir les difficultés de votre patrie, la Guinée, je ne vous en donnerai pas l'occasion ! D'ailleurs, je suis en droit de vous poursuivre pour tentative de fuite et je vous demande d'arrêter vos balivernes. Cessez de m'échauffer les oreilles et sortez de mon bureau !
Tout penauds, les Libano-Syriano-Guinéens sortent du Palais présidentiel. Et, « pantalon de moriba » chiffonné, ceinture montée et attachée au ventre, traits tirés, chaussures « peti » en cuir du Fouta aux pieds, chemise « donkafèlè » au col noirci par la sueur avec des boutons sautés, voilà nos frères « foté » ou Blancs des jours de gloire de la colonisation avec les périodes de traite et de soudure dans les campagnes de Boké, Boffa, Dubréka, Forécariah, Kindia, Mamou ou Labé. Les voilà nostalgiques des boutiques achalandées d'autrefois avec Mamadou comme vendeur, Fanta comme bonne, Abdou comme cuisinier, Ibrahima comme domestique, Monsieur et Madame Hizazi comme patrons tranquillement assis, en train de siroter leur traditionnel café et parlant sans arrêt un patois asiatique inaccessible au commun des mortels. Ils se rendent dans leurs vieilles « baraques », cherchent à se métamorphoser en véritables Guinéens ne parlant que les langues guinéennes et, en Arabes musulmans, s'achètent un tapis de prière.
Oh ! Dieu de miséricorde ! une longue nuit et un long calvaire commencent ainsi pour ces Guinéens spéciaux, qui pratiqueront tous les métiers du monde pour pouvoir vivre : vendeurs de patates, d'arachides, d'emballages vides, de bouteilles, de manioc sec, de bois de chauffe, de bonbons, etc., etc.

22. Un mauvais calcul

Comme Ramadier, le dernier gouverneur de la Guinée française, qui organisa la suppression de la chefferie traditionnelle dans le but d'inciter les populations à se révolter contre Sékou Touré, le dictateur de Conakry échoua lamentablement dans son dessein cynique de réduire tous les Guinéens à la mendicité, à la médiocrité.
Jamais Dieu d'Abraham, de Moïse, de Jésus et de Mahomet ne se contredit : les mauvaises intentions desservent toujours leurs auteurs.
Sékou Touré a voulu couvrir d'opprobre les plus dignes fils du pays, les accusant de haute trahison. Il les a couverts d'opprobre un petit moment, en disant au peuple de Guinée « voici tes bourreaux ». Il a tout sacrifié pour que le peuple de Guinée et les autres peuples l'immortalisent. Il a voulu se tailler une place dans l'histoire sur le dos des innocents. Là au moins il a réussi à entrer dans l'histoire mais par la fenêtre ! L'on parlera longtemps de Sékou mais dans quel sens ?
L'histoire impartiale, rétablissant la vérité et la justice, n'a-t-elle pas réhabilité sur le cadavre (hypothétique) de Sékou toutes celles et tous ceux que le sanguinaire de Guinée a voulu immerger dans la poubelle de l'histoire ?

23. Sékou n'oublie pas et ne pardonne pas

Les exemples sont très nombreux, mais signalons un seul cas. Au cours d'une conversation entre Sékou et Balla Camara, le Président, qui vient d'arrêter docteur Maréga s'explique :
— Tu sais Balla, c'est le père de Maréga qui m'a renvoyé de l'école 6. Son fils doit payer cet acte à la place d'un père, instituteur trop sévère.
— Je suis surpris de te savoir si vindicatif, mais enfin chacun a ses insuffisances !
— Tu trouves ça une insuffisance, le fait de me venger d'un ennemi ?
— Soit, je veux savoir si ta vengeance sur le fils ne dépasse pas le tort que le père t'a causé ! Pour moi, on ne doit pas punir un homme pour une faute qu'un autre a commise. Le Coran est formel sur ce principe.
— Suffit ! arrêtons ces considérations.

24. Sékou parle de Dieu pour tromper Dieu et le peuple

S'il a eu l'adhésion de tout le peuple de Guinée au P.D.G.-R.D.A., si les militants Soussou ont tout sacrifié pour que le Parti prenne pied en Guinée, cela est essentiellement dû à deux situations :

  1. La grande tolérance de l'autorité coloniale, qui respecte ses engagements 7, les droits de l'homme et du citoyen depuis la déclaration officielle de ce principe sacré par la Société des Nations ; la libre jouissance de tous les droits que Dieu et les hommes sérieux reconnaissent à l'homme (liberté d'opinion, d'expression, d'association, de réunion, droit de grève au travailleur, etc.), ont permis à Sékou de s'infiltrer dans les rangs d'un Parti et d'y faire progresser ses idées sataniques sous la protection de la démocratie occidentale.
  2. La spiritualité et la très grande ferveur religieuse du peuple de Guinée ont été très profitables au leader du P.D.G. dont les propos humbles, allégoriques et optimistes ont fini par mobiliser le peuple tout entier.

Dans la fièvre des campagnes électorales, l'enthousiasme provoqué par les tonitruants propos d'un tribun captivant, a empêché le peuple de Guinée de voir de près, d'écouter avec les deux oreilles les déclarations flatteuses et de suivre fidèlement avec l'esprit critique le comportement de cet inconnu sorti on ne sait d'où, propulsé de l'anonymat par la volonté du Sage Créateur de l'univers. Il jouera essentiellement sur les cordes sensibles de son instrument, le peuple : évoquant, de triste mémoire, les excès du pouvoir colonial, l'effort de guerre ayant entraîné les fournitures obligatoires, il sensibilisera le peuple par le propos suivant :

« Malgré ses 90 % d'adeptes, la religion musulmane ne bénéficie d'aucun appui des autorités coloniales, alors que l'église catholique reçoit des subventions pour le développement, le rayonnement et l'expansion de la foi à travers les écoles privées, centre de formation ménagère, séminaires. »

D'autres discours devaient gagner tout le monde.

« Ouvriers des villes ! Paysans des campagnes !
Ouvrez les yeux ! Prenez conscience de votre état ! Les différences de traitement entre vous et les blancs, entre un planteur africain et un blanc ! Femmes et jeunes de Guinée, qu'attendez-vous pour conquérir vos droits, méconnus ou bafoués par des maris et des pères inconscients, esclaves de l'esclave ?
Révoltez-vous ! C'est votre droit ! Un parti est né pour vous ! Pour défendre vos intérêts ! Exigez votre indépendance qui n'a que trop duré pour venir ! Vous êtes la force vive du pays, la sève nourricière, l'oxygène vivifiant de l'homme et de la femme de Guinée !
Venez au P.D.G. ! vos maris et pères seront obligés de suivre ! Et vous autres fidèles musulmans de Guinée ! Qu'attendez-vous pour exiger la réhabilitation de votre sainte religion ? Comment pouvez-vous correctement pratiquer votre foi si les libertés les plus élémentaires vous manquent ? A 6 h du matin, au lieu d'aller à la mosquée pour la prière, le garde « foroko » vous conduit au champ du commandant en vous rouant de coups de « maligbolo » (ou gourdin).
L'ère de la liberté a sonné à chaque porte. A chacun d'en profiter ! Le P.D.G. est le Parti de Dieu de ceux qui ne comptent que sur Dieu des « misquine » (pauvres) qui vivent à la sueur de leur front. Aujourd'hui, nous n'avons rien vous et moi, tandis que les autres leaders sont des vendus que les blancs ont achetés contre vous.
Barry Diawadou a, lui seul, avalisé plus d'un milliard de francs C.F.A., monnayant ainsi votre liberté et votre dignité ! Pas d'alternative, pas de choix entre Dieu et Satan ! Dieu c'est la justice, Satan c'est l'argent. Dieu c'est l'incarnation du vrai, du beau ; c'est donc le P.D.G., son leader, véritable expression de votre volonté, qui sauront défendre vos intérêts longtemps bafoués. Levez-vous donc et en avant !»

Ces quelques propos mobilisateurs prouvent éloquemment la haute trahison de Sékou Touré. L'histoire doit retenir une vérité qui se vérifie chaque jour, surtout depuis sa mort. En effet, menacés, injuriés, humiliés, traînés dans la boue par le P.D.G., trois hommes politiques ont lancé à la face des assaillants, commandos du parti (P.D.G.), deux propos que les Guinéens répètent encore aujourd'hui avec le regret de n'avoir pas compris à l'époque le sens profond de telles prophéties.

Barry Diawadou, Fodé Mamoudou Touré et Almamy David Sylla ont tous trois, à des endroits différents, déclaré :

« Aujourd'hui c'est une seule partie du peuple de Guinée qui nous a insultés ; demain Sékou, lui, sera insulté par tout le peuple de Guinée ».

Almamy David a complété en disant :

« Il ne faut pas en vouloir à ceux qui nous ont insultés, car ce sont les mêmes qui vont à Sékou adresser les pires injures. Cela se fera un jour s'il plaît à Dieu ; le peuple entier honorera ce jour-là notre mémoire, car nous serons peut-être déjà morts ».

Fodé Mamoudou a dit aux populations de Forécariah et Barry Diawadou l'a répété à Mamou :

« Vous ne me comprenez pas aujourd'hui parce que enveloppés dans le manteau de Satan l'ingrat. Lorsque vous réaliserez que Sékou est en train de vous tromper, ce sera trop tard et, à ce moment, vous me chercherez partout, vous allumerez en plein jour des torches et, en vérité je vous le dis, vous ne me verrez pas. Ce sera trop tard…»

Une version assez répandue à Kankan soutient que Sékou aurait fait tuer son vrai père, un garde-cercle qui servit longtemps dans cette ville, et que le nom Fadiga que porte sa mère serait plutôt le nom de famille de la femme qui l'a élevée, son homonyme. Mais la version la plus courante, la plus connue et la plus crédible est la suivante :

Un certain Sidi Mohamed, grand marabout maure serait arrivé à Kissidougou, dont les vieux lui auraient demandé un travail divinatoire d'invocations et de prières à Dieu. Il aurait entrepris un ermitage de 40 jours, réclusion au sortir de laquelle il aurait constaté l'état anormal de sa femme (cette Guinéenne du nom de Minata serait mariée à ce marabout suivant la coutume des maures, commis-voyageurs, propagateurs de la foi à travers l'Afrique sahélo-soudanienne qui, s'abstenant de commettre l'adultère, se marient temporairement à nos sœurs tout juste pour la période de leur mission ; ils laissent la « mariée circonstancielle » en rentrant en Mauritanie).
Interrogée, Minata aurait dénoncé un certain Kouyate, boucher de son état. C'est donc celui-ci qui serait le vrai père de Sékou Touré et non Alpha, autre boucher qui aurait marié, en secondes noces, la jeune femme après le départ du marabout et sur accord de Kouyate, à qui sa main aurait été refusée par les anciens à cause de l'acte amoral dont il s'est rendu coupable en mettant Minata en grossesse.
Avant de partir de Kissidougou, précisément d'Albadaria, le grand marabout aurait annoncé l'avenir lumineux de l'enfant que Minata porte dans son sein. Ce n'est donc pas très surprenant que Sékou Touré soit un boucher, car il a bien eu, dans sa vie deux bouchers, son père et son oncle-tuteur. Mais l'on suppose que ceux-là tuaient des bœufs et non des hommes… C'est la « petite différence » entre Sékou et ses parents bouchers !

25. Le tyran n'avait aucune consideration pour ses collaborateurs

En réunion du Bureau Politique National du P.D.G., Sékou se moquait si royalement de ses collègues (qu'il considérait comme ses petits élèves), que son langage vis-à-vis d'eux n'était pas celui d'un sage idéologue mais plutôt d'un maître absolu, qui a laissé très loin derrière tous ses anciens camarades d'hier.
Comme rafraîchissant, il commande du jus de fruit marque « Fruitaguinée », de qualité médiocre pour tous ses collègues et du tonic pour lui seul. Comme cigarettes, il fait venir du milo pour tout le monde, des blondes étrangères pour lui 8. Un jour, un collègue refuse le mauvais jus de fruit en exigeant du tonic. Sékou demande donc un second tonic au garçon et dit au collègue du B.P.N. :
— Pourquoi te singularises-tu ? Sache que moi, Sékou, je suis la plus belle partie de notre parti, le P.D.G. ; or, le Parti est la meilleure partie du peuple ; le Parti, le peuple et moi ne faisons donc qu'une seule et même entité dialectique indissociable ».
Hitler ? Staline ? Mussolini ? Franco ? Que sais-je !

26. Mais, pour autant, ses collaborateurs étaient-ils innocents ?

Au cours d'une réunion du gouvernement, le Ministre Faraban Camara donne des conseils d'ordre général à ses collègues :
— Avec un esprit d'équipe, la main dans la main, par un travail collégial, nous conduirons à bon port le bateau de la Révolution économique et sociale. Évitons de déifier un homme, de faire génuflexion devant lui. Acceptons en camarades la discussion, source de lumière.
Moussa Diakité, un allié des Touré, un ministre fantoche, porte-bouilloir de Sékou Touré, prend la parole après avoir tapé sur la table :
— Du calme Faraban ! tous, nous avons le sacré devoir de nous plier, même en quatre, devant cet homme exceptionnel, ce don de Dieu, cette fierté de l'Afrique combattante. C'est à lui que nous devons tout, jusqu'à la vie.
— Avant hier, nous étions des égaux ! Hier, il (Sékou) fut choisi supérieur des égaux ! Aujourd'hui, il est sans égal !, devait préciser Damantang Camara, autre laquais du régime clanique des Touré.
Pour préparer la succession de Sékou Touré, Ismaël Touré n'a reculé devant aucun crime. Quantité de marabouts ont travaillé des nuits durant en vue de consolider le P.D.G., de pérenniser le régime tribal que dirigent depuis un quart de siècle Sékou Touré et ses complices. Un marabout n'avait-il pas dit à Ismaël que tous les signes lui étaient favorables pour être président de la République à condition qu'il « trouve » la tête d'une femme « populaire » en vue d'un truquage occulte. A cette fin, Ismaël convoqua deux cadres, dont le Secrétaire fédéral Mohamed Keïta, leur demanda de déterrer le cadavre de Hadja N'Gameh Touré, responsable féminine de Conakry I, récemment décédée. Mais Mohamed ne voulut pas prendre cette lourde, responsabilité devant l'histoire. C'est pourquoi, au lieu d'exécuter la volonté d'Ismaël, il fit plutôt monter la garde autour de la tombe de l'ancienne présidente de Conakry I.
Quel est le seul ministre guinéen que le tyran n'a pas tenté de mêler à ses crimes ? Il y en a pas à notre connaissance. Cependant, si certains ont été, de leur propre chef, directement mêlés à la gestion de la tragédie, d'autres ont intelligemment joué le jeu sans se compromettre. Sont de cette catégorie d'hommes dignes :

Mamourou Touré, ancien chauffeur, nommé ambassadeur de Guinée en Sierra-Léone (c'est sa chance, son destin) a commis tellement de crimes que nous sommes obligés de rappeler un seul cas où la trahison de l'homme apparaît sans aucun doute. En effet, un jour, son Excellence Monsieur l'ambassadeur demande au jeune gendarme Sékou Sané, opérateur à l'ambassade de Guinée à Freetown, de l'accompagner jusqu'au poste frontalier de Pamelap. Sané, sans arrière-pensée, se blottit dans un coin de la Mercedès de son Excellence et, en avant ! marche ! roule ! roule !… Les voici à Pamelap ! Arrêt obligatoire au poste en attendant que les agents dégagent la voie à la voiture diplomatique.
— Je vous souhaite bon voyage, Excellence ! Vous direz bonjour à ma famille si ma femme a l'occasion de vous rencontrer !
— Écoute Sané ! Viens avec moi à Conakry, où j'aurai besoin de toi ! Nous en aurons tout juste une semaine !
— Mais… Excellence, je ne saurai me présenter ainsi ni à ma famille (je n'ai pas un « rond »), ni à l'État-major (pour des considérations de service). Je vous prie de me débarquer comme vous l'aviez promis à Freetown !
— Non et non ! maintenant, c'est un ordre ! Tu viens avec moi à Conakry. De l'argent de poche, je t'en donnerai… et pour ta famille aussi...
Oh ! Dieu de misécorde ! c'en est fini de Sékou Sané ! L'ambassadeur Mamourou Touré le fera arrêter aussitôt qu'ils arriveront à Conakry et… pour un motif… qu'on ne saura jamais. Après sept ans au Camp Boiro, sans avoir été un seul jour interrogé par aucune commission, Sékou Sané, libéré avec plusieurs maladies, est aujourd'hui « bon à rien ».
En dehors des milliers de crimes de toutes sortes qu'il a commis, Siaka Touré a laissé un triste souvenir à un groupe de femmes de détenus, en déclarant :
— Si vos maris avaient eu le dessus sur nous, tous, impitoyablement, nous aurions été liquidés par eux. Maintenant que c'est nous qui avons le dessus, notre devoir est de leur faire subir le sort qu'ils nous réservaient… D'autre part, tenez-vous tranquilles, chères beautés. Et sachez que c'est la guerre civile qui ravagera ce pays dès que le coeur du « Responsable Suprême de la Révolution » cessera de battre.
Quelle prophétie cynique !

27. Sékou ne comptait que sur ses fétiches

Un jour, dans une nuit noire du 2 septembre 1975, Sékou se rend au serpentorium de Kindia, accompagné d'un médecin et d'un marabout de Souguéta (Kindia). L'ordre est donné à un jeune médecin — troisième témoin de cette affaire — de faire venir les « danseurs ». Quelques minutes plus tard, la petite compagnie vérifiera le diction des anciens : « la curieuse curiosité ne profite qu'au curieux ». En effet, l'on assiste à une scène de « bagarre » entre deux serpents appelés « Koulé-Séguè » en langue soussou (ou « qui mord le singe »), le Dendraspis ou couleuvre. Une souris sert d'appât aux serpents qui se livrent une guerre sans merci, laissant la pauvre souris de côté, proie que chaque combattant entend avaler après la victoire sur l'adversaire. Le combat fini par deux certificats de décès : les serpents se sont entre-tués, laissant en vie la souris mourant de peur.
Le marabout, organisateur de cette tragédie déclare, satisfait de son travail :
— Dieu soit loué, camarade Président, vous avez vaincu tous vos ennemis, et sans crainte, soyez ! Vous régnerez longtemps encore ! Je vous apprends un secret qui vous fera certainement plaisir. Vous avez si bien « ceinturé » votre pouvoir qu'en définitive vous avez consolidé celui de votre successeur. Stabilité et paix seront les compagnes de l'homme qui viendra après vous.
— Que voulez-vous dire, Karamoko ?
Allahou Akbarou ! Dieu est grand ! Vos travaux occultes vous maintiendront longtemps au pouvoir mais, aussi, consolideront votre successeur ! Soyez donc heureux d'avoir fait le bonheur de ce peuple aussi bien « devant que derrière ».
Sékou ne dit donc plus rien, heureux de savoir que son étoile est toujours brillante et malheureux d'apprendre qu'inconsciemment il a solidement préparé sa succession.
Mais, à chaque problème, il y a une ou plusieurs solutions. Sékou est un champion des solutions rapides. Depuis ce jour, il prit la décision de ne laisser le pouvoir qu'à lui-même, c'est-à-dire à son « fils » Mohamed. « Travailler pour son fils est une action noble ». Mais comment léguer un pouvoir démocratique à des héritiers comme le fait aisément un féodal ? La Guinée est une République où le Président est élu pour sept ans. Ce n'est donc pas impossible de donner le pouvoir à Mohamed, ce garçon de 23 ans, lui-même père d'une dizaine d'enfants naturels. Mais ce ne sera pas facile. Sékou le sait bien. C'est pourquoi il prépare le terrain comme un laboureur, défriche et nettoie le champ avant de l'ensemencer. Il monte, comme d'habitude, un scénario de complot qui devra « déblayer » totalement et définitivement la route à l'adolescent qui règne déjà en maître au Ministère des Finances où le pragmatique, doux, prudent, attentif, intelligent, austère, ascète et consciencieux Fodé Mamoudou Touré sait que Sékou refuse de le laisser aller à la retraite simplement pour qu'il forme « financièrement » 9 le jeune Mohamed, futur second dictateur du pays.

Mais l'homme propose, Dieu dispose ! L'opinion est alertée. Le pseudo-complot est annoncé avec bruit. Les rideaux sont ouverts sur certains acteurs. Les autres attendent dans les coulisses. Ils sont naturellement plus nombreux. Les spectateurs suivent avec amertume le début de cette nouvelle tragi-comédie sékoutouréenne.
Paf ! Les rideaux tombent ! Les lampes s'éteignent ! L'obscurité devient totale ! L'opération de purge est momentanément arrêtée ! Le grand et excellent « exécuteur » des complots, le doux et pacifique bourreau de Boiro, sa grandeur Himmler Siaka Touré vient de faire un faux pas qui l'a conduit dans un hôpital de Rabat où se trouve également couché le Général en « carton »Lansana Diané.
En attendant que le « grand chirurgien » se rétablisse, pour continuer « l'opération cardio-pulmonaire », son patron, le grand théoricien et le parfait praticien, son altesse « impériale » Touré Adolphe Sékou Hitler Ahmed Mussolini, se promène à travers le monde.
Le dictateur revient le mercredi 20 mars 1984, convoque une dernière réunion de foules au Palais du peuple le jeudi.
Oh ! puissance ! grandeur ! sagesse ! Dieu d'Abraham, de Jacob, de Moïse, de Jésus, de Mahomet ! L'un des plus grands événements de ce dernier quart du 20e siècle vient de se produire ! Sékou Touré, qu'une dilatation aortique menaçait depuis longtemps (il n'a jamais eu de médecin traitant parce qu'il n'avait confiance en personne, faisant ses injections lui-même), souffre, souffre. Il met la main sur sa poitrine, il tente de crier le slogan habituel, mais en vain ! Il rentre à la maison où seule sa famille garde son contact. Son ami Béa est informé. La maladie et le mal gagnent du terrain. On veut et on essaie de cacher le douloureux et inquiétant évènement.
Cependant, la vigilance n'est pas un mot d'ordre exclusif au P.D.G. ! Les rescapés des tristes géôles l'enseignent aussi ! Certains suivent donc le désarroi de la famille « impériale », les démarches du 1er Saoudien auprès du 1er Marocain pour l'obtention de l'avion-clinique de ce dernier, le transfert de l'illustre malade à la Case de Belle-Vue, les attermoiements des membres de la petite famille Touré, le refus du « grand malade » d'aller aux ÉtatsUnis d'Amérique pour des soins. Le décollage, le voyage, les premiers soins à l'arrivée, la réception, l'admission à la clinique, l'opération, réussie ou ratée !

Enfin, c'est la fin tant attendue !
Une clarté se répand comme dirait le poète sur l'univers tout entier. Les oiseaux cessent de voler, les poissons quittent les eaux pour la terre ferme, les hommes vont sur Mars pour danser avec les martiens, les anges sortent des nues par dizaines, centaines de millions pour peupler une planète qui s'est subitement agrandie. Quelle nouvelle !
Le monde vient d'être libéré d'une figure. Le dictateur guinéen, « Responsable suprême de la Révolution », commandant en chef des forces armées populaires et révolutionnaires, secrétaire général du Parti « dictatorial » de Guinée (P.D.G.), Président de la République populaire et révolutionnaire de Guinée, son Excellence Ahmed Sékou Touré vient de mourir dans une clinique aux États-Unis d'Amérique. Mauvaise mort ou belle mort, l'essentiel est fait. L'humanité est à jamais débarrassée d'une gangrène virulente. Binn ! bann ! binn ! bann !
C'est le coup frénétique du grand tambour « impérial » annonçant la fin d'un homme, d'un parti, d'un régime ! A l'annonce de la souhaitable disparition du tyran, ses deux pseudo-parents hospitalisés à Rabat s'interrogent sur les conséquences de cet événement. Mais l'un d'eux, le général Lansana Diané, avec la traditionnelle franchise grandiloquente qu'on lui connaît, laisse tomber l'expression de soulagement, oubliant que Docteur Barry Ibrahima Kandia était là, une victime de Sékou, de son P.D.G. et, aujourd'hui, un témoin de l'histoire : «
— Dieu merci ! Sékou est mort dans un lit ! Dieu merci ! La Guinée aussi est libre.

Les cérémonies funèbres seront grandioses car le dictateur avait tout prévu ! Tous les Guinéens attendaient la mort du tyran pour trois raisons essentielles :

  1. Sa mort mettrait fin à la dictature qu'il a exercée pendant un quart de siècle sur le peuple martyr de Guinée. La dictature prenant fin avec le dictateur, les implications de la tyrannie ainsi que les supports du système (Parti, Révolution, « duperie socialiste ») s'envoleraient pour laisser la place à la liberté et à la démocratie. Il n'y a pas eu déception dans cet espoir pleinement réalisé par le Comité Militaire de Redressement National (CMRN) depuis le 3 avril 1984.
  2. Le peuple croyant de Guinée, fort riche des enseignements coraniques, savait avec conviction que le Tout-Puissant si bon, si clément, si juste, ne mettrait jamais fin à une dictature pour instaurer à sa place une tyrannie. « Après la pluie, le beau temps ». Ceci s'est aussi vérifié par le nouveau régime en place en Guinée depuis le 3 avril 1984. Le CMRN a décrété le pardon pour l'ensemble des crimes et torts causés aux uns et aux autres. La paix et la tranquillité règnent partout en Guinée du Président Lansana Conté.
  3. Le peuple de Guinée attendait avec impatience la mort, du moins la disparition du dictateur guinéen pour pouvoir vérifier le bien-fondé de la parole prophétique du « Responsable Suprême de la Révolution » qui a crié sur tous les toits qu'aucun Guinéen ne verrait sa tombe ni même ne constaterait son statut d'ancien chef d'État.

C'est sur ce chapitre que le doute plane encore. Surtout quand on a assisté à l'enterrement de Sékou Touré, l'on comprendra davantage le mystère de Dieu qui refusa d'humilier de son vivant celui qui humilia et méprisa un peuple qui l'a profondément adoré.
Les Marocains, « oulémas ou para-commandos » jouèrent pleinement un rôle qui semblait si bien assimilé qu'ils l'exécutèrent presque littéralement, sans faiblesse ni concession. Le peuple de Guinée a été profondément déçu du fait que les Marocains, rien qu'eux, aient formé le plus infranchissable cordon autour de la dépouille mortelle, exerçant une vigilance incompréhensible autour d'une caisse au contenu très contesté (dimensions très réduites contrastant avec la taille de l'illustre disparu, aucune fenêtre n'est pratiquée sur la caisse alors que d'ordinaire, la figure du défunt est visible à travers une fente, fermée par une glace transparente).
Aucune possibilité n'a été donnée à un Guinéen, à une Guinéenne, à un ami du Bureau politique du P.D.G., à un vieil ami, compagnon de lutte depuis trente ans, à un collègue chef d'Etat, à un frère bien aimé, à une soeur chérie, à une épouse éplorée, à un fils ou à une fille en deuil, de voir pour la dernière fois cette figure que pourtant le peuple de Guinée voulait admirer encore, sincèrement.
Car même mort Sékou a continué à exercer sur son peuple, et sur d'autres peuples aussi, une influence terrible. Quand des légendes ont été bâties sur des leaders « demi-dieu », dictateurs de leur état, il n'est pas facile de les démystifier. Même quand le peuple assiste à l'enterrement d'un tyran, il ne le croit pas mort. Jusqu'au moment où nous mettons ce livre sous presse, des milliers de Guinéens, surtout de Guinéennes de peu de foi, ne sont pas encore convaincus de la mort de Sékou Touré :
— Il n'est pas mort, il s'est caché quelque part aux États-Unis d'Amérique pour assister au jugement que lui réserve l'histoire après sa mort »
— Il veut savoir ce que l'histoire lui réserve, après tant de combat pour pouvoir se « tailler » une place parmi les plus grands de la terre.

Astakhfiroulah, que le Tout-Puissant pardonne nos péchés ! Penser ou dire que Sékou n'est pas mort, c'est commettre le péché le plus grave pour un musulman : l'hésitation entre Dieu et Iblis ou Satan.
Les élus, messies, prophètes, amis sincères de Dieu, ne sont-ils pas morts ? Et ses pires ennemis tels que Chaytâne, Namrod, Pharaon (qui a eu affaire avec le prophète Moïse), où sont-ils ?

28. Une carte d'identité énigmatique

Sous sa propre dictée, les autorités de la police délivrent à Sékou, après en avoir vérifié l'authenticité sur son extrait de jugement supplétif tenant lieu, d'acte de naissance. La carte d'identité ainsi libellée : Sékou Touré, né vers 1922 à Faranah, cercle de Dabola. Fils de Alpha Touré et de Doussou Touré. Comptable domicilié à Sandervalia, Conakry.
État civil relevé le 20 juin 1939 à Conakry, à l'occasion de la délivrance d'un certificat de bonne conduite et moeurs à Sékou qui préparait un concours. Le 28 décembre 1949, Sékou se fait délivrer la carte d'identité suivante : carte d'identité no. 14.043 du 28.12.1949 délivrée à M. Sékou Touré sous le même état civil que celle du 30.06.1949 citée plus haut. Le seul changement est : comptable au trésor au lieu de comptable tout court.
Carte d'identité no. 17.526 du 3 novembre 1950 également libellée de la même manière que les précédentes. De même, les tribunaux de Conakry connaissent Sékou comme étant fils de Alpha Touré et de Doussou Touré au lieu de fils d'Alpha Touré et de Aminata Fadiga.
C'est sous le premier état civil qu'il a été condamné à six jours de prison avec sursis et 200 francs d'amende le 14 juin 1950, par le tribunal correctionnel de Conakry, pour infraction à la loi relative au droit de grève. Le bénéfice de grâce a été conditionné par le paiement de l'amende.
Également condamné le 20 février 1956 à 10 000 francs métro d'amende avec sursis pour diffamation et injures publiques, par la cour de Dakar. Pourvoi rejeté par arrêté du 5 janvier 1957 de la cour de cassation.
L'on se demande les raisons de ces deux noms différents pour désigner la mère de celui qui a étonné, mobilisé et trompé tout le monde aussi bien de son vivant que pendant une semaine encore après sa mort. Les prénoms Aminata et Doussou seraient-ils des synonymes ? Non ! affirment les ethnologues. Avec Sékou Touré, les historiens auront du pain sur la planche. Mettez-vous donc résolument au travail et donnez-nous le vrai nom de la mère de Sékou. Non pas parce que nous voulons nous occuper de la petite histoire, mais par simple souci de vérité historique, nous estimons indispensables la connaissance et l'interprétation de chaque acte de l'homme qui, encore aujourd'hui, malgré les preuves accablantes contre lui et son régime, a plus d'un admirateur en Guinée, en Afrique et dans le monde.

29. Qualité ou défaut ?

Pour garder le pouvoir comme un bien précieux à préserver par tous les moyens, Sékou écoutait beaucoup, ne minimisait rien. Prudent, il ne sous-estimait aucun adversaire potentiel, si petit, si jeune soit-il. Homme pratique et réaliste, il prenait toujours les devants dans toutes les situations.
Il protégeait ses parents, dont il préfère les défauts aux qualités des autres. Il prenait pour argent comptant tous les « racontars », tous les « ragots » de sa famille. Ses oncles d'Albadaria (Kissidougou) faisaient et défaisaient la vie des gouverneurs de Kissidougou.
L'exemple le plus regrettable à notre connaissance est celui du gouverneur Elhadj Koita Almamy qui avait simplement demandé à ses administrés d'Albadaria de fournir les « normes » comme tous les militants du Parti et d'éviter de compter sur leur neveu (Sékou) qui n'est qu'un mortel. C'est cette expression que les oncles du « Fâma » (Empereur) 10 ont grossie, extrapolée pour réclamer la tête de ce vieux compagnon de leur neveu, un fondateur du Parti, compagnon de l'indépendance, médaille d'honneur du travail.
Sans vérification aucune, sans confrontation, Elhadj Koita, plus de 10 ans Secrétaire fédéral (1er Secrétaire du Parti à l'échelon régional), 16 ans de commandement dans les fonctions de gouverneur, reçoit un télégramme du Chef de l'État le mutant et le sommant de rejoindre immédiatement son nouveau poste Boffa, d'où il sera, quelques mois plus tard, relevé de ses fonctions, mis à la retraite d'office. Quelle comédie !
Sékou savait utiliser tout le monde, car il faisait de tout bois son feu. Il était sans gêne devant les situations « morales ». Par exemple, Sékou ne croit pas avoir fait mal quand il a manqué un rendez-vous. Mentir pour lui n'est point un défaut mais une tactique noble et louable pour parvenir à ses fins. De même, le vol, la tricherie, la trahison ne sont que de simples mots dont la pratique n'est point condamnable.
Disciple de Machiavel, il a pratiqué la violence jusqu'à sa mort. Tous ses collaborateurs enlevèrent le chapeau pour lui à cause de sa force de travail, qui n'a d'égal que sa volonté d'être au courant de tout, de diriger, d'orienter tout, donnant ainsi l'impressioêtre ce que Béa et autres laquais ont dit de lui : « l'homme-dieu ».
Il avait une capacité extraordinaire de « camouflage ». Très rusé, en écoutant ses interlocuteurs, il fait semblant d'être distrait alors qu'il « enregistre, emmagasine » tous les propos dont il s'ait rapidement analyser les moindres nuances.
Il lisait beaucoup et, finalement, avait beaucoup retenu, car il avait une mémoire d'éléphant.
Grand physionomiste, il se rappelait toutes les « identités » perdues depuis de nombreuses années, par un « simple regard jeté sur la figure ». Il ne mangeait jamais seul, l'on se demande les raisons de ce comportement.
De bonne foi, il acceptait toutes les corrections nécessaires sur ses écrits.
Il s'est caché dans toutes les forêts pour ne être découvert avant sa mort.
Dès qu'il se rendait compte qu'un cadre avait découvert ses activités maçonniques, il le prenait aussitôt pour un camp de concentration.
C'est ainsi qu'aujourd'hui encore, malgré les informations objectives sur le régime du dictateur guinéen, bon nombre de dirigeants de pays étrangers et pays africains prennent Sékou pour le véritable héros de l'indépendance africaine. En tout cas, l'extérieur continue à garder pour lui une admiration qui frise l'amitié. C'est pourquoi une campagne africaine et internationale doit être organisée en vue de dénoncer systématiquement Sékou Touré et son régime qui ont lâchement assassiné des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants pour un pouvoir, un parti qui ne sont aujourd'hui que vague et triste souvenir dans le coeur des Guinéens.
Répétons donc avec Montesquieu : « L'homme dont les cinq sens lui disent qu'il est tout et que les autres ne sont rien est un paresseux, un « voluptueux ».
Et ce philosophe avait poursuivi : « Le plus fort n'est jamais assez fort pour continuer toujours à régner en maître s'il ne transforme la force en droit et l'obéissance en devoir ».
Mais écoutons Jacques de Larue, dans son livre intitulé « L'histoire de la Gestapo ». « Comme vous voyez, chaque dignitaire de la Gestapo a connu une fin conforme à sa vie ».
C'est la seule leçon morale qu'on peut tirer de cette machine infernale. Les crimes nazis ne sont pas ceux d'un peuple ; le goût de la violence, la religion de la force, le racisme féroce ne sont l'apanage ni d'une époque, ni d'une nation : ils sont de tous les temps et de tous les pays. L'être humain est un fauve dangereux. En période normale, ses instincts demeurent à l'arrière-plan, jugulés par les habitudes, les conventions, les lois, critères d'une civilisation. Mais que vienne un régime qui, non seulement libère ces instincts dangereux, mais en fasse des vertus, alors le mufle de la bête réapparaît sous le masque fragile de civilisé et pousse le hurlement de mort des temps oubliés.
Le monde nazi, c'est le monde de la force totale sans aucune retenue ! C'est le monde composé de maîtres et d'esclaves. C'est un monde où l'on tue sur commande et où l'on se laisse mourir en silence si l'on ne sait pas hurler avec les loups. C'est un monde où la bonté, la pitié, le respect du droit ne sont plus des vertus mais des crimes inexpugnables. C'est un monde où les assassins sont traités en héros.
L'aventure qui a ravagé l'Allemagne, qui a laissé ce malheureux pays brisé et qui l'a couvert d'opprobre, aurait pu arriver à n'importe quelle nation. Si l'on soumet un peuple à une politique alternée de propagande et de terreur, de militarisation totale, de délation, de surveillance , si l'on inculque à une jeunesse, les principes délirants du nazisme, si l'on glorifie les criminels, si l'on prive le peuple de toute morale et qu'on lui fasse comprendre qu'il constitue le peuple élu, la race des seigneurs, le résultat ne peut pas être différent.
Quel peuple, quelle nation auraient pu résister à une telle politique ?

30. Sékou était un politicien opportuniste

Le politicien Sékou Touré ne s'embarrassait pas de scrupules . Quels étaient les comportements normaux du politicien Sékou Touré : pas de sentiments particuliers pour son père, sa mère, ses frères et sœurs, son ami pas de considérations d'ordre moral ou psychologique : un rendez-vous manqué, une promesse non tenue, un gros mensonge jeté à la figure de celui qui souffre et qui ne compte que sur lui, une peau de banane habilement glissée sous les pieds de celui-là même qui le considère comme son protecteur émérite changer d'identité suivant les circonstances faire « mourir » ses parents selon l'objectif visé, tromper sa femme, son fils, sa belle-mère, son associé, son domestique, son tailleur, son parrain, son maître, son patron, son hôte, finalement son Dieu. rompre un serment répudier une femme qui a de l'amour pour vous trahir chaque fois que la trahison permet d'atteindre un but politique.
C'est ainsi que Sékou Touré n'a pas hésité de déclarer à Addis Abeba en 1963 : « Ma mère est Malinké, mon père est Soussou de Forécariah… »
En effet, c'est l'époque de la grande pénurie alimentaire en Guinée. Sékou Touré, en guerre avec les commerçants, prépare une violente offensive dont le succès dépend du soutien sans réserve des Soussous de Basse-Guinée. Il fallait donc dire quelque chose pour pouvoir entrer dans les bonnes grâces des Soussou.
C'est la fameuse loi-cadre du 8 novembre 1964. Sékou était un politicien supérieur aux autres politiciens par les qualités suivantes :

  1. Il ne minimisait rien, surtout les détails. Il s'intéressait aux propos des pauvres ménagères sur la route du marché. Il cherchait l'explication des chants populaires. Il écoutait les fous, les clochards, les handicapés — dont il avait recruté la plupart comme agents secrets. Pour être au courant de ce qui se passe dans un ménage homogène, il créait la discorde entre ses membres, en répandant le venin de la division. C'est dans cet ordre d'idées qu'il imposa la monogamie dans une société « agricole » où toute la vie économique, sociale et culturelle s'exprime en défrichage, surface, semence, désherbage, binage, sarclage, surveillance des champs, récolte, battage, vannage, ensachage.
  2. Sékou a cherché le plus de complices possibles de sa politique sanglante au sein de sa famille, et autour de lui (amis, alliés, personnalités et gouvernements étrangers). Les plus naturels continuent à dire : « Sékou Touré aimait sa famille ». Mais, en réalité, il ne l'aimait pas parce qu'il ne lui a pas préparé un avenir radieux, enviable !
  3. En Africain animiste, féticheur, mystificateur, Sékou faisait de tout bois son feu. S'il fait semblant de lutter contre les grands marabouts en dénonçant leurs activités occultes, c'est tout simplement pour les intimider, les empêcher de « travailler » pour d'autres, les réserver pour son seul compte. La plupart des grands marabouts et féticheurs de son temps se sont particulièrement « occupés » de lui.
  4. Dieu l'Éternel n'a-t-il pas recommandé à travers ses religions révélées de répandre le sang des animaux comme sacrifice ultime ? D'Abraham à Mahomet, les animaux domestiques, sans oublier la volaille, n'ont-ils pas été immolés à chaque fête religieuse et à d'autres occasions d'action de grâce ? Même les animistes pensent que le sang est indispensable au génie protecteur. Nos ancêtres n'offraient-ils pas au génie des eaux un taureau bien gras, du pain blanc, de la cola blanche, des oeufs et un coq blanc pour qu'il fasse preuve de largesses à l'égard de la population côtière, qui vit essentiellement des revenus de la mer ?

A Koromayan, Kakimbon, Bagataye, etc., que de sang d'animaux répandu et les résultats escomptés obtenus à 90 %. Si Dieu accepte le sang de sa créature inférieure, il est certain qu'il ne refusera pas celui de sa meilleure créature, l'homme, nos ancêtres avaient parfaitement compris cette vérité ! Allez à Kokè, Forécariah, Dubréka, Kabitaye, partout vous apprendrez l'histoire d'une jeune fille que les anciens avaient sacrifiée pour le bonheur du village. Le Ouagadou-bida, de Gâna et de Niane Tamsir, a existé un peu partout en Guinée. Mais reconnaissons également que ces sacrifices humains ne se faisaient pas à grande échelle, tout comme l'esclavage patriarcal. Une fille vierge par an suffisait pour nourrir le génie protecteur de la source d'eau (?)
Il faut attendre les temps et les hommes dits modernes, très « civilisés » pour assister au génocide par des guerres mondiales ou par des fous comme Hitler, Staline, Bokassa ou Sékou Touré.
Pour conquérir, garder, consolider le pouvoir en Guinée et rayonner à travers l'Afrique et le monde, Sékou a accepté le «mouchoir blanc ensorcelé» avec ses conséquences : du sang humain, encore du sang, toujours du sang. Si cette condition est remplie, son détenteur peut compter sur la protection du génie qu'il incarne comme « pharaon », le premier souverain à employer le mouchoir tout blanc, symbole du pouvoir absolu. De même, Sékou sanguinaire, après avoir appris par ses « charlatans » que pour triompher de ses adversaires politiques, il lui faut recueillir dans une calebasse « sans souillure » le sang de sept (7) personnes, fut heureux de constater son succès politique coup après coup, le lendemain de chaque sacrifice humain. Il se convainquit chaque jour davantage de l'opportunité de tuer ses semblables pour pouvoir régner. Décidé de tuer à la moindre indication de ses « sorciers », en définitive, Sékou était devenu plus « charlatan » que ses maîtres. S'il estimait un cadre dangereux pour sa politique, il n'hésitait pas à le liquider et à se servir de certaines parties de son corps inerte comme “médicament” de sa réussite politique.
Hadja N'Gamet Touré, présidente des femmes de Conakry I, morte dans des circonstances douteuses à l'hôpital Ignace Deen, a été, malgré la garde montée sur sa tombe par Mohamed Keita, déterrée et décapitée dans une nuit noire par les sacrificateurs de Sékou. Qui sait si ce n'est pas Sékou Touré qui est encore à la base de la mort de Hadja Mafory Bangoura, la présidente nationale du P.D.G., quand on sait la réponse qu'il a donnée à celui qui lui a annoncé la mort de Hadja Yombo N'Diaye, cette autre responsable féminine du P.D.G. ? « Elle a eu la chance de mourir ». Cette expression a tiqué l'imprudent interlocuteur qui a recueilli, malgré lui, cet avis d'un extrême cynisme sorti droit du coeur diabolique de Sékou Touré.
Mme Fatou Aribot n'a échappé aux griffes acérées du « Stratège » guinéen que par la puissance de Dieu. Liquidée des rangs des dignitaires, Fatou s'attendait à une éventuelle arrestation si le tyran n'était pas tombé.

31. Souvenirs inoubliables

Après les semaines de méditation, d'insomnie, de tension nerveuse, commencent pour le détenu celles de profond sommeil pour reposer l'esprit et le corps que le P.D.G. a gardés en activités permanentes pendant plusieurs années.
La troisième étape est la période des souvenirs : le détenu est résolu à continuer la lutte jusqu'à sa mort ou au jour si peu attendu de sa libération. La première douche que j'ai prise 72 jours après mon arrestation, les premiers rayons du soleil qui frappèrent mes yeux après 6 mois 10 jours de détention, la première fois que j'ai vu d'autres détenus par le petit trou pratiqué sur la porte métallique de ma cellule (c'étaient MM. Portos Diallo, Saliou Coumbassa, Elhadj Fofana qui passaient, arrosoirs en main, pour le jardin), le premier contact que j'ai eu avec des hommes autres que géôliers (à l'atelier de tonton Azou où M. Diop Alhassane dirigeait les menus travaux d'entretien des ustensiles de cuisine avec tonton Sory Conde — paix à son âme — et Elhadj Fofana), le jour où Fadama, le chef tueur, me permit de sortir en corvée avec mon groupe, mais « pour quelques minutes seulement pour moi », de crainte mille fois exprimée que je ne « photocopie », selon ses propres termes, le Camp Boiro : «
— Méfiez-vous de cet homme , il est très dangereux. Il parle toutes les langues. Il écrit l'arabe plus vite que le français. Et puis, il a osé insulter le ministre Ismaël. Son nom est allé jusqu'à l'O.N.U.
Le pacte conclu avec certains détenus, tels que Camara David, tous ces événements et bien d'autres encore qui constitueront l'essentiel du second livre en préparation, occupent dans ma mémoire une place de choix, alors que le souvenir que je garde de mon amie Pazo et de ses petits fera l'objet d'un roman spécial.

32. Une nuit pas comme les autres

— Le commissaire Keita m'informe que mon ami Thiam sera arrêté ce soir .
Cette bombe est lâchée par un hôte étranger, un certain Bokoum Nouhoum, dans la famille de Thiam Aguibou, actuel préfet de Fria, dont la vieille mère, la femme et les enfants tombent en syncope, laissant Monsieur Bokoum tout honteux d'avoir été indiscret.
Qu'il est veinard, ce Thiam ! Il ne sera pas arrêté et pour cause ! De passage à l'État-major de la milice, il apprend qu'une marche de fidélité est ordonnée de « la haut ». Rendu à la Présidence, Thiam est chargé de rédiger l'allocution des Forces Armées et, par un hasard heureux, il lit le discours ainsi rédigé, à la place du sergent Koué du camp Samory. Vivement applaudi, Thiam sera sauvé par l'éclat du discours.
— Bon, il faut surseoir à son arrestation, devait ordonner le « Commandant en Chef des forces armées populaires et révolutionnaires », le stratège Président Ahmed Sékou Touré.

33. Le chauvinisme: une tare grave !

L'expérience historique des peuples a pleinement démontré que les transformations sociales et économiques essentielles au nom desquelles s'accomplit une révolution ne peuvent être réalisées que sur la base d'une mise en œuvre effective de tous les acquis de la science et de la technique, lorsque tous les travailleurs du pays les ont organiquement assimilés.
Or, que s'est-il passé en Guinée « socialiste » depuis l'accession de ce pays à l'indépendance ? Peuple analphabète, traumatisé par un parti politique (P.D.G.) dont la structure fonctionnelle engage tout le peuple dans un mouvement infernal où toutes les actions sont destructrices des valeurs morales et humaines les unes que les autres.
L'Éducation ! l'instruction ! la formation scientifique et professionnelle ! Voici des mots dont se gargarisaient les dirigeants du P.D.G. pour tout juste tromper l'opinion sur leurs intentions vraies, à savoir, malmener le peuple de Guinée qui, non content de demander à Dieu un chef parmi ses fils, a exigé nommément Sékou Touré comme s'il était sûr que celui-ci fût bon.
Un prophète a dit : — Demandez à Dieu, mais ne choisissez pas à sa place. C'est lui qui sait ce qu'il vous faut pour être heureux.
Pendant qu'ils élaboraient les plus belles théories sur les avantages de l'enseignement, de la culture de masse, ils préparaient en même temps l'avenir de leurs enfants (pour eux, l'avenir de la Guinée) en les envoyant continuer les études dans des écoles « colonialistes et impérialistes » d'Afrique, d'Europe et d'Amérique.
Nous ne sommes pas systématiquement opposés à la civilisation de masse, mais étant donné ce qui s'est passé en Guinée, la figure hideuse du socialisme Sékou Touréen a suffi pour chasser de tous les coeurs toute velléité « socialisante»
Sékou Touré a si bien prostitué le socialisme que même les pratiques traditionnelles d'entraide dans les travaux cêtres ont vite pris l'allure d'investissement humain, un des mots d'ordre du Parti. Finalement, les paysans aliénèrent toute pratique désintéressée dans leurs rapports interprofessionnels. Cependant, malgré tous les crimes de toutes sortes causés par Sékou Touré, bien des gens, et même des gouvernements de sa valetaille, non seulement regrettent sa mort, le pleurent à chaudes larmes, mais aussi et surtout cherchent à le réhabiliter par tous les moyens. Il n'est pas exclu que des gouvernements, un jour ou l'autre, organisent des symposiums sur la vie de celui qui supprima innocemment beaucoup de vies. Gare donc aux rescapés des tristes camps de concentration, s'ils n'informent pas et n'alertent pas l'opinion autour de l'un des plus grands dictateurs de tous les temps. A ce titre, il faut rendre hommage à l'hebdomadaire Lettre d'Afrique, dont nous faisons l'extrait de la lettre no 16/84 du mardi 3 avril 1984, date historique de l'avènement du Comité Militaire de Redressement National en République de Guinée.

Monsieur,
Face aux louanges hypocrites de la presse africaine et internationale et aux larmes de crocodile versées par la plupart des dirigeants africains, à l'occasion du décès d'Ahmed Sékou Touré, le dictateur guinéen, il nous semble indispensable de rappeler quelques vérités historiques.
Que les choses soient bien claires : il n'est pas question de cracher sur la tombe d'un cadavre encore tiède, mais d'éviter simplement que le « fossoyeur de la Guinée » n'apparaisse, aux yeux des jeunes Africains d'aujourd'hui et aux générations de demain, comme un héros authentique.
En réalité, il n'a jamais voulu rompre avec la France. En septembre 1958, il a été pris à son propre piège, croyant qu'avec De Gaulle il pourrait faire monter les enchères, comme il le fit avec les politiciens français de la IVe République, jusqu'en mai 1958. Dans son esprit, faire voter « non » était une simple opération tactique et non pas une rupture définitive avec Paris.
Dès le début des années 1950, petit syndicaliste aux P.T.T. de Dakar, il touchait de l'argent du gouvernement général de l'A.O.F. Il faut reconnaître qu'il ne le gardait pas pour lui personnellement, mais qu'il s'en servait pour s'implanter politiquement en Guinée… Ce qui prouve qu'il était plus malin que l'Administration coloniale à majorité socialiste !
Au sein du R.D.A. (Rassemblement Démocratique Africain), il joua la division et, lors du congrès de Bamako, en octobre 1957, afin d'éviter l'éclatement du parti à la suite de ses accrochages avec le Président Houphouët Boigny, les dirigeants du R.D.A. lui donneront la vice-présidence de leur mouvement. Ce fut le début du drame pour les Guinéens.
En effet, consacré officiellement comme le seul leader guinéen du R.D.A., il se servit alors du P.D.G. (Parti Démocratique de Guinée) pour enraciner définitivement sa mainmise personnelle sur son pays.
Le résultat ne se fit pas attendre : en avril 1958, il déclencha contre ses ennemis politiques et leurs militants (qui étaient relativement nombreux à l'époque), de violentes manifestations.
Il s'agissait déjà d'éliminations pures et simples des adversaires politiques par les miliciens du P.D.G., véritable garde prétorienne de Sékou Touré. Rien qu'à Conakry, il y eut plusieurs milliers de morts ! Les Peuls du Fouta Djallon furent particulièrement visés par les assassins du P.D.G.
Le gouverneur français de la colonie et son administration ainsi que l'armée laissèrent faire sans protester. Il est vrai que l'époque coloniale était terminée, que depuis un an c'était l'autonomie interne grâce à la loi-cadre et qu'à ce titre Sékou Touré était vice-président du gouvernement guinéen, l'ancien gouverneur de la colonie ayant le titre (simplement théorique) de président de ce conseil de gouvernement autonome.
Ces sanglantes éliminations politico-tribales auraient dû ouvrir les yeux des masses africaines, tout au moins en Afrique occidentale.
Il n'en fut rien car, d'une part, Sékou Touré s'arrangea pour minimiser l'ampleur des massacres et, d'autre part l'attention de tout le monde, blancs et noirs, se porta presque aussitôt sur la situation politique en France à la suite des événements du 13 mai à Alger. Une terrible dictature de plus d'un quart de siècle débutait.
Pourtant en 1958, la Guinée était le territoire le plus riche de l'A.O.F. L'avenir de son économie était prometteur. Les ressources étaient nombreuses et variées : café, ananas, banane, bois, diamants, bauxite, fer, etc. Le barrage du Konkouré allait être construit. Le pays était vraiment en pleine expansion. Aujourd'hui, la Guinée n'est pas un des pays les plus pauvres d'Afrique, mais du monde ! Voilà le bilan du « Guide Suprême de la Révolution ».
Il serait trop long d'établir la liste chronologique de toutes les actions politiques anti-africaines qu'il mena avant même l'indépendance de la Guinée. Alors que certains le considèrent comme un des père-fondateurs de l'Afrique moderne, il faut quand même rappeler qu'il joua la « balkanisation » et non pas l'unité africaine, dès les années 1950.
C'est sans doute une des raisons qui expliquent qu'au sein du R.D.A. le Président Houphouët Boigny lui pardonna beaucoup de choses et, qu'ensuite, le chef d'Etat ivoirien tenta sans relâche de le récupérer !
Une seule chose intéressait réellement Sékou Touré : le pouvoir absolu. Dictateur né, il préféra « régner en enfer, plutôt que servir au ciel ». Il était donc logique qu'il soit contre les grandes fédérations politiques et même les petites ententes régionales économiques.
C'est ainsi qu'il bloqua durant de nombreuses années l'organisation des États riverains du Sénégal (O.E.R.S.), jusqu'au moment où le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, excédés par l'obstruction systématique de la Guinée, créèrent l'O.M.V.S. (Organisation de Mise en Valeur du Sénégal).
Sékou Touré pratiqua la même politique d'inertie, au sein de l'entente Ghana-Guinée-Mali, au début des années 60. Faisant semblant d'être plein d'admiration pour le Président du Ghana, il était en réalité jaloux du prestige africain in international de Kwamé N'Krumah.
Tous ceux qui étaient à Léopoldville, en juillet, août, septembre 1960, se souviennent de la lutte d'influence acharnée que se livrèrent les deux missions, ghanéenne ou guinéenne, envoyées auprès du Premier Ministre Patrice Lumumba, pour l'aider à mettre sur pied un Etat congolais viable !
A l'origine, une seule mission était prévue, celle du Ghana. Le Président Kwamé N'Krumah lui avait fixé un double objectif politique et administratif.
Sékou Touré, ne pouvant pas s'y opposer, envoya aussitôt à Léopoldville sa propre équipe, avec un seul objectif : prendre en main Patrice Lumumba avant les Ghanéens et par tous les moyens.
On connaît le résultat.
Cette équipe guinéenne politico-idéologique était très cosmopolite. Elle était en principe dirigée par Tibou Tounkara (Guinéen) 11, qui fut ensuite Ministre à Conakry, avant de disparaître au sinistre Camp Boiro. Il y avait Félix Moumié (Camerounais), leader de l'U.P.C. (Union du Peuple Camerounais) qui devait mourir empoisonné, quelques mois plus tard (décembre 1960) à Genève ; Louis Béhazin (Dahoméen), doctrinaire sectaire. Mme Andrée Blouen, métisse centrafricaine, et quelques autres, qui s'agitèrent surtout contre les Ghanéens.
A cette époque, en Guinée même, c'était déjà la déliquescence économique et le début de la longue série des pseudo-complots.
Sékou Touré n'était pas le nationaliste intransigeant, pur et dur, vis-à-vis du colonialisme, de l'impérialisme et du capitalisme occidental, comme sa propagande voulait le faire croire… C'était un « caméléon politique » sans scrupule.
Au début de l'indépendance de la Guinée, ses déclarations fracassantes trompèrent la plupart des dirigeants occidentaux, qui considéraient que l'influence dominante en Guinée était celle de Moscou ! C'était faux ! Sékou Touré, dès 1959, était en rapport avec les Américains et les Canadiens. Avec également les Français, car jusqu'en 1966 il espéra renouer avec Paris ! En réalité, il ouvrit la Guinée, à cette époque, à tout le monde. On pouvait voir à Conakry aussi bien des Chinois que des Égyptiens, des Tchèques que des Allemands, des Français que des Anglais...
Il acceptait n'importe quel appui, du moment que cela lui permettait de consolider son pouvoir personnel. Il cherchait toujours à régner sans partage et il y parvint, car son but final était la création de la Grande Guinée : Guinée-Conakry, Guinée-Bisau et Sierra-Léone.
Il ne faut pas oublier que, dès 1960, Sékou Touré revendiquait le territoire de la Guinée portugaise, sous le prétexte qu'il était une ancienne province de l'empire d'Alpha Yaya Diallo de Labé ! C'est pour cette raison qu'en 1965 le dictateur guinéen n'avait pas hésité à faire arrêter Amilcar Cabral, fondateur du P.A.I.G.C. (Parti Africain de l'Indépendance de la Guinée-Bisau et des Iles du Cap Vert) et tous ses camarades alors présents à Conakry, pour tenter de les obliger à s'engager sur le principe de l'unification future des deux Guinées.
Amilcar Cabral, qui était très intelligent, réussit à convaincre Sékou Touré ce qui n'était pas facile, qu'il n'était pas contre le principe d'une confédération et même, pêtre une fédération, mais qu'il était prématuré d'étudier ce projet avant l'indépendance de la Guinée-Bisau.
Ayant obtenu une relative liberté de manoeuvre en Guinée-Conakry, le leader du P.A.I.G.C. poursuit son action contre les forces portugaises, tout en renforçant son audience interafricaine et internationale.
Au fil des ans, le P.A.I.G.C. devint un mouvement africain de libération, mondialement connu. Amilcar Cabral estima alors qu'il était temps de constituer un gouvernement dans les territoires libérés par le P.A.I.G.C. Ce projet était soutenu par la majorité des membres de l'O.N.U. et de l'O.U.A.
En décembre 1972, le fondateur et Secrétaire général du P.A.I.G.C. annonça donc officiellement la prochaine constitution d'un gouvernement libre. Amilcar Cabral venait de signer son arrêt de mort. Effectivement, quelques semaines après, en janvier 1973, il était assassiné à Conakry, dans les conditions plutôt obscures !
A l'époque, tous les observateurs constatèrent que le périmètre de défense du palais présidentiel de Conakry, dans lequel était située la villa d'Amilcar Cabral, s'était révélé singulièrement perméable pendant la nuit du meurtre, bien qu'il ait été protégé à la fois par des Cubains, des Sierra-Léonais et des Guinéens !
Dans les jours qui suivirent le crime, Sékou Touré tenta de prendre le contrôle du P.A.I.G.C., sous prétexte de procéder à une réorganisation interne, mais en réalité il voulait placer à la tête du Secrétariat général un homme à lui. Il se heurta aux réticences des combattants du P.A.I.G.C. qui se posaient des questions sur les circonstances réelles de la mort d'Amilcar Cabral.
Le frère du défunt, Luis Cabral, n'était pas dupe lui aussi. D'ailleurs, la plupart des dirigeants africains estimèrent que Sékou Touré était loin d'être innocent dans cette affaire, mais la raison d'État joua et personne n'accusa publiquement le dictateur de Conakry.
Celui-ci répandra le bruit qu'une forte opposition existait entre les Noirs de la Guinée-Bisau et les leaders capverdiens du P.A.I.G.C., et qu'elle était la cause de la mort d'Amilcar Cabral.
La leçon ne fut pas oubliée par le nouvel état-major politico-militaire du P.A.I.G.C., qui chercha la meilleure occasion de se dégager de la tutelle de Conakry. La décision de proclamer l'indépendance de la Guinée-Bisau fut prise en septembre 1973 à Alger, lors du sommet des Non-alignés, où l'isolement politique quasi-total de Sékou Touré apparaît au grand jour.
Comme depuis plus de deux ans, le dictateur de Conakry lançait régulièrement des attaques hystériques contre les présidents de Côte-d'Ivoire et du Sénégal, les dirigeants du P.A.I.G.C. ne voulurent pas être associés, même de loin, à cette guerre des grands chefs.
Pour que leur démarquage, vis-à-vis de la Guinée, soit très net, c'est de Dakar qu'ils annoncèrent la naissance de la République de Guinée-Bisau. C'est également à Dakar où se rendit, pour sa première visite officielle à l'étranger, le Ministre des Affaires étrangères du nouvel État. Dans le contexte du moment, ce fut un véritable camouflet pour Sékou Touré…
Toujours à cette époque, de nombreux dirigeants africains considéraient en privé que le Chef d'État guinéen avait presque réussi à vassaliser les autorités de la Sierra-Léone, contrairement aux nationalistes de Guinée-Bisau. Aujourd'hui, on s'aperçoit qu'il n'en est rien. Il est même amusant de constater qu'au moment de la mort de Sékou Touré aux États-Unis, le Président Siaka Stevens de la Sierra-Léone subissait à Londres des examens médicaux de routine, alors qu'il a au moins 84 ans… C'est finalement l'aîné qui a eu raison du cadet.
Autre coïncidence : alors que le corps de l'ancien président guinéen venait d'arriver à Conakry, celui qu'il avait injurié publiquement durant de nombreuses années, le Président Léopold Sédar Senghor était reçu en grande pompe à l'Académie française. A travers lui, c'est le Sénégal et toute l'Afrique qui sont honorés. Il n'y a pas que des despotes… Heureusement !
Toute la presse internationale ayant rappelé que plusieurs milliers de Guinéens avaient été victimes de Sékou Touré, il est inutile d'en reparler. Nous voudrions simplement attirer votre attention sur le fait que toute l'équipe dirigeante de Conakry est solidairement responsable. Tous les Ministres actuels de l'ancien dictateur étaient parfaitement au courant de ce qui se passait en Guinée. Si l'on compare Sékou Touré à Staline, on peut dire alors que son demi-frère Ismaël Touré était Béria et que Béavogui, son premier ministre, était Krouchtchev…
Le timide début de libération du régime guinéen depuis quelques années ne change rien au drame qui s'est déroulé durant plus de 20 ans. Les dizaines de milliers de victimes ne ressusciteront pas. Nous ne sommes soulagés que par cette affirmation de Victor Hugo :
— Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents.
Romain Rolland renchérit :
— Je n'appelle pas héros ceux qui ont triomphé par la force ou par la pensée ; j'appelle héros ceux qui furent grands par le cœur.
Mais, comme dirait La Rochefoucauld :
— Les hommes ne vivraient pas longtemps en société s'ils n'étaient pas dupes les uns des autres. »

En Guinée, toutes celles et tous ceux qui protestèrent contre le despotisme, l'injustice et l'oppression qui furent exercés par le tyran et son gouvernement béni oui-oui démagogique, méritent la reconnaissance de notre vaillant peuple. Honneur au Président Senghor qui, le premier, a clairement défini Sékou Touré, son règne et sa période, de dictature sanglante, à l'annonce de la mort du président guinéen.

34. Psychose

Qui n'avait pas peur de sa tête en Guinée d'Ahmed Sékou Touré et du P.D.G. tout puissant ? Personne n'osait exprimer sa pensée.

Pensez-vous que toutes ces personnes, très chères les unes pour les autres, agissaient ainsi de leur propre chef, et dans le cynique but de faire du mal ? Voyons quelques exemples où l'homme n'est plus maître de ce qu'il fait ou dit :

  1. Au cours d'une assemblée générale des militants de Coyah-centre (ville située à 50 km de Conakry), une vieille personne, prenant la parole dans les « divers » de l'ordre du jour, dit en substance : « Camarades responsables de Coyah ! dites-moi quand nous retournerons au régime colonialiste » moribond, injuste et barbare » car, le « paradis » du P.D.G. est trop « beau » pour ne point former la jeunesse qui doit cependant recevoir une éducation rigoureuse et vigoureuse…
  2. Le Président Ahmed Sékou Touré a prononcé plus de discours que l'assemblée nationale française en trente ans. Il était capable de tenir son auditoire en haleine pendant 6 à 8 heures. C'est ainsi qu'en 1962, lors d'une instance du Parti, réunie à la Permanence Nationale (Cité chemins de fer), le président Sékou Touré, après avoir retenu l'auditoire de 9 h à 15 h, a donné le programme de l'après-midi annonçant la reprise des travaux à 16 h.
    Ceci n'a pas enchanté les délégués en général et les personnes avancées en âge en particulier. Aussi, un délégué, fatigué par l'âge, la faim et le long discours (auquel il n'a rien compris) du Président Sékou Touré, mêlé à la foule en débandade sortant de la salle des Congrès, s'étire après avoir baillé et dit à haute voix « Merde aux longues réunions du P.D.G. … » Aussitôt il se retourne et voit Saïfoulaye Diallo, secrétaire politique du Bureau politique nationale, numéro 2 du Parti, tout prêt de lui. Tenez-vous tranquilles ! c'est un guinéen au « réflexe révolutionnaire ». Ce vieux délégué se ressaisit bien vite et continue à réciter tout l'alphabet français pour se disculper: — Oh ! les longues réunions du P.D.G.K.V.P.T.Z…
    Saïfoulaye Diallo sourit gentillement et donne repos au vieux dont il a constaté l'effarouchement:
    — Allez vous reposer et ne revenez qu'à la clôture des travaux !
  3. Au cours d'une conférence économique au palais de la Présidence, un cadre — M. Fodé Oumar Touré, actuel directeur financier de l'entreprise nationale SO.NA.CAG.— attire l'attention de son directeur général M. Mamadou Cellou Diallo, sur l'état délabré de l'ameublement de la salle du Conseil des ministres, où siège la conférence économique. Le financier Touré insiste pour faire voir au directeur Diallo un oeuf, de je ne sais quelle femelle, qu'il a découvert dans le trou fait par moisissure sur le placard en bois collé a un mur de la grande salle de « souveraineté ». Le directeur Diallo, prudent, dit à son adjoint, et en faisant des gestes répétés de désapprobation : « Je n'ai rien vu, de grâce Touré»…
  4. Nous sommes réunis au Palais du Peuple où le grand « Professeur, docteur honoris causa », Ahmed Sékou Touré doit répondre aux questions des étudiants de l'Institut Polytechnique à la suite du séminaire de formation idéologique que le « Responsable Suprême de la Révolution » se charge de faire à l'intention des étudiants sortant de l'Université guinéenne et des Universités étrangères. Le jeu est bien joué ! pas de questions impertinentes ! toutes les questions sont au préalable posées, étudiées, arrangées dans les « coulisses » à l'Institut Polytechnique, avant d'être portées à l'attention de notre « stratège ». Le Président Sékou Touré donne la parole à l'étudiant porte-parole, appelé « vice-président » du C.A. (Conseil d'Administration). Celui-ci ému, prend la parole pour lire les questions ; mais auparavant l'orateur fait remarquer l'absence des étudiants d'une promotion, en disant : « la promotion Mao sont en campagne »… Des cris dans la salle… Il reprend : « la promotion Mao sont en campagne »… Cette fois-ci, le calme ne fut obtenu que par le « directeur de la troupe artistique » Ahmed Sékou Touré, que les étudiants appelaient “Ane sans tête”...
    Le « Responsable Suprême de la Révolution » sentant l'émotion gagner l'orateur inexpérimenté, donne la parole à M. le Ministre de l'Enseignement Supérieur, Sikhé Camara. Celui-ci, à la tribune, se met à chercher ses lunettes jusqu'à indisposer le chef de l'État qui finit par le renvoyer à sa place.
    Il y a encore une chance, mais la dernière ! En effet, en Guinée d'alors, les Secrétaires d'État et les Ministres relevaient de ceux qu'on peut appeler « Super-Ministres », autrement dit Ministres des Domaines. Si le Ministre de l'Enseignement Supérieur est incapable de lire sans lunettes ; s'il énerve le Chef de l'État, celui-ci a le droit de faire appel à son Super-Ministre.
    Ainsi Sékou Touré donna la parole au 3e et dernier « orateur », au Ministre du Domaine de l'Éducation et de la Culture, Mamadi Keïta. Celui-ci se leva gaillardement, fièrement, arrangea son « col rond chinois » et, magistralement, prit la fameuse feuille de papier contenant les questions préparées par les étudiants.
    Le Super-Ministre plus ému que les précédents orateurs, se fit huer dès l'introduction quand il dit :
    — Camarade Responsable Suprême de la question »… au lieu de… « Camarade Responsable Suprême de la Révolution ».
    A cette erreur, la salle entière fit des oh ! oh ! oh !
    Et, le super-orateur reprit avec force et… avec la mêêtise « Camarade Responsable Suprême de la question » !
    Ah ! oh ! ih ! uh !
    Le Super-Ministre est aussi renvoyé à sa place et… finie cette affaire de magister domine domini, dont on ne parlera plus qu'à l'université ou dans un livre…

Arrêtons-nous à ces cas et tirons la leçon qui s'en dégage :

  1. Tout le monde avait une peur bleue du tyran.
  2. Tout le peuple avait peur de lui parce qu'il n'hésitait pas à tuer n'importe qui et à l'accuser de n'importe quoi.
  3. Chacun évitait par tous les moyens le Camp Boiro, véritable épée de Damoclès sur la tête de chaque guinéen.
  4. Cette triste réalité du passé doit inciter les nouvelles autorités guinéennes à accepter la « contradiction », cette espèce de garde-fou prête à « taper sur la table » du chef de l'Etat pour dire, sans risque d'être inquiétée » Non, je ne suis pas d'accord avec vous
  5. L'exercice de la souveraineté implique :
    1. l'apprentissage et la maîtrise du Pouvoir,
    2. l'apprentissage et la pratique de la Démocratie
    3. l'apprentissage et la jouissance de la Liberté ! ...

35. Espoir

Plusieurs fois fut rompue la corde qui retenait le veau du P.D.G. Et le bouvier refît chaque fois le nœud ! Mais toujours fragile demeura l'attache. C'est ce qu'on appelle en Pular :
Silbadhere bouloukountoun !
Alors 26 ans ont vu grandir le veau Il est gros, gras, luisant et beau ! Mûr de l'expérience des années de pénurie Que ne saurait vaincre le taureau en furie ! Et le nœud formé se consolide chaque jour. Les anciens du Fouta Djallon appellent ce phénomène Silbadhere Ngaari Ngondi!
En ce deuxième nœud tous les espoirs du Peuple de Guinée

36. C'était la justice

Commençons par un communiqué : tous les spécialistes des sciences politiques, sociales et humaines, les historiens, écrivains et philosophes de tous les pays du monde, sont instamment priés d'inscrire au centre de leurs activités, chacun en ce qui le concerne, l'étude systématique de la vie et du règne d'Ahmed Sékou Touré, premier Président de la République de Guinée.
Le rendez-vous du donner et du recevoir peut être fixé au 3 janvier 1986, au Colloque de la vérité prévisible au bloc central en « République électrique, de diète et du goudron chaud de Boiro ».
Un avant-goût.
Qui n'avait pas lu ces enseignes au stade du 28 septembre à Conakry : Un seul peuple ! — Un seul leader ! — Un seul parti ! — Une seule Révolution ! Pour dire qu'Ahmed Sékou Touré, le P.D.G., la Révolution guinéenne et le Peuple de Guinée ne font qu'une seule et même réalité indissociable.
De même, l'esprit du mal cultivé et développé en chaque guinéen demeurera aussi longtemps que les « Pédégéistes » de l'itinéraire ensanglanté occuperont les postes de commande dans l'administration guinéenne.
L'on comprendra donc aisément que le tribunal régional de Fria condamne à tort dans le jugement de l'affaire de vol de 60 (soixante) fûts d'huile de moteur, en date du 6 mars 1982, un pauvre planton-magasinier innocent et disculpe les vrais auteurs du forfait, à l'époque, personnes intouchables sur « l'Itinéraire Ensanglanté ».
L'on admettra sans discussion, que de Fria à la Présidence d'alors en passant par la Fonction Publique (où le modeste Sy Mamoudou même a été mêlé à la magouille), toutes les autorités administratives et judiciaires, qui, de crainte de se « mouiller », qui, de se démettre, qui, d'aller en prison, se fussent coalisées contre la justice, en étouffant la vérité par l'arrestation, la condamnation et le licenciement arbitraires du planton-magasinier (qui a commis le péché de naître fils de Guinée, et non enfant de la famille Touré ou de ses alliances).
Mais l'on digérera difficilement qu'un an encore après l'avènement du Comité Militaire de Redressement National, cette victime de l'injustice et de l'arbitraire trouve à tous les niveaux la même résistance à la vérité. Travailleur sérieux, au dossier vierge, embauché le 3 juillet 1957 sous le numéro 150, marié, père de cinq enfants, injustement condamné et licencié de la Société Frigma sans règlements après 25 ans de service effectif, le malheureux planton va de bureau en bureau, crier justice !
Que le Tout-Puissant vienne à son secours et à celui de toutes les victimes de l'arbitraire à travers le monde ! Amen !

37. Qui n'était pas coupable ?

La situation dramatique qu'a connue le Peuple de Guinée porte plusieurs signatures. Chaque élément de la Société guinéenne est plus ou moins responsable de la tragédie que l'ensemble a vécue soit en acteur, soit en spectateur complice (?): les forces publiques et forces de sécurité, les ouvriers, paysans, artisans, artistes, techniciens, intellectuels, industriels, commerçants, notables, jeunes et vieux, filles et femmes, ont tous, à des degrés différents, pris part au drame guinéen.
C'est pourquoi personne n'a le droit de porter la velléité d'être innocent.
Moi-même, en tant qu'élève, puis étudiant et enfin professeur, qu'ai-je concrètement fait pour empêcher, le dictateur de commettre tous ces crimes ? Ai-je levé un jour le petit doigt pour protester publiquement ou par écrit, contre telle ou telle décision impopulaire du Parti ?
Qui a osé porter la contradiction au « Responsable Suprême de la Révolution » ?
Si nous ne l'avons pas fait, c'est parce que nous avions peur de mourir pendus ou d'aller dans un des camps de concentration. Mais est-ce là une excuse valable ? L'esprit de sacrifice, de don de soi-même, n'a-t-il pas animé certains pionniers qui furent victimes de leur témérité ? Ne citons personne ! Mais quand on se souvient de cette anecdote, l'on ne rit pas :
— Où étiez-vous quand Staline sévissait contre notre Peuple ? a dit une voix anonyme dans la salle des Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS).
— Qui a parlé ? Silence total dans la salle !
— Je répète, qui a parlé ? Silence de cimetière.
— Une dernière fois, qui a parlé ? Aucun murmure même dans la salle.
— Eh bien ! par ton silence, tu t'es répondu toi-même ! La raison qui te fait taire aujourd'hui sans avoir le courage de te faire connaître dans cette salle, c'est la même raison, qui nous a poussés, nous aussi à nous taire hier quand Staline parlait.

38. Requête

Deux cas parmi tant d'autres :

  1. A secourir : Madame Fanta Mara, née en 1924, à Saréboido (Préfecture de Koundara), domiciliée au quartier Dar-es-Salam, Conakry II. Elle a été arbitrairement arrêtée et détenue pendant plusieurs années au Camp Boiro, à la suite des événements du 27 août 1977, au marché M'Balia.
    Depuis sa libération, cette femme d'une exceptionnelle bravoure (qui a courageusement supporté toutes les tortures), mène une misérable vie, faite de maladies et de besoins de toutes sortes. Après neuf mois et demi à la maternité de Donka-Conakry, Fanta Mara, loin de recouvrer sa santé, végète dans la misère, ne comptant que sur la solidarité agissante des hommes de bonne volonté. Dieu récompense toutes les actions bonnes !
  2. Banque arabe de développement, Banque mondiale, investisseurs de tous les pays, au secours de la République de Guinée ! Aidez sincèrement ce pays qui saigne depuis 26 ans ; mais l'aide doit être désintéressée pour qu'elle atteigne effectivement son but.
    Aidez à désenclaver une des sous-préfectures qui en ont le plus besoin pour le développement agro-industriel de la zone maritime de la République de Guinée : la sous-préfecture de Tondon. Elle compte 20 000 habitants dans 12 districts, répartis sur environ 800 km2. Située à 154 km au Nord-Est de Conakry, la sous-préfecture de Tondon est reconnue sur le plan national comme la zone agricole par excellence de la République de Guinée. Mieux, les spécialistes de l'économie guinéenne l'appellent « résumé de l'économie nationale », à cause des nombreuses et très importantes potentialités agro-pastorales, minières et énergétiques.
    En effet, le grand barrage hydroélectrique du Konkouré est prévu au lieu-dit Souapiti, situé à 12 km du chef-lieu de la sous-préfecture. Avec Farmoriah, la sous-préfecture de Tondon est une grande productrice de café en Guinée maritime et, sans aucun doute l'une des plus grandes productrices de riz de montagne, d'arachide, de mil, et, où la récolte du miel sauvage, du néré, de l'huile de palme et du palmiste est des plus développées en République de Guinée.
    Prolongement physique et humain du Fouta Djallon (climat foutanien, 25 % de Peuls), la sous-préfecture de Tondon est, comme Téhimélé sa voisine immédiate, une région montagneuse, arrosée par deux grands fleuves, le Konkouré et le Bady et deux grandes rivières, la Konie et la Dogolon. L'influence de l'harmattan est très marquée de novembre à mars, soit cinq mois de fraîcheur que les étrangers qualifient de froid rigoureux. (Il a fait 12 degrés en décembre 1984 à Taïfan, un secteur du district de Yenguissa). Il n'est pas superflu de rappeler un dicton très populaire en Basse-Guinée, précisant que les populations de six sous-préfectures, rivalisant d'ardeur, de labeur et de courage, n'ont jamais faim. Ce sont :
    1. Les Labayaka (sous-préfecture de Tondon)
    2. Les Bennaka (sous-préfecture de Forécariah)
    3. Les Kaninyaka (sous-préfecture de Kindia)
    4. Les Sâmounka (sous-préfecture de Forécariah)
    5. Les Kaback-ka (sous-préfecture de Forécariah)
    6. Les Kakossaka (sous-préfecture de Forécarlah)

Il est donc impensable que l'une de ces populations laborieuses, nanties par la nature, vive malheureuse du fait de son enclavement. Ainsi, toute aide financière, tout secours matériel, destinés à Mme Fanta Mara ou à Tondon, doivent être adressés : au Secrétaire-général des anciens détenus politiques de Conakry III, compte bancaire no 398-42 B.P. 250 Conakry, République de Guinée au Président de l'Association, « Étoile du Labaya » compte banque guinéenne du commerce extérieur no 398-42 B.P. 250 Conakry, République de Guinée.

39. Avis de recherche

Madame Habibatou Barry, employée au service TUC et domiciliée au quartier Matoto, 9e sous-préfecture Conakry III, recherche sa fillette de quatre ans et demi-née au Camp Boiro, où sa mère était en détention arbitraire, pour le pseudo-complot dit de l'aéroport février-mars 1981. En effet, à six mois de sa naissance à Boiro, le bébé de Madame Habibatou Barry a été enlevé par les autorités du Bloc pour une destination jusqu'aujourd'hui inconnue. Nous comptons sur le concours des uns et des autres pour consoler cette femme qui n'a que trop pleurer.
Par ailleurs, fervent admirateur du cycliste-coureur Louison Bobet, je voudrai recevoir de ses nouvelles pour échange de lettres.

40. Dignité

Mes quarante ans d'âge ne m'ont donné l'occasion de constater qu'un seul exemple d'une telle fidélité à soi-même : la célèbre artiste cantatrice, animatrice, traditionnaliste Aïssata Kouyaté de Kindia. Son étoile a « brillamment » brillé les années 40-50 en Guinée. Elle a abandonné les scènes le jour où Sékou Touré a occupé le premier rang de la scène politique guinéenne.
Réfugiée depuis lors dans quelque village de Benna, préfecture de Forécariah, cette brave artiste guinéenne s'est, semble-t-il, reconvertie en paysanne gagnant sa vie, difficilement, d'un métier qui n'est pas le sien : le travail de la terre, imposé à une conservatrice des traditions orales, celle qui fut à l'origine, chargée de transmettre aux générations montantes l'histoire de notre continent à civilisation orale :
—Jamais je ne chanterai les louanges de cet homme qui, par de véhéments propos, vient d'ébranler les bases de la société traditionnelle africaine, avait dit Aïssata Konyaté en 1954.
J'invite Bamboun Kaba et Touré Kandet Oumar (K.O.T.) de la R.T.G. à ordonner des recherches de l'intéressée, tout comme celles de la plupart de nos anciens artistes qui sont morts sans mourir.

41. Conseil d'un musulman

Dieu demande la pondération et la mesure dans tous nos actes. Heureux ou malheureux, joyeux ou tristes, c'est à Sa sainteté qu'Il nous invite à rendre hommage.
Quelle euphorie en Guinée depuis le 3 avril 1984 !
Plus de P.D.G., plus de Sékou Touré. Il y a des Touré à Kankan, à Forécariali et ailleurs. Nous voulons bien des Touré, mais les « Mandiou Touré, les Touré Boundiabaly », les Touré dictateurs, nous n'en voulons plus.
Plus de barrages routiers entre les préfectures, plus de normes, plus de mouchards, plus de murs aux oreilles attentives, plus d'agents secrets.
Liberté d'opinion et d'expression pour tout le monde ! Dieu soit loué ! Mais attention ! si le 3 avril a libéré le peuple de Guinée, il a libéré aussi et en même temps Chaytâne, notre pire ennemi.
Le régime de Sékou Touré ne laissait aucune liberté de pensée ou d'action aux guinéens : pas de libertés politiques ou syndicales, pas de vie privée pour qui que ce soit car Sékou le « grand père du village » est le régulateur de la vie individuelle et collective de tous les Guinéens. Tout le peuple de Guinée était donc ligoté sous Sékou Touré. Les bons citoyens et les mauvais, les bandits, les alcooliques, les marabouts fabricants d'amulettes, les marchands de drogues, les délinquants, tous étaient strictement limités dans leurs activités nuisibles. Il avait interdit l'importation, la vente et l'usage abusif de l'alcool. Même si, dans son fort intérieur, il souhaitait que tout le peuple bût de l'alcool, mais l'opinion retient qu'il était contre l'alcoolisme.
Pendant trente ans il a lancé des grossièretés contre les « voleurs de deniers publics, les trafiquants, les intellectuels tarés, les dirigeants africains qui pillent les richesses de leurs pays pour construire des châteaux en Europe et ailleurs ».
Mais en réalité, qui est voleur, « pilleur » des richesses de son peuple ? C'est bien lui ! Sékou, qui a de nombreux comptes dans les banques étrangères ! N'oublions donc pas que la mort d'un tel homme (en réalité un « superman »), libère beaucoup de choses qu'il importe de canaliser pour éviter l'anarchie.
Remplacer le dictateur par le Colonel Lansana Conté est d'autant plus difficile que le successeur est totalement différent de lui. Conté est un homme ordinaire. Sékou, un surhomme terrible.
Conté aime la liberté, la justice pour tous. Sékou, le pouvoir personnel. Il se proclama, à la place de Dieu, « Responsable Suprême de la Révolution ». Comme qualité, Sékou refusa d'ouvrir la porte de son pays à l'ange Gabriel comme au Satan, qu'il craignait qu'il ne se substituât à lui à la tête de la République de Guinée !
Attention ! Elhadj Conté ! Libère Gabriel, mais enferme Satan !
Les danses dites « Sabar », les danses de nues, les exhibitions de corps nus relèvent d'un comportement pornographique inadmissible dans un pays « musulmano-chrétien ».
La criminalité se développe à une allure effrayante : des enfants se blessent à mort avec des tessons de bouteille, des couteaux et, pire, tout le monde a tendance à afficher une indifférence coupable face à l'être humain qui souffre :
Pour la liberté ! Oui ! Pour la démocratie ! Oui ! Mais pour l'anarchie, le désordre ! Non !
Plus d'hésitation car, comme a dit Victor Hugo : « Le mal qu'on dit de nous est pour notre âme ce que la charrue est pour la terre : il la déchire et la féconde ».

42. Détenu politique avant sa naissance

Beaucoup de femmes en état de grossesse furent arrêtées et incarcérées dans les célèbres camps de concentration. Les unes y avortèrent des suites du mauvais traitement. Les autres accouchèrent dans des conditions que chacun peut imaginer, la vie de la mère et du nouveau-né gravement menacée par les hommes. Mais, sous l'heureuse protection divine, la plupart vécurent. Des nombreux cas que connaît le Camp Boiro, retenons celui de « Petit Dani », né prisonnier, en prison sans numéro d'écrou, sans jugement — du reste comme sa mère et tous les détenus de Boiro. Le petit Dani, après quelques mois de prison passés dans le sein de sa mère, connaîtra plus de 4 ans de détention illégale au sein de ceux et celles qu'il appelait ses « tontons et tanties ». Les souvenirs de tonton Dani sont vivaces dans la mémoire de tous les détenus qui firent de ce garçon intelligent, attentif et prudent, l'objet de leur défoulement. Un jour, Dani va voir Siaka le chef tortionnaire. Écoutons les deux amis :
—Bonjour, tonton capitaine.
— Bonjour Dani.
— Que fais-tu là, tonton capitaine ?
— Je travaille, Dani.
— Mais quel travail fais-tu ?
— Tu ne vois pas Dani, que j'écris.
— Mais si, tonton ! Mais ça, ce n'est pas travailler ça ! Ton travail, il faut libérer les tontons et les tanties ! La prison nous a fatigués maintenant !

Dieu soit loué ! En tuant Sékou toôrè (souffrance, en langue soso), le Tout-Puissant a prouvé éloquemment qu'Il est le seul et unique « suprême ». Et, en le remplaçant par un homme « anti-sang », Il a prouvé une fois de plus qu'Il récompense les patients par le bonheur et la paix, comme Il l'a dit dans le Saint Coran.
Mais ce n'est pas tout ! Vous autres malfaiteurs cachés, rendez mille hommages à la sagesse légendaire de Conté. Sans son appel au calme, au pardon et à la réconciliation nationale, tous, à l'heure-là, vous ne vivriez pas, car le dictateur avait si bien préparé la guerre civile que sa mort, pour prouver qu'il était indispensable à la tête des destinées du peuple de Guinée, aurait plongé ce beau pays dans une mare de sang.
Remercions donc Allah l'Eternel pour nous avoir donné comme chef, non plus un stratège mais un homme ordinaire, ayant les pieds sur terre, la tête sur les épaules, paysan, père de famille, très bon cœur, mais laissant trop de liberté aux malfaiteurs, nouveaux fossoyeurs du peuple de Guinée ! Le Président Conté est assurément un des disciples de Franklin qui disait que « Nous sommes plus utiles par nos vertus que par nos connaissances, car pour le pouvoir, il faut tenir peu d'espace et changer peu de place ».

43. Prophétie

Écoutez parler, dans le sentiment de communion africaine et humaine qui anima l'illustre Blaise Diagne, premier homme d'État africain, né le 13 octobre 1872, qui disait le 11 juillet 1927 : « Un jour viendra où, en pleine maturité, les races noires pourront être maîtresses de leurs destinées ».
Déjà, le 22 décembre 1924, le député-prophète mettait l'Afrique noire en garde, en déclarant :

« Je dis à mes concitoyens des colonies : lorsque vous voyez les communistes tenter de faire croire qu'ils sont vos défenseurs, refusez-vous à cette idée. Ils ne défendent qu'un régime de désordre, qui est le leur. Ce régime de désordre ne pénétrera pas chez nous ».

Malheureusement la leçon n'a pas été comprise par la plupart des dirigeants africains. Ainsi, la triste et douloureuse expérience a été chèrement payée.

44. Dieu s'est toujours révélé

Surtout à ceux qui souffrent intensément, innocemment sans perdre foi en lui, et qui l'adorent quotidiennement, avec le cœur et les faibles ressources dont ils disposent : les malades hospitalisés, les prisonniers de guerre, de droit commun et les détenus politiques, invoquent Dieu, prient Dieu, implorent la clémence de Dieu plus que tout autre croyant non éprouvé. C'est pourquoi Dieu, très bon, très juste, se révèle aussi à ces malheureux plus qu'à tout autre homme dans les conditions normales. En appuyant cette affirmation d'exemples, notre statut d'ancien détenu politique nous oblige à rapporter des témoignages vécus dans les camps de concentration tristement célèbres de la Guinée d'Ahmed Sékou Touré :

Nous sommes au Camp Boiro, au mois de mai 1978. Il y règne une atmosphère de détente due à l'espoir né à la veille de la fête du 14 mai. On pense à la famille, aux amis, aux bons plats de riz à la sauce aux feuilles de papate, au poulet à la « Pèpè soupe » pimentée, sans huile avec force oignon et poivre. Et on pense aux promenades à travers bois en compagnie de sa femme, de sa fiancée ou de sa petite amie (pour celui qui en a !). On se voit assis au bord du Konkouré, du Djoliba, du Milo, de la Mellacorée, du Rio-Pongo ou de la Fatala, regardant par-ci, observant par-là, contemplant les forces de la nature, la puissance de Dieu. Bref, aucun détenu ne vit totalement au Camp à la veille de cette fête, ultime occasion pour les détenus d'espérer d'éventuelles libérations. La moitié de chaque détenu politique passe la nuit du 13 au 14 mai au Camp, alors que l'autre moitié se trouve déjà au sein de la famille.
C'est pourquoi la matinée du 14 mai trouvent toujours les détenus dans un affaissement moral tel, que seule la foi les soutient. Car Sékou Touré, né pour trahir et décevoir, n'a libéré qu'une poignée de détenus, la plupart des « frontaliers » navetanes ramassés comme des palmistes le long de nos frontières.

Nous étions trois à la cellule métallique no 71. Le Commandant Sylla Soriba et moi-même avons été réveillés en sursaut par notre co-cellulier Camara Bissiry, chauffeur de son état :
— Sylla ! Sylla ! réveillez-vous ! Une voix vient de me dire qu'à dix heures ce matin, je serai libéré et, vous autres, ne le serez que plus tard.
Comme il l'a annoncé, à dix heures précises un bus est venu chercher une dizaine de détenus, dont notre prophète Bissiry.
— Cette nuit, une voix m'a annoncé ma libération pour jeudi prochain , nous avait dit Diaby Karamba et ce fut ainsi.
— Dieu m'a informé cette nuit que je ferai 7 mois à Boiro, devait un jour me dire Elhadj Abdourahimy Touré, Secrétaire fédéral de Forécariah, qui a effectivement fait 6 mois 29 jours à Boiro.
— Dieu m'a fait savoir cette nuit que Chérif Nabahniou fera trois ans ici alors que moi, je dois être libéré très prochainement, m'a dit Sylla Tidiane, magistrat, jeune frère de Mohamed, Secrétaire fédéral de Conakry I. Et les choses se passèrent exactement comme annoncées par Sylla.

Mais allons à Kindia rencontrer un détenu politique à qui Dieu a fait des révélations d'une précision extraordinaire. Il s'agit d'Elhadj Oumar Bah de Pita. Arrêté en 1970, il a séjourné dans trois des principaux camps de la mort : Labé 1970 Boiro 1971-1973 Kindia 1973-1975, Boiro 1975, date de sa libération.
Elhadj Oumar Bah est un fervent musulman qui ne croit qu'en Dieu, n'invoque que Lui et ne compte que sur Lui. C'est ainsi qu'une nuit de dimanche à lundi, après avoir fait son chapelet, appelé Dieu le Tout-Puissant au secours des malheureuses victimes de la haine sékoutouréenne, Elhadj Oumar Bah a reçu du Maître des mondes, « l'Eternel éternel », le message suivant : «
— Dis à Mamadou Maz Diallo de la cellule voisine qu'il sera libéré demain matin à dix heures et qu'arrivé à Pita, il y sera encore élu Secrétaire fédéral.
Elhadj Oumar transmit ce message à Maz en précisant qu'il n'y a aucun doute à sa réalisation. C'est pourquoi Elhadj Oumar Bah fit à Maz toutes les commissions nécessaires à sa propre famille à Pita. Comme annoncé par Elhadj Oumar Bah, à dix heures précises, Mamadou Maz Diallo fut libéré et, rendu à Pita, il y devint encore Secrétaire fédéral.
Un autre jour, Elhadj Oumar Bah annonce à un groupe de détenus dont Elhadj Baldé Siradiou, actuel coordinateur des affaires religieuses de Conakry II, qu'ils seront libérés le jeudi à midi. Ce qui fut fait sans erreur !
A la prison civile de Kindia, enfermé dans une grande salle avec plus de cent détenus, dont Elhadj Amadou Laria de Labé 12, Capitaine Thierno, actuel Directeur général de Soprociment, Docteur Diallo vétérinaire. Dieu charge Elhadj Oumar Bah d'annoncer à l'ensemble des détenus du jour qu'ils seront tous libérés. Et, lui, il le sera mardi prochain et rentrera à Labé par avion.
— Sékou Touré mourra avant nous tous et, personnellement, je prendrai part aux obsèques du grand Almamy, le dernier du Fouta Djallon. Après quoi, j'assisterai également à celles de Sékou Touré, devait prédire ElHadj Oumar Bah, qui poursuivit « tous ceux qui nous ont torturés, moins Sékou Touré, seront enfermés ici-même à Kindia, et nous autres, seront totalement réhabilités ».
Les événements s'enchaînent, se tiennent, se produisent.
Le grand Almamy de Mamou meurt. Tout le Fouta s'y retrouve. Les érudits, les sages conservateurs des traditions séculaires du Fouta-Djallon sont là. Toutes les noblesses de cour, toutes les noblesses d'épée de la République de Guinée et, même de l'Ouest Africain, sont représentées à ces grandioses cérémonies.
Sur la terrasse d'une case construite en hauteur apparaît Elhadj Boubacar Barry, gouverneur de Dalaba, fils aîné de l'illustre disparu. Il parcourt des yeux l'assemblée des fidèles musulmans réunis dans la cour royale. Ses yeux s'arrêtent sur un homme qui ne s'attendait pas à un tel honneur, car, il ne se croyait pas sur la liste des hommes saints sur lesquels le Fouta compte. Le gouverneur Barry ne veut pas créer d'incident, surtout un jour de recueillement ! En Peulh prudent, il descend les escaliers et se dirige vers la foule rangée, calme, éplorée, qui emplit la grande cour de l'Almamy. M. Barry ne se promène pas au hasard ! Il sait où il va ! En effet, le voilà à côté de Elhadj Oumar Bah de Pita, qu'il tire par son boubou, signe d'invitation à le suivre. Celui-ci se lève et, tranquillement, suit le gouverneur Barry, qui le conduit dans la chambre où repose le corps de l'illustre disparu :
— Vous avez été choisi pour prendre part au rituel de préparation du corps de notre père pour sa dernière demeure, ainsi s'adressait le gouverneur Barry à Elhadj Oumar Bah, dont une partie des visions nocturnes venait de se concrétiser : « tu participeras aux obsèques de l'Almamy Ibrahima Sory de Mamou ».
Nombreuses sont les personnalités spirituelles qui peuvent attester de l'authenticité de ce que nous venons de dire.
Après cet événement, Elhadj Oumar Bah ne s'attendait qu'au dernier acte du tableau : la mort de Sékou Touré et sa propre participation à ses funérailles comme il le lui avait été prédit dans le rêve à Kindia.
Et voilà que le grand fromager aussi tombe. Sékou Touré est mort et son corps arrivera très prochainement des États-Unis d'Amérique.
Le corps arrive, la veillée funèbre est organisée, les délégations arrivent des quatre coins du monde pour assister à l'enterrement du grand disparu. Elhadj Oumar Bah est aussi arrivé des montagnes du Fouta-Djallon. Il s'est, comme tous les fidèles musulmans de la capitale, rendu à la Grande Mosquée de Conakry, d'où partira le cortège funèbre pour le Mausolée National. Là encore, les choses se passeront comme annoncées par Dieu, il y a onze ans. Soriba Camara, le Ministre des Affaires Islamiques d'alors, aperçoit dans la foule un homme, on dirait qu'il cherche depuis un bon moment :
— Eh ! é ! Elhadj Bah Pita ! venez vite ! vous faites partie des personnalités religieuses chargées de convoyer la dépouille mortelle de notre regretté Président.
Elhadj Oumar Bah vient là aussi, comme à Mamou, s'ajouter à d'autres personnalités pour prendre la « caisse » contenant le corps de Sékou Touré pour le Mausolée National. Les « transporteurs » de la caisse savent qu'ElHadj Oumar Bah était parmi eux, comme ils peuvent témoigner que les Marocains versaient sur eux, durant le parcours, une certaine eau parfumée.
Il ne reste plus que la dernière scène de ce dernier tableau : l'arrestation et l'incarcération de tous les dignitaires à Kindia.
A l'avènement du Comité Militaire de Redressement National, la plupart des Ministres qui nous ont torturés se sont retrouvés en prison à Kindia comme il avait été annoncé onze ans avant par Elhadj Oumar Bah. Décidément, Elhadj Oumar Bah de Pita fait des rêves « infaillibles ». C'est ainsi qu'un jour, en pleine journée, dans une grande salle de la prison civile de Kindia, pendant que ses codétenus se livraient à toutes sortes de jeux, Elhadj Oumar Bah ferme les yeux pour quelques minutes, les ouvre en sursaut en disant à ses camarades :
— Je crois être devenu fou, car je viens de voir Emile Cissé, l'éminent tortionnaire du Comité révolutionnaire de Kindia, ligoté, frappé à sang et jeté dans la cellule no 3, à côté de nous.
Certains camarades ne firent même pas attention à ce que disait le visionnaire, tandis que d'autres le traitèrent effectivement de fou. Ce n'est que douze jours plus tard, jour pour jour, que tout le monde se convainquit de la réalité de la vision d'Elhadj Oumar Bah, en entendant crier dans la cellule no 3, le gouverneur Émile Cisse, membre du Comité révolutionnaire, l'intouchable ami du Président Sékou Touré. L'ensemble des détenus présents dans la salle se jetèrent littéralement sur Elhadj Oumar Bah pour l'embrasser et le féliciter de ses visions justes.
Mais ce n'est pas seulement en prison qu'Elhadj Oumar Bah fait des rêves immanquables ! En effet, c'est à Pita, chez lui, en liberté, qu'en rêve une voix lui dit : « Vois-tu ces troncs d'arbres calcinés ? ils sont au nombre de sept. Ils représentent sept personnes, dont ton ami Mamadou Maz, gouverneur de N'Zérékoré, qui vont être brûlées vives si l'une d'elles ne sacrifie pas pour l'ensemble des effets d'habillement, de la tête aux pieds » (bonnet, complet et chaussures).
Aussitôt, Elhadj Oumar Bah dépêche un jeune homme avec une lettre auprès du gouverneur Maz, à N'Zérékoré. Après lecture du message, Maz qui sait que les visions d'El-Hadj Oumar Bah ne manquent pas, fait immédiatement le nécessaire, avant de s'embarquer à sept, comme par hasard, à bord de l'avion les transportant à Conakry pour une session du Parti. L'avion prendra feu en atterrissant et les sept délégués seront indemnes. Une semaine plus tard, toutes les sept personnes, rescapées de l'accident, se transporteront au domicile d'El-Hadj Oumar Bah, où le Ministre Chérif Sékou, chef de la délégation, prendra la parole pour remercier notre visionnaire qui dit en guise de réponse :
— Ce n'est pas moi car je ne suis et ne sais rien. C'est Dieu, l'Omniscient, qui m'informe quand Son infinie bonté le décide. C'est donc à Sa clémence que tous nous devons rendre hommage ».

Notes et errata (T. S. Bah)
1. Alphonse Gabriel "Al" Capone (1899-1947), surnommé Scarface, était un fameux gangster américain de Chicago. Il dirigea le syndicat du crime spécialisé dans le trafic et la fabrication des boissons alcooliques et dans d'autres activités illégales sous le régime de la Prohibition, dans les années 1920-1930.
2. Tombé en disgrâce après le faux complot Petit Touré, Fodéba perdit le ministère de la Défense nationale en 1966. Il fut dégradé et nommé ministre de l'agriculture. A partir de cette date, il vécut en sursis, jusqu'à son arrestation suivie peu après, d'un simulacre de procès et de son exécution en 1969, dans le faux Complot Kaman-Fodéba.
3. Consulter à ce sujet l'oeuvre monumentale de Yves Person et les recherches fouillées de Ibrahima Khalil Fofana.
4. Ancien secrétaire du Plan, Sow Mamadou était de Labé et non pas de Dinguiraye. Cousin et ami d'enfance de Saifoulaye, il était lié à Dinguiraye par le mariage, ayant épousé Nima Bah, la soeur aînée de Bâ Mamadou.
5. Malgré les attaques verbales publiques réciproques, Houphouët-Boigny et Sékou Touré ont maintenu une affinité et une complicité profondesOn peut lire à ce sujet l'aveu de Sékou Touré à André Lewin, alors ambassadeur de France en Guinée (1976-1979).
6. Sur la scolarité de Sékou Touré et le rôle de Bocar Maréga, père, lire le témoignage de Mamouna Maréga, l'épouse de Dr. Maréga.
7. En réalité, la France coloniale est un des modèles et l'une des sources profondes de la dictature de Sékou Touré et du PDG. Comme Almamy Fodé Sylla le dit lui-même, à raison, Bernard Cornut-Gentille, gouverneur général de l'Afrique Occidentale Française, qui finança et encouragea l'ascension de Sékou Touré.
8. Le témoignage d'André Lewin est plus précis sur le comportement alimentaire et la vie privée de Sékou Touré. Il contredit ce point sur le tabagisme de l'ancien président.
9. Almamy Fodé Sylla rappelle plus haut que Fodé Mamoudou Touré était un homme de droit, et non un spécialiste des finances. En réalité, Mohamed n'avait nul besoin d'acquérir une compétence professionnelle. Son père avait banni la méritocratie.
10. La tradition du pouvoir et la culture du Mande établissent une nette distinction entre un Faama (seigneur de guerre) et Mansa (roi, empereur par l'héritage). Lire Yves Person. Sékou Touré n'était pas un Mansa. Il était un Fama, parti de rien pour se hisser au sommet. L'histoire de l'humanité fourmille d'exemples de ce type de self-made-men.
11.Un chapitre du livre intitulé First American Ambassador to Guinea donne la version des Etats-Unis, différente mais détaillée, de la politique respective des gouvernements guinéen et américaine durant la crise congolaise de 1960. Lire donc Never A Dull Moment. La Lettre d'Afrique inclut Tibou Tounkara et Béhazin. Il s'agit là d'une erreur. Pis, le document omet Diané Lansana, promu général d'armée pour l'occasion, et chef politique du contingent militaire guinéen, commandé militairement par Capitaine Siradiou Barry, qui fut fusillé en 1971.
12. L'oncle paternel de Saifoulaye Diallo, ancien secrétaire fédéral de Labé.

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