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Memorial Camp Boiro
Complot Peul. Diallo Telli


André Lewin
Diallo Telli. Le destin tragique d'un grand Africain

Jeune Afrique Livres. Collection Destins. 1990. 225 pages
http://www.jeuneafrique.com


Chapitre 2
Mon pays la Guinée

Dès sa sortie de l'Ecole nationale de la France d'outre-mer avec ses camarades de la promotion de 1951-1953, Diallo Telli est affecté, conformément à son choix, dans la magistrature d'outre-mer, dont le cadre est géré conjointement par le ministère de la Justice et celui de la France d'outre-mer. Un décret 1 du 16 mars 1954, publié au Journal officiel du 23 mars, nomme M. Diallo Telli, élève breveté de l'ENFOM, au poste de substitut du procureur de la République près le tribunal de 3è classe de Thiès au Sénégal, un poste qui vient d'être créé.

Mais Telli ne tient pas à rejoindre Thiès immédiatement. Il exprime le souhait de passer d'abord les examens de droit, qu'il a sérieusement préparés et qui ont lieu juste à cette éqoque. Une note de la direction des services judiciaires du ministère de la France d'outre-mer datée du 31 mars 1954 et signée du procureur général Renauld spécifie ainsi à l'attention du service administratif central chargé de sa mise en route vers l'Afrique : L'intéressé, désirant passer les épreuves du diplòme d'études supérieures de droit privé avant son départ, compte embarquer sur le Brazza du 28 mai 1954. Je vous serais obligé de vouloir prendre toutles mesures à cet effet.

Si Telli passe donc les épreuves du diplòme d'études supérieures de droit privé, étape nécessaire avant le doctorat, il n'est pas établi qu'il ait tenté ni réussi celui-ci ; pour ce faire, il aurait en effet fallu poursuivre encore d'autres études, et surtout préparer et soutenu un thèse, travail considérable qu'il n'a certainement pas eu le temps ni la possibilité d'entreprendre et de mener à bien à ce moment, alors qu'il est déjà engagé dans la vie judiciaire et politique en AOF. Les éléments biographiques mentionnent bien un doctorat en droit de la faculté de Paris parmi les diplòmes de Telli, mais ils sont très probablement inexacts. Celui-ci n'a d'ailleurs jamais affirmé lui-même avoir réussi son doctorat, et les notices distribuées au Nations Unies lorsqu'il y sera nommé n'y feront pas allusion. Nous avons personnellement examiné à la Bibliothèque Nationale de Paris les recueils de doctorats de toutes les facultés de France pour les années de 1050 à 1960, et le nom de Diallo Telli ne figure pas sur les listes des titres de docteur en droit octroyés.

C'est donc au début du mois de juin 1954 qu'à bord du Brazza, paquebot mixte de la Compagnie des chargeurs réunis qui dessert régulièrement les ports de l'Afrique de l'Ouest, Telli arrive à Dakar. Il gagne Thiès quelques jours après, et y entame sa brève mais brillante carrière de magistrat outremer. Il retrouve au parquet de cette ville Max Desprez, qui y exerce les fonctions de procureur. Ce n'est que grâce au témoignage de ce dernier qu'on peut avoir un petit aperçu de ce que vit alors Telli.

« Lors de mon premier congé en France en 1953, raconte Max Desprez, j'avais eu, à la demande du directeur de l'École nationale de la France d'outre-mer, le plaisir d'avoir un entretien avec les élèves en cours de scolarité. Cet entretien devait porter sur mon expérience de magistrat débutant, depuis février 1951 ; j'avais rempli pendant plus de deux ans les fonctions de procureur de la République au Sénégal, plus particulièrement à Kaolack, en plein cœur de la région arachidière, à une époque capitale de mutation politique. J'avais particulièrement remarqué dans l'assistance un jeune peul au visage pétillant d'intelligence qui participait très activement à l'échange d'idées qui s'était instauré. Il paraissait passionné par son futur métier de magistrat d'outre-mer, et voulait tout savoir, tout comprendre. J'ai essayé de mon mieux de lui transmettre ce que j'avais appris au contact des réalités locales que je venais de vivre. Nous ne nous sommes pas revus après ce premier échange trop bref de sympathie réciproque, née à l'instant même où nous nous sommes rencontrés, alors qu'il terminait sa scolarité à l'Ecole.

« Ce n'est que quelques mois plus tard qu'un coup de téléphone du procureur général près la cour d'appel de Dakar, M. de Montera, un très grand magistrat qui avait été mon professeur entre 1947 et 1949, m'apprenait que "sur la demande expresse de l'intéressé", il avait affecté M. Diallo Telli comme substitut au parquet de Thiès, la cité du Rail, où je remplissais à l'époque les fonctions de procureur de la république. C'est ainsi que Telli devint mon ami au cours de la période trop courte qu'il passa à Thiès avec sa famille. Nos épouses avaient également sympathisé, nos premiers enfants encore très jeunes jouaient ensemble dans le jardin que j'avais fait aménager près du tout nouveau palais de justice, construit place de France, plus tard place de l'Indépendance.

« Nous ne cessions d'échanger nos idées sur tous les problèmes qui se posaient, et nos avis convergeaient toujours pour reconnaître l'importance d'une justice impartiale, humaine, proche des justiciables qui devaient être respectés et aidés. J'avais plaisir à avoir près de moi un collaborateur au cœur si généreux, à l'intelligence aussi vive, à l'esprit aussi ouvert. Je sentais cependant qu'il ne tarderait pas à me quitter, car il était destiné à des fonctions plus prestigieuses où il pourrait donner la mesure de ses qualités.

C'est ce qui devait se produire au cours de l'année suivante où le haut-commissaire Cornut-Gentille l'appela auprès de lui à Dakar. Nous avons cependant continué à nous voir le plus souvent possible, comme nous nous sommes toujours revus par la suite jusqu'à son internement en Guinée en 1976. Il est toujours resté le même, simple dans son comportement, fidèle dans son amitié, rigoureux dans ses principes humanitaires. »

Dans la hiérarchie des grades administratifs, Boubacar Telli Diallo est alors « magistrat du 1er degré » ; le 1er janvier 1955, il passera au 5e grade, 3e échelon à l'indice 325 ; le 1er janvier 1957 au 4e grade et à l'indice 340. Mais par une de ces formulations mystérieuses dont les administrations ont le secret, le décret du 17 janvier 1958 qui « reconstruira » sa carrière administrative par suite de la création d'une nouvelle hiérarchie dans la magistrature d'outre-mer précisera que « M. Diallo Telli Boubakar 2 conserve l'indice 360 à titre personnel à compter du 1er avril 1957, ayant appartenu au 11e degré de l'ancienne hiérarchie à compter du 1er avril 1957 ». Au moment de sa mise en disponibilité de l'administration française, en octobre 1958, il sera magistrat du 4e grade, 1er échelon.

Mais déjà le guettent le virus de la politique et le souci d'agir de manière plus directe sur l'évolution de la société africaine. Ses grandes qualités le font vite remarquer par les responsables politico-administratifs de l'Afrique occidentale française (AOF) à Dakar. Tout en restant sur le papier substitut à Thiès), il entame donc au milieu des années 50 une carrière qui l'amène vers l'administration politique, puis vers la politique tout court. Le vote en 1956 de la loi-cadre Defferre 3, accroissant les pouvoirs des organismes représentatifs africains, accélèrera encore cette évolution de ses activités.

Voici ce dont se souvient Yvon Bourges, actuellement sénateur d'Ille-et-Vilaine, à l'époque jeune fonctionnaire de la France d'outre-mer avant d'occuper en France d'importantes fonctions ministérielles sous la Ve république :

« J'ai connu Diallo Telli en 1955 lorsque, jeune magistrat issu de l'École nationale de la France d'outre-mer, il venait de rejoindre pour sa première affectation l'AOF et était en poste au parquet du tribunal de Thiès au Sénégal. Directeur du cabinet du haut-commissaire de l'AOF, Bernard Cornut-Gentille, je portais une attention particulière aux jeunes diplômés africains qui, au terme d'études effectuées en France, étaient affectés en Afrique occidentale, m'efforçant de faciliter leur insertion tant au plan professionnel que dans la vie sociale. C'est ainsi que j'ai rencontré Diallo Telli, qui se signalait à l'attention des autorités administratives par ses compétences professionnelles et ses qualités personnelles, faisant preuve du sens de l'État, de maturité de jugement et de pondération. Les contacts personnels que j'ai eus avec lui m'ayant confirmé la qualité personnelle de ce jeune fonctionnaire, j'ai, avec l'accord du procureur général de Montera, proposé au haut-commissaire la nomination de Diallo Telli à son cabinet.

« J'ai donc été amené à travailler directement avec ce jeune magistrat auquel étaient confiées des missions diverses qu'il a toujours accomplies dans des conditions excellentes. A travers ces mois se sont ainsi créés et renforcés des sentiments d'amitié. Nommé gouverneur de la Haute-Volta en août 1956, j'ai néanmoins gardé des contacts avec Diallo Telli, qui était demeuré au cabinet du haut-commissaire, alors Gaston Cusin. En octobre 1958, il est venu me voir à Paris pour me dire son souci de l'évolution prise par Sékou Touré et sa décision de rejoindre la Guinée pour se mettre au service de son pays et y travailler dans un sens conforme aux notions d'intérêt général et de démocratie qu'avait inspiré la formation qu'il avait reçue. Je ne doutais pas de sa sincérité bien que j'eus quelques doutes sur les chances qu'il pouvait avoir d'influencer dans le sens qu'il indiquait Sékou Touré dont je connaissais les penchants à un autoritarisme absolu. Je n'ai ensuite revu Diallo Telli que fugacement 4 ».

Le cabinet du haut-commissaire à Dakar que rejoint Telli en 1955 rassemble alors de nombreux jeunes administrateurs qui y font leurs premiers pas, ou presque, dans la vie active et qui se signaleront ultérieurement dans leur vie publique. Le jeune magistrat guinéen se liera vite et facilement avec plusieurs d'entre eux, et les années n'effaceront pas ces relations. Outre Yvon Bourges, le premier directeur de cabinet du haut-commissaire sous les ordres de qui il travaille, il y aura surtout Michel Jobert, qui occupera à son tour les fonctions de directeur du cabinet de 1956 à 1958, avant de faire auprès de Georges Pompidou, comme secrétaire général de l'Elysée puis comme ministre des Affaires étrangères, et auprès de François Mitterrand, comme ministre du Commerce extérieur, la carrière que l'on sait. Entre Michel Jobert et Diallo Telli, l'amitié se noue rapidement, car, venu de la Cour des comptes sans avoir aucune expérience préalable de l'Afrique noire, le nouveau directeur de cabinet du haut-commissaire Cusin trouve en son collègue Telli un mentor avisé, affable et toujours disponible. Dans ses Mémoires d'avenir 5 Michel Jobert note d'ailleurs : « Au cabinet du haut-commissaire, un jeune juriste guinéen, plein de subtilité et d'amitié pour moi, me guidait dans une progression difficile ( ... ). Nous ne nous sommes pas perdus de vue. » Cette amitié, ne fut pas superficielle. Ainsi, vingt-cinq ans plus tard, Michel Jobert sera ulcéré par les termes diplomatiquement chaleureux que François Mitterrand emploiera pour réagir à la mort de Sékou Touré dans un télégramme de condoléances adressé au premier ministre guinéen Béavogui. Michel Jobert s'écriera dans un autre de ses ouvrages, Par trente-six chemins 6 : « ... Le martyre de Diallo Telli, secrétaire général de l'OUA puis ministre de la Justice, assassiné lentement au camp Boiro, occupe mon esprit. Il était mon ami. De ses enfants, de sa femme, j'ai reçu des lettres déchirantes. Il avait cru qu'il pouvait raisonner un paranoïaque doué de cette logique implacable qui conduisit les Khmers rouges, produits de nos écoles supérieures, à liquider la moitié de la population du Cambodge. Il s'est placé, en rentrant au pays, sous la main de son assassin, que le chef de notre État a si fort glorifié. Pauvre Kadidiatou, pauvres Thierno, Alpha et Rougui, chaque mot de ce télégramme a dû les poignarder encore plus, venant de nous. »

C'est à cette époque, où il est chef de cabinet adjoint du cabinet civil du haut-commissaire de l'AOF que Telli a l'occasion de rencontrer, à Dakar puis à Paris, Sékou Touré. Bernard Cornut-Gentille fait alors grand cas de ce jeune agitateur syndicaliste qu'il espère pouvoir transformer en un responsable politique capable de devenir en Guinée un interlocuteur raisonnable et constructif de la France. Sékou Touré est déjà conseiller territorial de Beyla, depuis 1953 ; après avoir raté en 1954 une élection partielle à l'Assemblée nationale française à la suite d'irrégularités que le haut-commissariat reconnaîtra lui-même, il sera finalement élu député de Guinée française en 1956. Il multipliera désormais les voyages entre Conakry, Paris et Dakar, où il siège également dès l'année suivante au Grand conseil de l'AOF.

On ne peut dire que les deux hommes aient eu des atomes crochus et qu'une amitié sincère soit alors née entre eux. Leurs origines ethniques, leur éducation et leur formation, leur tempérament, leur pratique religieuse, leurs objectifs sont totalement différents. Sékou décèle cependant en Telli celui dont il nous dira un jour qu'il a été « le premier et le meilleur de nous tous » ; et Diallo Telli reconnaît en Sékou Touré l'homme dont l'ascendant pourra accélérer le développement de la Guinée, et même de l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. Aussi ne ménagera-t-il aucun effort pour lui prodiguer informations et conseils. Sans doute les fonctions de Diallo Telli l'amènent-elles à connaître dans le détail les tractations politiques et les relations personnelles entre Cornut-Gentille et Sékou Touré. Ainsi a-t-il dû être au fait de l'aide financière qui fut accordée à ce dernier à la suite d'une mystérieuse rencontre nocturne et secrète entre Cornut-Gentille, Yvon Bourges, le gouverneur de la Guinée Parisot et Sékou lui-même, au domicile de celui-ci à Conakry. Sékou Touré sait que Telli sait, et que cela lui donne prise sur lui. Un élément parmi d'autres qui peut expliquer la méfiance et l'hostilité qui s'installent progressivement entre les deux hommes ?

Telli lui-même vient régulièrement en France, mais ne se rend guère en Guinée. Charles-Henri Bonfils, qui fut gouverneur de Guinée en 1955-1956, en témoigne :

« Je n'ai malheureusement connu Diallo Telli que très épisodiquement et très peu. Lors de mon séjour à Conakry, il ne résidait pas en Guinée et n'avait aucune fonction ni contact lié au territoire. Il m'est arrivé cependant de le rencontrer à Dakar où il était attaché au haut commissariat. Ces contacts sociaux ne m'ont toutefois pas permis de me former une opinion ou de porter un jugement sur l'homme. Son intelligence et sa culture francophone m'ont paru grandes. Par contre, son caractère — dans la mesure où j'ai pu l'apprécier — m'a semblé aux antipodes de celui de Sékou Touré. Différence de formation, d'ethnie ? Impossible de répondre. 7 »

Après le départ à la mi-1956 du haut-commissaire Cornut-Gentille, Telli, nous l'avons dit, conserve les mêmes attributions auprès de son successeur, Gaston Cusin. Actuel ambassadeur du Sénégal à Bruxelles, Falilou Kane se souvient de l'avoir rencontré à cette époque.

« Je l'ai connu, alors que j'étais interne au lycée van Vollenhoven de Dakar (aujourd'hui lycée Lamine Gueye), en même temps que son jeune frère Maka Diallo, qui vit à présent à Rimouski, au Québec. Nous étions un certain nombre à le fréquenter à l'occasion de nos sorties de fin de semaine. C'était pour nous un grand frère, toujours prêt à conseiller et à aider. C'était aussi, déjà, un bel exemple de réussite qu'il fallait imiter, un cadre supérieur influent et écouté qui avait fait de brillantes études. Je me souviens qu'un jour le gouverneur général Cusin avait donné une réception à laquelle était invité un groupe de lycéens et normaliens des classes terminales. C'était en 1956, avant les examens du baccalauréat. Telli était venu se mêler à un petit groupe où je me trouvais et nous avait interrogés sur les orientations que nous allions prendre après le bac. Chacun devisait. Lorsque mon tour arriva, je lui dis que je voulais entrer dans la marine marchande. Il m'y avait encouragé en disant que c'était là un secteur d'avenir où, à l'époque, il n'y avait aucun Africain 8.

A la même époque, Diallo Telli est le correspondant de Siradiou Diallo, le futur directeur de Jeune Afrique, qui est élève, à son tour, du lycée van Vollenhoven de Dakar. Il s'occupe de lui les jours de sortie et pendant les vacances, l'invite et le parraine, se substituant en quelque sorte aux parents qui ne vivent pas sur place.

Le 1er avril 1957, Telli est nommé substitut du procureur de la République près le tribunal de 2e classe de Cotonou au Dahomey. Une nomination pour la forme, car il ne rejoindra pas ce poste : en fait, il reste affecté au cabinet du haut-commissaire à Dakar.

Mais il est bientôt pressenti pour devenir le secrétaire général du Grand conseil de l'AOF. Cette institution créée en 1947, mais alors purement consultative, doit, avec la mise en application de la loi-cadre Defferre, devenir l'instance parlementaire représentative de la population africaine de toutes les possessions françaises de l'Afrique de l'Ouest. Telli n'est pas en réalité le seul candidat à ce poste de premier plan, mais il s'avère être le plus habile. Il rend visite successivement à tous les membres du Grand conseil, qui doit ratifier la nomination. Il affirme à chacun d'entre eux que la plupart des autres lui sont déjà favorables mais qu'il tient cependant tout particulièrement à son suffrage. Flattés de ce qu'ils veulent entendre comme un hommage spécial rendu à leur influence, tous, chacun à leur tour, promettent leur soutien. Et il est élu sans difficulté !

Pour se préparer à ces nouvelles fonctions, les plus importantes exercées à l'époque par un Africain dans l'administration, il vient à Paris suivre un bref stage de formation. Alain Coret, qui était alors administrateur des services de l'Assemblée de l'Union française 9, avant de terminer sa carrière comme directeur au Conseil des communautés européennes à Bruxelles, s'en souvient :

« Le palais d'Iéna à Paris, qui abritait désormais l'Assemblée de l'Union française, reçut la visite, en 1957, de quelques personnes qui ne relevaient d'aucun des schémas coutumiers ni conseillers de l'Union française ; ni représentants de l'exécutif ni membres du personnel de l'Assemblée ou des services publics concourant à son fonctionnement ; pas davantage des visiteurs occasionnels qui, pour des motifs fort divers, se présentent aux sièges des assemblées parlementaires. Il s'agissait en fait de "stagiaires" en droit et pratiques parlementaires : Diallo Telli était du nombre. Ces stagiaires étaient au demeurant tout à fait particuliers, puisqu'ils allaient — sous peu — assumer d'importantes fonctions : celles de secrétaires généraux d'assemblées de territoires d'outre-mer ou de groupes de ces territoires qui, à la suite de la loi-cadre Defferre du 23 juin 1956 et des décrets subséquents, voyaient leurs compétences fondamentalement transformées par rapport à celles qui étaient de rigueur depuis 1946. Cette mutation était telle, qu'inévitablement, les règles et pratiques de fonctionnement interne de ces assemblées, jusqu'alors de nature administrative, devaient être profondément transformées pour se rapprocher de celles en vigueur dans des assemblées de caractère plus politique.
C'est ainsi, poursuit Alain Coret, que me fut présenté dans le bureau présidentiel l'un des candidats à une telle formation. Originaire de Guinée, il exerçait jusqu'alors des fonctions dans la magistrature d'outre-mer. Particulièrement ouvert, beaucoup plus jeune que ses "condisciples", il était appelé à assumer le secrétariat d'une assemblée de superposition, à l'échelle d'un groupe de territoires, puisqu'il s'agissait du Grand conseil de l'AOF. Il en tirait, incontestablement, une grande fierté. Le délai imparti pour sa formation était déjà exagérément bref, puisque de deux semaines seulement. Il fut réduit dans les faits en raison des multiples obligations de Diallo Telli dans la capitale. Toutefois, sa vive intelligence lui permettait une assimilation rapide des problèmes et compensait donc, dans une mesure notable, les incontestables inconvénients résultant des contraintes d'une insuffisance du temps disponible. Une intelligence intuitive, mais sélective aussi. Les règles et pratiques à connotation politique retenaient, préférentiellement, l'attention de Diallo Telli : nombre de dispositions du règlement intérieur par exemple, ou encore la conduite des séances. Il attachait, par contre, un assez faible intérêt à d'autres domaines du fonctionnement interne des assemblées qui, pour être de nature plus administrative, n'enêtent pas moins une grande importance : c'est ainsi qu'une visite au service des procès-verbaux ne parut pas le passionner particulièrement. En clair, il se voulait avant tout un politique.»

Telli accède officiellement aux fonctions de secrétaire général du Grand Conseil de l'Afrique occidentale française en avril 1957.
Pendant près de dix-huit mois, il va ainsi se familiariser avec la pratique d'une institution de type parlementaire, ce qui lui sera fort utile ultérieurement, en particulier aux Nations unies où une bonne connaissance des procédures et des règlements peut constituer un atout sérieux pour participer aux débats et les orienter. Telli va alors approfondir ses relations amicales avec tout ce que l'Afrique de l'Ouest compte de cadres intellectuels et administratifs et de leaders politiques. Plusieurs, parmi ces derniers, ont suivi le même itinéraire personnel que lui, profitant des bourses que le gouvernement français mettait à leur disposition pour se former en France, où il a déjà rencontré nombre d'entre eux ; mais certains sont déjà considérés comme de « grands anciens » :

Curieusement, bien qu'il soit officiellement secrétaire général du grand-conseil, Telli conserve encore son poste de chef de cabinet adjoint du haut-commissaire ; c'est d'ailleurs à ce titre qu'en juillet 1957, il est désigné par Michel Jobert, le directeur de cabinet, pour accompagner les invités du haut-commissariat aux manifestations du 14 juillet à Paris.

Il exerce ses nouvelles fonctions avec aisance, et les travaux du Grand Conseil se déroulent de manière très satisfaisante. Certains reprocheront pourtant à Telli d'avoir joué de son influence pour faire élire à la présidence du Grand Conseil, après Me Boissier-Palun à qui elle avait d'abord été dévolue, Gabriel d'Arboussier, dont l'appui aux thèses d'Houphouët-Boigny lors des discussions sur les institutions de 1958 s'avèrera capital et fera pencher la balance en faveur de l'émiettement des exécutifs, plutôt qu'en faveur d'un seul exécutif fédéral dans chacun des groupes de territoires, système qui avait notamment la préférence de Sékou Touré.

Ceux qui l'ont connu à cette époque de sa vie donnent des témoignages concordants sur Telli. E. de Nattes, qui fut directeur des affaires politiques au haut-commissariat de Dakar, nous dit ainsi : « C'était un homme simple, attentif, qui essayait vraiment de comprendre ce qu'il entendait et qui répondait calmement, intelligemment. Il n'extériorisait pas de sentiments particuliers mais créait naturellement une atmosphère de calme, de sérénité. Pourquoi donc cette haine persistante et progressive de Sékou Touré à l'égard de Diallo ? Je dis bien : cette haine progressive et je ne crois pas me tromper. Parce qu'ils étaient aux antipodes l'un de l'autre. Par tempérament et du fait de sa carrière, Diallo était internationalisé jusqu'au bout des ongles. Très calme, très posé, s'exprimant sans élever la voix, avec beaucoup de sérénité et d'intelligence, Diallo bénéficiait largement de ses expériences, de ses longs et divers contacts internationaux et de toutes les connaissances ainsi acquises. Autant il aurait pu aisément vivre et s'épanouir dans le sillage de Félix Houphouët-Boigny ou de Léopold Sédar Senghor, par exemple, autant c'était impossible au contact direct de Sékou Touré. Cet appel naturel pour la vie dans une dimension civilisée que Diallo portait en lui, le président guinéen l'entendait bien et en appréhendait par avance les effets 10. »

Écoutons aussi Guy de Valence, qui travailla avec Telli au haut-commissaire à la fin de cette époque:

« L'homme était assurément très sympathique, doué d'une grande vivacité d'esprit, chaleureux et même passionnément homme de dialogue ; j'étais aussi frappé par le souci de rigueur qu'il manifestait dans l'exercice de ses responsabilités professionnelles. Cette exigence morale, qui n'excluait pourtant jamais une certaine indulgence, lui valait quelques avanies dans le petit monde de politiciens où parfois des appétits subalternes se révélaient. Au moment de l'indépendance des États de l'Afrique de l'Ouest, la disparition d'Ouezzin Coulibaly lui parut dramatique dans la mesure où il considérait que l'intéressé eût été l'un des rares hommes politiques susceptibles d'empêcher la rupture avec Sékou Touré. Je crois que Diallo Telli appréciait également beaucoup la personnalité de Djibo Bakary dont il déplorait le choix au référendum de 1958 (&ellip;) Lorsque j'ai appris, bouleversé, le sort abominable qu'on lui avait réservé dans son propre pays, je me suis souvenu d'un mot qu'il avait souvent prononcé devant moi à cette époque, d'un mot qu'il semblait considérer comme l'un des objectifs, et peut-être un des plus importants qu'un responsable politique doive s'assigner de défendre : « Dignité, disait-il, la dignité de l'homme 11 ».

Diallo Telli suivra évidemment avec passion, en juriste et en politique, l'évolution qui, après le retour au pouvoir du général de Gaulle en France, en mai 1958, entraînera la fin de l'Union française, la disparition progressive des institutions de la loi-cadre et l'instauration, après le référendum du 28 septembre 1958, de la Communauté française pour celles des colonies françaises qui ont voté « oui », ou au contraire l'avènement de l'indépendance pour le seul territoire qui a voté « non », lequel n'est autre que son propre pays, la Guinée.
Compte tenu de ses compétences et de ses fonctions, Telli est évidemment consulté par ses amis du Rassemblement démocratique africain (RDA) quand il s'agit de débattre des avantages respectifs des formules fédératives ou confédératives dans les futures institutions africaines ou à propos de la position en faveur du « oui » ou du « non » au référendum. Rien n'indique qu'il prend alors position ouvertement pour l'une ou l'autre des thèses en présence. Déjà Africain convaincu, il peut souhaiter la plus large fédération possible, amorce d'une plus grande unité du continent, et surtout obstacle à la « balkanisation » de l'Afrique et à sa division en éléments trop réduits. Il a vécu l'expérience du Grand Conseil et a donc bien vu ce que tous les territoires ont en commun. Pourtant, s'il est vrai qu'il a joué un rôle dans l'élection de Gabriel d'Arboussier à la présidence du Grand Conseil, il a fait dans ce cas pencher la balance en faveur de la thèse de ceux qui, autour d'Houphouët-Boigny, ne souhaitent pas le maintien d'exécutifs fédéraux dans la future Communauté : le leader ivoirien a fait voter en mai 1958 par l'Assemblée territoriale et par le conseil de gouvernement de la Côte d'Ivoire une motion affirmant leur « volonté de rejeter absolument toute direction, assemblée ou exécutif à l'échelon de Dakar » ; et il est clair qu'il ne souhaite pas associer la déjà riche et prospère Côte d'Ivoire à un « regroupement de la misère et de la médiocrité » qu'Abidjan devra subventionner — à l'époque, 40 % des recettes d'exportation de l'AOF proviennent du cacao ivoirien - mais qui sera dirigé depuis Dakar » ! Ces idées vont directement à l'encontre de celles de Senghor, qui souhaite au contraire, et de manière bien explicable du point de vue sénégalais, favoriser le regroupement et l'installation d'exécutifs fédéraux à Brazzaville... et à Dakar. Ces mêmes idées vont également à l'encontre des souhaits unitaires de Sékou Touré, et de Nkrumah bien entendu. Par ailleurs, la formation française de Telli peut aussi lui faire préférer la formule de la Communauté française : c'est ce que laisse entendre Guy de Valence en soulignant, nous l'avons vu, qu'il déplore a priori le choix négatif de Djibo Bakary au référendum. Ce choix pourtant sera finalement aussi celui de Sékou Touré et de la Guinée presque unanime.

Est-il donc possible que, n'étant pas membre du Parti démocratique de Guinée (PDG), la formation nationaliste animée par Sékou Touré, et étant Peul de surcroît, donc originaire d'une région où le « oui » remportera plus de voix que dans n'importe quel autre territoire de Guinée, Telli ne souhaite pas alors la victoire du « non » qui va enflammer son pays et l'entraîner dans l'aventure de l'indépendance immédiate et de la rupture avec la France ? Homme de dialogue et de compréhension, il n'est certainement pas favorable à la dégradation, d'ailleurs imprévisible à ce moment-là, des relations avec l'ancienne métropole. Mais quelle position prend-il dans le fond de son cœur ? Nul, apparemment, ne le sait.

Il est d'ailleurs infiniment probable que Telli n'a pas pu déposer de bulletin dans l'urne au moment du référendum. Il est en effet inscrit sur les listes électorales au Sénégal et ne peut en conséquence voter ni en Guinée ni en France. Or, en juillet, août et septembre 1958, Diallo Telli et sa famille passent leurs vacances, comme ils en ont l'habitude depuis quelques années, à Megève, en HauteSavoie, dont le climat agréable et l'altitude moyenne conviennent bien à sa femme, qui continue à souffrir de problèmes pulmonaires et se trouve d'ailleurs à l'époque en congé de longue maladie, et à ses enfants, dont les vacances scolaires viennent de commencer. Cette année-là, la famille Telli occupe le chalet Beausoleil. Certes, vers la mi-août, Diallo Telli est rappelé d'urgence en Afrique, car il fait partie des personnalités officielles qui se doivent d'accueillir à Dakar le général de Gaulle : celui-ci, au cours de sa tournée africaine, s'arrêtera au Sénégal le 26 août, juste après la fameuse étape de Conakry, où commencera la rupture avec Sékou Touré, et avant de regagner la France via Alger. Mais tout de suite après ces manifestations officielles, Telli se hâte de rejoindre sa famille dans les Alpes françaises. Il passe donc à Megève pratiquement tout le mois de septembre et ne revient à Paris qu'à la veille du référendum du 28 septembre.
C'est donc dans la capitale française que Telli apprend les résultats du scrutin. Comment réagit-il au « non » de la Guinée ? Certains de ceux qui le connaissent bien récusent le récit que fait André Giresse, ancien président de la cour d'assises de Paris, mais aussi ancien de l'ENFOM qui devait servir jusqu'en 1955 dans la magistrature d'outre-mer en AOF, dans son livre Seule la vérité blesse 12 . Giresse raconte en effet : « J'entends encore Diallo Telli, ancien élève de l'École nationale de la France d'outre-mer comme moi, désemparé en apprenant que la Guinée se prononçait contre la France, en septembre 1958. « Qu'est-ce que je vais devenir ? » sanglotait-il sur le pont de la Concorde. Je suis tout de même français à part entière ! »

En fait, la décision de Telli, qui n'est en tout cas finalement pas celle d'un « Français à part entière », est bientôt prise. Nonobstant les conseils de quelques uns, qui pressentent les difficultés et la crise, il se met très rapidement, dans les tous premiers jours d'octobre, à la disposition de Sékou Touré et de la jeune République guinéenne, qui a besoin de tous ses fils. Pour le compte de Sékou Touré, il effectue pendant ce mois d'octobre des missions à travers l'AOF afin de rétablir le contact entre les leaders guinéens et africains, en particulier ceux que les conséquences du « non » de Conakry déconcertent. C'est ainsi qu'il se rend au Sénégal, où il a d'ailleurs encore son logement et ses effets personnels, et au Soudan, le futur Mali, où il a de nombreux entretiens avec les responsables locaux et dans les milieux de l'Union des populations sénégalaises (UPS), notamment avec Gabriel d'Arboussier, qui peut servir de médiateur entre Sékou Touré et Houphouët-Boigny. Il rencontre également David Soumah, président de la Confédération africaine des travailleurs chrétiens, en vue d'un retour de ce dernier en Guinée, conformément au souhait de Sékou Touré. Il va en France, y voit également des amis et des responsables politiques qui s'intéressent à l'Afrique, prêche pour la compréhension de la décision guinéenne et s'affirme convaincu d'une prochaine normalisation des relations entre la Guinée et la France.

Le 24 octobre 1958, Telli envoie finalement au ministre de la France d'outre-mer, qu'il connaît bien puisqu'il s'agit désormais de Bernard Cornut-Gentille, une lettre où il écrit notamment :

« J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que des raisons de haute conscience morale que vous comprendrez aisément, j'en suis sûr, m'ont amené à me mettre au service de la Guinée, mon pays natal ( ... ). En ce qui concerne mon statut, je pense qu'il y aurait intérêt à me placer en position de disponibilité sans solde en attendant un règlement d'ensemble par conventions entre la République française et l'Etat de Guinée. »

Au reçu de cette lettre, les services judiciaires du ministère de la France d'outre-mer, rue Oudinot, préparent le texte du décret qui doit être soumis à la signature du général de Gaulle, encore pour quelques jours président du Conseil, de Michel Debré, ministre de la Justice, et de Bernard Cornut-Gentille, ministre de la France d'outre-mer. L'article premier du projet stipule que « M. Diallo Telli, magistrat du 4e grade, premier échelon, substitut du procureur de la République près le tribunal de 1re classe de Dakar, est placé sur sa demande en position de disponibilité pour une période d'un an ». Chose tout à fait surprenante, ce décret ne sera pourtant jamais publié, et il semble même qu'il n'ait jamais été signé par le général de Gaulle. En effet, le texte en est prêt le 26 décembre 1958, lendemain de Noël ; l'adjoint du chef des services judiciaires, l'avocat général René Journiac 13, envoie ce projet à la signature du ministre sous le numéro d'ordre 2569 ; Bernard Cornut-Gentille le signe le 30 décembre, ainsi que le prouve le visa apposé ce jour-là par Charles-Henri Bonfils, qui a quitté le poste de gouverneur de la Guinée pour entrer au cabinet du ministre. Et ensuite, on perd toute trace de cet important document administratif ! Pourquoi ce décret n'est-il jamais paru ? Qui a donné à la dernière minute l'ordre de ne pas le publier ? Et pour quelle raison ?

Faute de pouvoir consulter dans sa totalité le dossier administratif de Diallo Telli, on en est réduit aux conjectures. Simple négligence ou erreur d'aiguillage à la veille du départ du général de Gaulle, qui devient président de la République au début de janvier 1959 ? Ou alors raison politique, le gouvernement ne voulant pas donner trop de publicité au fait que l'un des plus éminents Africains sortis des écoles françaises a choisi de quitter l'administration pour regagner son pays — même si tous les camarades de Telli sont bien entendu informés de la situation ? Raison administrative, pour préserver le droit de l'intéressé à retourner à tout moment dans son administration d'origine ? Raison budgétaire, pour permettre à Telli de continuer à toucher un traitement ou à cotiser pour la retraite ? Peu probable, étant donné les réglementations très strictes qui n'autorisent normalement aucune administration française régulière à continuer à prendre en charge un fonctionnaire qui est effectivement en disponibilité ; mais en serait-il de même si ledit fonctionnaire continuait à émarger à des fonds secrets ? Hypothèse plausible, mais très improbable lorsque l'on connaît la personnalité de Diallo Telli.

En tout cas, avec ce décret, publié ou non, les liens officiels entre Telli et l'administration française sont rompus pour un an. Toutefois, aucune trace ne peut être trouvée non plus, un an plus tard, d'un autre texte officiel qui prolongerait la mise en disponibilité !

Notes
1. Ce décret est notamment signé de Joseph Laniel, président du Conseil des ministres.
2. Peu au fait des pratiques africaines, les documents administratifs français mentionnent le plus souvent la seule appellation de « Diallo Telli ».
3. La loi-cadre Defferre votée en juin 1956 avait pour objet de préparer les pays africains à la gestion de leurs propres affaires.
4. Lettre à l'auteur, 19 septembre 85.
5. Mémoires d'avenir, Grasset, 1975.
6. Par trente-six chemins, Albin Michel.
7. Lettre à l'auteur, 24 février 1985.
8. Lettre à l'auteur, 29 août 1985.
9. L'Union française créée par la Constitution de 1946 est la nouvelle forme politique et juridique de l'ancien empire colonial français.
10. Lettre à l'auteur, 2 février 1986.
11. Lettre à l'auteur, 20 août 1987.
12. Seule la vérité blesse, Plon, 1987.
13. Dans une lettre du 13 juin 1988 à l'auteur, André Giresse confirme cependant son témoignage : « J'ai rencontré Diallo Telli peu après la sécession de la Guinée sur le pont de la Concorde ( ... ). Il était effondré et se considérait comme Français à part entière, prévoyant un avenir sombre pour son pays. Il ne s'était pas trompé. ( ... )
14. Qui travaillera par la suite aux côtés de Jacques Foccart avant que Valéry Giscard d'Estaing ne le nomme conseiller pour les affaires africaines.


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