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Camp Boiro Memorial — Victimes


Charles Diané
La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir

Collection Afrique contemporaine dirigée par I. Baba Kaké.
Editions Chaka. Paris. 1971. 190 p.


            

Introduction

Après l'ébauche de ce livre, j'ai demandé à quelques amis à Paris, Dakar, Abidjan, Douala, Libreville et Brazzaville, une ou deux pages de souvenir de militant de la FE.A.N.F. J'ai reçu les réponses les plus diverses qui auraient pu émailler avantageusement ce témoignage, l'authentifier d'avantage et, peut-être, le rendre moins austère.
Nous sommes malheureusement limités dans le temps et dans l'espace. Le témoignage de Rahandi Eloi Chambiler m'a paru particulièrement caractéristique et résumer suffisamment l'essentiel pour servir d'introduction à l'ensemble.

Le voici :

LA FEANF, Creuset de l'unité africaine

La Fédération des Etudiants d'Afrique Noire en France (FEANF), pour les adolescents que nous étions, représentait d'abord un cadre familial ; l'espace idéal où des jeunes gens des deux sexes, venus de divers horizons du Continent africain, se sont retrouvés en terre étrangère.
Nous ne nous connaissions pas mais, très rapidement, se sont tissés des liens d'amitié et de fraternité indissolubles à ce jour.
Aussi, est-ce avec un égal plaisir qu'à Dakar, Abidjan, Lomé ou Bamako par exemple, un Gabonais, un Congolais ou un Camerounais est heureux de rencontrer de vieux copains de la FEANF qu'on retrouve disséminés dans tous les secteurs de la vie administrative, économique et culturelle de nos Etats. C'est toujours l'occasion de se réjouir et d'évoquer de vieux souvenirs.
La période que nous avons vécue à la FEANF est celle de notre jeunesse, cet état qui se caractérise par l'enthousiasme, la spontanéité et l'absence de préjugés. Nous ne faisions aucune différence entre nous ou nos origines. Nous nous reconnaissions des frères et sœurs engagés dans le même combat.
La FEANF a aussi constitué le point de départ de l'unité organique des jeunes Africains dont elle fut le ciment.
Ensuite, je voudrais souligner le rôle fondamental d'Ecole qu'était la Fédération. Une école où on apprenait à vivre, à penser, à agir en commun, une école surtout où nous fîmes nos premières classes politiques. C'est au sein de la FEANF que les Etudiants africains ont pris conscience du fait national africain et des méfaits du colonialisme. Par l'analyse et la pratique des luttes syndicales, ils se sont forgés cet idéal de liberté, de fraternité et de solidarité qui anime toujours la plupart d'entre nous.
Dans ce cadre bouillonnant d'idées et d'initiatives, certains d'entre nous ont surpris leurs camarades par leure maturité précoce, leur finesse d'esprit et d'analyse, la profondeur de leur prise de conscience et de leur engagement au service de l'Afrique et de la défense de ses Valeurs. Ainsi et tout naturellement les avons-nous reconnus comme des entraîneurs d'hommes, des leaders.
Je pense en particulier à notre regretté C. Ossende Afana qui, malgré ses propres difficultés, est parti de Toulouse où il était en Faculté de Sciences économiques, en 1958, pour me réconforter lorsqu'il apprit que ma bourse avait été supprimée. Externe des Hôpitaux de Paris, j'étais déjà marié et père de deux enfants. C'était en plein hiver. Il apportait un pull-over en cadeau à mon épouse. Je m'en souviendrai toujours, c'était un pull rouge.
Devenus très tôt nos familiers, ces jeunes leaders ont permis l'initiation et la formation de leurs camarades. Des écrits des grands philosophes et penseurs dont les idées sont à l'origirw des bouleversements socio-politiques du monde moderne et dans lesquels ils puisaient leur inspiration et leurs analyses. Ils nous ont guidé dans notre itinéraire pour faire des citoyens africains intellectuellement et politiquement formés.
C'est à la FEANF que je dois le meilleur de moi-même. Elle m'a façonné et fait de moi l'Africain que je suis fier d'être. On ne peut pas porter témoignage sur une telle organisation sans évoquer un temps fort de sa vie. Ce temps fort, pour moi, se situe en 1957, au cours du 8e Congrès dont le Bureau était composé d'Ossende Afana, de Noé Kutuklui et de moi-même. C'est au cours de ce 8e Congrès que les Etudiants Africains votèrent le principe de l'Indépendance de l'Afrique. La ferveur et la radicalisation des Congressistes étaient impressionnantes. Les garçons et les filles débordaient d'enthousiasme et restaient confiants en leur peuple dont ils étaient assurés de la victoire finale. Ainsi, malgré les conseils de modération de nos Aînés et des Parlementaires Africains de l'époque, rien n'y fit et c'est tous debout, dans une salle des Sociétés Savantes surchauffée, malgré les rigueurs de cet hiver-là, que fut votée, par acclamation, la motion finale du Congrès qui consacrait la rupture avec le colonialisme. Je voudrais enfin rendre hommage, pour terminer, à la mémoire de nos camarades, aussi bien ceux qui ne sont plus, morts au maquis dans les combats les armes à la main, comme ceux qui pourrissent toujours dans les geôles et les culs-de-basse fosse de quelques dictateurs au petit pied. Je sais que, comme nous, jamais ils n'ont perdu l'espoir qu'un jour, se réalisera le Grand Idéal de la FEANF, celui de l'Unité de l'Afrique.

Dr. Marcel-Eloi Chambrier Rahandi

Ancien président de l'Association Générale des Etudiants Gabonais
Ancien membre du C.E. de la F.E.A.N.F.