Collection Afrique contemporaine dirigée par I. Baba Kaké.
Editions Chaka. Paris. 1971. 190 p.
C'est entre 1950 et 1960 que sont écrites les plus belles pages de l'histoire du mouvement des étudiants d'Afrique Noire.
Les « années cinquante », c'est en effet la période la plus importante et la plus fascinante de cette histoire ; de l'histoire de l'Afrique qui connaît une accélération sans précédent avec les conséquences les plus notables sur l'évolution générale de nos pays. La lutte pour l'indépendance connaît une flambée décisive. C'est le temps de l'espoir, des grandes espérances. Du nord au sud du continent, des possessions britanniques a celles françaises ou italiennes, la levée des boucliers est générale entre 1950 et 1960 ; la plupart des pays perçoivent clairement comme objectif essentiel à la lutte, la liberté.
Mais et comme pour préparer ces années de nombreux faits historiques marquent l'évolution des pays africains. En 1935, les Noirs connaissent un premier et violent défi: l'attaque brutale de l'Ethiopie, alors l'Abyssinie, par les armées italiennes fascistes avec l'assentiment tacite des puissances coloniales. Pour la première fois, les Noirs se sentent directement concernés. L'Ethiopie et le Libéria sont en effet les deux pays à avoir conservé leur souveraineté pendant la faste période d'occupation de l'Afrique par les puissances impérialistes. Aussi l'invasion de l'Ethiopie est-elle considérée comme une menace sur la lueur d'espoir naissante. La défaite de l'Ethiopie est un appel à l'action pour les Africains du inonde entier. Au point que, pour certains, l'année 1935 est considérée comme une date marquant véritablement le début de la période nationaliste moderne de l'histoire de l'Afrique sous occupation britannique. L'Afrique sous domination de la France sera plus longue à réagir.
Le début de la lutte pour lindépendance est le résultat de la colère, de l'indignation, de lémotion et des sentiments puissamment anti-impérialistes soulevés par les exactions perpétrées dans les colonies. Tandis qu'avec l'extension progressive de l'instruction naît l'espoir, survient la deuxième guerre mondiale. Elle dure sept longues années avec d'énormes sacrifices consentis par les Africains de tous bords ; par ceux qui sont embarqués pour aller se battre sur les fronts européens comme ceux qui sont restés sur place pour contribuer à l'effort de guerre des nations colonisatrices.
En 1945, avec le retour de la paix, les conditions historiques, politiques, économiques et même culturelles sont réunies pour qu'éclatent un,peu partout les gerbes des luttes et parfois des guerres pour l'indépendance. Ainsi, c'est un conflit qui ne les concerne aucunement qui apporte aux Africains la vision extérieure véritable de leur pays et leur fait prendre conscience de leur état d'asservissement.
Quelques dates marquent cette période agitée. En 1941, Winston Churchill, Premier ministre de Grande Bretagne et Franklin Roosevelt, Président des U.S.A. signent la Charte de l'Atlantique 1 qui promet, la guerre terminée, que seraient respectés les droits de tous les peuples à choisir librement leur mode de gouvernement. En 1945, c'est le Général de Gaulle et les promesses d'élargissement des droits constitutionnels des Africains sous domination française 2. En 1946, les premiers élus, venus des, colonies françaises, découvrent les couloirs du Palais Bourbon et les tribulations de néophytes à l'Assemblée Nationale 3.
C'est que la guerre finissante porte un rude coup à la notion même de supériorité omniprésente de l'homme blanc. Il n'est plus une sorte de dieu. Descendu de son piedestal par les péripéties de cette guerre avilissante et totale, il devient semblable à l'homme noir avec ses faiblesses et ses craintes.
La guerre nous apprend aussi le langage politique nécessaire pour provoquer la prise de conscience de plus larges couches des populations. Les idées nouvelles, l'expansion des villes coloniales, la mobilité des dirigeants et l'action balbutiante des médias permettent une audience populaire. La lutte pour l'indépendance gagne la rue après les officines et les arrières-boutiques. L'enseignement commence à créer une influence libératrice, accrue surtout au niveau des jeunes africains en formation dans quelques centres d'enseignement supérieur en Afrique comme Achimota College au Gold coast et en Europe même.
En 1947, les britanniques partent des Indes ; Kwame Nkrumah en Gold Coast remporte une large victoire aux élections de 1951 et devient le premier leader africain passant de la condition de prisonnier politique à celle de chef de gouvernement, son action fut-elle limitée aux affaires intérieures de ce territoire.
En mars 1957, la Gold Coast devient la première colonie indépendante 4 au sud du Sahara sous le nom de Ghana grâce à une évolution fulgurante des idées et de la puissance colonisatrice ; la Grande Bretagne est contrainte de jouer le jeu des élections, même surveillées et contrôlées par son administration.
L'indépendance du Ghana est à l'ouest l'un des grands moments de l'histoire de l'Afrique nouvelle. Parce qu'il obtient l'indépendance, Nkrumah enflamme les imaginations et soulève les espérances du monde noir en Afrique et au-delà. Il s'écrie, les larmes aux yeux, le 7 mars 1957, jour de l'indépendance du Ghana, devant les foules africaines émues et le monde perplexe :
« Enfin cette longue bataille est terminée. Notrepays bien aimé est libre à jamais. A partir d'aujourd'hui une nouvelle Afrique est née dans le monde ; une Afriqueprête à lutter et à montrer que l'homme noir sait conduire ses propres affaires. Nous aiderons d autres pays dAfrique à s'émanciper. Notre indépendance n'a pas de sens si elle n'est pas liée à la totale libération du continent africain ».
Ce cri demeure le leitmotiv du nationalisme africain plus particulièrement celui des étudiants. Mais la vision de Nkrumah est au-delà du nationalisme. Pour lui,
l'indépendance du Ghana est le prélude à la réalisation de l'unité et de la liberté de tout le continent. Cette conception de l'unité africaine en plus de la nécessité de libérer leurs pays sont le soubassement de l'engagement des étudiants africains. Nkrumah a appris et a mûri à Achimota College, à Accra, dans les cercles londoniens de la WASU, la West African Student Union dont il est l'un des fondateurs et par laquelle il prend une conscience aiguë de ses responsabilités, lui et d'autres ailleurs en Afrique. Nkrumah est un aîné, un précurseur et une sorte de miroir pour la nouvelle classe des intellectuels engagés.
Des actions plus ou moins violentes du nationalisme mènent également à l'indépendance. En 1952, l'état d'urgence est proclamée au Kenya. Jomo Kenyata est arrêté avec 200 autres personnes. 100.000 Africains sont déportés. Mais près de 200.000 autres prennent les armes. 9.000 africains meurent contre seulement 50 européens dans la guerre de «l'armée de la patrie et de la liberté» contre les colons quî baptisent ces soldats aux mains nues du terme méprisant de « Mau mau », de « sauvages assassins voués à la folie du meurtre et perdus dans le gouffre des superstitions ». Avant d'anéantir leur mouvement dans la violence et le sang.
L'Action des « Mau-mau » permet cependant de gagner la bataille politique, la terre, la liberté et l'instruction. Malgré la défaite, l'avenir du colon est fermé au Kenya. Jomo Kenyata, « le guide des ténèbres et de la mort » est libéré et devient le président du pays.
Au Tanganyika, Julius Nyéréré guide son pays vers l'indépendance sans lutte armée. Le Tanganyika uni à Zanzibar devient la Tanzanie. Il en est ainsi de l'Ougan,da, de la Zambie, du Malawi et de la grande fédération du Nigéria, avec d'autres nationalistes formés à la dure école des universités britanniques et du militantisme étudiant.
Pour les colonies françaises, en 1946, l'Union Française est créée pour freiner le mouvement pour l'indépendance, après de nombreuses tribulations constitutionnelles, de tiraillements et des concessions dictées par le sacrifice des Africains sur les champs de bataille d'Europe. En Algérie et au Vietnam la lutte pour l'indépendance prend un cours tragique. La France est face à des guerres d'un nouveau genre.
Les «années cinquante» c'est aussi l'organisation de l'Afrique Noire pour la résistance politique à défaut de la lutte armée. Le colonisateur européen est aux prises avec le soulèvement des peuples en Asie, en Birmanie, aux Indes, en Malaisie et en Irak contre les Anglais. L'Indonésie se libère de la domination hollandaise en 1954.
Ces mouvements alimentent leur nationalisme et vont de pair avec la définition de leurs exigences par les intellectuels africains, de leur intransigeance et de la définition de lignes idéologiques rigoureuses et de programmes cohérents de libération. Yves Benot note que la pensée africaine s'organise autour de quelques grands thèmes : l'unité, l'indépendance et aussi le socialisme auxquels elle rattache le problème du développement, celui de la démocratie et celui de la culture. Tous ces thémes sont développés par les étudiants africains dans des revues et dans des journaux qui ne manquent pas d'écho en Afrique.
Après Anglais et Français en Afrique Noire, Portugais et Belges sont confrontés aux mêmes problèmes dans leurs possessions présentées jusque-là comme des modèles d'assimilation.
Au Congo, le soulèvement général aboutit au remplacement du colonialisme belge par un colonialisme international. L'arrestation et l'assassinat de Patrice Lumumba au Katanga, parce qu'il menaçait les intérêts des colons signent l'échec et un revers humiliant pour les Nations Unies. C'est aussi un désastre pour les puissances impérialistes. La guerre du Congo révèle leur incapacité de résoudre pacifiquement le dilemne de la colonisation, partir tout en se maintenant.
C'est aussi une remise en cause par les ennemis de l'Afrique qui s'en servent pour relancer leur campagne de dénigrement 5. Le Congo est surtout une grande déception pour Nkrumah et les panafricanistes. Mais l'idée d'unité demeure. L'O.U.A. est créée en 1963 par 32 pays qui trouvent un dénominateur commun. Si la création de l'O.U.A. est un moyen d'unification, elle est un compromis entre deux extrêmes.
D'un côté, il y a Nkrumah avec sa vision d'un gouvernement unifié continental ; de l'autre s'organisent ceux qui prônent une approche plus modérée sinon plus réaliste de cette unité.
Devant ces accrocs de départ, Nkrumah, là encore, prédit :
« Les raisons de nos difficultés vont s'accroître, les difficultés elles-mêmes deviendront chroniques. Alors, il sera trop tard; même pour l'unité panafricaine, pour assurer la stabilité et la tranquillitépour un continent dejustice sociale et de bien-être matériel ».
Telles sont « les années cinquante ». Elles provoquent avec l'émancipation de nos peuples et leur marche accélérée vers l'indépendance, un développement de mouvements syndicaux étudiants puissants en Afrique et surtout dans les pays d'Europe où se constituent de fortes unions décidées à jouer pleinement leur rôle d'avant-garde dans cette lutte pour la liberté et l'unité. Deux leitmotive, deux idées maîtresses dont elles ne se départiront jamais. En Afrique même, ce n'est pas toujours facile, face à un pouvoir omniprésent, intolérent et tout puissant. Alioune Diop vient de créer la Revue « Présence Africaine » avec un comité de rédaction où l'on révèle les noms de quelques pionniers : Bernard Dadié, Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Sadji, Albert Franklin et d'autres encore. Dans l'éditorial du numéro spécial de cette revue intitulé « Les Etudiants Noirs parlent » Alioune Diop écrit :
« Ces futurs dirigeants du Monde Noir ne sont pas en Europe seulement pour apprendre un métier et aller l'exercer dans le cadre d'institutions déjà installées et rodées. Ils n'ont pas mission de relever une génération de médecins, d avocats, d'ingénieurs nous atteints par la limite d'âge… Enfait il serait à peine exagéré de dire que l'Europe ne les intéressepas encore… L'amour du pays natal est plus profond. Et ce souci de sauvegarder la dignité africaine plus poignant ». 6
De nombreux écrits et analyses dont certains d'une très haute portée politique marquent cette période. Ils sont écrits par des précurseurs de l'action syndicale étudiante africaine. Ils inspirent tous les dirigeants et militants des organisations estudiantines naissantes en Afrique même et en Europe.
Aussi dans le numéro précité de Présence Africaine, quelques textes caractérisent la prise de conscience des étudiants pour le rôle qu'ils doivent jouer et qu'ils sont décidés à jouer. Nous en citerons quelques extraits :
« Les colonialistes ont œuvré par tous les moyens pour rendre passif et résigné notre peuple et pour étouffer son sens revendicatif.
L'un des rôles de notre élite sera d'éveiller, de maintenir et de développer le sens révolutionnaire de l'homme africain. Devant la prise de con-science anti-impérialiste qui secoue tout le continent africain la tentative seprécise de dissocier l'élite de la masse, de la maintenir anonyme, soumise et disciplinée, de la « payer grassement » au besoin pour enfaire la servante zélée du régime colonial. Tout Africain conscient doit s'opposer à un tel avilissement ».
Fall Kader, sénégalais, sur le rôle de l'élite africaine
Parlant de l'étudiant africain face à la culture latine le guinéo-gabonais Raymond Tchidimbo écrit :
« Ainsi l'étudiant africain, s'il veut demeurer en liaison avec l'arrière de sa race, devra toujours être sur la brèche : sa vie sera uneperpétuelle remise en question. Puisque l'Afrique a accepté le dialogue avec l'Europe, elle se doit à elle-même de la mener jusqu au bout; c est là son drame, ni blancs, ni jaunes, ni noirs, incapables de revenir entièrement à leurs traditions d'origine ou de s'assimiler à lEurope, les étudiants africains de notre époque ont le sentiment de constituer une race nouvelle. Il est donc à souhaiter que tous les étudiants africains actuels prennent conscience de leur mission depionniers et se mettent sans trop de retard au travail ».
Joseph Ki Zerbo (1922–2006) de Haute Volta (devenu Burkina Faso), témoigne ainsi en étudiant catholique qu'il est :
« Ainsi la Résistance trouve les catholiques aux côtés de leurs camarades non croyants, la luttepour la libération des classes laborieuses aussi. L'étudiant catholique africain conscient de ses vérités ne se contentera pas de conserver safoi. R sentira monter en lui, étant donné sa position privilégiéepar rapport à ses frères, comme l'expérience d'une vocation : il sera un militant. »
Le togolais Albert Franklin, un des fondateurs de la F.E.A.N.F. et ancien Président, dénonce le paternalisme et déclare :
« C est dire que le syndicalisme authentique exige que les étudiants africains, aujourd'hui en France, travaillent non seulement à améliorer leurs conditions de vie, mais aussi à la disparition de leur privilège enfaisant triompher le droit dujeune africain à l'instruction dans lapleine mesure de ses possibilités intellectuelles. Cela signifie qu'il faut mettre en lumière les raisons profondes de la situation actuelle. Il va sans dire que nous ne saurions remplir ce devoir enfermant les yeux et en bouchant les oreilles, devant les luttes et nombreuses souffrances des militants qui, dans nos contrées lointaines, donnent le meilleur d'eux-mêmes pour que naisse une Afrique digne, libérée du colonialisme. C'est de la politique nous crie-t-on. Il est curieux et amusant de voir certains hommes, qui vivent de cette politique, nous signifier que la politique est tabou ».
Il définit en une phrase le syndicalisme étudiant :
« Ainsi, nous considérons que le syndicalisme étudiant authentique et c est ce qu'ilfaut rechercherpour la F.E.A.N.F ne saurait être conçu au-dessus du syndicalisme de base des masses déshéritées mais doit s'inscrire dans la défense de l'intérêt collectif ».
Le sénégalais Abdoulaye Wade s'interroge sur “l'Afrique Noire et l'Union Française”. Il en arrive au rôle des étudiants africains face au nationalisme :
“Aujourd'hui, la grande majorité des étudiants africains est convaincue de la nécessité de combattre le colonialisme sous toutes ses formes. L'immédiat objectif doit donc être la libération de l'homme, du Nègre africain, du colonisé et c est là le but du nationalisme. Le nationalisme, il ne faut pas s'y tromper, consiste pour nous à revaloriser et affumer les valeurs nègres, résultats de notre développement objectif, à brûler les étapes par une évolution accélérée, à liquider les créations arfficielles de la colonisation, la colonisation elle-même.”
C'est le sénégalais Majhmout Diop qui définit ainsi “l'unique issue” dans un article retentissant et presque historique. Ses idées sonnaient évidemment faux dans le concert hésitant et timoré des dirigeants de la politique africaine :
« L'indispensable indépendance. L'assimilation est une impasse. Elle ne résoud rien. De plus c'est un crime contre 1 humanité. R ne reste donc plus auxpeuples colonisés qu'à lutter pour leur indépendance. Cette indépendance doit être notre objectif numéro 1. Et, elle nepeut se réaliser que si toutes les forces africaines mobilisées s'y emploient. Cette mobilisation générale elle-même n éstpossible que dans le cadre d'un large mouvement d'union à l'échelle de lAfrique Noire. Cette union n'exclut que ceux qui pensent que l'esclavage doit durer éternellement, et qu'il vaut mieux servir fidèlement les maîtres étrangers en se contentant de leurs reliefs de récompensés ; ou encore, ceux qui se complaisent dam des rêves idéalisés d àssimilation intégrale ».
Ainsi en est-il des idées qui, en Europe et particulièrement en France, soutiennent l'action des étudiants, initient leur solidarité et leur nécessaire union.
A. Wade écrit :
« Dahoméens, Ivoiriens, Sénégalais, Camerounais, tous se rendirent bientôt compte qu'au-delà de la diversité des langues, des coutumes une même volonté de s'instruire, de se cultiver, de servir l'Afrique les unissait. Ce sentiment de solidarité ne tarda pas à se concrétiser par la création à Paris d'une association générale des Etudiants Africains ».
Voici que naît la F.E.A.N.F. et qui marque de son empreinte le mouvement d'émancipation de nos peuples en élaborant de solides axes de pensée, en définissant de multiples sé ries d'actions et en devenant le creuset du nationalisme étudiant dont elle crée le véritable support idéologique.
Dans le journal de la F.E.A.N.F. L'Etudiant d'Afrique Noire, de janvier 1960, à la fin de ces tumultueuses années cinquante, Diallo Moustapha, Président de la F.E.A.N.F. écrit en conclusions d'un éditorial intitulé “Afrique 1960”.
« Etudiant africain, le triomphe de la lutte pour la liberté ne fait pas de doute; aux côtés de tous les patriotes, tu en hâteras l'àvénement ! Avec les patriotes, avec ton peuple, tu feras de l'année nouvelle, l'année des victoires décisives de la lutte anti-impérialiste. Et ton peuple et toi-même saurez demeurer vigilants pour que la victoire s'affirme nette et éclatante. Une victoire qui libère un élan extraordinaire d enthousiasme et un trésor inépuisable de volonté qu'appellent les tâches de l'édification de la nation africaine ».
Ainsi en est-il de l'éveil de la conscience des élites africaines face au mouvement qui secoue l'Afrique pour sa liberté en ces années qui voient les affrontements de tous les nationalismes avec la domination étrangère et les guerres coloniales embraser les empires constitués par les possessions des puissances européennes en Afrique.
Parmi ces élites, les étudiants joueront leur rôle, un rôle d'avant-garde.
Notes
1. Réunion du 10 au 14 Août 1941 à Newfoundland (Canada), la première de neuf sommets entre les deux hommes d'Etat durant la 2e guerre mondiale. La rencontre adopta la Charte Atlantique, portant sur les but de la guerre et la vison du futur. Le document se prononça notamment en faveur de l'auto-détermination, de la fin du colonialisme, de la liberté de navigation maritime, et de l'amélioration des conditions de vie et de travail de tous les peuples. Nombre de ces idées reprenaient des propositions rejetées par le Traité de Versailles du 28 juin 1919, qui établit la paix entre l'Allemagne et les Alliés de la Première Guerre mondiale, et créa la Société des Nations, prédécesseur de l'ONU.
Ce rappel souligne la complexité et l'universalité de l'anti-colonialisme. Un article examine ce point dans Recherches Africaines (à paraître prochainement sur webGuinée). A cet égard, l'ouvrage de Dr. Diané omet toute référence aux alliés européens de la F.E.A.N.F. et traite seulement des activités des étudiants africains. [Tierno Siradiou Bah]
2. Auparavant il y avait eu la conférence de Brazzaville (30 janvier - 8 février 1944) qui aborda le futur des colonies françaises. Organisée grâce à l'appui de Félix Eboué, governor de l'Afrique équatoriale française, elle fut présidée par René Pleven, ministre des colonies. Général Charles de Gaulle lut le discours d'ouverture. La conference déclara qu'une l'éventualité de gouvernments autonomes africaines était impensable. Mais elle se prononça en faveur de l'octroi aux colonies d'une plus grande liberté economique et sociale, avec une plus grande participation des populations indigènes à la gestion des affaires publiques dans leurs pays. [Tierno Siradiou Bah]
3. En octobre 1946 le Rassemblement démocratique africain (RDA) fut créé à Bamako. Réflétant les idées de la Charte de l'Atlantique et la sensibilité des élites coloniales africaines, ce mouvement politique fut par Félix Houphouët-Boigny. Délégué de l'Union Mandingue et âgé de 26 ans, Sékou Touré, prit part à la conférence. [Tierno Siradiou Bah]
4. Proclamé indépendant le 6 mars 1957, le Ghana ne devint une république qu'à la suite du plebiscite du 1er Juillet 1960, c'est-à-dire deux ans après la république de Guinée. Jusqu'à cette date, Reine Elisabeth II, tête de la Couronne britannique et du Commonwealth, était chef de l'Etat et souverain du Ghana, et Nkrumah en était le Premier ministre. [Tierno Siradiou Bah]
5. Ces ennemis eurent partiellement le dessus en 1960 avec la complicité d'Africains comme Moise Tschombé, premier ministre de la province sécessioniste du Katanga. La guerre civile qui ravage le Congo depuis 1990 verse de l'eau au moulin des maîtres et détracteurs du continent. Quant à Tschombé, il paya le prix de sa trahison car la chasse aérienne algérienne intercepta son jet privé au dessus de la Méditerranée, sur le trajet Espagne-Congo. Il mourut en résidence forcée en Algérie en 1969. [Tierno S. Bah]
6. Les Etudiants Noirs Parlent. Présence Africaine, n° 14
[ Home | Victimes | Perpétrateurs | Bibliothèque | Recherche | BlogGuinée ]
Contact :info@campboiro.org
webGuinée, Camp Boiro Memorial, webAfriqa © 1997-2011 Afriq Access & Tierno S. Bah. All rights reserved.