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Opposition à la dictature du Parti Démocratique de Guinée


Dr. Thierno Bah
Mon combat pour la Guinée

Editions Khartala. Paris. 1996. 440 p.


Confédération nationale des travailleurs
Bureau directeur
Syndicat national des enseignants de Guinée
Mémoire sur le statut des enseignants de Guinée — 1961


Le statut particulier des enseignants promulgué par le décret n° 368/PRG du 30 septembre 1961 a fait l'objet, dans quelques cercles, heureusement fort restreints, d'appréciations qui tendent à accréditer un certain courant d'opinion.

Le présent mémoire a pour objet plus de préciser la position du Syndicat national des enseignants de Guinée en face d'un problème qui déborde largement le cadre d'un statut que de chercher à réfuter des arguments, encore moins d'engager une polémique avec qui que ce soit.

En effet, dans un rapport daté du 13 octobre 1961, nous précisons qu'à notre sens :

« … Le statut particulier des enseignants avait pour but fondamental de servir efficacement la révolution populaire guinéenne. De fait, pourtant, poursuivons-nous, il s'agit de l'utilisation extensive de l'école pour l'avènement d'une société nouvelle que le peuple guinéen est en train de construire sous l'égide de son parti ».

Plus loin nous ajoutons :

« … C'est donc dire qu'il s'agit bien d'un problème national débordant singulièrement le cadre étroit de revendications corporatives ».

Ainsi le problème posé est loin d'être, pour nous, une question d'algèbre se soldant par des équations positives ou négatives. Nos luttes passées, présentes et futures se placent dans les perspectives bien plus élevées d'un idéal. Et cet idéal que nous voulons révolutionnaire et qui anime tous les enseignants progressistes du monde, idéal de liberté, de justice, de progrès, de démocratie et de bien-être pour tous, nous pensons qu'il ne saurait s'épanouir que dans une humanité expurgée des fléaux que constituent l'ignorance et l'obscurantisme.

Personne ne peut nier que la diffusion rapide de la culture scientifique moderne ne soit une condition nécessaire pour que les peuples, maintenus jusqu'ici dans un état de sous-développement, puissent rattraper ce retard historique. Personne ne peut nier que l'épanouissement de la démocratie exige que l'instruction soit accessible à l'ensemble du peuple. C'est ce que José Marti, héros de l'indépendance cubaine, exprimait magnifiquement en ces termes :

« C'est dans le peuple même que se situe la grande révolution : savoir lire, c'est savoir marcher. Savoir écrire, c'est savoir s'élever. Les humbles livres de l'école donnent à l'homme des pieds, des bras et des ailes ».

Il est donc inutile d'insister sur l'importance nationale du développement de l'éducation dans la phase actuelle de notre histoire. Tout le monde est d'accord là-dessus.

Mais cet accord de principe implique des conséquences que l'on n'a pas le droit d'éluder. Car si l'on admet que l'enseignement est un des besoins prioritaires dans le cadre de la révolution guinéenne, le corollaire est qu'il soit fait aux enseignants une situation qui les mette à même d'accomplir avec le maximum d'efficacité leur tâche. En d'autres termes, c'est dire que la nation ayant besoin des enseignants et de leur travail, il en résulte qu'il faut donner à ces mêmes enseignants des moyens matériels adéquats pour un rendement qualitatif. Que le gouvernement et le parti aient le souci de s'opposer à des gonflements abusifs de salaires qui assureraient à certains des possibilités d'embourgeoisement, les coupant des masses, c'est là un objectif avec lequel nous sommes pleinement d'accord. La discussion ne saurait porter sur le principe lui-même, mais seulement sur ses modalités d'application. Il convient en effet que les salaires, tout en restant modérés et en harmonie avec les moyens du pays, soient suffisants pour permettre à l'enseignant de se consacrer tout entier à sa tâche. Précisons ici ce que nous entendons concrètement par l'expression : tout entier.

Le temps de travail hebdomadaire prévu par la loi pour les enseignants s'élève à 36 heures. Mais à ces heures légales de classe s'ajoutent obligatoirement les heures consacrées chaque jour aux corrections et aux préparations : dix heures par semaine présentent à cet égard un strict minimum. Or, en dehors de ces quarante-six heures minimum, l'enseignant doit donner pas mal de temps aux parents d'élèves.

Si nous estimons à cinquante heures par semaine la durée réelle de travail, c'est bien un minimum. Et pourtant, tout enseignant a encore besoin d'un certain nombre d'heures pour sa culture personnelle car (dit-on) « pour enseigner peu, il faut connaitre beaucoup ».

Ces remarques ne nous éloignent pas de notre sujet, elles nous placent au contraire au coeur du problème concret. Elles montrent clairement qu'il ne serait ni moral ni rentable de laisser tomber certains salaires à un niveau tel que les difficultés matérielles accaparent l'esprit de l'enseignant.

N'est-ce pas le secrétaire général du PDG, le président Sékou Touré qui disait le 31 mars dernier : « Il y a un prolongement des dispositions d'esprit de l'enseignant dans la qualité de son enseignement, une sorte de communion directe entre les états d'âme et le contenu de ce qu'il professe » ?

Des lors, n'est-il pas évident qu'au-delà de certaines limites, les économies apparentes qu'on pourrait réaliser sur les salaires se traduiraient finalement par un travail médiocre, par une perte de la nation, par une lourde hypothèque sur l'avenir ? Car aussi bien ce n'est pas seulement le présent qui est en cause, mais toute une génération et même plusieurs qui vont en subir les conséquences.

Ainsi donc, parlant de la revalorisation de la fonction enseignante, c'est d'un investissement productif qu'il s'agit. « Il faut donner à notre intelligentsia les moyens de travailler », disait Staline, à un moment où l'Union soviétique avait encore à résoudre des problèmes à divers égards analogues aux nôtres. Et, justement, l'URSS n'a pas hésité, en dépit de toutes ses difficultés à cette époque-là à faire ces investissements culturels dont nous parlons ici. Et tout le monde peut aujourd'hui en constater les résultats. Donc, si l'on veut bien considérer le problème dans son ensemble, force sera de reconnaître que les demandes des enseignants sont en fait très modestes, surtout par rapport aux résultats ultérieurs.

Nous ferons par ailleurs observer que, de la même manière, si tout le monde est d'accord pour que soit pratiquée une politique d'austérité dans le domaine des importations, il est évident que des importations massives de livres ne seraient pas une dépense superflue, mais, elles aussi, un investissement productif. La même remarque pourrait s'appliquer aux films, du matériel scientifique, etc.

A la lueur de ce qui précède, notre position face au statut particulier se présente comme suit.

Sur la question des avantages acquis

Pendant les décennies qui ont précédé notre libération nationale, les travailleurs africains en général et les enseignants dans leur domaine propre, ont arraché de haute lutte aux tenants du régime colonial quelques bribes de ce qui, dans leur propre pays, constituait des droits attachés à la dignité humaine. Les grèves déclenchées à l'époque, la grève de soixante-douze jours des travailleurs de Guinée, les centaines d'emprisonnements, de révocations de militants et leaders syndicaux africains, les brimades de toutes sortes qui frappèrent impitoyablement les uns et les autres sont là pour en témoigner. Et dès lors, il semble difficile d'admettre qu'il s'agit d'indemnités ou avantages entachés de colonialisme. Les travailleurs de toutes catégories ne se souviennent que trop de milliers de victimes que la féroce répression fit parmi eux pour ne pas attacher un prix tout particulier aux fruits de victoires si chèrement payées, sachant que nombre d'entre eux trouvèrent la mort sur le front de lutte.

Certes, sous le régime colonial, il existait bien certaines indemnités et d'autres avantages exorbitants, mais il est patent qu'ils n'étaient l'apanage que de corps privilégiés en totalité constitués de colonisateurs européens gouverneurs, administrateurs des colonies, directeurs, chefs de service, etc. Et nous savons fort bien que, quand bien même quelques rares Africains arrivaient à se hisser à des postes de responsabilité, ils étaient exclus du bénéfice d'avantages réservés aux seuls Blancs. Et c'est bien ainsi que la lutte des travailleurs pour le riz, la paix et la liberté était aussi une lutte pour le principe : « A travail égal, salaire égal », une lutte contre la discrimination raciale, une lutte contre la misère et l'humiliation.

Au demeurant, la nature même des indemnités accordées aux enseignants ne peut laisser la moindre équivoque sur le caractère légitime des sommes perçues à divers titres : indices fonctionnels de direction, indemnités de logement, indemnités allouées aux conseillers pédagogiques.

En aucun cas, pas une de ces indemnités ne saurait être taxée d'indemnité de sujétion ou d'avantage colonial pour en justifier la suppression.

Il faut par la même occasion préciser ici, sagissant plus spécialement des indices fonctionnels, que ceux-ci constituent un droit statutaire attaché à la profession d'enseignant. A ce titre, ils échappent au sort d'avantages précaires dont l'institution dépend de la sollicitude du gouvemement en place.

Sur la question de « revalorisation »

Nous devons dire que l'exposé fait à la réunion du 26 octobre 1961, à la présidence du gouvernement, a été pour nous une surprise, car il y a été question de réaménagement.
Mais en fait toutes les déclarations du Bureau politique national comme du gouvernement depuis le VII congrès national des enseignants de Guinée sont concordantes et mettent l'accent sur l'impérieuse nécessité de revaloriser la fonction enseignante.

C'est ainsi qu'à l'ouverture du congrès, le porte-parole du Bureau politique national du PDG-RDA disait en substance (voir le bulletin quotidien de l'agence guinéenne de presse, n° 73 du 30 mars 1961) « Quant à la situation particulière des enseignants, je dois dire que le gouvernement, soucieux d'améliorer les conditions matérielles de l'ensemble des fonctionnaires de l'Etat a déjà élaboré des projets de réforme du régime de la solde et des congés dont les décrets seront publiés incessamment, consacrant une revalorisation substantielle de la fonction enseignante que beaucoup de jeunes fuient actuellement en raison des conditions matérielles insuffisantes ».

A l'issue du VIIe congrès, le secrétaire général du PDG, président de la République de Guinée, dans un discours tenu aux enseignants à l'Assemblée nationale le 31 mars 1961 et reproduit dans le numéro du 13 juillet 1961 du journal Horoya déclarait par ailleurs :

« Nous pouvons, dès maintenant, dire, comme vous l'avez souligné au cours de votre congrès, que la revalorisation du corps enseignant est l'une des conditions indispensables à la rénovation de l'enseignement guinéen. Nous sommes entièrement d'accord avec vous sur ce point et s'il vous était donné de connaître les nombreuses délibérations de la direction du parti sur ce problème, vous seriez convaincus de l'intérêt qu'il porte et verriez qu'il est décidé, plus que jamais, à une reconversion dans la hiérarchie des valeurs relatives aux conditions matérielles et morales faites aux différents corps de métiers, en accordant à l'enseignement la place de choix qui lui revient. Comme nous voulons satisfaire entièrement notre désir de faire évoluer le plus rapidement possible notre pays, le problème général de la revalorisation de la fonction enseignante sera résolu, je crois, avant la rentrée prochaine : les nouveaux statuts particuliers paraîtront prochainement avec les grilles indiciaires correspondantes ».

Ainsi donc il s'est toujours agi de revalorisation.

Mais si tant est que la revalorisation est l'action de rendre de la valeur à une chose dépréciée, l'on voit mal où est le changement qualitatif et quantitatif — le changement dans le sens du progrès, de la révolution — dans le statut octroyé.

Certes, après un examen superficiel, on a tôt fait de conclure que les enseignants ont dans l'ensemble gagné au jeu. Mais un examen plus approfondi permet de démontrer que tous les enseignants, y compris ceux qui bénéficient de l'indemnité prévue, perdent en réalité et qu'il y a régression. En effet, tous les enseignants perdent des avantages qu'il convient bien d'appeler des droits acquis puisque faisant partie de la législation antérieure, à savoir :

Soit une somme de cinq avantages dûment acquis, rayés d'un trait de plume. Et peut-être serait-il bon de donner toutes précisions sur les indemnités.

Indices fonctionnels de direction

La suppression de ces indices fonctionnels se solde par un manque à gagner de :

et d'un manque à gagner de:

Ainsi, compte tenu de la suppression pure et simple de cinq indemnités précitées, remplacées par une indemnité forfaitaire, les catégories bénéficiant de la dite indemnité perdent en fait ce qui est démontré ci dessous :

Cas des instituteurs de quatrième classe, indice 585

Situation ancienne :

solde de base 48 253 F
logement 5 000 F
indemnité pour heures supplémentaires 6 400 F
Total 59 653 F

Situation nouvelle :

solde de base 48 253 F
indemnité forfaitaire 9 000 F
retenue pour logement 8 000 F
solde nette 49 253 F
manque à gagner par mois 10 400 F
manque à gagner par an 124 800 F

Cas des instituteurs de quatrième classe, indice 585

Situation ancienne :

solde de base 35 093 F
logement 3 500 F
indemnité pour heures
supplémentaires 4 800 F
Total 43 393 F

Situation nouvelle :

solde de base 35 093 F
indemnité forfaitaire 7 000 F
retenue logement 4 500 F
solde nette 37 593 F
manque à gagner par mois 43 393 F − 37 593 F = 5 800 F
manque à gagner par an 69 600 F

Cas d'un moniteur ordinaire de première classe, indice 405

Situation ancienne :

solde de base 27 199 F
logement 3 500 F
indemnité pour heures supplémentaires 3 200 F
total 337 200 F

Situation nouvelle

solde de base 27 199 F
indemnité forfaitaire 5 000 F
total 32 199 F
retenue logement 3 000 F
solde nette 29 199 F
manque à gagner par mois 33 199 F − 29 199 F = 47 000 F
manque à gagner par an 56 400 F

Il s'agit là d'exemples très concrets, puisque dans une école à six classes ou enseignent deux instituteurs ordinaires chargés des cours moyens, deux instituteurs adjoints chargés de cours élémentaires et deux moniteurs, tous ayant droit aux indemnités de logement, les instituteurs et instituteurs adjoints assurent dans leurs classes respectives des études surveillées, tandis que les moniteurs sont chargés des cours d'adultes.

Mais revenons aux indices fonctionnels : un des arguments développés pour justifier leur suppression est qu'une très faible minorité d'enseignants seulement en bénéficie. En réalité, il s'agit de plusieurs centaines de maîtres, car en fait le nombre de directeurs est égal au nombre d'écoles existant et il est facile de vérifier cette donnée.

Deuxième aspect du problème

Si la mesure frappe brutalement les centaines de directeurs actuellement en exercice, en toute objectivité, ce sont tous les enseignants qu'elle touche par contrecoup. Effectivement, hier, par leur travail, tous les enseignants pouvaient aspirer aux fonctions de directeur et bénéficier des indices fonctionnels. C'est donc un horizon de plus bouché à la corporation dont les membres risquent de s'enliser dans la médiocrité. Il y a là un problème psychologique dont il convient de tenir le plus grand compte.

Troisième aspect du problème

Prenons le cas par exemple d'un instituteur de deuxième classe, directeur d'école de six classes ; son indice d'instituteur était 693. Avec l'indice fonctionnel de direction, il était à l'indice 750, soit une différence de 57 points.

Il a été précisé après coup que cet instituteur garderait l'avantage acquis jusqu'à ce que, par le jeu normal des avancements, il puisse prétendre à l'indice supérieur.

Or l'indice supérieur est l'indice 804, soit l'indice de plafond du cadre des instituteurs dans le nouveau statut. Ainsi donc, voilà cet instituteur condamné à piétiner tout le restant de sa vie. Il reste aux enseignants se trouvant dans ce cas environ quinze ans et même plus encore à faire avant la retraite.

Il apparaît nettement que les enseignants, dans leur totalité, se trouvent pénalisés du fait de la suppression de ce qui constituait pour eux l'équivalent de l'indemnité de responsabilité, très légitime en soi, consentie à toutes les catégories de fonctionnaires.

Pour ne citer que des exemples récents, ne vient-on pas d'accorder des soldes de 75 000 à 100 000 francs plus voiture et logement à des agents assumant des responsabilités : nous voulons parler des traitements alloués aux directeurs des nouvelles sociétés d'Etat.

En comparaison, il est bon de noter qu'il s'agit de traitement de début et que, partant, les soldes des enseignants restent bien modestes à côté, même s'ils avaient droit aux indices fonctionnels de direction.

Par exemple : un instituteur stagiaire, directeur d'école à 6 classes, avec l'indice fonctionnel 480 touche 38 266 francs par mois. Un instituteur hors classe, directeur d'école à 6 classes, avec l'indice fonctionnel 871 touche 75 599 francs par mois, autrement dit, il faut 30 ans et plus de service et 50 à 55 ans d'âge à un instituteur ordinaire chargé de la direction d'une école à 6 classes pour atteindre la solde de début octroyée aux directeurs d'entreprises d'Etat.

Les indemnités pour heures supplémentaires (cours d'adultes et études surveillées) ont été instituées par arrêté n° 5181/SET du 19 septembre 1951 :

A raison de 4 heures par semaine, la suppression des indemnités pour heures supplémentaires (cours d'adultes et études surveillées) entraîne donc une perte mensuelle de :

Les instituteurs en service dans les établissements du second degré, lycées, collèges, centres d'apprentissage, cours complérnentaires, cours normaux et écoles normales bénéficiaient d'une indemnité de 25 885 francs pour dix-huit heures supplémentaires (arrêté général n° 26121/E du 28 mars 1956, J.O. AOF du 7 avril 1956, page 635).

Notons que l'on a cessé de payer cette dernière catégorie d'indemnité dès la proclamation de l'indépendance. Les enseignants ont, au demeurant, trouvé cela tout à fait normal et étaient même heureux d'apporter sous cette forme leur tribut de sacrifice à l'autel de la patrie. Mais pendant ce même temps, des indemnités de responsabilité de 5 000, 10 000, 15 000, 20 000 et 25 000 francs par mois, assorties d'avantages (voitures, logement) étaient accordées à certaines catégories de fonctionnaires.

On peut enregistrer avec satisfaction l'attribution aux chefs d'établissements du second degré (enseignement secondaire et technique), d'indemnités de responsabilité allant de 10 000 à 15 000 francs en compensation de leurs anciens indices fonctionnels. On comprend mal dès lors que les instituteurs et instituteurs adjoints chargés de la direction des écoles primaires, perdent leurs indices fonctionnels et les indemnités de responsabilité.

Il faut le dire, ces suppressions déteignent fâcheusement sur l'enthousiasme du personnel enseignant. Dans les destinées des peuples, il est bon que chaque fois que l'on compare le passé au présent, on puisse enregistrer un bilan positif.

Sur les indices de solde

Si les grilles indiciaires sont restées les mêmes (413 à 804 pour les instituteurs, 357 à 540 pour les instituteurs adjoints,
250 à 470 pour les moniteurs) de même celles des professeurs, n'ont subi aucune modification ; il est à noter qu'entre les grades de stagiaires et ceux de titulaires de sixième classe, les indices ne changent pas. C'est-à-dire que l'instituteur stagiaire est à l'indice 413, après sa promotion au grade d'instituteur de sixième, il reste toujours à l'indice 413. D'un autre côté, le temps mis pour atteindre le plafond a été rallongé.

Sur les cas des professeurs

Le cas des professeurs a été évoqué et on a exprimé la crainte de voir les instituteurs directeurs d'école toucher plus que des professeurs. Sur ce point, il convient tout d'abord de préciser que les professeurs guinéens se trouvent depuis l'indépendance dans une situation spéciale. En effet, toujours grâce à la lutte menée par les syndicats d'enseignants africains, leur position a été améliorée, ce qui n'était que justice. Mais non seulement leurs soldes n'ont pas suivi depuis 1956 les diverses revalorisations survenues ailleurs, mais aussi, d'un autre côté, on a, chez nous, ramené nos camarades au point où ils étaient avant la lutte victorieuse des Syndicats d'enseignants. C'est ainsi donc que les intéressés se sont retrouvés avec l'indice de début 503 correspondant à une solde brute de 40 506 francs pendant que leurs homologues perçoivent 64 000 francs, soit une différence de près de 24 000 francs par mois.

Nous ne pensons pas que les intéressés eux-mêmes puissent s'offusquer qu'un instituteur, totalisant dix à quinze ans de service touche plus qu'un jeune professeur licencié débutant, ceci dans le respect le plus absolu de la hiérarchie des valeurs.

Logement

Abordant ce problème, nous nous contenterons, à cet égard, de rappeler que la gratuité du logement pour tous les enseignants a été acquise après une grève victorieuse des syndicats d'enseignants africains. Il s'agit donc là encore d'un droit acquis légitime. Il convient d'ajouter à cela que dans les conditions actuelles, c'est une nécessité pratique pour le bon fonctionnement et la rentabilité de l'école guinéenne.

Un certain nombre de faits ont déjà montré que si on ne procède pas à une véritable revalorisation de la fonction enseignante, on s'expose à assister, impuissants, à un exode des enseignants de Guinée vers des carrières plus lucratives et comportant moins de charges et d'obligations quotidiennes. Dans cet ordre d'idées, il nous a été reproché de faire des comparaisons avec ce qui existe ou a été fait ailleurs. Mais on ne peut empêcher ni les enseignants ni les autres de confronter ce qu'ils vivent avec les réalisations d'autres pays. Chaque jour, la radio et la presse nous apportent des informations sur les conditions faites aux travailleurs au-delà des nos frontières. Tout récemment, la « Voix de la Révolution », notre propre radio diffusion nationale, annonçait qu'en Haute-Volta, seuls les enseignants bénéficieraient désormais du logement.

L'indépendance, a déclaré le secrétaire général du PDG lui-même, c'est « la porte ouverte sur le monde ». Et personne ne conteste aujourd'hui l'indépendance dans les autres pays africains.

Au terme de ce mémoire, nous tenons à affirmer ici que le souci constant des enseignants est de contribuer de plus en plus efficacement au succès de la révolution guinéenne dans cet esprit même auquel a rendu hommage le 31 mars 1961 à l'Assemblée nationale le secrétaire général du PDG, président de la République, en ces termes :

« Je me dois tout d'abord, au nom du parti et de son gouvernement, de vous adresser nos félicitations pour la tenue et la réussite du congrès des enseignants de Guinée. Nous ne manquerons pas également d'adresser au nouveau bureau et plus particulièrement au camarade Kéita Koumandian, qui a dirigé avec autorité votre mouvement, nos félicitations et nos remerciements pour la contribution apportée à la révolution guinéenne par l'ensemble du corps enseignant ».

En rédigeant le présent mémoire, nous avons voulu tout d'abord faire connaître notre point de vue sur les questions du statut particulier de l'éducation nationale. Nous tenons aussi à préciser que, demain comme aujourd'hui, l'intérêt supérieur de ce pays et de ses populations reste notre préoccupation majeure, forte de ce que le propre de la patrie est le bien commun de tous ses fils.

Ce rapport, remis à Bah Thierno la veille de son retour à Paris par Niane Djibril Tamsir, proviseur du lycée classique, a permis d'engager la lutte pour sauver les enseignants. C'est en effet à partir de ce document que l'Association des étudiants Guinéens en France et la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France ont mobilisé l'opinion publique estudiantine, les mouvements de défense des droits de l'homme et les partis politiques de gauche pour défendre ces patriotes guinéens injustement arrêtés.


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