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Human Rights Watch
« Nous avons vécu dans l’obscurité »
Un agenda des droits humains pour le nouveau gouvernement guinéen/Table des matières

Report. May 24, 2011

Human Rights Watch May 2011 Report on Guinea
Kadiatou Barry, 22, montre la photo de son mari Alpha
Oumar Diallo à Conakry le 4 octobre 2009. Elle déclare
que son mari est porté manquant depuis le massacre de manifestants de l'opposition le 28 septembre 2009.
Photo: Reuters

Résumé

En juin et novembre 2010, les Guinéens se sont rendus aux urnes et pour la première fois depuis l'indépendance du pays obtenue de la France en 1958, ils ont élu leur président dans un climat presque totalement exempt d'intimidation, de peur ou de manipulation. Bon nombre de Guinéens voyaient dans ces élections extrêmement importantes la possibilité de mettre un terme à plus de 50 ans d'autoritarisme, d'atteintes aux droits humains et de corruption.
Afin de préserver la dynamique générée par les élections et de répondre aux attentes de son peuple, le nouveau président guinéen, Alpha Condé, doit prendre des mesures décisives visant à s'attaquer aux graves problèmes de droits humains et de gouvernance dont il a hérité. Ces problèmes—la culture de l'impunité, la faiblesse de l'État de droit, la corruption endémique et la misère écrasante—ont brisé la vie et détruit les moyens d'existence d'innombrables Guinéens. Au cours des prochains mois, le nouveau président et son gouvernement devraient mettre en oeuvre des politiques qui permettront à la Guinée de passer avec succès de sa condition d'État répressif à celle de pays qui respecte l'État de droit et garantit les droits de son peuple.
Depuis l'obtention de l'indépendance, les présidents guinéens Ahmed Sékou Touré (1958-1984), Lansana Conté (1984-2008), et le Capitaine Moussa Dadis Camara (2008-2009) ont utilisé les milices du parti au pouvoir et les forces de sécurité pour intimider et réprimer dans la violence les voix de l'opposition. Des milliers de Guinéens—intellectuels, enseignants, fonctionnaires, dirigeants syndicaux, chefs religieux, responsables de communautés locales et hommes d'affaires—qui avaient osé s'opposer au gouvernement ont été torturés, privés de nourriture ou battus à mort par les forces de sécurité de l'État, ou exécutés lors de leur garde à vue à la police ou dans des casernes de l'armée. D'autres ont été enlevés à leur domicile et sur leur lieu de travail ou de culte, ou ont été abattus alors qu'ils manifestaient pour une meilleure gouvernance ou pour avoir la possibilité d'élire librement leurs dirigeants. Leurs corps ont été suspendus à des ponts, des stades et des arbres, ont jonché les routes et les lieux de rassemblement, ou ont simplement disparu sans laisser de traces. D'innombrables Guinéens ont été obligés de fuir leur patrie.
Le système judiciaire guinéen, qui aurait pu tempérer certains excès, a été négligé, confronté à un cruel manque de ressources, ou manipulé, permettant à la dangereuse culture de l'impunité de prendre racine. Les auteurs de tous types d'exactions et de violations des droits humains cautionnées par l'État ont rarement fait l'objet d'enquêtes, les victimes se retrouvant dès lors sans grand espoir de recours en justice, même pour les crimes les plus graves. D'autre part, les personnes accusées de délits par les autorités voient leurs garanties de procès équitable nettement mises à mal, étant notamment maintenues de façon récurrente en détention provisoire prolongée et dans des conditions carcérales atroces.

A woman casts her vote at a polling station in Conakry on November 7, 2010. © 2010
Femme votant dans un bureau de vote de Conakry le 7 novembre 2010.
© 2010 Issouf Sanogo/AFP/Getty Images

La corruption tant dans le secteur public que privé est endémique en Guinée. Qu'il s'agisse d'actes de corruption à petite échelle et de demandes de pots-de vin auxquels se livrent des fonctionnaires de première ligne, ou d'extorsion, de détournement de fonds et de négociations de contrats illicites qui se trament dans l'ombre, les personnes impliquées dans des pots-de-vin et autres formes de corruption font rarement l'objet d'enquêtes, et sont encore moins souvent traduites en justice. Les anciens dirigeants guinéens ont aussi en grande partie mal géré, détourné et dilapidé les revenus émanant des abondantes ressources naturelles du pays, privant ainsi la majorité de la population d'un accès aux soins de santé et au niveau d'éducation les plus élémentaires. Par voie de conséquence, la Guinée est l'un des pays les plus pauvres du monde et enregistre des taux d'analphabétisme adulte et de mortalité infantile et maternelle parmi les plus élevés au monde, en dépit de ses ressources naturelles.
Pour mettre fin aux exactions et à l'impunité qui ont marqué l'histoire de la Guinée, la nouvelle administration doit soutenir et réformer de manière appropriée le système judiciaire en tant qu'institution essentielle qui puisse protéger les libertés civiles et politiques fondamentales. Le gouvernement doit également faire en sorte que les responsables des exactions passées—en priorité les forces de sécurité responsables d'avoir abattu des manifestants et commis des viols en 2007 et 2009—soient traduits en justice. Il devrait mettre en place un mécanisme chargé d'établir la vérité, d'exposer les atrocités les moins connues, entre autres celles commises sous le règne de Sékou Touré, d'explorer la dynamique qui a donné lieu à des régimes répressifs successifs et à leur maintien au pouvoir, et de formuler des recommandations visant à prévenir leur réapparition. Afin de promouvoir une culture du respect des droits humains, les nouveaux dirigeants de Guinée doivent par ailleurs garantir l'indépendance de l'institution nationale des droits humains qu'ils ont établie le 17 mars 2011.

Le gouvernement Condé doit également discipliner, professionnaliser et réformer le secteur de la sécurité, et cesser de recourir aux forces de sécurité à des fins partisanes, comme il a été d'usage en Guinée dans le passé. Se comportant davantage en prédateurs qu'en protecteurs, les soldats ont pu commettre impunément des violences allant d'actes criminels isolés à des crimes contre l'humanité. Des membres des forces de police mal formés et indisciplinés ont aussi été largement impliqués dans la torture de criminels présumés et dans des actes illicites allant de l'extorsion au trafic de stupéfiants. Les responsables devraient adopter une politique de tolérance zéro à l'égard de tels abus, et créer, pourvoir en personnel et soutenir des structures disciplinaires chargées d'enquêter, de poursuivre et de punir les auteurs de ces actes. La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et les Nations Unies ont proposé une feuille de route prometteuse pour mettre en oeuvre une réforme visant à réduire la taille de l'armée, à soutenir le contrôle exercé sur elle par les civils et à renforcer la discipline au sein de ses rangs. Afin de créer un cadre plus respectueux des droits humains, le nouveau gouvernement devrait mettre en oeuvre leurs recommandations en la matière.

Le nouveau gouvernement devrait veiller à ce que la population guinéenne puisse matériellement tirer profit des abondantes ressources naturelles du pays en améliorant la gouvernance économique et en mettant en place une commission anti-corruption indépendante habilitée à ouvrir des enquêtes, à assigner à comparaître et à inculper ceux qui détournent les ressources publiques. Le gouvernement devrait aussi prévoir un contrôle rigoureux du budget et des contrats relatifs aux ressources naturelles.

Enfin, pour assurer un contrôle sur le pouvoir exécutif et garantir une représentation politique suffisante du peuple guinéen, le Président Condé devrait élaborer, promulguer et se conformer à un calendrier concret pour les élections législatives ; veiller à ce qu'elles se déroulent librement, démocratiquement et dans la transparence ; et adopter des mesures concrètes pour parer au manque de neutralité dont ont fait preuve les forces de sécurité lors des élections qui l'ont amené au pouvoir.

L'avenir politique de la Guinée est en jeu. Les mesures que le Président Condé et son gouvernement prendront, ou ne prendront pas, permettront soit d'apporter les améliorations dont la population guinéenne a tant besoin en matière de droits humains, soit de consolider un statu quo dangereux et terriblement décevant dans lequel le nouveau gouvernement et le peuple qu'il sert resteront pris au piège des excès et violences qui ont marqué le passé récent de la Guinée.