Policy Briefing
Briefing Afrique N37
Dakar/Bruxelles, le
11 avril 2006
La Guinée en
transition
Depuis bien trop longtemps, les personnalités publiques
en Afrique et ailleurs rechignent à examiner les profonds problèmes de la Guinée. La forte
position anti-impérialiste que le pays a adoptée depuis les années 60 lui a fait gagner le respect des pan-africanistes, mais l'attitude de
non-intervention qui en résultait a depuis longtemps laissé place à l'indifférence et au cynisme. Il est désormais
fort probable que le mandat de Lansana
Conté s'achèvera par un coup d'Etat militaire,
que certains semblent déjà prêts à accepter
avant même que celui-ci ne se produise,
comme s'ils y voyaient un moyen de préserver la souveraineté de la Guinée.
Cependant, certains membres de l'élite
civile guinéenne commencent enfin à considérer l'avenir du pays comme un sujet de préoccupation collective les concernant directement et ne devant pas être laissée entre les mains de tiers, qu'il s'agisse de l'armée
ou de diplomates étrangers. Ils devraient
être encouragés sur cette voie, notamment par les acteurs internationaux concernés.
Le mélodrame du 4-5 avril demande encore à être pleinement éclairés.
La seconde annonce sur les ondes de la radio nationales d'un remaniement profond
du cabinet fut interrompue par des soldats, puis le décret présidentiel y référant fut annulé et
le premier ministre congédié. D'aucuns racontent que le premier ministre aurait falsifié
une partie
ou tout de ce décret, visiblement signé par le président, et qui aurait renforcé la position du premier ministre face à un clan rival proche du président.
D'autres pensent que le clan autour du secrétaire de la présidence, Fodé Bangoura, auraient simplement convaincu le président
de faire volte-face. Il importe peu de savoir laquelle de ces versions est la
bonne. Toutes deux illustrent la décrépitude
fondamentale du centre du gouvernement, proche de l'anarchie, incapable de prendre
des décisions autrement que par les décrets d'un individu au mieux inconstant
et qui pourrait désormais ne plus être
entièrement apte à gouverner.
Au milieu de cette lutte peu reluisante pour le pouvoir,
la société
civile commence à formuler une vision pour l'avenir de la Guinée qui se
base sur une succession civile pacifique. Les bailleurs de fonds devraient avoir
honte de ne pas avoir fait davantage. L'Agence américaine pour le développement international
(USAID) a réduit de deux tiers son budget, le Canada a fermé son ambassade et l'argent de l'Union européenne
(UE), après une suspension des aides de plusieurs
années pour cause de mauvaise gouvernance, commence tout juste à arriver au compte-gouttes. Alors que la société civile avance, les Guinéens sont accablés par la faim, le manque d'électricité
et d'eau, le délabrement des infrastructures
de communication et l'absence de services
de santé et de soins.
Afin de permettre à ce nouvel élan d'autonomie de se généraliser à l'ensemble de la
population, les organisations de la société
civile, la presse et les syndicats ont besoin de recevoir dès à présent un soutien des bailleurs de fonds. Ces derniers devraient immédiatement se mettre au
travail pour corriger les problèmes rencontrés
lors des élections municipales
de décembre 2005. Celles-ci ont été bien préparées mais se sont mal déroulées, en
particulier à cause des cartes d'électeurs inappropriées
et de l'absence de pouvoir de la commission électorale.
Les propositions formulées à la fin du mois de février
et au début du mois de mars
2006 par la Concertation nationale, qui rassemble les partis politiques, les organisations
de la société civile, les syndicalistes, les groupes de femmes et les jeunes, doivent également
mieux prendre en compte les réalités du terrain. Or, seule une transition civile permettra leur application.
Les appels à l'abolition de toutes les institutions existantes, depuis la Cour suprême
jusqu'à l'Assemblée
nationale, risquent plus probablement de pousser les hommes politiques civils du gouvernement
dans les bras de l'armée plutt que de les inciter, ainsi que les généraux et les colonels, à envisager une
transition légale. La clé de l'avenir réside dans l'aptitude à combiner une
situation idéale avec la situation actuelle. Il faudra construire
en s'appuyant sur les modestes réformes
politiques réalisées en 2005 et faire la distinction entre les interventions techniques
nécessaires pour une plus grande transparence
des élections et un dialogue à plus long terme, indispensable pour effectuer
des changements de taille dans
les pratiques politiques, tels que la mise en place d'un pouvoir judiciaire plus indépendant,
la réalisation de réformes constitutionnelles et une réflexion sur les injustices du passé qui hantent la société guinéenne.
Le fait que le Président Conté, gravement malade, se
soit rendu en Suisse pour y recevoir
un traitement médical pendant la Concertation nationale fut une nouvelle illustration
d'un fait déjà avéré: depuis deux ans, le président se désengage de plus
en plus de la gestion quotidienne du gouvernement. L'opportunisme et le désarroi
que ce désengagement provoque apparurent au grand jour les 4 et 5 avril. La grève générale, en revanche, profila la société civile comme un possible contrepoids
à la guerre des clans qui domine le gouvernement.
Pour reprendre les termes qu'un observateur a utilisés récemment au sujet de la Guinée, le génie est sorti
de sa lampe.
Afin d'aider les Guinéens, qui commencent pour la première
fois depuis plusieurs années à se tourner vers l'avenir,
q
les bailleurs de fonds devraient accompagner leurs subventions de signaux diplomatiques
clairs visant à établir qu'un gouvernement issu d'un coup d'Etat militaire (même si celui-ci
comprenait un élément
civil), serait isolé, ne serait pas reconnu et ne recevrait aucune aide internationale;
q
les acteurs internationaux devraient soutenir le dialogue amorcé au cours de la
Concertation nationale
suivant deux axes distincts mais complémentaires: tout d'abord, la préparation d'élections dans la transparence,
qu'il s'agisse d'élections
présidentielles, ou des élections législatives prévues pour 2007; le deuxième axe de
discussion
viserait à mettre en place une Conférence Nationale pour définir des objectifs sociaux, politiques
et de gouvernance, et notamment des recommandations en matière de réforme constitutionnelle;
q
le Vatican devrait
autoriser Msgr Robert Sarah, prêtre engagé très
respecté, à diriger la Conférence nationale, si celle-ci devait l'élire à sa
tête; et
q
en cas de vacance soudaine de la présidence, les acteurs internationaux devraient
faire pression sur le président de la Cour suprême pour qu'il prolonge la période transitoire
de 60 jours d'une durée suffisante pour permettre la révision des listes électorales, la préparations
de cartes d'identité avec photographie pour les électeurs, et pour permettre aux partis politiques d'organiser leur campagne électorale; par ailleurs, l'UE devrait libérer
des fonds provenant du Fonds de développement
européen pour rendre tout cela possible.
Sous la pression des bailleurs de fonds, et notamment
de l'UE et
des Etats-Unis, la Guinée a mis en place plusieurs réformes au cours du deuxième semestre
2005.[1]
Ces réformes visaient notamment
à permettre la révision des listes électorales, à autoriser l'existence de stations de radiodiffusion et de
télévision privées, et à créer la première commission électorale du pays. Le ministre de l'Intérieur,[2]
Kiridi Bangoura, a déclaré que la révision des
listes électorales
commencée le 26 avril était terminée, bien que les partis d'opposition ne soient toujours pas satisfaits
du résultat. Les électeurs avaient la possibilité de vérifier les listes afin de s'assurer que leurs noms
y figuraient bien, ce qui constitue un
réel progrès. Cette mesure n'a
toutefois pas nécessairement eu pour effet d'éliminer
les électeurs décédés ou fantmes des listes électorales.
Grce au décret présidentiel autorisant
la libéralisation des ondes, rendu public à la fin du mois d'aot, la Guinée est
devenue le dernier état de la région à autoriser la détention privée de médias
électroniques. Ceci représente une avancée importante
dans un pays dont plus de la moitié des habitants ne sait pas lire.
Au mois d'octobre, le gouvernement a créé une Commission électorale
nationale autonome (CENA). Pour la coalition des partis de l'opposition, le Front républicain pour l'alternance
démocratique (FRAD),
cette commission
n'est qu'une faade dénuée de pouvoir réel, étant donné qu'elle dépend du ministère de l'Intérieur, lui-même chargé d'organiser les
élections. Cette commission présente des défauts, mais constitue tout de même un léger progrès.
Toujours au mois d'octobre, un
décret présidentiel a fixé la date des élections locales au 18 décembre. Le président
a nommé le 27 octobre les 22 membres de la CENA, qui est composée de sept
membres du parti au pouvoir, de sept membres de l'opposition, de cinq membres
issus de la société civile, et de trois membres de l'administration. Après quelques
hésitations, le FRAD a décidé de participer
aux élections afin de montrer à la communauté internationale [qu'il] s'engageait
à aider le pays à aller de l'avant. Il
reste toutefois persuadé de l'absence de garantie assurant le respect des règles établies. Cette décision
constitue un autre pas en avant, l'opposition ayant tout d'abord menacé de boycotter
ces élections, comme elle l'avait fait lors des élections présidentielles
et législatives précédentes. L'UE s'était engagée à verser 1,9 millions d'euros en vue des élections de décembre 2005, et
le Programme des Nations Unies pour le
développement (PNUD), les Etats-Unis et la France ont également apporté leur soutien
financier ou technique.
Diplomates et autres observateurs étrangers ont constaté
le bon déroulement
de la campagne électorale. Bien qu'aucune nouvelle station de radiodiffusion ou de télévision n'ait commencé
à émettre, la télévision nationale guinéenne a accordé un temps de parole égal à tous les partis politiques inscrits,
et le Parti de l'unité et du progrès (PUP) du président n'a pas bénéficié d'un temps d'antenne supérieur à celui accordé
au plus petit des partis d'opposition.[3] Les bureaux
de vote ont été équipés de nouvelles urnes transparentes, et, comme indiqué précédemment, les électeurs
ont eu la possibilité de s'assurer qu'ils figuraient bien sur les listes électorales. Les élections ont toutefois
pti d'un problème majeur: les partis de l'opposition ont été dans l'impossibilité de présenter une partie de
leurs candidats favoris du fait de certains obstacles administratifs. Certains partis
se sont ainsi vus refuser la candidature de plus de la moitié des personnes figurant sur
leurs listes.[4]
Le pays n'a dans l'ensemble pas connu de troubles majeurs le jour des élections.
Selon un observateur, les gardes du corps du préfet de Kouroussa ont fait feu sur un groupe
de villageois
non armés près de Kouroussa, faisant trois blessés, alors que ceux-ci jetaient
des pierres sur le véhicule de ce représentant impopulaire de l'Etat.[5]
Les premiers rapports
ont fait état d'une participation très faible (entre 6 pour
cent et 35 pour cent dans une demi-douzaine de districts de Conakry).[6] Cette
faible participation est peut-être due en partie au fait que le FRAD a fait peu d'efforts
pour expliquer à ses partisans les aspects
techniques du vote, ce qui semble avoir causé l'annulation d'un grand nombre
de voix. Les partis de l'opposition et les observateurs ont accusé le gouvernement
de fraude électorale. Leurs accusations portaient plus particulièrement
sur les bases militaires, qui, selon certains, auraient comptabilisé plus de voix que d'électeurs inscrits.
De manière générale, la population semblait nourrir
peu d'espoirs quant à la possibilité que ces élections puissent de quelque manière
que ce soit améliorer leurs conditions de vie misérables. Un diplomate a noté, toutefois,
que la campagne électorale a été presque exemplaire, mais le jour des élections, de nombreuses personnes ont repris des mauvaises habitudes. Même si le résultat des élections
en a été sans aucun doute entaché, cela représente néanmoins une avancée significative.
Toutes les sources consultées par Crisis Group en janvier 2006 s'accordent sur ce
point. Les organisations non
gouvernementales (ONG), financées en partie
par l'UE, ont observé le processus démocratique
dans tout le pays et ont émis un rapport crédible et équilibré faisant état des améliorations
mais aussi des irrégularités enregistrées.[7]
Selon la majorité des Guinéens et des observateurs étrangers, c'est l'utilisation
d'attestations de résidence, ces morceaux de papier sans photographie distribués de manière sélective aux
électeurs inscrits sur les listes électorales, qui a constitué l'irrégularité la plus
grave. De nombreux observateurs ont affirmé que ces attestations n'avaient pas été délivrées aux
électeurs supposés soutenir les partis d'opposition, mais qu'elles avaient été distribuées en grandes quantités aux
partisans du PUP. Un observateur a vu un homme entrer dans un isoloir avec plus de 20 attestations et commencer à remplir
bulletin après bulletin. Questionné sur
ses agissements, il a répondu qu'il votait au nom de plusieurs membres de sa famille.[8]
La solution évidente à ce problème serait de concevoir
et d'utiliser des cartes d'identité avec photographie, comme celles fabriquées au Sénégal. La distribution
de cartes d'identité de ce type était prévue (mais a été abandonnée pour des raisons de délais et de financement)
lors des dernières élections au Bénin, pour un cot estimé de 20 millions USD
pour une population de 6,5 millions d'habitants. En Cte d'Ivoire (dix-huit millions d'habitants), l'UE s'est engagée à verser 32 millions d'euros pour une initiative similaire. En Guinée (huit millions d'habitants),
un tel processus, comprenant une campagne d'information, la mise en place d'une liste électorale informatisée et centralisée, la révision
complète de la liste électorale existante et la distribution de cartes d'identité avec photographie gratuites à tous les électeurs inscrits,
devrait coter environ 15 millions d'euros. L'UE devrait financer ce projet, qui
est d'ores et déjà à l'étude.[9]
Le 27 février 2006, la population guinéenne a entamé
une grève générale. Elle était menée par les syndicats réunis[10]
et a été suivie par toute la population de Conakry.[11]
Selon un membre d'une organisation humanitaire, Nous avons circulé dans toute la
ville et Conakry ressemblait vraiment à une ville morte'.[12] La cause
principale de cette grève était liée à l'effondrement du niveau de vie des travailleurs.[13]
Toutefois ce ne sont plus uniquement les travailleurs qui souffrent désormais de la faim, mais
toute la
population, et le fait que la grève ait été suivie par toutes les couches de la population
en est la preuve. Cette grève était importante pour trois raisons:
q
Les syndicats, démantelés et rendus illégaux suite à la grève des enseignants
de 1961, ont retrouvé une existence légale dans les années 1990, mais leur action s'est
révélée peu significative depuis lors. La grève générale de février marque la renaissance
d'un secteur clé de la société civile, qui avait joué un rle essentiel après la
seconde guerre mondiale (et plus particulièrement en 1947-1948 et en 1953). En effet, les grèves organisées
à cette époque avaient
permis d'obtenir de la part de la France plusieurs concessions, qui conduirent à l'indépendance du pays
en 1958.[14]
Bien que la répression
des syndicats par Sékou Touré ait constitué l'un des premiers pas vers l'autoritarisme, ce leader socialiste avait
commencé sa propre carrière
en tant que dirigeant syndical, et tous les élèves guinéens apprennent dès
leur plus jeune ge qu'une telle protestation organisée et pacifique peut avoir un réel pouvoir
réformateur. Le 27 février, cette théorie a soudain quitté les livres d'histoire pour être mise en pratique
dans les rues de Conakry.
q
Les syndicats ont trouvé un moyen d'unir toutes les couches de la population,
ce que les partis de l'opposition n'avaient encore jamais réussi à faire. Le FRAD a été suffisamment
perspicace pour reconnatre ce fait, et s'est
immédiatement joint aux organisations de la société
civile, aux groupes de femmes, aux groupes
de jeunes, aux membres influents de la communauté religieuse ainsi qu'aux membres de syndicats[15]
pour assister à la Concertation nationale qui s'est tenue du 17 au 20 mars 2006.
q
Les syndicats et les forces de sécurité ont fait preuve de retenue, et les grèves
se sont déroulées sans
violence. Les syndicats, faisant preuve d'une grande maturité, ont su maintenir la grève assez longtemps pour marquer leur mécontentement et y mettre
fin avant de provoquer une réaction violente de la part du gouvernement, ce qui aurait pu entraner un soulèvement catastrophique.
La Concertation nationale a donné lieu à la discussion
la plus aboutie
et la plus consensuelle qu'ait connu la Guinée sur l'avenir du pays. Il s'agit d'un pas en avant formidable dans un pays
où de telles discussions sont plutt rares, et où la politique a presque toujours
été fondée sur des hommes à forte personnalité.
Il convient de consolider cette avancée, et de
soutenir chaque nouveau pas en avant grce
à l'aide internationale et à la diplomatie étrangère. Il y aura certainement quelques ratés et le pays sera probablement
le thétre d'une lutte acharnée pour le
pouvoir une fois que la vacance de la présidence sera rendue officielle,
mais de telles initiatives peuvent engendrer
des progrès plus pacifiques et réfléchis.
La Concertation nationale, qui s'est déroulée du 17
au 20 mars, a pris pour point de départ les discussions entamées lors d'une conférence organisée par le Forum
national des organisations
de la société civile guinéenne. Cette conférence, qui avait pour thème Société civile et processus
de démocratisation: enjeux et perspectives, s'est tenue la semaine suivant
la grève.[16]
Bien que ces deux événements aient été basés sur l'élan qui les avait précédés,
ils furent organisés séparément, et la santé du président n'a pas influencé la date de leur tenue.
La Concertation nationale a mis en place trois commissions distinctes dans les domaines politique, économique
et socioculturel.
La Commission politique a préconisé une
période de transition de dix-huit mois,
sous la direction d'un premier ministre neutre et consensuel, avec une commission
électorale modifiée (réellement indépendante), et une cour de justice en remplacement
de la Cour suprême (qui est subordonnée
au pouvoir exécutif). La période de transition serait soumise au contrle
d'un observatoire international composé de représentants de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest
(CEDEAO), de l'Union africaine (UA) et des Nations Unies. Selon la Commission économique,
le problème de gouvernance économique
constitue l'un des problèmes majeurs auxquels
la Guinée devra faire face pour améliorer la situation générale
du pays. La Commission a appelé à voter des lois plus strictes visant à sanctionner les crimes économiques et prévoyant un audit externe des comptes du gouvernement
et de ses entreprises publiques. Elle
préconise également une rémunération décente
des fonctionnaires et autres salariés.
Crisis Group soutient l'idée d'un processus visant à
régler les
problèmes relatifs à la Constitution, au pouvoir judiciaire et à la commission
électorale, mais propose de suivre deux axes parallèles. Les préparatifs en vue des prochaines élections
– qui se tiendront au plus tard en 2007, date à laquelle sont prévues les élections parlementaires –
devraient commencer dès à présent, et prévoir la rédaction et la promulgation d'une loi octroyant
à la commission électorale une réelle indépendance et un pouvoir effectif, plutt qu'un
simple rle consultatif. Il conviendra également de procéder immédiatement à la fabrication de cartes
d'électeurs avec photographie et à la révision des listes électorales. En parallèle,
il convient de poursuivre l'important travail entamé par la Concertation nationale
visant à préparer l'avenir du pays.[17]
Crisis Group a toujours soutenu que, pour avancer, la
Guinée doit se départir de sa politique basée sur des personnalités emblématiques,
et se tourner vers une dynamique
concrète et consultative visant à construire des
institutions.[18]
La Concertation nationale a initié ce
mouvement, qui doit être poursuivi, mais il est également important de connatre les principaux acteurs de la
scène politique guinéenne, ainsi que le
rle qu'ils sont susceptibles
de jouer dans les semaines ou les mois à venir.
Cellou Dalein Diallo – L'ancien premier ministre
a été membre du gouvernement
de Lansana Conté durant plus de dix ans. De caractère tempéré et modéré, cet homme intelligent et posé fut
l'un des deux représentants publics du gouvernement (avec Kiridi Bangoura). M. Diallo, parlant anglais, a notamment
pris part aux négociations avec les institutions de Bretton Woods. Néanmoins, afin de faire de réels progrès
en matière de gouvernance économique, il a d défier les intérêts solidement établis de Lansana Conté et de ses proches,
et n'a connu qu'un succès limité. Il se voyait en futur président, mais il est difficile de savoir
dans quelle mesure la population l'aurait soutenu. A partir de la mi-2005 il était de plus
en plus isolé
et était de plus en plus souvent en conflit
avec le Secrétaire
général de la Présidence Fodé Bangoura, l'homme d'affaires Mamadou Sylla et d'autres membres du
cercle restreint autour de Conté. Ces tensions éclatèrent les 4 et 5 avril lorsque le décret prétendument falsifié écartait ou rétrogradait des ministres aussi puissants que Fodé Soumah (Jeunesse et Sports) et
Kiridi Bangoura (Intérieur). Le décret fut rapidement revu et quelques heures plus tard Diallo était démis de ses fonctions.
Kiridi Bangoura – Le ministre de l'Intérieur
(ministre de l'Administration du territoire et de la décentralisation), gé de 42 ans et titulaire
d'un doctorat de sociologie, est un homme ambitieux mais il est probablement prêt à patienter quatre à six
ans avant de se présenter aux élections présidentielles. Ceci fait de lui un allié potentiel
de poids dans
le cadre de la réforme du pays, car il comprend que la Guinée doit changer et est déjà en mutation, et que les
dinosaures de l'ère de Lansana Conté ne pourront pas rester au pouvoir bien longtemps. Afin
de réussir,
il devra commencer à se détacher de la vieille garde. Toutefois, il serait selon
certains ethnonationaliste Sosso (Soussou), et il n'est pas totalement improbable que le pouvoir lui revienne
par défaut. L'armée pourrait le choisir pour devenir un homme de paille jeune et réformiste, un homme ayant
été suffisamment impliqué dans l'ancien système pour que les militaires s'attendent
à ce qu'il
leur permette de conserver une grande partie de leur ancienne influence économique
et même politique.
Fodé Bangoura – Le secrétaire
général à la Présidence (palais présidentiel) est également un membre du groupe Sosso,
de même que l'homme d'affaires Mamadou Sylla. Selon certaines sources, il se verrait
bien occuper le siège présidentiel, bien qu'il compte peu de partisans. Il est arrivé au pouvoir aux ctés de
Lansana Conté et semble avoir profité plus que tout autre des événements du 4-5
avril. Bangoura semble avoir
été la personne qui aurait donné l'ordre à certains membres de la Garde présidentielle
de pénétrer dans la station de la radio nationale et d'interrompre la seconde diffusion
du décret sur le remaniement
du cabinet. Cela aurait été justifié au moins en partie parce que le décret n'avait
pas été visé par le bureau de Bangoura.[19]
Aboubacar Somparé –
Le président de l'Assemblée nationale, ancien
apparatchik du Parti démocratique de Guinée
(PDG) de Sékou Touré, est devenu un membre influent du PUP de Lansana Conté.[20] Peu apprécié
d'une grande partie de l'armée et des cadres
du PUP, il est le dauphin constitutionnel du Président Conté et pourrait
à ce titre prétendre à la présidence si ce dernier devait décéder ou se trouver dans l'impossibilité de
gouverner.[21]
Certains s'opposent à cette succession car ils
le pensent enclin à s'accrocher au pouvoir. D'autres soutiennent qu'il dirige une Assemblée nationale illégitime.[22]
Toutefois, le faible nombre de ses partisans
est un point positif, car, malgré tous
les efforts qu'il pourrait déployer, il
est peu probable qu'il puisse conserver la présidence. S'il devient président par intérim, il pourrait devenir un atout majeur en agissant comme garant
impartial du pouvoir, mais il demanderait très
probablement des garanties pour assurer son avenir. Il est probable qu'il
soit d'ores et déjà à la recherche d'alliés lui
permettant de garantir cet avenir. Une telle alliance
pourrait s'avérer relativement anodine (en cas d'alliance avec un leader de l'opposition), ou dangereuse (en cas
d'alliance avec un homme fort de l'armée). Le
Président Lansana Conté serait extrêmement
fché avec Somparé et le Général Kerfalla
Camara auxquels il reprocherait de s'être concertés pour peut-être préparer une
prise de pouvoir.
Lamine Sidimé –
Cet ancien premier ministre (1999-2004) actuellement président de la Cour suprême
est en mesure, d'un point de vue constitutionnel,
de déclarer M. Conté incapable de remplir
ses fonctions. M. Sidimé, juriste proche du président, a été désigné en aot
2005 en remplacement d'Alphonse Aboly, décédé dans un accident de voiture, à une époque où le Président Conté oscillait entre coma et phases d'éveil. Il a le pouvoir
de prolonger la période transitoire de 60 jours
en cas de succession, ce qui serait souhaitable pour permettre la préparation d'élections libres et équitables.
Néanmoins, lui-même et d'autres membres clé du
PUP, et notamment le président de fait,
M. Somparé, considéreront probablement
qu'il est dans leur propre intérêt de faire en sorte que cette période soit
la plus courte possible.
Général Kerfala Camara – Officier Sosso de la génération
de Lansana Conté, il est l'un des rares protagonistes du putsch de 1984 ayant
mené M. Conté au pouvoir à occuper encore un rle
actif dans la vie politique du pays. Il
a été invité à rencontrer la ministre franaise
de la Défense en février 2006, et semble avoir reu de Paris un message clair sur la nécessité de soutenir une transition en conformité avec ce que prévoit la
constitution.
Général Arafane Camara – Cet officier de la jeune génération, appartenant à l'ethnie Maninka (Malinké)
et proche de Lansana Conté, pourrait être le nouveau leader dans l'éventualité d'un
coup d'Etat militaire que certains seraient prêts à accepter.
Général Bailo Daillo et Général Abdourhamane Diallo – Ces généraux étaient les Fulbé les plus haut
gradés de l'armé, mais ils ont tous deux été remerciés fin 2005. Selon certaines
sources, M. Bailo, qui jouit d'un soutien important de la base, aurait été surpris
et furieux de cette décision. Il pourrait jouer un rle dans l'après Conté en tant
que représentant des intérêts de l'ethnie Fulbé,
mais il pourrait également devenir le leader soutenu par les jeunes officiers
en opposition à Kerfala Camara ou Arafane Camara.
Mamadou Bah (souvent écrit Bah Mamadou) – Président du parti Union des forces démocratiques
de Guinée (UFDG) et leader
de l'opposition appartenant à l'ethnie Fulbé, il est depuis peu moins présent sur
la scène politique.
Ousmane Bah – Ousmane Bah a pris la
tête de l'Union pour le progrès et le renouveau (UPR), parti créé par
Siriadiou Diallo. Au moment des élections municipales
de décembre 2005, l'UPR était le seul parti de
l'opposition à siéger au parlement. Ses vingt membres ont quitté le parlement en
signe de protestation contre les fraudes électorales, bien que l'UPR se soit placée
en seconde position, remportant les élections
à Telimélé et Fria.
Alpha Condé – M. Condé, l'un des leaders
de l'opposition, fait partie de
l'ethnie Maninka, et a reu une formation universitaire.
Il a passé la majeure partie des 26 ans
de l'ère Sékou Touré et des 22 ans de la présidence de Lansana Conté en France,
en raison des nombreuses arrestations et attaques
dont il fut victime. Conté voyait en lui
la plus grande menace à son pouvoir, et
l'a fait emprisonner pendant deux ans au titre d'accusations fallacieuses après les élections de 1998. M. Condé est revenu
en Guinée en 2005 et se met en position
pour tenter de briguer le pouvoir, potentiellement
en collaboration avec l'armée. Cette éventualité
pourrait entraner d'importants conflits civils. Bien qu'il ait le soutien d'une grande partie de la population Maninka, une grande partie de la
population Fulbé et des peuples Forestiers (qui
appartiennent aux petites ethnies du sud-est de la forêt tropicale) affirment qu'ils préfèreraient mourir plutt
que de voir un autre président Maninka à la tête
du pays (Sékou Touré était Maninka, et a eu une attitude abusive à l'encontre
de ces groupes ethniques).
De nombreux diplomates considèrent M. Condé comme le
membre de l'opposition le plus influent en Guinée, position renforcée par la victoire de son parti, le
Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), dans
trois villes importantes – Kankan, Kouroussa, et Faranah – au cours des élections de décembre 2005. De
nombreux Guinéens, parmi lesquels des Maninka, lui reprochent d'avoir passé une
trop grande partie de sa vie d'adulte en Europe.
Jean Marie Doré –
M. Doré a développé un discours enflammé et une
personnalité parfois étrange. Cet intellectuel issu de la région forestière
jouit d'un petit nombre de partisans. Ses ardentes
critiques et son manque de propositions
constructives (il fut le seul représentant
important de l'opposition à refuser de participer à la Concertation nationale),
lui ont valu la réputation de mouche du coche
nationale, mais ne font pas de lui un dirigeant potentiel.
Sidya Touré – L'ancien premier ministre est l'un des deux
plus importants membres de l'opposition. Membre de l'ethnie Diakhanke (un groupe ethnique représentant moins d'un pour cent de la population), il est
essentiellement soutenu sur la cte, région d'origine
du Président Conté (et du Général Kerfala Camara). Son origine ethnique n'est pas
source de discorde, mais sa base est restreinte,
tant parce qu'il ne bénéficie pas d'un soutien
ethnique naturel que parce qu'il a peu agi pour se faire connatre à l'intérieur
du pays. Son parti aurait probablement d remporter
la plupart, si ce n'est la totalité des
cinq postes de maire de la région de Conakry, mais a été spolié par le PUP
de Conté. Il a tout de même remporté les élections à Boffa, la ville natale de M. Touré. M. Touré, qui a également
occupé un poste au sein du cabinet de M. Ouattara
au cours de son long exil en Cte d'Ivoire,
est un homme d'affaires et un technocrate.
Il est considéré comme l'un des seuls premiers
ministres guinéens (1996-1998) à avoir mené à bien sa mission.
Trois hypothèses sont envisageables concernant la succession
du Président Conté: un coup d'Etat militaire, une succession constitutionnelle
ou un gouvernement intérimaire. Une succession
constitutionnelle serait préférable, mais dans tous les cas, une transition
civile est essentielle.
Coup d'Etat militaire. Une telle prise de pouvoir rencontrerait certainement une opposition
immédiate et assez unanime, semblable à celle
rencontrée en 2005 au Togo pendant la crise engendrée par la succession à la tête du pays. Néanmoins, il n'est pas certain que
même une opposition unanime entranerait une
démission du gouvernement. Bien que la plupart des instances régionales africaines
(telles que l'UA) et des gouvernements occidentaux continuent officiellement à désapprouver
le coup d'Etat de 2005 en Mauritanie, les relations
avec ce pays se sont en grande partie normalisées,
car ce coup d'Etat est peru comme ayant l'aval de la population et jouissant
d'une légitimité au niveau national. La population
guinéenne pourrait finir par accepter
une prise de contrle par l'armée, et pourrait même donner l'impression d'y être favorable, mais cela serait le cas
uniquement dans la mesure où cette prise de contrle signerait la fin de l'ancien
régime, et ne reflèterait pas un soutien inconditionnel du nouveau gouvernement.[23]
Les acteurs internationaux ne devront pas
considérer ces signaux éventuels comme une raison d'accepter un tel coup d'Etat. La majeure partie des
problèmes de la Guinée émane de l'absence de
pouvoir des institutions, qui va de pair avec
une personnalisation du pouvoir. L'arrivée
au pouvoir d'un nouveau putschiste, si
bien intentionné semble-t-il, aurait pour effet de renforcer encore cette
tendance.
Tout comme la Mauritanie, le Togo est un mauvais exemple pour la Guinée. L'an passé, plusieurs
personnalités d'Afrique de l'ouest ont parlé de la situation au Togo comme d'une
répétition en vue de la succession en Guinée.[24]
La première réaction au coup d'Etat togolais
(rejet de l'installation par l'armée du
fils de Gnassingbé Eyadéma, Faure, au
poste de président) a été utile,
mais elle a été suivie par un revers des plus cyniques.
En contrepartie du respect de la Constitution, il semble que l'armée et les
élites civiles ayant installé Faure Gnassingbé au pouvoir ont reu le feu vert pour
truquer les élections, piétinant l'esprit de
la Constitution et obtenant ainsi les mêmes résultats que lors du coup d'Etat initial. La transition en Guinée devrait être
menée à un meilleur niveau.
Succession constitutionnelle. Les principales questions qui se poseraient en cas de succession constitutionnelle seraient de savoir qui devrait occuper le poste de
dirigeant par intérim et pour combien de temps. Ainsi qu'il a été indiqué précédemment, le président de l'Assemblée nationale,
Aboubacar Somparé, serait le dauphin constitutionnel,
mais ses intentions ne sont pas claires.
La période transitoire prévue par la constitution est de 60 jours, ce qui est assez court. L'exemple
togolais a démontré que le parti au pouvoir pourrait tirer profit d'une période transitoire de courte durée pour
conserver ce pouvoir. Les progrès réalisés dans
le cadre de la préparation des élections
de 2005 ont amélioré la situation en Guinée.
Des urnes transparentes ont été installées
et une commission électorale, bien que défectueuse, a été créée; les partis
d'opposition ont eu la possibilité de circuler et de se rencontrer librement (une nouveauté en matière de politique guinéenne).
Les autres améliorations nécessaires pour garantir
l'impartialité des prochaines élections en Guinée
– des cartes d'électeurs avec photographie,
la révision des listes électorales, l'indépendance des institutions et le
renforcement du pouvoir de la commission électorale – ont été évoquées ci-dessus. Leur réalisation est désormais
une priorité.
Selon le degré d'avancement de ces projets à la date de la succession éventuelle,
un délai supplémentaire de 60 jours pourrait toutefois s'avérer insuffisant pour
les mener à bien. Dans ce cas, la communauté internationale devra faire pression
sur le président de la Cour suprême afin qu'il use de son pouvoir pour prolonger
cette période transitoire.
Gouvernement intérimaire. Il a été proposé, lors de la Concertation
nationale, que toute vacance de pouvoir soit pourvue pour un délai de dix-huit mois par la mise en place d'un
Premier ministre neutre et consensuel à la tête
du gouvernement, tandis qu'une Cour de justice républicaine remplacerait la Cour Suprême, qu'une commission électorale indépendante remplacerait la commission électorale autonome, et
qu'un Conseil national républicain remplacerait l'Assemblée législative
nationale.[25]
L'ensemble de ce système serait placé sous le
contrle d'un Observatoire international
composé de représentants de la CEDEAO, des Nations Unies et de l'UA.
Il est certain qu'une modification de la commission électorale
serait nécessaire à la tenue d'élections impartiales. Toutefois, la proposition
de remplacer la Cour suprême et l'Assemblée nationale
par des organes aux fonctions fondamentalement
semblables mais dotés d'appellations différentes
et comptant dans leurs rangs des membres plus appréciés des partis de l'opposition
et de la société civile semble sous-estimer l'étendue
de la crise politique que connat le pays. Les
changements fondamentaux dont le pays a besoin
ne peuvent être décidés par diktat. Le
caractère non-consensuel de la politique
guinéenne constitue d'ailleurs l'un des problèmes majeurs du pays. Il convient donc de prendre des mesures préalables dès à présent, mais l'émergence
d'un pouvoir judiciaire véritablement indépendant et professionnel prendra plusieurs
années. De plus, des membres du gouvernement actuel devront faire partie du prochain gouvernement pour qu'une succession
civile ait une chance d'aboutir. Un projet visant
leur départ immédiat mettrait en péril les chances d'une transition civile, et renforcerait le risque de les voir s'allier
à l'armée pour rester au pouvoir.
Il serait plus efficace d'adopter une approche suivant les deux axes complémentaires évoqués ci-dessus.
Bien qu'interdépendants, ces deux axes seraient
bien distincts d'un point de vue conceptuel
et technique, et suivraient un calendrier
différent. Le premier axe de travail aurait pour objectif de faciliter la tenue des prochaines élections en toute transparence, quelle qu'en soit la date. Dans
ce cadre, il conviendrait de procéder dès aujourd'hui à la modification de la commission électorale, à la
fabrication de nouvelles cartes d'électeurs et
à la révision des listes électorales. Cette approche politico-technocrate
aurait pour but la mise en place des conditions nécessaires à la tenue d'élections
libres et équitables.
Dans le contexte de la grève générale et de la Concertation nationale,
des pas ont déjà été fait dans le champ deuxième axe de travail. Celui-ci doit viser des changements socio-économiques
et politiques sur le long terme, afin de permettre une véritable ouverture du pays et le développement de la démocratie. Ce
processus devra être graduel et cumulatif, et
son résultat final ne sera pas visible
avant plusieurs années. Si aucun progrès n'est réalisé dans cette voie, toutes
les améliorations électorales réalisées sur le
plan technique seront inutiles.
Ceux qui ne s'opposeraient pas à un coup d'Etat, préférant la stabilité au risque d'un changement susceptible de déstabiliser le pays, ne sont pas nécessairement
cyniques. Leur position reflète seulement une
analyse superficielle. La population guinéenne a fait preuve d'une certaine
maturité politique en s'élevant en faveur d'un
changement sans pour autant faire usage de violence pour arriver à ses fins. Les
observateurs étrangers prennent souvent cette
attitude pour une forme de fatalisme, et la Guinée souffre dans une certaine
mesure de l'inertie typique de nombreux pays ayant connu de longues périodes de
dictature. Néanmoins, les mauvaises expériences de rébellion dans les pays voisins,
tels que le Libéria, la Sierra Leone et la Cte
d'Ivoire, ont également nourri une réticence
à l'égard de cette voie. Le plus difficile a été de créer un espace permettant d'engager le dialogue de faon pacifique dans un pays où ce type de
dialogue est réprimé par le gouvernement, où la majorité de la population s'oppose à une révolte violente, où la
société civile est très peu développée et passe le plus clair de son temps à se disputer les quelques miettes laissées
par les bailleurs de fonds étrangers, et où la préoccupation principale de la population est de trouver de quoi
manger.
Dans ce contexte, la grève générale et la Concertation nationale revêtent une
importance capitale. Ces deux événements ont pu voir le jour grce à la tendance
du gouvernement à recourir moins fréquemment à
des techniques répressives. Ce fait constitue
également un pas en avant pour la Guinée: dans l'équation, le leadership est le maillon faible. Le pays regorge de
personnalités imposantes et charismatiques. Chacune d'elles compte des partisans et des détracteurs, mais aucune d'entre elles n'a encore vraiment pris les
risques qu'un vrai leader devra savoir prendre.
Tout comme le reste de la population, ces personnalités évoluent dans un
environnement hostile à toute initiative n'émanant pas du Président Conté. Il est maintenant temps pour les dirigeants potentiels de la Guinée de s'avancer pour
proposer leur programme et leur vision de l'avenir de la nation.
Il sera nécessaire, dans cet avenir, de se confronter au passé houleux de la
Guinée. Une transition politique, même si celle-ci
est amorcée en douceur, risque de s'effondrer
si les guinéens n'arrivent pas à tirer un trait sur la violence qui secoue leur pays depuis 48 ans. Bien que Sékou
Touré ait, à juste titre, attiré l'attention de la population sur les injustices et les abus de la période coloniale, ce discours anti-impérialiste s'est trop
souvent accompagné de l'élimination des derniers
suspects contre-révolutionnaires; à cette
époque, presque chaque famille déplorait
un ou plusieurs membres battus, arrêtés,
torturés ou tués. Cette violence a laissé place au pillage délibéré de l'ère actuelle,
mais cette histoire reste presque tabou,
plus particulièrement chez les intellectuels.
C'est la raison pour laquelle Robert Sarah, ancien archevêque de Conakry
actuellement au Vatican, serait
la personne idéale pour diriger la Conférence
nationale ou poursuivre la Concertation nationale.
Son évaluation franche de la situation
en Guinée lui a apporté admiration et
crédibilité. Il est aussi populaire auprès de la majorité musulmane du pays, qui représente environ 85 pour
cent de la population, qu'auprès de la communauté
chrétienne.[26] Une des
raisons pour lesquelles Msgr Sarah a été
rappelé à Rome serait la réticence du Vatican face à l'implication du clergé
catholique dans des activités clairement politiques.
Toutefois, si le processus visant à faire
avancer la Guinée est divisé en deux axes distincts, l'un traitant directement de questions liées aux
élections et l'autre destiné à encourager le dialogue concernant l'avenir du pays,
le Vatican pourrait soulever moins d'objection
à son implication dans cette deuxième voie.[27]
Les représentants de la société civile guinéenne et la communauté de Sant'Egidio,
qui réalise des missions humanitaires en Guinée, pourraient s'enquérir auprès du
Saint Siège de cette éventualité.
Les dirigeants souhaitant organiser un coup d'Etat en Guinée auront tiré
plusieurs leons des coups d'état intervenus en Mauritanie et surtout au Togo
en 2005. L'armée pourrait prendre le pouvoir
ou installer un homme de paille civil
à la tête du pays, en agissant probablement
de manière brutale. La Guinée a été si mal gouvernée depuis si longtemps
que plutt que de voir en la fin de l'ère Conté une possibilité de changement, la plupart des diplomates (qu'ils soient africains
ou européens) ont adopté une position
conservatrice et recherchent la
solution la moins mauvaise. Les Guinéens auront naturellement tendance à s'élever au niveau auquel la barre aura été placée. Si elle n'est pas haut
placée, le résultat sera médiocre. Néanmoins plusieurs facteurs – et notamment la grève générale et la
Concertation nationale, ainsi que les
progrès modestes mais réels enregistrés
au cours du deuxième semestre 2005 – laissent espérer un bien
meilleur résultat.
Il est essentiel d'adopter dès à présent une position claire. L'UE
et les Etats-Unis ont fait savoir qu'ils rejetteraient et isoleraient un
gouvernement militaire ayant pris le pouvoir par
la force. Les règles internes de l'UA la contraignent à isoler tout gouvernement arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat. La CEDEAO s'est
félicitée d'avoir contraint l'armée togolaise
à renoncer au pouvoir obtenu par un coup
d'Etat et à obtenir les mêmes résultats par des moyens légaux. Cette position
ne semble pas avoir été ébranlée par le fait que
les élections ayant rappelé Faure Gnassingbé
au pouvoir aient été considérées comme frauduleuses par beaucoup[28]
et aient entrané, selon les Nations Unies, la mort de 400 personnes et la fuite de près de 40 000 réfugiés au
Ghana et au Bénin. Une position claire de la CEDEAO
en faveur d'une succession constitutionnelle en Guinée aura obligatoirement
une incidence sur les intentions de l'armée.[29]
Les acteurs internationaux susceptibles de soutenir une prise
de contrle quasi-militaire du pays ont trouvé des alliés dans les rangs de l'opposition guinéenne,
laquelle a, à plusieurs reprises, appelé à une
prise de contrle militaire. Ceci ne doit pas être une excuse pour laisser
passer un coup d'Etat. Pour reprendre les termes
d'un observateur franais, certains partis politiques, conscients de leurs
faiblesses, pourront préférer traiter avec l'armée
plutt que d'entrer ouvertement en concurrence avec leurs opposants.[30]
La communauté internationale ne doit pas se laisser entraner dans ce jeu, qui ne
pourra que mal se terminer à moyen terme.
Au cours des prochains mois, les initiatives concernant la Guinée devront tout d'abord avoir pour objectif de faciliter le dialogue entre le plus grand nombre de
représentants des diverses couches de la population, et notamment avec l'armée, mais sans lui laisser l'occasion de monopoliser ce dialogue. La communauté internationale
devrait encourager – ou plutt enjoindre
– les dirigeants potentiels à présenter
un programme faisant état des stratégies concrètes qu'ils comptent mettre
en oeuvre, ainsi que leur vision pour la Guinée. Les bailleurs de fonds devront s'efforcer de permettre des avancées
rapides concernant les aspects techniques de
la réforme électorale. Si le président
devait décéder ou ne plus être en mesure de rester au pouvoir, les bailleurs
de fonds devront faire pression pour que les élections
soient retardées assez longtemps pour
permettre aux différents partis politiques de faire campagne.
La Guinée devrait vraisemblablement être confrontée à une transition
politique avant les élections législatives de 2007. Dans cette hypothèse,
il est crucial de tirer parti des trois avancées majeures enregistrées au cours
des six derniers mois. Tout d'abord, les réformes
politiques importantes, bien qu'incomplètes, visant à permettre la révision des listes électorales, à autoriser
l'existence de stations de radiodiffusion et de télévision privées, et à créer la
première commission électorale du pays.
Les élections municipales de décembre 2005 ont constitué la deuxième avancée majeure. Malgré les fraudes électorales qui les
ont entachées, ces élections doivent être considérées
comme un entranement en vue du prochain scrutin, qu'il s'agisse d'élections
législatives ou présidentielles. Il reste également beaucoup à faire dans ce domaine,
notamment la délivrance de cartes d'électeurs avec photographie à tous les électeurs
en remplacement des attestations de résidence
distribuées de manière sélective lors des précédentes élections.
Enfin, la grève générale et la Concertation nationale ont permis
aux syndicats, aux organisations professionnelles et aux organismes de la société civile d'arriver à une
étape cruciale. Le dernier mouvement populaire
comparable s'était produit au cours de la révolte des femmes de 1977, et avait eu
pour effet d'atténuer de manière significative
la répression la plus violente (1968-1977)
des années Sékou Touré. La date à laquelle se sont produits ces deux événements les rend d'autant plus importants car il est désormais possible de
répondre aux cyniques se prononant en faveur
d'un coup d'Etat militaire au motif de l'absence d'alternative viable: il
existe des alternatives, les voici, et voici
le programme qui a été proposé.
Un nouveau chapitre de l'histoire guinéenne s'ouvre aujourd'hui. La question est de savoir si
les acteurs de cette coalition resteront unis par leur vision commune. Pour convaincre le gouvernement et l'armée de se
joindre à eux, ils devront renoncer à leurs droits au pillage. La tche ne sera
pas aisée pour ce nouveau groupe civil encore
fragile, et c'est ici que les acteurs externes devront entrer en jeu: le seul moyen pour la communauté internationale de contraindre l'armée guinéenne à
entamer sérieusement des négociations avec les
acteurs de la société civile est d'annoncer clairement qu'elle n'acceptera pas un
coup d'Etat militaire.
La société civile guinéenne a commencé à prendre
les choses en main. Il serait aisé de remarquer qu'il était temps,
mais elle doit faire face à des obstacles de taille. Les forces
de sécurité de l'Etat n'ont jamais hésité à incarcérer et à rouer de coups
les activistes, qui ne reoivent
que très peu d'aide, financière ou autre, de la part de la communauté internationale,
tandis que la population qu'ils s'efforcent de rassembler est démoralisée et démobilisée par sa lutte quotidienne
pour se nourrir. Si des sommes semblables
à l'aide envoyée à la société civile en
Europe de l'est et en Asie centrale avaient été mises à la disposition de la société
civile en Guinée dans ce climat post-socialiste,
les choses auraient été bien différentes. Cette aide doit désormais être
fournie à la Guinée dans le cadre d'une
double action internationale mettant clairement
l'accent sur le fait qu'un coup d'Etat militaire serait rejeté unanimement.
Ce sont là des conditions essentielles à une transition pacifique, et les Guinéens
semblent tout à coup prêts à engager les discussions nécessaires pour y aboutir.
Dakar/Bruxelles, le
11 avril 2006
ANNEXE A
CARTE DE LA GUINéE

ANNEXE B
Déclarations finales
du Forum National des organisations de la société civile guinéenne
Contexte
Le Forum National de la Société Civile Guinéenne organisé
par le CNOSCG, avec l'appui de IFES et de USAID, s'est déroulé du 10 au 12 mars 2005,
à Conakry. Placée sur le thème Société Civile et processus de démocratisation:
enjeux et perspectives , cette rencontre a rassemblé plus de 150 leaders des structures
de la société civile (organisations paysannes, ONG, Syndicats, Conseils des Ordres
et Organisations Socio Professionnelles, associations de jeunes et de femmes, associations
religieuses, etc.) provenant des sept (7) régions administratives de la Guinée et
de la ville de Conakry.
Ce Forum intervient aux lendemains des élections communales
et communautaires du 18 décembre 2005, aux lendemains de la grève générale observée par les travailleurs
guinéens du 27 février au 3 mars 2006, et dans la perspective des prochaines élections législatives de 2007.
Le Forum s'est penché sur les thèmes suivants à travers des panels et des travaux
de groupe:
q
La démocratie
élective en Afrique;
q
Le Protocole
Additionnel de la Bonne Gouvernance et de la Démocratie de la CEDEAO;
q
Rles et Responsabilités
de la Société Civile dans le processus électoral;
q
Gouvernance locale
et engagement citoyen;
q
Evaluation de l'émergence de la Société Civile par rapport au processus de démocratisation
et au processus électoral;
q
Société Civile:
paix et sécurité;
q
Quel cadre d'évolution
institutionnel des associations en Guinée.
Constat
q
Le Forum félicite les citoyens guinéens pour leur niveau de civisme élevé exprimé
durant la grande grève et nos collègues syndicalistes pour leur forte mobilisation
et la solidarité exemplaire dont ils ont fait preuve. Participants ont unanimement
reconnu que dans un régime démocratique, une des réglementations parmi les plus
délicates et névralgiques concerne le déroulement des opérations électorales.
q
La méconnaissance du Protocole Additionnel de la Bonne Gouvernance et de la
Démocratie de la CEDEAO et le besoin de le diffuser et de promouvoir son application.
q
La nécessité
d'élargir la gestion locale ou électorale afin qu'elle ne soit pas exclusive à l'Etat.
Recommandations
Suite à ses travaux, le Forum a fait les recommandations suivantes:
Par rapport au
processus électoral
1.
La révision du
Code électoral permettant la mise en place d'une structure de supervision et de
contrle impliquée dans toutes les étapes du processus électoral; la révision du
financement des partis politiques, le rééquilibrage du découpage électoral; la suppression
des bureaux de vote dans les camps militaires.
2.
Une refonte complète
du fichier électoral et sa révision systématique tous les ans telle que prévue par
la loi.
3.
L'instauration de l'inscription obligatoire des femmes et des jeunes gés de
18 ans et plus sur les listes électorales et la distribution des cartes d'électeur.
4.
L'éducation et
la sensibilisation continues des citoyens sur le processus électoral.
5.
L'institutionnalisation de la Mission Nationale d'Observation Electorale, l'élargissement
de ses prérogatives et son implication effective à toutes les étapes du processus
électoral.
6.
L'établissement
des quotas pour les jeunes et les femmes sur les listes des candidats aux élections.
7.
La décentralisation
de la délivrance des cartes d'identité, et leur gratuité.
Par rapport à
la gouvernance locale
1.
Faire du consensus
la base de la démocratie locale.
2.
La révision des
textes relatifs à la gouvernance locale dont ceux ayant trait à la nomination des
chefs de quartier et des présidents de districts et à la relation entre les sous
préfets et les présidents des CRD.
3.
La vulgarisation
et l'application des textes relatifs à la gouvernance locale.
4.
Une plus grande
participation de la Société Civile dont les femmes et les jeunes dans la gouvernance
locale.
Par rapport à
la paix et la sécurité
1.
Le respect des
lois et des conventions.
2.
Faire valoir le lien entre la participation de la Société Civile dans le processus
électoral et la prévention des conflits.
3.
Instaurer un
équilibre dans les circuits de commercialisation.
4.
Révision du Code
foncier; élaboration d'un Code foncier rural.
5.
Mise en place
des mécanismes de communication et de cohésion sociale.
6.
Favoriser l'échange
d'information et la collaboration entre la Société Civile et les forces de l'ordre.
7.
Recourir aux
traditionnelles dans la prévention des conflits.
Par rapport aux
acteurs
q
L'Etat
1.
Veiller au respect
des textes de loi.
2.
Appuyer le renforcement
institutionnel et des capacités de la Société Civile.
3.
Impliquer la Société Civile dans l'élaboration des textes d'application de la
loi n L/O13/2005 fixant le régime des associations en
République de Guinée.
4.
Favoriser un dialogue tripartite Société Civile/Partis politiques/Etat sur le
processus électoral.
5.
Favoriser l'accès à la carte d'identité.
6.
Permettre les candidatures indépendantes pour les élections locales.
7.
Former ses démembrements à la culture démocratique et à la neutralité de l'administration.
8.
Assurer une plus grande visibilité aux espaces propres à l'Etat
et aux partis politiques, y compris le parti au pouvoir.
9.
Respecter la séparation des pouvoirs des institutions républicaines, et les
membres de ces institutions doivent assumer la plénitude de leur mission dans le
respect de leur mandat vis-à-vis des citoyens.
10.
Désignation d'un Médiateur[31]
de la République.
q
Partis Politiques
1.
Veiller à la
formation de leurs militants.
2.
Elaborer de véritables
projets de société et les diffuser.
3.
Reconnatre et
collaborer avec la Société Civile.
4.
Promouvoir la
participation des jeunes et des femmes au sein des instances des partis.
5.
Promouvoir le
dialogue social.
q
Société Civile
1.
Mener des actions
pour renforcer sa visibilité et sa crédibilité.
2.
Veiller à la
mise en place d'un cadre électoral transparent et qualifié.
3.
Renforcer la
collaboration et la synergie entre les organisations de la société civile.
4.
Mener un plaidoyer pour une participation accrue de la Société Civile à toutes
les étapes du processus électoral.
5.
Faire et sensibiliser
les populations sur leurs droits et devoirs.
6.
Développer les
outils d'information et de communication (radios communautaires).
7.
Identifier les
domaines constitutifs de la prévention et veiller à leur mise en uvre.
8.
Promouvoir la
mise en place de cadres permanents de concertation tripartite sur toutes les questions
d'intérêt national.
9.
Mettre en place
des mécanismes de concertation entre Société Civile et Forces de l'ordre par rapport
à la prévention et la gestion des conflits.
10. Se mobiliser pour faire connatre et défendre
la loi fondamentale.
Fait à Conakry, le
12 mars 2006
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Crisis Group also operates from some 20 different locations in Africa,
Asia, Europe, the Middle East and Latin America.
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[1] Voir le Rapport
Afrique n94 en date du 14 juin 2005, intitulé Guinée: conjurer la descente aux enfers
(Stopping Guinea's Slide), pour une discussion concernant ces réformes et le contexte politique
général dans lequel elles s'inscrivent.
[2] En Guinée, ce ministre
a pour titre officiel ministre de l'Administration du territoire et de la décentralisation.
[3] Entretien de Crisis
Group avec un diplomate, Conakry, le 19 janvier 2005.
[4] Entretien de Crisis
Group avec un haut fonctionnaire européen, Bruxelles, mars 2006.
[5] En septembre 2005,
une émeute s'est produite à Kouroussa au cours de laquelle les forces de sécurité auraient
tiré sur la foule désarmée et blessé deux personnes. La foule protestait contre les agissements du
Préfet, qu'elle souponnait d'avoir détourné de l'argent d'un fonds de
développement communautaire créé par une compagnie minière locale avec
l'assistance du PNUD. Cet observateur est arrivé dans le village le jour des
élections et s'est entretenu
avec les villageois dans les heures qui ont suivi cet événement.
[6] Communication
téléphonique du 20 décembre 2005 entre Crisis Group et un journaliste à Conakry. Le gouvernement a finalement annoncé
un taux de participation global de 58 pour cent et de 37 pour cent dans les zones urbaines. Cf. Guinea: Ruling
party wins landslide in pivotal local elections, IRIN, le
28 décembre 2005.
[7] La mauvaise
connaissance des règles électorales est peut-être à l'origine d'un grand nombre
d'irrégularités. Entretien de Crisis Group avec un haut fonctionnaire européen, Bruxelles, mars 2006.
[8] Entretien de Crisis Group, Conakry, le 27 janvier
2006.
[9] Le Fonds européen de
développement (FED) disposerait des ressources nécessaires pour participer à la bonne préparation des
élections (Entretien de Crisis Group avec un haut fonctionnaire de l'UE, Bruxelles, mars 2006). Si ces
fonds ne peuvent être rapidement débloqués, l'UE devrait envisager
l'éventualité de démarrer le projet avec de l'argent provenant du mécanisme de réaction
rapide (MRR), un instrument de la Commission utilisé pour réagir au plus vite, entre autres, à une situation
de crise réelle ou naissante, une
situation menaant l'ordre public, la sécurité et la sreté des personnes, une
situation menaant de dégénérer en un conflit armé ou menaant de déstabiliser
le pays.
[10] Union syndicale des
travailleurs de Guinée-Confédération nationale des travailleurs de Guinée (l'inter
syndicale USTG-CNTG).
[11] Cf. A. Diallo, Guinée: CNTG/USTG-Gouvernement, l'épisode d'un
désaveu, L'Aurore, 14 mars 2006.
[12] Correspondance entre
Crisis Group et un travailleur humanitaire.
[13] Un instituteur ou un policier gagne
environ 120 000 francs guinéens (FG) par mois (équivalent à 24$), soit le prix
d'un sac de riz de 50 kg. En mars 2004, la même quantité de riz cotait 35 000 FG, un litre
d'essence cotait 4 400 FG, un litre de diesel 4 200 FG. En juillet 2004, un
litre d'essence cotait 1 500 FG. En juin 2004, 2 600 francs guinéens équivalaient à
un dollar et aujourd'hui le taux de change est de 4 950 FG pour un dollar. Les salaires n'ont
pas varié au cours de cette période.
[14] Pour en savoir plus
sur les grèves et leur importance, voir F. Cooper, Decolonization and African Society: The Labour Question in
French and British Africa (Cambridge, 1996); et E. Schmidt, Mobilizing the
Masses: Gender, Ethnicity and Class in the Nationalist Movement
in Guinea, 1939-1958 (Portsmouth, 2005).
[15] Les syndicats
eux-mêmes, qui avaient promis au gouvernement de ne pas intervenir dans les
questions politiques, n'étaient pas officiellement représentés lors de la Concertation nationale. De nombreux
membres y ont toutefois assisté individuellement ou en tant que membres d'autres
groupes.
[16] Le Communiqué final
de cette réunion est joint en annexe C ci-dessous.
[17] Ce processus est
plus amplement détaillé dans la partie IV B ci-dessous.
[18] Rapport de Crisis
Group, Guinée: conjurer la descente aux enfers, op. cit.
[19] S. Samb, Guinea's Conte sacks PM, overturns reshuffle, Reuters, 5 Avril 2006.
[20] Lorsque Sékou Touré
est décédé, M. Somparé était ambassadeur de Guinée en France.
[21] Malgré le démenti
officiel de M. Somparé, diverses sources ont indiqué que celui-ci a organisé
plusieurs réunions avec les officiers immédiatement après le départ de M. Conté pour la Suisse, pour essayer soi-disant de
trouver un accord sur la succession constitutionnelle, ce qui à l'avis de tous les Guinéens ne sera
possible que si l'armée donne son feu vert.
[22] Tous les principaux
partis d'opposition, à l'exception de l'Union pour le Progrès de la Guinée
(UPG) de Jean-Marie Doré, ont boycotté les élections législatives.
[23] Cf. l'article de Gareth Evans et Mike
McGovern, Guinée: Résister
à la séduction des bons' coups d'Etats, allAfrica.com, 24 mars 2006.
[24] Entretiens de Crisis
Group, Dakar, Conakry, Accra, Abuja, 2005-2006.
[25] Un problème
manifeste qui se pose est de savoir comment le premier ministre par intérim
et les autres autorités seront choisis.
Entretien de Crisis Group avec un haut fonctionnaire européen, Bruxelles, le 26
mars 2006.
[26] Lorsqu'il était
archevêque, l'homélie de Nol de Mgr Sarah, publiée dans les journaux et
distribuée sur cassette, était attendue avec impatience par les Guinéens de toutes confessions. Son sermon franc et lucide de
Nol 2000 sur la responsabilité
partielle du gouvernement dans les attaques transfrontalières entre le
Libéria et la Sierra Leone (du fait du soutien de celui-ci aux rebelles du LURD dans leur
combat contre le Libéria de
Charles Taylor), s'est révélé particulièrement audacieux et a fait l'objet de nombreux
débats.
[27] Il existe des
précédents: Mgr de Souza était président de la Conférence nationale du Bénin en
1990 et Mgr Monsengue, archevêque de Kisangani, présidait la Conférence nationale
souveraine qui tenta d'ouvrir la voie à la démocratisation du Zare de Mobutu.
[28] L'UE, bien que
n'étant pas un observateur officiel, s'est sentie obligée de faire des
observations sur cette fraude généralisée. Le West African Civil Society
Organisation Forum, même s'il est situé dans les locaux de la CEDEAO, a énergiquement manifesté son
désaccord avec cette organisation lorsque celle-ci a conclu que les élections
étaient satisfaisantes
malgré le fait que ses observateurs n'avaient pas assisté au dépouillement
des votes et que des hommes armés avaient dérobé des urnes à divers endroits de
Lomé, un fief de l'opposition.
[29] Les sceptiques ont
assuré que l'élite politique et militaire de la Guinée ne se soucie guère
de ce que les autres pensent d'elle. Cependant, elle est plus exposée que jamais suite à la
grève générale, et si elle se retrouve sans
aucun allié, elle sera très certainement dans l'obligation d'autoriser une transition légale.
[30] Correspondance entre
Crisis Group et un journaliste franais, 19 mars 2006.
[31] La responsabilité du
médiateur serait de faire avancer le processus en cas d'impasse entre le
gouvernement et les autres partis à la négociation.
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