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Memorial Camp Boiro


Adolf Marx
Maudits soient ceux qui nous oublient

Derscheider Verlag. 1976. 286 pages

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[ Des bandits à Boiro ]

Un jour, nous apprenons que de nouveaux détenus sont arrivés au Camp et qu'ils ont été répartis dans plusieurs cellules. Cette nouvelle provoque une discussion animée entre mes compagnons africains. Ils ont l'air très excités et le mécontentement qui se lit sur leur visage aiguise ma curiosité. Alors, ils me racontent ce qu'ils ont appris. Les nouveaux venus sont des voleurs et des assassins qui ont été internés chez nous parce que le bloc des criminels est complet. Il s'agit d'hommes dangereux et sans scrupules.
En voilà la preuve : une bande de voyous a préparé un hold-up à Kankan. Cette ville, située à 700 km à l'intérieur du pays, est le centre du commerce de diamants et le siège de la bourse des pierres précieuses de la Guinée. Les voyous sont décidés à tuer le gardien, s'il le faut, et ont même prévu de l'enterrer aussitôt pour effacer toutes les traces du hold-up et pouvoir s'enfuir avec les diamants. Le hold-up se passe comme prévu et le “mort” est enterré dans la fosse préparée à l'avance. Tout se déroule sans problèmes et les ravisseurs s'enfuient avec leur butin. Mais ils avaient vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué… Un homme les avait observés pendant qu'ils enterraient le “mort”. Il le déterre donc et constate que la victime est encore en vie, mais sans connaissance. L'homme appelle un médecin, mais ses soins ne reussissent pas a sauver la vie du blessé. Malgré tout, celui-ci aura encore le temps de faire une description détaillée des ravisseurs qui seront arrétés peu après. Ce sont ces hommes qu'on a internés dans notre Camp et qui s'accusent mutuellement de l'échec de leur tentative. Ils certifient que les diamants sont déjà à l'étranger, mais les gardiens supposent qu'ils les ont cachés dans de petits tubes qu'ils se seraient ensuite introduits dans l'anus, croyant la cachette sûre. Aussi leur donne-t-on des laxatifs. Les gardiens ne les quittent pas des yeux, mais quand les laxatifs font leur effet, ils sont bien obligés de se rendre à l'évidence : les diamants ont disparu.

D'autres détenus, coupables eux aussi de graves délits, se querellent toute la journée, et se plaignent de la nourriture et des traitements inhumains auxquels ils n'avaient pas été habitués dans les autres prisons.
Nous avons donc la preuve, nous qui sommes innocents et internés pour motifs politiques, que le traitement qu'on nous fait subir est vraiment cruel. Les assassins et les voleurs —qui, eux, sont vraiment coupables — ont droit à un traitement plus humain. On ne les punit pas pour de petits délits, comme par exemple regarder sous la porte, chanter ou se plaindre.
L'enfer de Boiro, dans lequel nous sommes condamnés à vivre, n'est pas une prison mais un pénitencier, un véritable Camp de concentation. Quelques semaines plus tard, les criminels sont transférés dans un autre Camp.

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