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Mon quatorzième jour de captivité touche à sa fin, et c'est avec angoisse que je me demande si l'interrogatoire nocturne et la séance dans la chambre de torture vont m'être épargnés ce soir. Mon espérance est déçue. Sans interrogatoire cette fois, on me traîne dans la chambre de supplice. Le Libanais Melhem Malkoun et le Français Marcel Ropert y sont déjà et attendent.
Cette nuit-là, Melhem va souffrir le supplice de la chaise et recevoir de nombreux coups de bâton et de tuyaux en caoutchouc. Ces brutalités sont telles que, des mois plus tard, il ne parviendra toujours pas à s'allumer une cigarette tout seul et il ne pourra que ramper, en traînant une jambe raide. Marcel et moi sommes à genoux sur de petites pierres pointues et nous devons assister à tout ce qu'on fait subir à Melhem pour “aider sa mémoire”. Il finit par avouer qu'il a changé plus de 1.000 dollars avec un Allemand.
Après cet aveu, on ne le laisse plus tranquille et on le torture à l'extrême. Toutes les souffrances qu'on lui fait subir s'accompagnent d'un interrogatoire acharné :
“Combien as-tu encore changé ?”
Arrivé au bout de sa capacité de résistance, Melhem indique le nom de l'Allemand : Seibold.
Les tortionnaires sont provisoirement satisfaits de ce renseignement. Puis on nous met tous les trois dans la jeep garée devant la porte et la voiture se dirige vers le Bloc B.
En route, un jeune homme de la milice tient son fusil dirigé vers moi. Comme je sais que les jeunes recrues militaires ont tendance à manier les armes avec beaucoup d'imprudence, je détourne le canon de son fusil et lui conseille de le manier prudemment. Le jeune Africain me regarde d'un air stupéfait mais ne répond pas, et on me refoule dans ma cellule.
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