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Témoignages


Maurice Jeanjean
Sékou Touré: un totalitarisme africain

Editions L'Harmatan. Paris. 2005. 232 pages


Le jeudi 10 février dernier, Maurice Jeanjean, lors de la séance de dédicace de son livre intitulé « Sékou Touré, Un totalitarisme africain» aux éditions l’Harmattan, a tenu un débat sur le premier président guinéen et la situation politique qui a caractérisé son règne.

Maurice Jeanjean, français qui a vécu en Guinée de 1957 à 1961, a expliqué la raison pour laquelle il a tenu à écrire cet ouvrage. Il a surtout insisté sur des évènements dont il a été un témoin direct et qui selon lui, ont été déterminants dans l’ascension de Sékou Touré et lui ont permis d’avoir les mains libres pour diriger la Guinée d’une main de fer.

Un des évènements c’est la Conférence des Commandants de Cercle organisée dans le cadre de la Loi-cadre. Sékou Touré était alors le vice-président du gouvernement. Maurice Jeanjean a vu dans cette conférence une image de fin d’empire. Cette conférence a décidé la suppression de la chefferie ce qui va donner un large pouvoir a Sékou Touré pour la suite de sa carrière politique. Car le « Responsable suprême » de la révolution va substituer à la chefferie son organisation politique largement calqué sur le Parti communiste français.

Un autre fait marquant a lieu en 1958, lorsque ékou Touré a suscité des émeutes à caractère ethnique qui se sont traduits par de nombreux morts. Ces évènements ont mis en exergue Sla culture de la violence du PDG, une culture de la violence qui est en réalité très ancienne. Ils témoignent aussi du double langage de Sékou Touré qui d’une part, prône l’entente entre les ethnies et d’autre part, suscite des tensions et la méfiance entre elles.

C’est dans ce contexte que le Général de Gaulle effectue une visite en Guinée le 25 août 1958 où il a reçu un accueil très chaleureux, que l’on peut qualifier de triomphal au cri de « Syli » qui signifie éléphant mais qui est aussi le symbole du parti de Sékou Touré. C’est un accueil où la mise en scène à grands boubous blancs, avait été réalisé par Keita Fodéba, fondateur des Ballets africains qui sera plus tard une victime de Sékou Touré.

Selon l’auteur, il n’était pas certain que Sékou Touré ait voulu dire non au référendum de 1958, mais il a été poussé dans ce sens par les syndicats et les partis d’opposition guinéenne. La victoire du non a été massive. Les votes de certains Guinéens ont été rejetés, ce qui va avoir des conséquences ultérieures.

Un des membres de l’assistance, Julien Condé, membre du comité de dépouillement de vote à Conakry en 1958, a souligné que les bureaux de vote avaient reçu pour consigne de bourrer les urnes et il a raconté une anecdote, celle de la difficulté de faire comprendre qu’on ne pouvait pas avoir plus de 100 % de non.

Selon Maurice Jean Jean, Sékou Touré n’a pas cru De Gaulle sur les conséquences du vote du 28 septembre 1958.

Les difficultés auxquelles il va être confronté va le conduire à susciter des complots en faisant des amalgames en arrêtant pêle-mêle civils et militaires. C’est à travers ces complots que seront liquidés de nombreux Guinéens. Maurice Jeanjean est rentré en France en 1961, l’année du complot des enseignants et depuis lors, il s’occupe de l’évacuation de l’aluminium de Guinée après avoir participé à l’implantation de l’usine d’alumine de Fria.

Un autre intervenant dans l’assistance, le Docteur Thierno Bah, a relevé que depuis la chute du régime de Sékou Touré en 1984, les condamnés à mort n’ont jamais été réhabilités. Mais Madame Sackoh, nièce d’une des toutes premières victimes des complots, David Soumah, pense qu’il ya eu une sorte de réhabilitation même si elle n’est pas explicite. Elle a fait remarquer que les arrestations au temps de Sékou Touré s’accompagnaient systématiquement de la saisie des biens des victimes des complots et leurs familles étaient laissées dans une totale demunition. Madame Sackoh a déclaré que les biens de son oncle David Soumah qui avaient été saisis lors de son arrestation, ont été restitués à sa famille après la chute du régime.

Madame Dominique Bangoura a son tour estimé que le régime actuel en Guinée est la continuation de celui de Sékou Touré avec des formes d’autoritarisme très marqué. Elle a estimé qu’il se pose un problème de dialogue et de réconciliation en Guinée où aucune réflexion, aucun travail de mémoire n’est entrepris par les autorités. Elle a donné l’exemple du Maroc où un cercle de réflexion sur les crimes commis sous le roi Hassan II a été mis en place.

Pour Moustapha Diop, la Guinée est dans un situation où l’individu se trouve seul face à face avec le pouvoir public sans aucun corps intermédiaire pour le défendre. Il y voit un vide institutionnel qui a permis et permet l’élimination physique des personnes.

Quant au Journaliste Jean Pierre N’Diaye, il a insisté sur la nécessité de situer les évènements des années Sékou dans un contexte particulier, celui de la Guerre froide et par la faiblesse et l’absence du pays en 1958 et des années précédentes de l’Intelligentsia guinéenne, ce qui a favorisé l’ascension de Sékou Touré.

Pour finir, Maurice Jeanjean a répondu à deux questions, l’une portant sur la réaction des autorités françaises lors des émeutes à caractère ethnique de 1958 et sa réaction sur l’ouvrage de Sidiki Kobélé. A la 1ère question, l’auteur a expliqué la passivité des autorités françaises par la faiblesse du gouverneur de l’époque et sur l’ouvrage de Sidiki Kobélé, Maurice Jeanjean qui y a vu du négationnisme, a réagi en lui écrivant une lettre ouverte dont Guinéenews© en a reçu copie.

Maurice Jeanjean sera bientôt l’invité de Guinéenews© pour nous parler de son livre qui est très dense, très instructif sur ce passé tumultueux de notre pays que certains voudraient voir occulté des mémoires tandis que d’autres souhaitent qu’on en parle afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Hassatou Baldé
Guinéenews
15 Février 2005