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Maurice Jeanjean
Sékou Touré: un totalitarisme africain

Editions L'Harmatan. Paris. 2005. 232 pages


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Première partie
De la formation au faîte du pouvoir
Chapitre IV
Au faite du pouvoir 1958-1960

1. Les conséquences immédiates du Non

Le Gouverneur Risterucci arrive à Conakry dès le 29 septembre avec mission d'informer le gouvernement guinéen des conséquences du vote négatif. Par une note non signée et sans en-tête, il y est notifié le retrait des fonctionnaires français, la suppression de l'aide financière au budget guinéen. Le Gouverneur Risterucci précise au cours d'une conférence de presse que les relations francoguinéennes seront désormais régies « selon les principes du droit international » et ajoute que « l'indépendance guinéenne est un fait acquis ».
Le 30 septembre Sékou Touré donne lui aussi une conférence de presse : « Jespère que la France sera la première nation à reconnaître la Guinée indépendante ». Le 2 octobre l'Assemblée territoriale de Guinée proclame l'indépendance et investit Sékou Touré président du premier gouvernement de la République de Guinée, auquel elle « donne les pleins pouvoirs pour administrer et gérer les intérêts nationaux ». Le même jour Sékou Touré adresse deux télégrammes identiques, l'un au Président de la République René Coty, l'autre au Président du Conseil le Général de Gaulle, où il fait part de l'intention de la Guinée de négocier avec la France les bases d'une association en vertu des dispositions de l'article 88 de la nouvelle constitution française. Ces deux télégrammes ne reçoivent aucune réponse.
Sékou Touré est totalement abattu dans les jours qui suivent l'indépendance. Dune part il se sent isolé après que le Sénégal et le Niger, dont il espérait qu'ils rejoindraient le camp des Non, se soient déclarés pour le Oui avec une large majorité. D'autre part il ne s'attendait pas de la part de Paris à une attitude aussi négative. L'objectif du gouvernement français et des territoires africains ayant opté pour la Communauté est de laisser la Guinée échouer pour lui montrer où était le bon choix. Comme le résume parfaitement Georges Chaffard, « Sékou Touré a frisé la dépression lorsque, à la suite d'un incroyable carrousel de notes diplomatiques, verbales, officieuses, officielles, il se heurta à un « non » définitif du gouvernement français de lui lancer sa bouée de sauvetage d'une association avec la France et la Communauté » A un haut fonctionnaire français en poste en Guinée qui sollicite des instructions de Paris, Jacques Foccart répond 1 : « Le Général de Gaulle, c'est la France, et quand on a dit Non à la France on peut attendre quelque temps à la porte » C'est ce que beaucoup ont appelé le double Non.
Mais Sékou Touré ne veut pas se laisser dicter sa destinée. Il sait qu'il doit aller de l'avant. Devant les portes qui se ferment, il se retourne vers l'Afrique anglophone et les pays de l'Est, tout en gardant des liens étroits avec les Etats-Unis. Sékou Touré crée le 2 novembre 1958 avec son ami Kwame Nkrumah l'Union Guinée Ghana, qui devait être le point de départ des Etats-Unis d'Afrique. En fait cette Union, qui devait être dirigée par deux co-présidents, n'a jamais fonctionné L'éloignement des deux pays, la différence de langue et de culture, la forte personnalité des deux co-présidents étaient autant d'obstacles à cette Union. Comme le dit un proverbe africain: « Deux crocodiles mâles ne peuvent cohabiter dans le même marigot ».
Dans les premières années de l'indépendance, la Guinée allait s'appuyer sur les pays de l'Est et la Chine ainsi que sur les Etats-Unis qui, en dépit des déclarations révolutionnaires de Sékou Touré, ne ménagèrent jamais leur aide à la Guinée.

2. L'état de la Guinée au moment de l'indépendance

La Guinée, dont les frontières ont été délimitées arbitrairement par les puissances coloniales, offre une grande variété de paysages qui peuvent se répartir en quatre grands ensembles naturels :

Si l'économie reste jusque là une économie de traite, les potentialités économiques sont fabuleuses. Roland Pré, gouverneur de Guinée de 1948 à 1951, y voyait un nouveau Katanga Les cultures vivrières sont largement suffisantes pour nourrir la population. Les bananes, ananas, café et palmiste alimentent un important courant d'exportation. Le développement des secteurs minier et industriel est déjà largement amorcé. Les îles de Loos et la presqu'île de Kaloum. produisent des tonnages de bauxite et de minerai de fer totalement exportés. Mais surtout la Compagnie internationale Fria construit un complexe bauxite et alumine, ainsi qu'une cité et les infrastructures nécessaires, qui devrait entrer en activité au début de 1960. Des perspectives plus vastes encore s'offrent : la mise en valeur des gisements de bauxite de Boké, parmi les plus riches du monde, la construction d'un barrage sur le Konkouré, et à terme d'une usine d'aluminium.
Après les soubresauts qui ont agité le territoire avant l'indépendance, la paix semble s'être établie entre les ethnies sous l'égide du PDG, d'autant que les partis d'opposition, constitués le plus souvent sur des bases ethniques, avaient accepté de se fondre dans le PDG. Les syndicats et les étudiants se sont ralliés à cette politique d'union nationale. La population est laborieuse. Une élite intellectuelle s'est formée, soit dans les écoles supérieures et universités dakaroises, soit en métropole
Sur le plan extérieur, si la France et quelques, territoires comme la Côte-d'Ivoire tournent le dos à la Guinée, l'indépendance a été très favorablement accueillie par les pays africains, par les pays progressistes du tiers monde qui avaient participé à la conférence de Bandoeng 3, par les pays de l'Est, par les Etats-Unis et par la plupart des pays européens. De nombreux cadres africains et même européens se disent prêts à venir combler les vides laissés dans l'administration et l'économie par le retrait des fonctionnaires et cadres français.
Voilà tous les atouts dont dispose Sékou Touré. Que va-t-il en faire, lui qui contrôle le Parti et l'Etat ?

3. L'homme Sékou Touré

Ses origines

La position de Sékou Touré en octobre 1958 est au delà de ce qu'il a toujours espéré depuis qu'il est entré en syndicalisme et en politique. Il importe de connaître son passé et sa personnalité pour trouver des explications au parcours qu'il va suivre jusqu'à sa mort en 1984.
Venant du Mali (ex-Soudan français), son père Alpha Touré, après quelques errances, se fixe à Faranah. Il y épouse Aminata Fadiga de passage dans cette ville et lui donne 5 enfants dont Sékou Touré et deux filles Ramata et Nounkoumba qui joueront un rôle par la suite. D'une co-épouse de son père, Sékou a deux demi-frères, Amara et Ismaël.
Sékou semble avoir souffert de l'hostilité paternelle. Par contre il est très proche de sa mère, qui serait une arrière petite-fille de Samori. Bien que contestée, cette filiation est étayée par l'historien Yves Person, Samori ayant laissé derrière lui une nombreuse descendance. Cet attachement de Sékou Touré à Samori s'explique par le grand rôle qu'on lui attribua dans la création à la fin du XIXème siècle d'un vaste empire malinké. Le Général Baratier le dépeignait comme un chef de peuple, un stratège, un politique, en tous cas un conducteur d'hommes.
Les thuriféraires de Sékou Touré remirent à jour la fameuse prédiction faite par des voyants malinkés selon laquelle un descendant de Samori rejetterait à la mer les Français qui l'avaient déposé 60 ans plus tôt. Il n'y a pas d'histoire sans légende. Sékou Touré en fut le héros, ce qui lui conférait des pouvoirs surnaturels. Tout lui était bon pour se créer un personnage hors du commun.
Son biographe Ibrahima Baba Kaké 3 raconte que Sékou Touré aurait été mis sous la protection de Chérif Fanta Mady, un saint homme vivant à Kankan qui aurait confié à ses proches « qu'il voyait en songe le jeune homme régner sur la Guinée, mais que ses mains étaient couvertes de sang ».

Sa famille

Il importe maintenant de parler de son mariage et de ses familles, directe et par alliance, car elles jouèrent un rôle important dans la Guinée de Sékou Touré.
Sans entrer dans la vie sentimentale de Sékou Touré, qui fut assez agitée, il convient de retenir son mariage en troisièmes noces avec Andrée, fille non reconnue d'un médecin français, le Docteur Duplantier, et d'une Guinéenne Kaïssa Kourouma qui épousa en secondes noces un Keita. De ce second mariage sont issus Seydou et Mamadi 4 ; une demi-soeur Astouba, qui représentent le noyau du clan Keïta . Sékou et Andrée eurent un fils unique, Mohammed, qui accomplit toutes ses études en Guinée, contrairement à la progéniture des privilégiés du régime qui continuèrent leurs études dans des universités étrangères. Il faut aussi rappeler que Sékou eut une fille, Aminata, de sa liaison avec Marguerite Colle, protestante originaire des îles de Loos, dont Andrée assura l'éducation. Elle fut une des rares personnes à oser tenir tête à son père.
Le clan Touré se compose de son demi-frère Amara, analphabète et brutal, qui pèse d'une main de fer sur la circonscription de Faranah, où il est secrétaire général du PDG. Nommé ingénieur agronome, ses titres de gloire sont la confiscation des terres des autres et l'exploitation des paysans. Il joue à l'occasion le rôle du sage de la famille, chargé d'en maintenir la cohésion
comme en 1979 quand il a réconcilié Sékou et Ismaël.
Ismaël, le second demi-frère, sous une apparence chétive qui le complexe, est habité par « une haine misanthropique », comme le décrit Ibrahima Baba Kaké. Ayant acquis un vague diplôme de météo lors d'un séjour en France, il déteste diplômés, universitaires et intellectuels. Son secrétaire d'Etat Karim Fofana, élève brillant sorti de l'Ecole des mines de Nancy, sera sa première victime. A la tête du tribunal révolutionnaire, il pratiqua lui-même la torture pour extorquer des aveux et fut responsable de l'élimination de nombreux cadres. Son frère le soutint continuement sauf pendant une période de discorde de quelques mois au cours du 1er semestre 1979. Il fut constamment membre du BPN, et ministre le plus souvent des mines et de la géologie, ce qui lui valait les postes de président des Sociétés d'économie mixte la Compagnie Friguia et la Compagnie des Bauxites de Guinée.
Le mari d'une demi-sœur, Fatima Touré, devint Gouverneur de Région, et un cousin du côté paternel Mamourou Touré, apprenti mécanicien, occupa les postes de Conseiller culturel à Paris, de Gouverneur de Région et d'Ambassadeur en Yougoslavie et à Rome. Une autre soeur Nounkoumba, même père, même mère que Sékou, épousa un petit fonctionnaire, Sékou Chérif, qui devint membre du BPN et ministre de l'Intérieur. Je tiens d'un témoin proche que cette ascension serait le prix du silence, un marabout ayant conseillé à Sékou Touré de partager la couche de sa soeur s'il voulait garder le pouvoir.
Un cousin du côté maternel Lansana Diané connut une ascension fulgurante : médecin vétérinaire africain qui n'avait jamais effectué un seul jour de service militaire, il fut promu du jour au lendemain au grade de général pour commander en 1961 le corps expéditionnaire de Guinée au Congo ex belge dans le cadre de la mission de l'ONU. Il fut aussi membre du BPN, ministre de la Défense et intervenant actif au Camp Boiro. Des cousins plus éloignés, Mohammed Lamine Touré et Sadan Moussa Touré, occupèrent respectivement des postes de ministre et d'ambassadeur. Mais le plus terrible de ces tortionnaires fut Siaka Touré, présenté selon les cas comme cousin ou neveu du président, authentique descendant de Samori, qui sous des dehors doucereux exerça une vraie tyrannie au Camp Boiro dont il assurait le commandement Il se proposait comme intermédiaire entre les prisonniers et leur famille, le plus souvent exerçant des pressions auprès de leur femme pour obtenir leur faveur.
Le clan des Keita, constitué par la famille d'alliance d'Andrée, la présidente, n'en est pas moins redoutable Il y a tout d'abord les deux demi-frères par alliance: Seydou Keita, personnage médiocre qui occupa les postes d'Ambassadeur à Paris, de Gouverneur de Région et de Secrétaire d'état à la Jeunesse. L'autre, Mamadi Keita, est d'une autre aune. Après des études de philosophie à Dakar, à Paris et à Genève, il devint un des principaux idéologues du PDG avec Béhanzin. Il occupa plusieurs postes de ministre, fut membre du BPN et du Comité révolutionnaire, et à ce titre responsable de l'arrestation et de l'exécution de nombreux universitaires. Un autre personnage important fut Moussa Diakité, époux d'Astouba (? webGuinée) demi-sœur d'Andrée, membre du BPN, plusieurs fois ministre dont de l'Intérieur. Il était à la tête de la Commission d'enquête qui condamna Diallo Telli, et fut responsable de l'exécution de nombreux Peuls. Nfanly Sangaré, époux d'une autre demi-soeur d'Andrée, Gouverneur de la Banque Centrale, ambassadeur auprès de la Communauté Economique Européenne, qui ne se mêla ni de tortures ni de complots, offre l'exemple rare de quelqu'un qui accepte de servir un régime qu'il condamne par ailleurs. Il faut aussi signaler El Hadj Sinkoun Kaba, 3e mari de Kaissa Kourouma, la mère d'Andrée, qui occupa pendant de nombreuses années le poste de Secrétaire Général de la Présidence où il avait la responsabilité des relations avec les marabouts et féticheurs auxquels avait recours Sékou Touré. Dans ce domaine, Lamine Béavogui, père du ministre immuable Béavogui Louis Lansana, aurait été le grand prêtre des sacrifices humains que beaucoup prêtent à Sékou Touré.
Peu nombreux furent les militants du commencement du PDG qui se maintinrent jusqu'à la fin, sinon des courtisans, soit médiocres comme Camara Damantang, soit décidés à rester dans le rang comme Keita N'Famara, soit inconditionnels comme Beavogui Lansana, dévoué corps et âme à Sékou Touré jusqu'à lui offrir sa femme. D'après les témoins que j'ai interrogés, les femmes ont joué un grand rôle dans la Guinée de Sékou Touré, non seulement les femmes du peuple séduites par Sékou Touré, qui lui apportèrent leur soutien jusqu'à leur révolte en 1977, mais aussi les femmes des milieux dirigeants. Beaucoup de prisonniers politiques ne durent leur chute qu'à la beauté de leur femme, et à l'attrait qu'elles exerçaient sur certains hauts responsables.
Voilà les clans sur lesquels va s'appuyer Sékou Touré pour faire régner sa terreur totalitaire sur la Guinée.

Sa personnalité

Mais qui était Sékou Touré ?
De l'avis de tous ceux qui l'ont approché, Sékou Touré était au premier chef calculateur et vindicatif. Il pouvait passer de la plus extrême violence à la plus grande amabilité. Emile Biasini, qui fut le directeur de cabinet du gouverneur Bonfils, relate un événement significatif 5 qui se déroula en 1956 : il recevait chaque lundi matin Sékou Touré accompagné de plusieurs de ses partisans de l'arrière-pays. Accueilli aimablement par le représentant français, Sékou Touré le saluait avec des paroles amènes prononcées sur un ton vitupérateur. « J'en étais étonné et mettais cela sur le compte de son habitude des meetings, jusqu'au jour où l'idée me vint de lui répondre sur le même ton.
— Comment allez-vous ? me demanda-t-il sur le ton agressif habituel que rien ne justifiait dans la nature de son propos.
— Et vous ? lui répondis-je en hurlant à mon tour.
L'effet fut immédiat. Ses accompagnateurs médusés nous regardèrent avec effroi, craignant sans doute que nous n'en venions aux mains. Très maître de lui, Sékou se calma aussitôt J'avais perçu sa ruse ».
C'est avec ce même ton agressif qu'il prononça son discours devant le Général de Gaulle Les conséquences furent dans ce cas irréversibles.
Pour cerner cette personnalité, il n'est pas inutile de rappeler de quelle manière il a été qualifié par des historiens, des journalistes, des témoins. Yves Benot 6 qualifie son régime de « stalinisme moins le magnitogorsk », c'est-à-dire sans le développement économique. Jean Ramadier, gouverneur de Guinée de 1956 à 1958, qui l'a beaucoup fréquenté à une période cruciale pour la Guinée, écrit à son père Paul Ramadier 7 :

« Je suis aux prises avec les contradictions internes d'un descendant — qui se prétend direct de Samori et qui entend faire la synthèse empire malinké — démocratie populaire, le tout sous l'angle tutélaire tant de la dialectique
lénino-stalinienne que de la communauté franco-africaine ».

C'est là une des définitions les plus éclairantes sur la méthode de pouvoir de Sékou Touré.
Ibrahima Baba Kaké, un de ses meilleurs biographes, intitule son livre: « Sékou Touré, le héros et le tyran ». Camara Kaba 8 le traite de « Hitler noir », de « génie du mal », et Charles Sory 9 intitule le livre qu'il lui consacre : « Sékou Touré, l'ange exterminateur ».
Jean Lacouture donne pour titre à une chronique consacrée à Sékou Touré 10: « Amin Dada peint en rouge ». Interviewé par l'auteur de ce livre, un Directeur français de la Compagnie Friguia le qualifie de « mélange de Staline et de Papa Doc ».
Il est aussi l'exemple type du personnage que les Grecs qualifiaient « d'hybristès », comparable en cela à Alcibiade que Jacqueline de Romilly 11 décrit ainsi: « Il a cessé de tenir compte des autres et a pensé que, dans la pratique, tout lui était dû. Il critique, il insulte On a dit qu'il était si sûr de lui qu'il aurait critiqué même les douze dieux. Il peut, du fait de cette insolence, en venir à bafouer même les règles de la cité ». L'hubris, c'est toute espèce de débordement portant atteinte au bon ordre du monde que doivent respecter les hommes et que garantissent les dieux. Le mépris des règles morales ou sociales entraîne des mécontentements qui se retournent contre le chef atteint d'hubris.
Enfin il me faut citer Hannah Arendt 12 qui, se référant au tyran totalitaire indique que « la société a toujours tendance à accepter d'abord quelqu'un pour ce qu'il prétend être, si bien qu'un fou qui pose au génie a toujours quelque chance d'être cru » Cela expliquerait que le peuple de Guinée ait accepté passivement sa domination.
Tout au long de son parcours public Sékou Touré a trusté les postes majeurs et les titres. Dans le parti, il fut secrétaire général du PDG de 1952 à sa mort, occupant quelque temps le poste de vice-président du RDA. Dans le domaine syndical, il fut successivement secrétaire général du syndicat CGT des PTT, de l'Union des syndicats CGT de Guinée, puis d'AOF. Il ne néglige pas des instances plus larges et se fait élire membre du présidium du Congrès Mondial de la Paix. Sur le plan politique il débute avec le modeste mandat de conseiller de Beyla à l'assemblée territoriale, mais très rapidement il devient député au Parlement français et maire de Conakry. Il enchaîne ensuite, devenant vice-président puis président du gouvernement issu de la loi-cadre, président du premier gouvernement de la Guinée indépendante, et quelques mois plus tard président de la République. Mais tous ces titres ne pouvaient suffire à cette personnalité avide de reconnaissance. Ayant institué un régime révolutionnaire, il se fit désigner comme Responsable Suprême de la Révolution.
Il ne dédaignait aucun des titres qu'on lui proposait ou qu'il sollicitait à la tête de nombreux organismes africains ou intemationaux C'est ainsi qu'il fut successivement et cumulativement président de l'OERS 13 en mars 1968, de l'OERN 14 en janvier 1979, de l'Union du fleuve Mano en avril 1982 et de l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie en juillet 1983.
Converti dans les années 1975 à l'Islam (?), principalement pour des raisons économiques, Sékou Touré se fait nommer en janvier 1981 vice-président de l'organisation de la Conférence Islamique lors d'une session en Arabie Saoudite présidée par le roi Khaled et en avril 1981 co-président du Comité Al Qods 15. Il envisage même de se faire proclamer madhi (messie) pour accomplir une prédiction qui lui aurait été faite dans sa jeunesse par un marabout, ambition à laquelle s'oppose fermement le roi d'Arabie Saoudite.
A ces titres officiels viennent s'ajouter tous les qualificatifs hyperboliques dont ses thuriféraires l'ont qualifié :

Au temps de sa popularité, les militants l'appelaient du terme familier de « Prési ». Les sommets de l'éloge paraissent atteints par un entrepreneur français, Jean Lefebvre, qui lors de l'inauguration de la route Kissidougou-Guéckédou, s'adressant au peuple de Guinée, salue « cet homme absolument exceptionnel que le ciel vous a donné … qui est d'au moins une génération sinon 50 ans en avance par rapport à cette époque »21.
A côté de ces titres prestigieux, son entourage et le peuple, qui le craignent, l'ont affublé de quelques sobriquets :

La liste est longue encore, au point que la langue française apparaît trop pauvre en superlatifs pour célébrer un tel homme Nous nous en tiendrons à son dernier titre officiel : Ahmed Sékou Touré,
Président de la République Populaire et Révolutionnaire de Guinée, Secrétaire général du Parti Démocratique de Guinée, Combattant Suprême de la Révolution.
Ces titres résument les trois piliers sur lesquels repose e pouvoir totalitaire qu'il a exercé sur la Guinée :

Nous allons développer ces trois points dans les prochains chapitres. Mais il importe au préalable d'examiner l'instrument qui a pem lis à Sékou Touré de parvenir 'à ses fins, à savoir son discours.

Son discours

Lors de sa visite officielle en France du 16 au 20 septembre 1982, il est reçu à Marseille par Gaston Defferre qui lui rappelle cette anecdote « Vous avez pris la parole pour la première fois, dans un débat public, à l'Assemblée Nationale française 22 et au moment où vous descendiez de la tribune, M. Paul Reynaud, ancien Président du Conseil qui siégeait au Palais Bourbon, s'est tourné vers moi et m'a dit: « Mais quel est cet extraordinaire orateur ? » Je lui ai répondu: « C'est Monsieur Sékou Touré, député de la Guinée, dont vous entendrez certainement parler »

Circonstances des discours et cérémonial

Sékou Touré est pourvu par la nature de tous les dons de l'orateur : une prestance physique qui en impose, une voix qui porte et qu'il peut moduler. Il mesure très vite l'impact que le discours peut exercer sur les foules. Il lui reste à trouver les tribunes où les prononcer. Ce fut d'abord le syndicalisme. Sa formation première a été acquise au sein de la CGT 23 et de la FSM 24 où il s'est imprégné du marxisme-léninisme, idéologie triomphante au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Sékou Touré fit preuve d'un grand activisme et suscita de nombreuses grèves qui le firent connaître des populations guinéennes.
Il forgea à ce moment ce qui allait devenir son discours politique révolutionnaire
Ambitieux et énergique, il va rapidement élargir son audience, occupant la tribune au grand Conseil d'AOF à Dakar, au Palais Bourbon à Paris et au Conseil mondial de la Paix à Varsovie. Les Congrès du RDA et de la CGTA qui devient MGTAN lui offrent également leur tribune. Il serait préférable de dire qu'il s'en empare tant son audace est sans limite et sa boulù nie de pouvoir inextinguible. Cette tribune, il la veut pour lui seul Il élimine au fil du temps ses compagnons qui auraient pu y prétendre, comme son alter ego Saifoulaye Diallo, qu'il réduit au rôle de figurant.
Avant d'aborder les thèmes de ses discours et leur forme, considérons dans quelles circonstances il les prononce et avec quel cérémonial.
Dans la Guinée indépendante, tout est prétexte à discours et à festivités.
Au premier chef on trouve les fêtes nationales instaurées pour célébrer les anniversaires d'évènements importants dans la vie de la Nation et du Parti :

A cela s'ajoutent les fêtes célébrées mondialement comme le Jour de l'An ou le 1er mai, ou en Afrique comme le 25 mai, date de la création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), ainsi que les fêtes religieuses musulmanes comme l'Aïd-el-Kébir ou Tabaski, fête du mouton, et l'Aïd-el-Seghir, fête de la fin du Ramadan. Toutes les occasions sont propices : on célèbre le 60ème anniversaire de la Révolution soviétique d'octobre 1917 ou le centenaire de l'implantation à Boffa de la prenuière, nuission catholique.
Il y a les évènements réguliers liés à la vie du parti unique ou des nombreuses associations qui gravitent autour du PDG, syndicat, union des femmes, JRDA : congrès, conférences, conseil national de la Révolution, auxquels s'ajoutent les tournées à travers le pays. La vie politique guinéenne est marquée par la visite de nombreux chefs d'état de toute l'Afrique, des pays de l'Est, du monde occidental, qui donne lieu à la parade devenue traditionnelle de l'aéroport au Palais du Peuple. D'autres évènements circonstanciels que sont les complots régulièrement découverts et dénoncés, sont à l'origine de rassemblements et des discours les plus enflammés.
Tous ces discours étaient prononcés dans le cadre d'une mise en scène soigneusement préparée par Keita Fodéba, directeur de ballet mais aussi “âme damnée de Sékou Touré” jusqu'à son arrestation et sa mise à mort en 1969. Le peuple entier était appelé à participer aux meetings, aux défilés, aux conférences. Les tenues, surtout celles des femmes, sont colorées au départ. Les groupes en bon ordre se pressent vers le lieu de rassemblement, dansant, applaudissant, entrecoupant les chants de slogans ressassés qui viendront ponctuer les commencements et les fins du discours. Sékou Touré arrive dans sa voiture décapotable, précédé des motards et annoncé par des sirènes, revêtu de son ample boubou blanc et de sa toque, abandonnant son costume 3 pièces et son chapeau à la Eden 25.
Il fend la foule jusqu'à la tribune, agitant son mouchoir blanc devenu son signe de ralliement, d'un geste amical et protecteur.

Les thèmes de ses discours

Horoya du 19 avril 1979 présente ainsi Sékou Touré « Le Responsable Suprême de la Révolution, Professeur émérite, domine et dirige les débats en personne. Avec une oreille attentive et le coup d'oeil juste le Chef de l'Etat écoute tout et sait dire l'essentiel pour éclairer les consciences. Y a-t-il respect de la déontologie de la pratique comptable ou entorse à la méthode administrative ? Le Stratège intervient calmement, confronte les points de vue en présence et tranche avec la logique implacable qui le distingue. »
C'est dire que Sékou Touré est omniscient, qu'aucune question ne peut lui être étrangère. A la tribune, il se veut à la fois pédagogue et militant révolutionnaire. Il aborde toutes les questions idéologiques, politiques' économiques, culturelles, éducatives, diplomatiques et es expose jusque dans leur moindre détail. Son discours est la vérité proclamée. Il détient la solution vraie dans tous les domaines.
Le 30 décembre 1973, au cours de la 3e Conférence économique nationale 26 il traite les sujets suivants : Air Guinée, Syliphone, Fruitex, Fermes agricoles de l'Armée, Ravitaillement des unités industrielles, Syli-cinéma. Il s'agit dans tous les cas de tracer la voie juste à des entreprises déficitaires afin qu'elles deviennent rentables. Pour chacune de ces entreprises, Sékou Touré donne la solution.
Lors d'un meeting organisé le 23 décembre 1976 à la suite de l'élimination du Hafia Club de Conakry par le Mouloudia Club d'Alger dans un match de football à Alger, Sékou Touré prononce un discours 27 pour expliquer les raisons de cette défaite, qu'il qualifie de trahison, alors qu'il n'a jamais pratiqué ce sport. Vous trouverez en Annexe 1 les grandes lignes de ce discours. En pédagogue, il donne des leçons de comptabilité, des conseils médicaux, précise les meilleurs modes d'exploitation agricole, redéfinit la meilleure justice, développe des cours d'économie politique.
Militant révolutionnaire, il aborde des sujets plus controversés sur l'organisation de l'Etat et du parti unique, sur les complots, sur les vols et détournements de fonds et cloue au pilori tous ceux qui s'opposent à la création d'un homme nouveau: les intellectuels, les hauts fonctionnaires, les commerçants. Il exalte le Peuple qui est l'alpha et l'oméga de toute chose. Le mot revient comme un leitmotiv dans tous ses discours.
Sékou Touré se situe au carrefour de deux cultures : la culture traditionnelle qui est dans la lignée qu'il s'est attribuée de l'Almamy Samori Touré, celle des griots, caste composée de poètes, de musiciens, de généalogistes, chargés de chanter les hauts faits des ancêtres mais aussi des personnages vivants, et la culture moderne et plus précisément le marxisme-leminisme qui fut l'école de formation de Sékou Touré dans les syndicats et les cercles d'études qu'il a fréquentés de 1945 à 1950.
Sékou Touré navigue entre la tradition africaine qui le marque profondément, et la modernité qu'il veut promouvoir. Mais on le sent incapable de se défaire de ses attaches. N'a-t-il pas au congrès du RDA à Bamako en septembre 1957 troqué son costume trois pièces contre le boubou traditionnel à l'opposé de la décision prise en juillet 1926 par Mustapha Kémal Ataturk qui avait interdit à tous les citoyens turcs de porter burnous, gandouras et fez, comprenant que la conversion des mentalités suivrait la conversion des mœurs. Au contraire, Sékou Touré écrivait dans le tome X de ses œuvres complètes : « La pensée politique concrète de l'Afrique se forme sous le toit de la case, près de la calebasse commune de riz, devant la dépouille des enfants mort-nés, aux côtés d'un frère malade ou d'une soeur à l'agonie ».
D'un autre côté il développe dans ses discours des notions philosophiques de base allant des plus banales lapalissades, du style: « L'homme chaque seconde vieillit, l'arbre vieillit, tout ce qui existe et vit vieillit, sauf le Peuple ; chaque jour le peuple est rajeuni » 28, jusqu'à des formules amphigouriques frisant le galimatias prononcé devant le 5e congrès du RDA les 17 et 18 mars 1968: « Ici donc est présente la double action dialectique du temps et de l'espace en tant que cadre apodictique où se réalise la Révolution, et celle de la Révolution qui réduit le temps et l'espace en facteurs de son propre accomplissement ». Selon des témoignages de plusieurs guinéens, les projets des discours importants étaient soumis aux membres du BPN sélectionnés par Sékou Touré. C'est ainsi que Mamadi Kelita, qui a fait des études philosophiques en France et en Suisse, entremêlait les discours de données philosophiques qui, le plus souvent, s'intégraient mal à l'ensemble du discours. Ce fut le cas dans le discours prononcé par Sékou Touré à l'hôtel de Ville de Paris en septembre 1982 où, au milieu d'un plaidoyer pro domo justifiant le Non au référendum de 1958 et la politique suivie depuis lors par la Guinée, Jacques Chirac et ses invités durent subir quelques considérations prudhommesques: « Qui parle de l'espace parle aussi du temps. Nous avons résumé nos impressions par une image centrale: l'espace, le temps, le peuple, dont la dimension rythmique est l'homme »
Pour illustrer le mode opératoire et le contenu de ce type de discours, vous trouverez en Annexe 2 l'analyse du discours prononcé par le camarade Ahmed Sékou Touré, Secrétaire Général du PDG, Responsable Suprême de la Révolution, à la clôture du 5e congrès de la JRDA le 7 mars 1968 29.

La forme des discours

Sékou Touré prononce la majorité de ses discours en français, les auditeurs guinéens appartenant à plusieurs ethnies qui ont chacune leur langue, les plus employées étant le soussou, le malinké et le peuhl. C'est évidemment le cas des discours qu'il prononce à l'étranger.
Sékou Touré appartient à la catégorie des orateurs totalitaires, comme Fidel Castro, qui peuvent tenir une foule pendant 5 à 10 heures A voir les photos des militants auxquels il s'adresse dans. les congrès ou meetings du parti, on a le sentiment qu'ils sont sous hypnose.
Sékou Touré procède très souvent par opposition dialectique. Son thème majeur est la Révolution et la Contre-révolution, l'une engendrant l'autre et étant nécessaire à l'autre « Sachez que la contre-révolution, en luttant contre la Révolution, lutte sans le savoir pour la Révolution, car le mensonge n'existe que pour que les hommes puissent bien le distinguer de la réalité Le mal est là pour qu'on ne se trompe jamais en choisissant le bien » 30. Ou encore: « La Révolution peut reconvertir.
Contre-révolution en Révolution Le bourgeois, l'exploiteur, l'oppresseur, le menteur, la Révolution peut les transformer, les rendre meilleurs. C'est une tâche faite d'explications, d'éducation, mais également de coercition »31.
Sékou Touré utilise aussi l'énumération jusqu'au ressassement. Lors de son discours à l'Hôtel de Ville de Paris en septembre 1982, il déclare: « Pour valoriser l'existence de l'homme, il faut nécessairement avoir une conscience historique, et une conscience sociale, et une conscience politique, et une conscience économique, et une conscience culturelle, et une conscience humaine en un mot. ». Cette énumération peut conduire à une affirmation péremptoire: « Le Guinéen, qu'il soit homme ou femme, vieux ou jeune, ouvrier ou directeur d'entreprise, manoeuvre ou artisan, fonctionnaire ou paysan, ministre ou planton, est essentiellement un être responsable. » 32
Il procède également par injonction, donnant à chacun, à chaque catégorie sociale, le chemin à suivre : « Il faut que le paysan atteigne le niveau de l'agriculteur moyen, que le manœuvre parvienne au niveau de l'ouvrier, que l'ouvrier spécialisé atteigne le niveau de l'agent de maîtrise qui doit ambitionner d'atteindre au terme de 5 ans la technicité de l'ingénieur. Il faut que nos professeurs, nos ingénieurs, nos docteurs, chaque cadre technique supérieur, fasse pour lui le même bond qualitatif » 33
Le ton peut monter jusqu'à la vitupération, comme dans ce discours du 27 janvier 1975 lors d'un meeting à Kankan: « Cheytane, c'est l'impérialisme, c'est le colonialisme, c'est le capitalisme exploiteur … Actuellement, en Guinée, le Cheytane c'est le trafic et le trafiquant. » Car Cheytane, le démon de l'Islam, a été mobilisé pour menacer tous les opposants non seulement de châtiments en ce bas monde, mais même au-delà Et tous ses discours se terminent par des slogans que l'assistance répète après l'orateur :
— A bas l'impérialisme !
— A bas le colonialisme !
— A bas le néo-colonialisme !
— Victoire au Peuple !
— Gloire au Peuple !
— Honneur au Peuple !
— Vive la Révolution ! ou Prêt pour la Révolution !

Notes
1. Information donnée par Jean Gandois dans ses entretiens sur la
chake de télévision Histoire
2. Bandoeng, ville d'Indonésie où se réunit en avril 1955 une Conférence afro-asiatique qui condamna le colonialisme et se rallia au principe du neutralisme.
3. Sékou Touré le héros et le tyran
4. Il s'agit ici d'une erreur : Après le Français Duplantier, Kaissa Kourouma se remaria deux ou trois fois et donna à Andrée plusieurs demi-frères et soeurs. De son second mariage est issue Aissatou Bah, demi-soeur d'Andrée ; de son troisième foyer sont nés des jumeaux et une fille Sayon. Mamadi et Seydou Keita étaient des frères par alliance. il n'y a pas de lien de sang entre eux et Andrée. [TSB, webGuinée]
5. « L'Afrique et nous » d'Emile Biasini
6. Les idéologies de l'indépendance africaine
7. Lettre du 6 septembre 1957 citée dans « Jean Ramadier, gouverneur de la décolonisation » de J. Larrue et J.M. Payen
8. Dans la Guinée de Sékou Touré. Cela a bien eu lieu
9. Sékou Touré, l'ange exterminateur
10. Le Matin du 9 juillet 1977
11. Alcibiade de Jacqueline de Romilly
12. Hannah Arendt. Totalitarisme. Préface
13. OERS Organisation des Etats Riverains du Fleuve Sénégal
14. OERN Organisation des Etats Riverains du Fleuve Niger
15. Al Qods Comité chargé de définir un statut pour Jérusalem
16. Horoya du 5 février 1977. Horoya, organe du PDG, est le journal unique, quotidien et mensuel publié en Guinée
17. Horoya 2346 de novembre 1978
18. Horoya 2347 de novembre 1978
19. Horoya du 19 avril 1979
20. Horoya du 6 janvier 1979
21. Horoya des 23-29 mai 1976
22. Sékou Touré et Diallo Saifoulaye ont été élus comme députés au
Parlement français en janvier 1956
23.CGT Confédération Générale des Travailleurs ; syndicat français.
24. FSM Fédération Syndicale Mondiale, d'obédience communiste.
25. Du nom du Ministre anglais des Affaires Etrangères Anthony Eden qui rendit ce couvre-chef célèbre
26. Horoya du 30 décembre 1973
27. Ce discours paru dans Horoya du 15 janvier 1977 occupe 19 pages accompagnées de 17 pages d'autocritique des dirigeants et des joueurs.
28. Discours prononcé à Forécariah le 20 janvîer 1975, cité dans la revue du Parti Etat de Guinée de novembre 1975
29. Horoya des 17 et 18 mars 1968
30. Discours devant le Comité central du PDG le 22 août 1976
31. Discours devant le Ve congrès de la JRDA du 7 mars 1968
32. Tome X des œuvres complètes. L'Afrique en marche
33. Discours du 22 novembre 1971 à l'occasion de l'anniversaire du débarquement des portugais.

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