webGuinée
Memorial Camp Boiro


Nadine Bari
Grain de sable. Les combats d'une femme de disparu

Le Centurion. Paris. 1983. 346 pages


       Table des matieres       

L'assassin est à Marigny 1

L'incertitude est la pire des tortures.
Il est des circonstances où un Président de la République doit savoir donner à l'honneur
et au cœur la préséance sur la raison d'État.

François Mitterrand (Lettre à la présidente de l'AFFPG)

19 septembre 1982

C'est le dimanche matin que Nine apprend la seule nouvelle positive de la semaine écoulée : les efforts conjugués d'André Lewin, de la générale B. et de l'Ambassadeur de Guinée à Paris ont abouti : Sékou Touré accepte de recevoir au Palais Marigny la présidente de l'Association des familles françaises de prisonniers politiques en Guinée. Rendezvous est d'abord fixé à 12 heures, puis reporté à 18 heures. La nervosité de Nine va croissant au fil des heures, malgré une promenade apaisante avec ses jeunes nièces et leurs parents. Elle a choisi de s'habiller en blanc:
— Mais c'est la couleur de la Révolution guinéenne! objecte l'une de ses compagnes. Sékou va croire que tu fais acte d'allégeance.
— Non, le blanc est avant tout, en Afrique, la couleur du deuil. Je veux porter aujourd'hui le deuil de nos maris et de tous les gens qui ont été assassinés parce qu'ils voulaient vivres libres, comme le disait si bien notre Président il y a quelques mois.
— Alors, prends ce boubou blanc, propose Rosemonde. — Non, j'irai en tailleur blanc mais avec corsage et accessoires noirs pour qu'il n'y ait pas confusion avec la Révolution.
— Question accessoires, justement, pas de sac, lui recommande André Lewin. Vous serez sûrement fouillée à l'entrée. Venez sans rien.
Mais elle s'échauffe :
— J'ai besoin de mon sac pour me donner une contenance. Il n'y aura dedans qu'un mouchoir, pas de pistolet, mais je garderai mon sac! Et puis surtout, je refuse d'être fouillée par les Guinéens. Si je dois l'être, j'exige que ce soit par des policiers français!
M. Lewin n'étant pas sûr de son fait, Nine téléphone à la Préfecture de Police pour demander des explications.
— Madame, seuls les Français procèdent à la fouille éventuelle des visiteurs. Les Guinéens ne sont là que pour veiller au bon déroulement des opérations. Soyez sans crainte, ils ne vous toucheront pas! dit en riant le responsable.
Nine glissera quand même dans son sac un peigne dont le manche, replié, le fait ressembler à un couteau à cran d'arrêt, juste pour voir la réaction de ces messieurs.
A 17 h 50, sa fille aînée et son frère l'accompagnent jusqu'à la barrière de l'avenue Marigny où veillent des gardes moustachus. Mais André Lewin annonce qu'il faut attendre encore un peu, dans un café voisin, car les visiteurs sont encore trop nombreux. Inquiet peut-être de voir Nine aussi crispée, il lui recommande de prendre en attendant une camomille plutôt qu'un café. Il reviendra une demi-heure plus tard.
A l'entrée du Palais, bien gardé, elle se heurte à la chaîne de sûreté mais n'est pas du tout fouillée. Inutile de se présenter même à la loge des gardes, on sait apparemment qui elle est. Elle traverse donc, aux côtés d'André Lewin, la cour d'honneur de l'ancienne Maison Rothschild et son coeur, lui semble-t-il, fait presque autant de bruit que ses talons sur les pavés. A vrai dire, elle se demande bien quelle va être sa réaction devant ce Roi-bandit, courtisé à l'Est comme à l'Ouest à cause des richesses de son pays mais qui n'a jamais toléré chez ses sujets d'autre liberté que celle de l'applaudir. Elle a promis au diplomate de rester courtoise et A. Lewin lui a répondu qu'il ne se faisait aucune inquiétude à cet égard. Il est bien vrai que tous deux se connaissent depuis des années maintenant et que chacun sait ce qu'il peut attendre de l'autre. Dans l'indifférence gouvernementale ambiante, Nine est reconnaissante à cet homme qui, au nom de « l'amitié France-Guinée », prend le risque de la conduire jusque devant celui qui a fait disparaître son mari et refuse de l'admettre.
Mais rester courtoise ne suffit pas, il faut aussi montrer la dignité voulue. Mon Dieu! Pourvu quelle ne se mette pas à pleurer en pensant à Djibril; ce serait terrible et le « Responsable Suprême » serait trop heureux de la voir s'effondrer. Non, elle doit se dominer et penser à ce que Jean-Michel vient de lui dire au téléphone:
— Tu vas représenter ce soir l'immense foule des gens qui réclament des comptes à Sékou Touré et la cohorte de tous les citoyens de bonne volonté qui t'ont aidée à lutter pour la vérité parce qu'ils ont honte de l'indifférence complice de nos gouvernements successifs. Va la tête haute voir Sékou : c'est toi qui as raison et tous les hommes dignes de ce nom sont derrière toi!
Cette pensée la revigore et c'est presque avec assurance qu'elle monte le grand escalier, du haut duquel une bonne trentaine de paires d'yeux noirs la dévisagent avec curiosité. La générale B. est là, élégante et parfumée, qui se veut chaleureuse et rassurante :
— Détendez-vous! Tout se passera bien, vous verrez, dit-elle à Nine, qui croit néanmoins percevoir une légère inquiétude dans les yeux de cette admiratrice de Sékou Touré.
Le grand salon à dorures et fauteuils Louis XV, où ils pénètrent tous trois, s'est transformé en antichambre du Palais présidentiel à Conakry: une foule de courtisans s'y pressent parmi lesquels Nine reconnaît quelques ministres et dignitaires du régime, tous membres du clan Touré. De sculpturales beautés noires passent dans un frémissement de tissus brodés. L'une d'elles, lui dit-on, est la maîtresse en titre du Président. Mme Touré est là, elle aussi, légitime et imposante.
— Trouvez-vous la Présidente changée? demande M. Lewin.
— A peine. Elle s'est seulement un peu empâtée et sa coiffure est plus moderne.
Ils sortent sur la terrasse où Nine aspire quelques bouffées d'air pur. Philippe Decraene, chef du service Afrique au journal Le Monde, vient les y rejoindre. Il sort tout juste du bureau du Président, content d'emporter les derniers tomes reliés des Oeuvres d'Ahmed Sékou Touré, mais déçu qu'ils ne soient pas dédicacés. M. Decraene, qui a reçu les représentants de l'Association dans son bureau il y a quelques jours, a le regard fuyant quand il tombe sur Nine. On dirait qu'il feint de ne pas la reconnaître. Elle veut en avoir le coeur net et lui tend la main en rappelant son nom :
— Ah! bonjour, madame.
— Alors, demande quelqu'un, est-ce le début de la réconciliation Philippe Decraene/Sékou Touré?
— Oh! fait le journaliste mi-figue, mi-raisin. Le Président m'a dit une ou deux choses intéressantes, oui.
— Et, naturellement, vous êtes invité à visiter la Guinée ?
— Bien sûr.
Le journaliste entraîne l'ancien Ambassadeur un peu à l'écart (mais pas assez pour ne pas être à portée d'ouïe) et lui dit d'un air brave :
— Vous avez ma parole qu'en tant que journaliste, je n'ai pas vu la présidente de cette Association de prisonniers!
— Oh! répond André Lewin (en qui Nine a toujours vu un homme qui n'apprécie pas les bassesses), ce n'est pas la peine : les agences de presse savent déjà ou sauront bientôt, que le président Sékou Touré reçoit ce soir Mme Bari.
L'heure tourne et la foule des visiteurs qui se presse aux portes du Président est toujours aussi dense. Il entre constamment dans le salon d'attente quelqu'un qui espère se voir accorder deux minutes pour féliciter le Responsable Suprême et l'assurer de sa fidélité pour en récolter un bienfait ou du moins un gagee survie. Nine sent l'écoeurement lui monter aux lèvres: rien ne pouvait mieux la galvaniser que la vue de ces courtisans. Plus d'un, d'ailleurs, la regarde avec intérêt ou curiosité, mais guère de sympathie, semble-t-il.
— A part deux ou trois Blancs, lui dit son accompagnateur, il n'y a personne dans cette salle qui ne sache qui vous êtes exactement.
— Possible, mais moi je ne veux plus en connaître aucun.
Et quand l'ambassadeur de Guinée à Paris vient les saluer, elle a un air tellement distant qu'il se sent obligé de se présenter à elle. Le diplomate français s'étonne :
— Vous n'aviez pas reconnu Somparé? Pourtant, il a plaidé votre dossier avec un courage relatif à Conakry, vous savez. — J'aurais préféré ne jamais les connaître, lui et ses « survivants chez les maris de Françaises ». J'étais tellement sûre que Djibril en était!
André Lewin s'inquiète de voir que l'immense garde du corps introduit toujours quelqu'un d'autre dans le bureau attenant. La Générale a beau l'assurer que le Président lui a encore redit tout à l'heure qu'il recevrait « cette femme », le diplomate lui conseille de rester quand même devant la porte du bureau de Sékou, qui donne directement sur le hall. Il ne faudrait pas que le Président s'éclipse de ce côté-là, l'heure du banquet offert par Péchiney-Ugine-Kuhlmann approchant dangereusement. La blonde générale va prendre son poste. A. Lewin essaie de décrisper Nine en lui désignant l'ambassadeur de Roumanie qui fait antichambre depuis trois heures d'horloge et qui s'est déjà fait voler sa place par une bonne vingtaine de resquilleurs de haut rang. Le pauvre homme est l'image même de la résignation et de la patience posées sur bergère Louis XV. Triste métier, constate Nine. André Lewin lui indique encore le nom du géant noir qui introduit les visiteurs chez le Président :
— C'est « De Gaulle »! dit-il en riant. Oui, c'est sous ce nom qu'il est connu et quil figure dans l'annuaire téléphonique de Conakry. Sans doute à cause de sa grande taille.
— Ou parce que son maître se défoule en donnant des ordres à « De Gaulle », sa bête noire! complète Nine. Freud, en tout cas, donnerait sûrement une explication de ce genre.
De bonne source, Nine apprend par ailleurs que « le Président redoute l'entrevue avec cette femme »: il l'a dit à deux reprises dans la seule journée d'aujourd'hui. Rien ne pourra mieux la détendre que cette idée. Elle qui n'a jamais fait peur a personne, Sékou Touré « redoute » de la rencontrer! Incroyable. Décidément, elle a bien fait de venir. Justement, La porte s'ouvre et le Responsable Suprême apparaît, tout de blanc vêtu et le sourire hollywoodien. Des murmures flatteurs l'accueillent et toute la salle, moins Nine et son voisin restes sur leurs chaises, se précipite vers le granhomme. Il remercie tous ses amis d'être venus le saluer, il n'a pas le temps de les recevoir un à un mais il leur sait gré d'être là. Il embrasse les jeunes femmes, en prend une par la main et continue sa ronde souveraine.
— Nous sommes bien tombés, dit son voisin. Il paraît qu'il est aujourd'hui d'excellente humeur.
Le Président congédie tout son monde, puis retourne dans son bureau. Nine et A. Lewin restent seuls sous le lustre en cristal. Un caméraman vient prendre derrière eux des appareils que Nine n'avait pas remarqués. Puis entre en trombe dans le salon et le bureau attenant le demi-frère de Sékou, Ismaël Touré, suivi de deux hommes d'affaires français portant attaché-case. Le ministre toujours aussi sec et osseux jette un oeil noir d'hostilité à Nine, qui apprend que l'un des deux Français a fait de la prison pour malversations et manoeuvres frauduleuses.
— Et ce sont encore des truands qui passent avant moi! grince-t-elle.
Mais les trois hommes ressortent aussitôt du bureau du Président et « De Gaulle » introduit les derniers visiteurs dans une petite pièce qui compte une bonne douzaine de membres du Gouvernement ou de la famille de Sékou Touré. Nine reconnaît Mme Andrée Touré, la Présidente, juste en face d'elle. Tout contre le canapé, debout, Sékou Touré, l'homme qui souhaitait « monter au ciel sur un monceau de cadavres ». André Lewin prend la parole:
— M. le Président, je vous présente Mme Bari, dont je vous ai parlé.
Le Président se tourne vers la femme du disparu, ouvre un large sourire et sort de son boubou immaculé une grande main qu'il tend loin devant lui, en direction de Nine. Celle-ci le regarde, estomaquée :
— Mais monsieur le Président, je ne peux absolument pas vous serrer la main. Totalement impossible. Je ne peux absolument pas vous serrer la main, vous le comprenez bien! répète-t-elle pendant que le Président fait oui, oui de la tête, l'air absolument éberlué.
Nine n'en revient pas de ce que ce chef d'État si redouté ait l'air à ce point ébranlé de son refus.
— Je ne peux pas vous serrer la main, reprend-elle, mais,, en revanche, je peux vous demander des nouvelles de votre fils qui était dans la même classe que ma fille aînée, à l'école de la Corniche.
Sékou prend alors un air totalement hermétique pour dire :
— Je refuse de répondre à cette question!
Au tour de Nine d'être ébahie de cette réaction à une question aussi banale, comme si elle avait demandé l'accès à un secret d'État! Le diplomate, resté muet de surprise jusque-là, pousse Nine vers le Président, déjà coincé contre le divan :
— Oh! monsieur le Président, l'entretien ne peut pas commencer ainsi. Je vous amène une femme angoissée, qui cherche désespérément des nouvelles de son mari.
Nine est maintenant tout contre celui qui a peut-être ordonné l'assassinat de Djibril. Elle le regarde droit dans les yeux, qu'il plisse tellement que, seule, une lueur d'acier en filtre :
— Oui, monsieur le Président. Voilà dix ans que j'attends votre réponse, et ce soir, vous pouvez me la donner.
Silence. Toujours debout, Sékou serre les lèvres pour ne pas répondre. Son regard transperce Nine qui le fixe intensément, elle aussi. Elle se demande avec curiosité s'il pense à la vieille prédiction sur ces femmes blanches qui lui causeraient des ennuis jusqu'à la fin de son règne, prédiction faite il y a quinze ans par un marabout mandingue, liquidé depuis. Cependant, Sékou Touré pose sa main sur la manche de Nine et la frotte doucement. Elle croit qu'il veut lui prendre la main et serre tellement la bandoulière de son sac que les jointures lui en font mal. Muet, Sékou la regarde comme si elle était le diable personnifié:
— Je sais, reprend-elle, que vous m'imputez la responsabilité de toute l'hostilité que la presse française vous a témoignée cette semaine. Mais vous auriez dû régler définitivement notre problème avant de venir à Paris.
— Oui, Mme Bari a raison, renchérit M. Lewin. Je vous ai maintes fois représenté, Monsieur le Président, qu'il fallait en terminer avec ce problème avant de venir à Paris, mais vous ne m'avez pas écouté.
Toujours muet, le Président fixe maintenant les médailles que Nine porte au cou (la Vierge que lui a donnée avanthier la sœur de Marie et la médaille d'amour, dont l'inscription sibylline « plus qu'hier et moins que demain » a l'air de plonger Sékou dans un abîme de perplexité).
— Mme Bari voudrait vous dire que son Association n'a jamais été utilisée politiquement par personne. Elle ne l'a pas permis.
— Monsieur le Président, vous savez bien que notre Association ne s'est créée que pour connaître la vérité sur nos maris. Vous venez de reconnaître que les maris de mes compagnes ont été exécutés en 1971. Maintenant, le moins que vous puissiez faire pour les veuves, N'IMPORTE QUELLE VEUVE, c'est de leur délivrer un acte de décès. Allez-vous le faire, Monsieur le Président?
Silence. Les lèvres toujours soudées, Sékou regarde alternativement l'alliance de Nine, son sac et la Générale, debout derrière. Les ministres se taisent alentour.
— Quant à mon mari, vous avez fait écrire par votre ministre des Affaires étrangères qu'il s'était évadé. Y a-t-il une part de vérité ou votre ministre s'est-il trompé?
Sur quoi le Président retrouve sa superbe. Il se redresse, desserre les paupières, les lèvres et tend son bras dans un geste de toge romaine:
— Mon ministre est là, derrière. Vous n'avez qu'à le lui demander! Et maintenant, je voudrais continuer l'entretien sans elle, dit-il au diplomate en se détournant de Nine comme d'une bête malfaisante.
On raccompagne vite fait, bien fait, la bête en question dans le grand salon de tout à l'heure, complètement vide maintenant. André Lewin dit avec sollicitude:
— Attendez-moi, je reviens.
L'espace d'un instant, Nine se réjouit d'être à Marigny plutôt qu'à Conakry où elle aurait sans doute connu le sort de Marie Lorofi 2: venue embrasser son père récemment libéré des geôles guinéennes, Marie se plia ensuite à la coutume consistant à aller saluer le Président auteur de « la grâce ». S'imaginant qu'elle était venue pour le tuer, le Responsable Suprême passa d'abord sa colère sur les gardes puis… fit arrêter la visiteuse. Incarcérée sans jugement pendant huit ans à Kindia, Marie s'éloigna prudemment de la Guinée après sa libération.
Moins de trois minutes plus tard, M. Lewin est de retour. Il dit avoir interrogé le ministre concerné, Abdoulaye Touré, qui a répondu:
— Si nous avions pu écrire que Djibril Abdoulaye Bari avait été exécuté, nous aurions été contents d'en finir avec ce problème, mais nous ne POUVONS pas l'écrire.
Réponse sibylline, encore une fois. Pourquoi ne peut-on pas l'écrire? Parce qu'il y a un fond de vérité dans l'histoire d'un transfert, à Cuba ou ailleurs? Parce que Sékou Touré a décidé de se venger de Nine en la laissant dans l'incertitude? Qui dira la vérité? Sûrement pas Sékou.
André Lewin et la générale B. invitent Nine à quitter Marigny. Celle-ci arrive la première en haut du grand escalier au moment où la garde du Président guinéen est en place, tout au long des marches, prête à rendre les honneurs à son maître, invité chez Péchiney. La femme du disparu trouve là un excellent moyen de réussir sa sortie, entre les militaires en grande tenue rouge et les courtisans vêtus de blanc brodé. Pendant que ses talons claquent fièrement sur les dalles et qu'elle descend les marches en gonflant la poitrine, le Responsable Suprême attend un peu en haut pour mettre quelque distance entre sa « Personne bien-aimée 3 » et cette petite trublionne qui lui a gâté l'appétit.

Apostille

Quelques jours plus tard, Nine apprendra, de sources diverses généralement bien informées, que:

  1. André Lewin s'est fait vertement tancer par son ministre, de la part du Président de la République, pour cette tentative de diplomatie parallèle. Apparemment, toute initiative en matière de défense des droits de l'homme est dorénavant soumise à l'autorisation du chef de l'État.
  2. Il y avait, dans le bureau de Sékou Touré, un cameraman de la télévision guinéenne prêt à fixer sur la pellicule la poignée de main de la réconciliation entre l'assassin et la représentante des veuves d'assassinés. Ce qui explique la main largement tendue et le sourire hollywoodien du début de l'entretien.
  3. Enfin, l'un des nombreux marabouts travaillant pour le Président guinéen avait conseillé à son célèbre client de tremper la main dans un talisman de sa préparation avant de serrer généreusement celle de la sorcière blanche. Ainsi devait être conjuré le mauvais sort dont ces femmes poursuivent le Responsable Suprême. Ce qui explique la main sortant ostensiblement de dessous le grand boubou, l'insistance avec laquelle le Président frottait sa main sur la manche de Nine et l'incroyable désarroi que Nine a lu chez cet homme à qui elle refusait une poignée de main.

Notes
1. Titre emprunté à l'article du Canard enchaîné, 15-09-1982.
2. Epouse de l'écrivain Camara Laye, auteur de l'Enfant noir.
3. L'un des qualificatifs donnés au Président guinéen par les auteurs des discours rapportés périodiquement dans le journal gouvernemental Horoya.