Le Centurion. Paris. 1983. 346 pages
Je n'accepte pas que l'on puisse jouer avec toutes les bonnes raisons
que l'Histoire ou les circonstances fournissent pour bafouer le droit des gens.
F. Mitterrand. (Lettre à la présidente de l'Association)
Paris, 13-19 septembre 1982
La raison d'État est toujours la meilleure. Le Gouvernement socialiste s'est empressé d'oublier ses nombreux engagements, publics et privés, et a cédé aux pressions des investisseurs présents et à venir en Guinée, CNPF en tête. Certes, c'est le jeu de la Realpolitik, mais alors, où sont l'honneur et le cœur dont leur parlait il n'y a guère plus d'un an le Président de la République française? La déception des femmes de disparus se mue en indignation lorsqu'elles apprennent que, pour préparer sa visite, Sékou Touré a envoyé à Paris son beau-frère, Seydou Keita, qui a ordonné et surveillé des séances de torture au camp Boiro. C'est de la provocation et la France le sait : les prouesses de Keita, ex-ambassadeur de Guinée à Paris, sont bien connues des services gouvernementaux. Pourquoi crier à Cancùn : « Salut aux torturés! » et... accueillir les tortionnaires? Nine pose la question dans un télégramme 1 adressé à Guy Penne, conseiller à l'Élysée. L'Association le déplore aussi dans une « Lettre ouverte au président Mitterrand » :
« Salut aux séquestrés, aux disparus et aux assassinés' qui voulaient seulement vivre libres! avezvous dit au Mexique l'an dernier. Nos maris sont de ceux-là, en Afrique, et pourtant vous allez serrer la main de leur bourreau: Sékou Touré (…). Vous vous apprêtez, au nom de la raison d'Etat, à remercier Sékou Touré d'ouvrir son sous-sol aux intérêts financiers de la France : (…) Quelle ironie votre “salut aux assassinés” alors que des milliers d'innocents pourrissent en terre guinéenne, à côté des cadavres de nos maris. De grâce, monsieur le Président, ne parlez plus de droits de l'homme. »
Nine et ses compagnes sont décidées à témoigner, dignement mais fermement, avant et pendant la visite de Sékou. Elles porteront publiquement le deuil, non seulement de leurs maris disparus, mais aussi de leurs espoirs enterrés par la France. Et comme le dit Denyse, puisqu'il n'existe pas de tribunal international pour juger les crimes d'un dictateur, elles porteront l'affaire devant l'opinion publique.
Lundi 13 septembre 1982
10 heures — L'Association tient une conférence de presse au cœur de Paris, dans une salle louée pour une somme symbolique à la CIMADE. L'ambassadeur de Guinée, invité, ne viendra pas et n'enverra pas de représentant. Suite au coup de téléphone inquiétant d'un provocateur guinéen, les Renseignements Généraux assurent une « protection rapprochée » du bureau de l'AFFPPG pendant la conférence. Mais tout se passe dans le calme. Une vingtaine de journalistes écoutent d'abord Nine résumer les démarches de l'Association, les promesses sans lendemain de Sékou Touré et les informations officielles erronées dont la France est prête à se contenter pour en finir. Chacun des journalistes reçoit un dossier de huit documents officiels illustrant les tortures morales infligées depuis dix ans à ces familles françaises.
Ensuite, Jean-Michel expose ce que l'Association réclame, en fonction des engagements reçus du Gouvernement français:
Enfin, Denyse annonce les actions prévues par l'Association pour la semaine de la visite:
Un représentant de la Ligue française des Droits de l'homme lit un communiqué publie de soutien à l'action de l'Association. L'ACAT annonce aussi la publication dans le même sens d'un communiqué pour la fin de la journée. Les journalistes présents posent quelques questions, mais aucun ne réclame la preuve des accusations de torture, portées publiquement par lAssociation contre Seydou Keita : pourtant, Nine avait fait venir dans la salle deux anciens prisonniers français, témoins oculaires des agissements du sinistre Keita au Camp Boiro.
12 heures — L'Association s'installe pour la semaine dans la chapelle de la gare Montparnasse. Grâce à l'accueil chaleureux de la communauté Saint-Bernard, et notamment au dynamisme de Sœur Françoise, l'AFFPPG disposera là d'un remarquable P.C. de campagne. La grande salle est décorée de banderoles et de pancartes et aménagée pour le jeûne de Denyse et de ses accompagnateurs. Deux « coins salon » permettront les visites du publie. Sur deux tables, Nine aligne des copies des dossiers de l'Association et toutes les preuves des mensonges de Sékou Touré.
Denyse a choisi symboliquement la tenue blanche que portent habituellement les veuves en Afrique. C'est Rosemonde qui la lui apporte. Nine admire la sérénité avec laquelle sa compagne entame un jeûne qu'elle vivra toute la semaine comme la meilleure façon de porter le deuil de son mari. Pour bien marquer son état d'esprit, Denyse affiche en grand à l'entrée de la salle, cette phrase de Khalil Gibran :
« Prête l'oreille à mon histoire, écoute-la mais ne me prends pas en pitié car la pitié est pour les faibles et vois: je reste fort jusque dans l'affliction. »
L'un des premiers visiteurs de Denyse est le commissaire de police du XVe arrondissement, qui laisse deux numéros de téléphone à appeler en cas de grabuge.
Mardi 14 septembre 1982
Denyse n'a pas trop bien dormi: il est vrai quelle a dû arrêter les cachets somnifères auxquels elle est accoutumée, que les lits de camp ne sont pas très confortables et, surtout, que la ventilation de cette salle souterraine est plutôt médiocre. Heureusement, on peut quand même faire un brin de toilette pour se rafraîchir. La journée promet d'être chaude, à tout point de vue.
10 heures — Le public arrive. Les Parisiens sont badauds et les journaux du matin ont déjà sorti quelques articles: La Croix, Le Quotidien de Paris notamment. Les membres de l'Association ou leurs enfants proposent aux sympathisants et aux curieux deux projets de lettre au Président de la République, lui enjoignant de tenir ses engagements vis-à-vis de ces familles françaises.
11 heures — Coup de fil de la Préfecture de Police: les R.G. demandent si tout va bien.
12 h 45 — Nine est invitée au Journal d'Antenne 2 Midi, en même temps que le Président de la Ligue guinéenne des droits de l'homme (en exil). Paul Nahon rentre de Conakry où il a interviewé le Président guinéen, attendu pour le surlendemain à Paris. Il propose donc aux téléspectateurs le « Portrait » d'un Sékou Touré d'abord paterne et détendu au volant de sa grosse voiture noire, puis nerveux et franchement excédé devant les questions précises et insistantes du journaliste sur les violations des droits de l'homme en général et le sort es maris de Françaises en particulier.
Dans le studio, Nine regarde le film avec émotion. La ville de Conakry est méconnaissable mais Sékou est égal à lui-même :
« Nous avons toujours respecté les droits du peuple et les droits de l'homme et je crois que le système démocratique guinéen est en avance sur la plupart des systèmes démocratiques en Europe. je vous parle en connaissance de cause. »
Le Président guinéen est si sûr de lui qu'il en est écœurant. Cependant, poussé à bout par Nahon, il avoue:
« Je ne dis pas que tout ce que j'ai dit dans le passé soit la vérité, toute la vérité. »
Interrogé sur les maris de Françaises, il balaie la question du geste en lançant : « Ces gens sont morts, ils ont été exécutés. Ne m'en parlez plus.
» Après ce documentaire, le présentateur demande son avis à Nine :
— Non, depuis dix ans en effet, Sékou Touré ne nous a pas dit la vérité. Il a menti au président Giscard en 1978, il a menti au conseiller du président Mitterrand en 1981 et, maintenant, il ment au ministre Cheysson en lui écrivant que mon mari s'est évadé en 1971. Non, décidément, Sékou Touré ne dit pas la vérité.
15 heures — De retour à Montparnasse, Nine s'étonne du nombre de sympathisants autour de Denyse. Après des années d'indifférence, comment ne pas s'émerveiller de ce résultat, même éphémère? Chacun veut signer la lettre au président Mitterrand et une jeune Eurasienne qui s'est prise d'amitié pour Denyse fait la navette entre le P.C. de campagne de l'Association et le bureau de poste. De nombreuses bonnes volontés s'associent à la campagne d'appels téléphoniques aux autorités françaises et guinéennes : quantité de gens s'informent, ou s'indignent, auprès de Guy Penne, conseiller aux affaires africaines, ou de son adjoint, nouvellement nommé et plutôt agressif dans ses réponses: Jean-Christophe Mitterrand, fils du Président. La personnalité la plus demandée sera Cécile Sportis, « Madame Droits de l'Homme » à l'Élysée. Les réponses les plus atroces viennent bien sûr de l'ambassade de Guinée: le premier conseiller hurle à l'un des correspondants qui s'enquiert poliment du sort des maris de Françaises : « C'étaient des traîtres, des collaborateurs. Il fallait les égorger comme des poulets! »
Mercredi 15 septembre 1982
Denyse a quelques ennuis de circulation sanguine. La fatigue se lit sur son visage mais n'entame en rien sa sérénité. Ses compagnes se sentent coupables d'aller grignoter en cachette un semblant de repas, en face de la gare. Nine trouve mille occupations pour « oublier » de sortir prendre un café.
— Mais vas-y! la rassure Denyse. Garde tes forces pour les relations publiques. Sékou n'arrive que demain.
Matin — Il est vrai que les journalistes commencent à s'intéresser sérieusement à leur petit groupe : les interviews se multiplient. Des photographes arrivent, qui mitraillent Denyse et ses bouteilles d'eau minérale, Nine et le panneau où elle a accroché une grande photo de Djibril. Les femmes de disparus apprécient particulièrement la visite, plus humaine que professionnelle, de Pierre Haski, journaliste à Libération, et de Sennen Andriamirado, de Jeune Afrique.
Contre toute vraisemblance, Nine espère encore qu'un émissaire de l'Élysée va pénétrer dans la salle de Montparnasse, avant l'arrivée de Sékou Touré. Mais la présidence française est muette. Et comment s'en étonner quand on sait que Sonna, fille cadette de Nine, qui avait écrit à M. Mitterrand son inquiétude devant la grève de la faim envisagée par sa mère et d'autres membres de l'Association, avait reçu d'un quidam de l'Élysée l'émouvante réponse que voici:
« J'ai transmis votre correspondance au ministère des Relations extérieures qui ne manquera pas de vous tenir informée 2. »
La fille du disparu attend encore l'information promise, elle qui croyait pourtant que « La France ne restera pas sourde aux cris des hommes bâillonnés. Elle luttera pour que tombent les chaînes 3. »
Après-midi — Enfin, le Gouvernement français se manifeste : sa présidente est convoquée à la Préfecture de police. Motif: la manifestation prévue pour le lendemain devant l'hôtel Marigny. Nine s'y rend en compagnie d'un juriste français, camarade de promotion de Djibril de 1957 à 1960 et retrouvé tout récemment grâce à Claudine. Surprise: la manifestation ne peut pas avoir lieu devant Marigny.
— Est-elle interdite?
— Non, madame, répond le Chef d'État-Major des Services de Sécurité. Simplement, elle n'est pas autorisée.
Nuance. La courtoisie veut en effet que le Chef d'État invité par la France ne voie pas de manifestants sous ses fenêtres. Mais la protestation peut avoir lieu ailleurs dans Paris.
— Devant le théâtre Marigny?
— Il faut demander l'autorisation du Préfet.
Le Chef envoie un pneumatique vers les hautes sphères de décision. Un quart d'heure d'attente pendant lequel le Chef laisse entendre qu'en cas de refus, il faudra proposer d'autres « théâtres » pour la manifestation.
— Cherchez un endroit symbolique, propose-t-il aimablement.
Nine et son accompagnateur feuillettent vainement l'annuaire des rues de Paris, à la recherche d'une « place de la Liberté » ou d'un « Monument aux morts des dictatures ». Rien. Par ailleurs, S'il existe bien une rue du Congo (XIIe arrondissement) ou du Dahomey (XIe) , absolument rien ne rappelle l'existence de la Guinée ou de sa capitale, Conakry.
La réponse du Préfet arrive : négative. Aucune manifestation ne doit se dérouler contre Sékou Touré dans le périmètre du VIIIe arrondissement (celui de l'Élysée-Marigny).
Après trois quarts d'heure de discussions, le Chef propose un compromis: une manifestation stationnaire, sans cortège, place de l'Alma, à la lisière du VIlle et du XVIe, et limitée, sur la place, au square de la Reine-Astrid. Nouveau pneu en direction des hauteurs préfectorales. Cette fois, l'attente est plus longue et le Chef propose de la mettre à profit pour répondre à une demande des Renseignements Généraux de s'entretenir avec la présidente de cette association de disparus. Couloirs. Questions aimables, sur le ton du badinage presque. Nine s'étonne de tant de courtoisie dans la Police suprême.
— C'est que votre cause nous est très sympathique, vous savez. Nous faisons simplement notre boulot.
16 heures 30 — Nine revient à Montparnasse avec l'autorisation en poche, mais il faut prévenir les amis que le lieu du rassemblement a été changé.
17 heures — Un provocateur guinéen pénètre dans la salle et fonce droit sur Nine. Il reproche à ces femmes d'insulter la Guinée et son peuple. Le garçon s'énerve. Il parle, parle pendant que Nine s'évertue à le calmer tout en le poussant doucement vers la porte. Mais il résiste et son discours se fait plus agressif Dans la salle, personne n'ose s'interposer. Denyse se fâche et se lève en titubant pour chasser ellemême l'importun. Nine temporise. Marie explose:
— Nine! Si tu ne fais pas sortir ce type tout de suite, je l'assomme! Je ne peux pas supporter ce qu'il dit de nous.
Finalement, le garçon s'en va sans violence. Denyse appelle le commissariat du XVe mais l'agent de service la prend pour une farfelue et quand elle se recommande du commissaire luimême, l'interlocuteur répond que le commissaire est en vacances! Nine, furieuse, appelle la Préfecture de police et déverse sa bile sur les R.G. : où est la protection prétendument rapprochée dont Denyse et les autres devaient bénéficier? On s'explique. On s'excuse. Il y aura une enquête. Il faut signaler aux vigiles, qui feront leur ronde avec les chiens la nuit prochaine, qu'il y a eu la visite d'un provocateur. L'incident a électrisé l'atmosphère de la salle où, déjà, la chaleur a été étouffante toute la journée. Denyse et Marie reprochent à Nine une tolérance qui confine à la mollesse : avec ce genre de type, il ne faut pas s'amuser à parlementer. Denyse est très fatiguée par le grand nombre de visiteurs, sympathisants ou curieux, qui toute la journée lui posent les mêmes questions. Oui, Nine comprend, s'excuse et... va pleurer devant l'autel de la chapelle. Elle se sent soudain très seule et démunie : elle s'est sûrement engagée dans une entreprise qui la dépasse, pis, elle y a engagé ses compagnes alors qu'elle n'est même pas capable de faire régner l'ordre dans la salle de la gréviste. Ce soir-là, elle ira refaire ses forces chez son frère, où elle passera la nuit après avoir pris une bonne douche, loin de ses compagnes…
Jeudi 16 septembre 1982
Denyse a très peu dormi. Son estomac la fait souffrir. Alix et son fils sont arrivés au petit matin. Marie s'empresse d'aller acheter les journaux et son fils découpe les articles, très nombreux aujourd'hui.
10 heures — Sékou Touré atterrit à Paris. Son homologue français, défenseur affirmé des droits de l'homme, a décidé quelques entorses au protocole : par exemple, il n'ira pas accueillir son invité à l'aéroport; il lui refuse également l'hélicoptère qui aurait dû le déposer sur l'esplanade des Invalides. Sékou n'aura pas droit, non plus, à cette remontée des Champs-Élysées dont il rêvait depuis plus de vingt ans. En revanche, il sera logé à l'hôtel Marigny, résidence officielle des hôtes de PÉlysée, toute proche du ministère de l'Intérieur et facile à surveiller. Sécurité oblige.
D'autant que plusieurs manifestations sont annoncées quatre par les Guinéens, Opposants politiques au régime actuel, et deux par l'Association des familles françaises de prisonniers politiques en Guinée. Nine a eu du mal à joindre les amis pour les avertir que le rassemblement ne se fera pas au carrefour Marigny mais place de l'Alma. Il faut tout réorganiser : l'idée initiale était en effet de faire une marche en tenant des ballons de baudruche multicolores que les marcheurs auraient lâchés sous les fenêtres de Marigny, de façon qu'ils stagnent au niveau des étages supérieurs. Une entreprise strasbourgeoise a d'ailleurs fait un savant mélange de gaz pour que les ballons ne s'envolent pas à plus de dix mètres de hauteur et Asma, fille aînée de Nine, a fait le voyage de nuit depuis Strasbourg pour transporter dans le break familial les trois précieuses bonbonnes. En outre, toujours pour éviter qu'ils ne s'envolent, les ballons devaient être lestés d'une petite carte portant chacune le nom d'un des Guinéens disparus et figurant sur la liste publiée par le Parti socialiste français en 1977 4 . Les membres de l'Association présents à Montparnasse passent fébrilement la matinée du jeudi à confectionner ces cartes : à chaque nom, ou presque, Marie, Alix et les autres évoquent un visage connu, perdu pour sa famille et son pays. Les enfants de l'Association comprennent mieux maintenant ce qui lie leurs mères et soude leur passé de souvenirs communs.
12 heures — Place de l'Alma, on installe les pancartes colorées, dessinées par François Thouvenin, collègue de Nine. Une demi-heure avant la manifestation, le terreplein de la ReineAstrid compte presque autant de policiers en civil et de messieurs des R.G. que d'amis de l'Association. Heureusement, ils sont gentils et l'un d'eux remet même à Nine l'enregistrement sur vidéo-cassette de l'interview sur Antenne 2. Les enfants des disparus et leurs copains gonflent activement les ballons et y accrochent les cartons avec les noms. Le vieux jardinier du square sympathise et prête son concours. La place de l'Alma prend des allures de kermesse et le soleil automnal fera éclater plus d'un ballon au nez des badauds ou des policiers. Nine prend place sur le banc, juste au-dessous de la pancarte arborant la phrase de Mitterrand, reproduite en grand par Jean-Michel :
« Il est des circonstances où un Président de la République doit savoir donner à l'honneur et au cœur la préséance sur la raison d'État. »
Quelle dérision! La présidente pleure de déception, de découragement et de fatigue. Le journaliste de RTL la réconforte. L'envoyée de l'AFP l'interroge. Radio-Télé-Luxembourg filme les manifestants et interviewe Nine. TF1 aussi, mais les propos de la présidente, sans doute trop chargés de rancoeur aujourd'hui, ne passeront jamais à l'antenne.
13 heures — On décide de transformer la manifestation en un lâcher symbolique des noms des disparus dans le ciel de Paris. Mais le mélange de gaz était prévu pour faire stagner les ballons devant l'hôtel de Sékou et les cartons attachés sont trop lourds : la plupart des baudruches refusent de s'envoler! Il faut les attacher en grappes multicolores et les pousser à partir!
14 heures — Pendant et après la manifestation, les jeunes continuent à gonfler et à stocker des ballons: le manège intrigue les R.G. Quand sept ou huit voitures pleines de baudruches démarrent en direction de l'Élysée, les policiers comprennent que les familles vont lâcher leurs derniers ballons sur les marches du palais : C'est inoffensif et enfantin, mais à empêcher à tout prix. Une voiture de la Préfecture se met rapidement en travers de la rue du Faubourg-Saint-Honoré pour interdire le passage aux troublions. Les ballons seront alors éparpillés au fil des rues de la capitale et Nine ira symboliquement accrocher les derniers aux grilles de la Chambre des Députés (en vacances de toute façon).
15 heures — Retour à Montparnasse où Denyse a reçu la visite — privée bien sûr — de Madame Droits de l'Homme. Cécile Sportis a dit son admiration et son soutien, malheureusement personnel, aux femmes des disparus. Depuis sa nomination, elle aurait, paraît-il, perdu dix kilos et fait une longue dépression nerveuse. Sincère et généreuse, elle croyait sans doute, depuis l'Élysée, pouvoir redresser les torts et corriger les injustices. Elle a été fort impressionnée par la campagne d'appels téléphoniques et par le fait que le chauffeur du taxi qui l'a conduite jusqu'à la chapelle connaissait l'histoire de Denyse et de ses compagnes (il avait dû lire l'article de France-Soir, ou celui de Libération, parus la veille avec la photo des femmes).
16 heures — Nine a un long entretien avec un journaliste enthousiaste qui l'appelle de Londres (BBC) : il a appris que « les épouses françaises de disparus en Guinée ont investi de force une église en plein Paris pour y crier leur désespoir de voir Sékou Touré fouler le sol français ». Nine le déçoit presque en lui expliquant que c'est en toute quiétude et avec l'approbation de l'autorité religieuse concernée que l'Association occupe les locaux de la chapellel Mais la conversation se prolonge et un vieux monsieur, pauvrement vêtu, attend patiemment près du téléphone que la petite dame veuille bien l'écouter. Il va voir Denyse, hoche la tête, feuillette la documentation, revient. Nine a reçu un nouvel appel. Alors il griffonne un mot sur un bout de papier où se lit un calembour gaulois bien sympathique:
« Ce cul tourné, qu'il reparte en Guinée! »
Ce mauvais jeu de mots a pour effet salutaire de faire éclater de rire la gréviste et ses compagnes.
18 h 30 — La manifestation très pacifique des opposants devant le métro Alma-Marceau se termine par l'interpellation des trois-quarts des manifestants, que plusieurs fourgons de police emmènent au commissariat du VIIIe arrondissement.
Avant de s'allonger ser le lit de camp, Nine constatera qu'une main anonyme a retrouvé dans Paris le carton portant le nom de Djibril et l'a rapporté à la chapelle. Ce geste la touche profondément.
Vendredi 17 septembre 1982
Les femmes se sentent bien lasses ce matin mais ont honte de le montrer devant Denyse qui jeûne depuis cinq jours maintenant, et toujours avec le sourire.
Matin — Les témoignages de soutien à Denyse et à ses compagnes continuent d'affluer: des télégrammes de sympathie arrivent, des enseignants surtout et de leurs syndicats (Denyse est professeur de physique) et mêm de de certaines fédérations du Parti socialiste. La Commission française « Justice et Paix » a publié hier soir un communiqué de soutien à l'association et d'appel au Gouvernement français. De son côté, le Mouvement d'Écologie politique, dans un communiqué intitulé « La dépendance énergétique de la France et les libertés », dénonce ce matin les accords secrets devant intervenir entre la France et la Guinée pour l'extraction et l'importation d'uranium guinéen. Par ailleurs, le MEP déclare ne pouvoir « accepter que l'établissement d'étroites relations entre la France et l'Afrique passe, pour le Gouvernement français, avant le respect des libertés élémentaires par les régimes de certains pays africains, dont la Guinée ».
Cependant, Nine voit avec inquiétude le séjour de Sékou Touré à Paris s'avancer sans qu'aucune suite soit donnée à ses demandes d'audience au Président guinéen. De la première, parfaitement officielle via l'Élysée, aucune nouvelle. Guy Penne a demandé, début septembre, que ce soit l'avocat de l'Association qui s'entretienne avec le Président guinéen. Le bureau en était d'accord et avait même respecté la condition posée par le conseiller aux affaires africaines: prendre l'engagement écrit de ne pas faire état publiquement de cette initiative de l'Élysée. Nine avait acquiescé une dernière fois à cette nouvelle exigence de discrétion. Inutilement.
La deuxième demande d'audience est passée par le canal d'André Lewin, ancien Ambassadeur de France à Conakry, qui a fait présenter la requête par l'Association d'amitié France-Guinée, singulièrement par la générale B., d'une part, et par l'Ambassadeur de Guinée à Paris, d'autre part. Cette requête a plus de chance d'aboutir que la première mais Nine s'inquiète de n'en avoir aucun écho: Sékou Touré se rendra ce soir dans la vallée du Rhône et doit repartir lundi matin pour Conakry.
Après-midi — Un jeune guitariste s'installe auprès de Denyse pour la distraire. L'intention est gentille mais sa chanson est affreusement triste. Heureusement, la visite quotidienne du médecin empêche le musicien d'aller jusqu'au bout de sa mélopée.
13 heures — Le téléphone sonne: la Préfecture de police prévient l'Association que la manifestation prévue à 17 heures devant l'Ambassade de Guinée est impossible, pour les mêmes raisons que pour celle devant Marigny.
— Mais si vous voulez faire ailleurs votre rassemblement, vous pouvez nous faire d'autres propositions.
Nine est si fatiguée qu'elle n'a plus envie d'organiser quoi que ce soit nulle part. Denyse le comprend et conseille d'annuler. Du coup, les gens de la Préfecture deviennent méfiants :
— Vous n'auriez pas une idée derrière la tête, non, des fois? Comme votre histoire de ballons dans la cour de l'Élysée, qui nous a empêchés d'aller déjeuner hier pour surveiller le quartier!
— Non, nous sommes des citoyennes respectueuses des lois : vous nous dites qu'il est impossible de manifester devant l'Ambassade de Guinée, nous nous inclinons, c'est tout.
— Sincèrement, continue l'inspecteur, vous n'avez rien d'autre en réserve? Parce que, vous savez, nous nous sommes couchés très tard hier soir après avoir vérifié l'identité de tous ces manifestants guinéens. On n'a pas envie de recommencer avec vous ce soir !
— Seulement, en quelques heures, vous vous êtes constitué un bon fichier d'opposants guinéens présumés! Vous n'avez pas perdu votre temps, inspecteur!
— Ce qui nous a frappés, madame Bari, c'est que les manifestants étaient presque tous des jeunes, ceux de la seconde génération, oui, les enfants des premiers exilés. Croyez-vous que cette histoire ressemble un jour à celle des Arméniens?
— En tout cas, dit Nine, vous aurez sûrement plus de mal avec les enfants qu'avec les parents. Nous observons le même phénomène dans notre petit groupe: les enfants sont plus mordants que les mères!
Elle ne croyait pas si bien dire: les enfants majeurs de l'Association étaient presque tous là, cet après-midi, déçus et frustrés d'être montés à Paris pour presque rien pour gonfler des ballons et les lâcher sans que Sékou en sache même rien. Désœuvrés, ils ont passé les dernières quarantehuit heures à faire connaissance et à parler de la vie sans père que Sékou les a obligés à mener. La nouvelle que même la petite manifestation prévue devant l'ambassade ne peut pas avoir lieu est la goutte qui fait déborder le vase de l'exaspération.
— Nine, ce n'est pas possible! On ne peut pas rester ici à se croiser les bras pendant que CE TYPE se pavane aux frais du Gouvernement français.
— Tantie, il faut organiser quelque chose au moment où Sékou va prendre le TGV pour Lyon.
— Oui, on va se coucher sur les rails pour empêcher le train de partir. Ma promotion l'a déjà fait un jour pour empêcher le départ du Strasbourg-Paris, lors de la visite de je ne sais plus quel ministre.
— Mes pauvres enfants! Mais vous ne pourrez même pas entrer gare de Lyon. Tout sera bouclé. C'est impossible.
— Alors, on loue un minibus pour mettre les bouteilles de gaz qui restent. On gonfle des ballons et on va à l'Élysée les jeter avec les noms des disparus dans la Cour d'honneur d'où ils ne pourront pas s'envoler. Il faudra que les gardes républicains viennent les crever un à un! Extra!
— Et il faut le faire quand Sékou sera dans l'Élysée, puisqu'il doit avoir un dernier entretien avec Mitterrand ce soir.
— Bon, d'accord concède Nine. Voici un chèque de l'Association pour louer le véhicule. Vous avez carte blanche pour organiser ce que vous voulez à condition que ce soit sans violence, aucune.
— Pourquoi, dit Marie, ne pas reprendre plutôt l'idée dont nous avions discuté à la dernière assemblée générale: s'enchaîner aux grilles de l'Élysée? Et nous choisissons le moment où Sékou entre dans la cour pour son entretien.
— Les mères pourraient le faire, remarque Denyse, mais vous, mes enfants, vous avez juste la couleur qu'il faut pour qu'on vous embarque sans même vous laisser approcher des grilles ce soir!
— Ce qu'on peut faire, dit Marie dont la combativité croît au fil de la conversation, c'est que les mères s'attachent aux grilles pendant que les enfants font diversion auprès des gardes.
14 h 30 — Un parent de Denyse, F, se rend chez un armurier pour y acheter des menottes.
15 h 15 — Les enfants, F, Claudine et Marie mettent le cap sur l'Élysée. Nine les regarde partir avec un brin d'appréhension mais Denyse dit très justement:
— Laisse-les faire. Les enfants ont besoin de se défouler. Ils seraient malheureux de repartir sans avoir rien organisé par eux-mêmes. Et avec les trois adultes, ils ne risquent pas de faire de bêtises. Ne t'inquiète pas.
16 heures — Nine appelle un journaliste accrédité à l'Élysée pour lui demander de sortir dans la cour d'honneur au moment où les femmes de disparus s'enchaîneront au portail. Malheureusement, l'arrivée de Sékou, prévue pour 16 h 30, a été avancée d'une bonne vingtaine de minutes. Raisons de sécurité sans doute.
F. explique aux futures enchaînées comment fermer les menottes et garde les clés sur lui. Au métro ChampsÉlysées, les « représentants de l'Association » décident de se séparer pour neyas attirer l'attention. Claudine et Marie se dirigent vers l'Elysée par la rue Latour-Maubourg mais elles ne connaissent pas le quartier et celui-ci étant aujourd'hui truffé de policiers et de « promeneurs » en civil, elles ne veulent pas demander la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Seulement, elles n'ont que vingt-cinq minutes avant l'arrivée prévue de Sékou à l'Élysée! Claudine avise un couple d'Anglais qui compulse un plan de Paris:
— Please! dit-elle en empruntant d'autorité le document. Elles repèrent l'Élysée, « thank you! » et rendent le plan aux deux touristes éberlués.
Arrivées à l'angle de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, elles aperçoivent bien le Palais mais constatent que barrières et policiers en bloquent les accès : impossible de passer. Un groupe de Parisiens, des riverains peut-être, grogne sans retenue:
— Ben, M … alors! C'est pour ce roitelet nègre qu'on peut même pas circuler!
Claudine et Marie contournent le pâté de maisons et reviennent sur l'Élysée par une autre rue mais, là encore, barrières et cars de police. C'est pourtant dans cette rue, bloquée aux deux extrémités, qu'il leur faut arriver. Comment? Marie avise une brave dame devant sa porte et lui demande tout à trac si elle ne connaît pas un moyen d'accéder à la rue convoitée. Voyant la surprise de l'interpellée, Marie lui débite son histoire en vingt secondes et la dame, déjà au courant par la presse, compatit et fait ce que lui dicte son coeur.
Les voilà donc dans la fameuse rue, désespérément vide et barrée à ses deux extrémités. Loin au fond, elles aperçoivent F et les enfants, arrêtés par un barrage de police et devinent leur surprise de les voir seules dans la rue, tout près du but. Marie croit même lire de la joie dans les yeux de son fils Roger! Les deux femmes traversent en affichant l'air le plus décontracté possible et entrent quelques minutes dans un magasin trop luxueux pour ces clientes. La patronne est au téléphone et l'employée ne quitte pas Marie des yeux : elle a repéré la main qui serre quelque chose (les menottes!) dans la poche de la robe. Elle doit croire à un holdup! songe Claudine. Pourvu qu'elle ne se mette pas à crier. Les deux « clientes » font la moue devant les robes des grands couturiers, en critiquent la coupe ou la couleur et ressortent quand elles pensent s'être fait oublier des policiers du dehors. Dans la rue, une jeune fille marche d'un pas vif. Devant les grilles, trois gardes républicains, séparés d'une cinquantaine de centimètres seulement. Marie s'approche du premier et, avec son accent méridional:
— Comment faire pour aller là-bas? demande-t-elle en désignant, derrière lui, la rue d'où elles arrivent.
Il se retourne et… elles foncent toutes deux sur la grille. Coups de sifflets. Cris. Marie tente vainement de refermer les menottes sur le barreau de fer, décidément trop ouvragé. Un garde lui prend les mains et tire de toutes ses forces. Un autre arrive sur Claudine qui essaie vainement de fermer les menottes. Impossible. Alors, elles s'accrochent de toutes leurs forces aux grilles et crient :
— Nous voulons voir Sékou Touré! Nos maris sont prisonniers en Guinée!
Marie sent une douleur à l'épaule: le garde s'est arcbouté pour l'obliger à lâcher prise. Elle lâche. Son alliance s'est enfoncée dans la chair et lui a entaillé le doigt. Claudine ramasse ses lunettes. On les pousse toutes deux dans un car de police sorti de nulle part. Elles sont dans la cour de l'Élysée, entourées de gardes bleus et rouges. Un commissaire arrive, l'air ennuyé. Elles expliquent qui elles sont :
— Mais pourquoi ce scandale? Vous auriez dû passer par les voies légales!
On voit bien qu'il n'est pas au courant du problème… En revanche, les gardes républicains et les agents, nombreux maintenant, sont au courant et se montrent compréhensifs. D'ailleurs, ils diront plus tard qu'ils regrettaient d'avoir à faire ce travail!
Quelques instants d'attente, les ordres tardant à arriver peut-être. Claudine pleure doucement, d'énervement sans doute, d'inquiétude aussi : son fils ne va pas la trouver à la maison en rentrant de l'école ce soir. Marie discute avec les agents qui ont l'air sympa et demande l'autorisation de faire signe aux enfants pendant qu'on emmène les mères au poste. Mais les enfants ont tout vu, du bout de la rue, et quand le panier à salade passe à leur hauteur, ils se précipitent en criant leur solidarité avec les femmes. Le fourgon s'arrête devant les Parisiens surpris. Les enfants montent. Quelques mètres plus loin, la voiture stoppe à nouveau : Asma tape de toutes ses forces sur la tôle : elle était allée téléphoner à Nine pour que l'Association tire parti de la situation, mais maintenant, elle veut être embarquée elle aussi. Elle insulte tout le monde, les flics, Sékou et Mitterrand. La porte s'ouvre et elle monte, soulagée.
17 heures — Nine appelle le commissaire, passablement ennuyé de la présence de ces « volontaires » mais plein d'humour quand même. Il précise que les charges de « voies de fait » ne seront pas retenues, que les familles de l'Association ne sont absolument pas en état d'arrestation mais simplement « qu'on les a invitées à demeurer dans le hall du commissariat » en attendant les ordres d'en haut, qui ne sauraient tarder.
— Voilà la situation, ajoute-t-il. Les membres de votre Association sont parfaitement libres. je pense, Madame, que vous ne manquerez pas de le préciser aux journalistes puisque vos amies m'ont dit que vous les aviez prévenus! Moi, j'ai fait mon travail.
— Oui, merci Commissaire. Les journalistes c'était mon travail. Vous avez fait le vôtre 5, chacun le sien! Pourriezvous me passer Marie, s'il vous plaît?
— Cest celle qui a la robe bleue? Ah! celle-là, elle est à son affaire…
Au bout du fil, Marie est en effet très détendue et très à son aise dans ce nouveau rôle. Claudine, vaguement anxieuse, se rassure en apprenant qu'une amie s'occupe de son fils.
19 heures — L'Association quitte le Commissariat et revoit avec émotion la rue de son épopée., privée à présent de ses policiers et rendue aux Parisiens. Retour à Montparnasse, où les enfants et F portent presque Marie et Claudine en triomphe. Nine et Denyse écoutent le récit truculent de Marie, ponctué de mille interruptions des uns et des autres.
— Ça n'a rien donné, termine Marie avec philosophie, mais tant pis, il fallait essayer.
— L'impact publicitaire ne sera peut-être pas très fort ajoute Nine, mais je constate que Marie peut maintenant très facilement parler de Sékou Touré et de la Guinée sans que son ventre se mette à gonfler! Je propose d'inscrire officiellement ce « succès » à l'actif de l'Association!
— Justement, dit Denyse, on pourrait profiter de la présence à Paris de la quasi-totalité des membres pour tenir l'Assemblée générale de 1982.
19 h 30 — On s'installe en une double couronne autour de Denyse (les mères au premier rang, les enfants en un cercle plus large au second). C'est Denyse qui mènera les débats ce soir, l'air à peine affaiblie par son jeûne de six jours : l'atmosphère de solidarité militante tissée cette semaine autour des familles de l'Association a de quoi lui sustenter le corps et lui réchauffer le coeur!
— L'Assemblée générale de Montparnasse sera courte mais pleine d'enseignements pour l'avenir: les femmes de disparus acquièrent ce soir-là la conviction que la relève est assurée — sous d'autres formes et avec d'autres objectifs sans doute, mais l'expérience dans son ensemble n'aura pas été inutile.
— Nous pouvons être fiers de nos enfants, conclut modestement Denyse.
Notes
1. Publié notamment par le Monde du 6 septembre 1982.
2. Lettre du 8 septembre 1982.
3. Pierre Mauroy, Premier ministre, devant l'Assemblée nationale, 8 juillet 1982.
4. Cette liste et le rapport qui l'accompagne furent à l'oriline de la brouille entre le Parti de Guinée et le PSF, que Sékou Touré qualifia à l'époque de « Parti de la souillure française ».
5. Le commissaire poussera l'amabilité jusqu'à restituer les menottes que l'Association réclamait pour F. en souvenir.
6. Seul, Le Figaro du lendemain publiera quelques lignes sur l'incident. Une radio périphérique le signalera aussi dans son bulletin d'information.
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