Le Centurion. Paris. 1986. 117 pages
Je le transporte tout contre moi, comme un enfant malade qui meurt chaque jour un peu, condamné par tous excepté moi, sa mère, sa chair. L'infime espoir a encore la force de serrer ses bras malingres autour de mon cou et ma propre chaleur le ranime toujours, lui donne même quelques couleurs.
Il vivra! dis-je avec conviction.
Les gens me regardent avec commisération, comme la mère d'un enfant atteint d'un mal incurable qui s'obstine à croire à l'impossible miracle. Ils disent que la douleur me fait perdre la tête, que j'empêche l'enfant de partir à son heure, que je ne veux pas me soumettre à la volonté de Dieu, que c'est un horrible blasphème.
Tout à l'heure, j'ai posé cet enfant moribond sur les genoux du président Conté. Il l'a pris avec précaution, l'a regardé affectueusement et lui a parlé avec beaucoup de douceur. Il pense aussi que le petit va mourir, que c'est inéluctable. Mais il ne me parle pas du destin, lui , ni de la fatalité, et je lui en sais gré. Il va jusqu'à me rendre l'agonisant et me dit avec un sourire:
— C'est vrai qu'il respire encore ! Comme vous l'aimez !…
Le Président guinéen est un homme très bon. Pourrat-il survivre, lui aussi?
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