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Camp Boiro Mémorial


Sako Kondé.
Guinée, le temps des fripouilles.

La Pensée Universelle. Paris. 1974. 225 p.


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Chapitre X
S'unir, c'est vaincre

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« Tantôt il réunit quelques-uns qui étaient contraires les uns aux autres, et tantôt il divise quelques autres qui étaient unis. »
(La Bruyère.)

Le tribalisme, plus précisément, l'usage qu'en fait le régime, pose à coup sûr le problème le plus dangereux pour l'avenir à court terme et moyen terme de la Guinée. Le despote, qui n'a plus rien de positif à apporter au pays, croit habile de manoeuvrer sur ce terrain combien explosif pour tenter de se survivre. Son jeu, au fil des années, est devenu de plus en plus évident. En face, l'opposition garde un silence à la fois inquiet et inquiétant devant ce problème comme pour ne pas l'aggraver davantage. Ce faisant, elle semble ignorer que c'est tout simplement son existence qui est en cause.
La situation que traverse le pays illustre à la fois la transposition au plan ethnique de la vieille règle du « divides ut imperes » (diviser pour régner), et l'un des aspects du racisme multi-dimensionnel de l'oppresseur. Elle est l'aboutissement nécessaire de son échec.
Dénoncer le jeu tribal du despote, et appeler les opposants à désamorcer d'urgence le piège, ne veut pas dire que c'est le régime P.D.G. qui a inventé en Guinée le fait tribal 57. Cela ne signifie pas, non plus, que les structures sociales y sont plus complexes qu'ailleurs en Afrique. Comme partout ailleurs sur ce continent, la différenciation ethnique, le pluralisme structurel de la société sont depuis toujours des données réelles. Mais dans l'ensemble, on ne peut pas dire qu'au départ, la Guinée était plus sujette à dispute tribale que tout autre pays africain. Elle se compose de quatre grands groupes ethniques relativement homogènes : Soussou, Foula, Malinké et Forestier ; groupes qui correspondent, en gros, aux quatre régions naturelles du pays : les plaines côtières, le massif du Fouta-Djalon, le plateau Manding et la région forestière.
En cette matière, l'itinéraire du P.D.G. comporte deux étapes nettement distinctes et même de sens inverse : celle correspondant à la lutte anti-coloniale et celle postérieure à l'indépendance.
Comment, schématiquement, se présentait la situation quand fut créé le R.D.A., en 1946 ? Disons tout de suite qu'on a quelque peu exagéré les effets de la politique de division du colonisateur. Certes, ne manquait-il pas de se servir des particularismes ethniques, de les utiliser dans son propre intérêt : institution et utilisation pour les besoins de sa propre politique, de la chefferie dite traditionnelle mais qui était composée d'hommes à sa dévotion, maintien du féodalisme là où il existait, notamment. Mais l'organisation centralisée de l'administration coloniale, le caractère uniforme de son pouvoir de coercition, de même que l'insertion progressive du pays dans le circuit économique moderne, avaient somme toute opéré une certaine intégration. Rappelons également qu'à l'époque, il n'y avait pas de parti politique à proprement parler. Ce qu'on pouvait voir alors, c'était une foule d'associations fondées sur le critère ethnique ou l'origine géographique des adhérents :

Le R.D.A. ne pouvait évidemment devenir un mouvement de masses en laissant subsister de telles associations.
De fait, celles-ci disparurent peu à peu grâce à l'effet conjugué de l'action syndicale et politique. Le mouvement s'implanta successivement en Basse Côte, dans la Forêt, en Haute-Guinée, et, enfin, au Foutah, non sans peine, du reste, en ce qui concerne ces deux dernières régions. La suppression de la chefferie traditionnelle sous la Loi-cadre fut un facteur décisif d'intégration sociale. On ne peut nier les progrès accomplis pendant cette étape par le R.D.A., même si l'on n'oublie pas les troubles sanglants qui ont marqué l'ascension de ce mouvement et qui ont presque toujours dégénéré en affrontements interethniques.
Vint l'indépendance. Il est possible que le R.D.A., devenu parti gouvernemental et unique sur la place politique, ait voulu sincèrement poursuivre sa lutte sur ce terrain pour consolider l'unité nationale. En fait, il prit formellement un certain nombre de mesures d'ordre législatif contre le racisme, le tribalisme et le régionalisme. Il y eut des discours aussi sur ce même thème. Mais on ne peut construire l'unité nationale par des textes et des mots surtout si comme nous l'avons vu, ces textes et ces mots viennent de dirigeants qui n'ont pas réussi leur propre « reconversion ». Mais il y a eu surtout l'échec du régime sur le plan économique. Il signifiait concrètement : la rédhibition des fragiles résultats enregistrés antérieurement. Seule, en effet, la création d'un réseau de solidarités effectives permet le rapprochement des ethnies et régions composant une collectivité nationale donnée. On peut multiplier à l'infini les actions volontaristes ou utopiques, on peut opérer dans le sens d'un remue-ménage forcené au sein d'un parti unique usant de la force brutale et aveugle. On aboutira à tout, sauf à l'unité nationale.
L'échec économique fit que, pour citer de nouveau cette expression de Sékou Touré, « le processus irrationnel s'établit au niveau de l'exercice de la souveraineté ». Dès lors, la manipulation sur le plan ethnique et régionaliste fut érigée par le despote en un procédé de gouvernement. On assista à un processus de « retribalisation », si j'ose m'exprimer ainsi. C'est dans ces conditions que dès les premières années de l'indépendance, le parti unique guinéen, pris dans ses propres contradictions, se mit à détruire en fait le peu qu'il avait été contraint de construire pendant les années de lutte anticoloniale. En définitive, il n'y a rien d'étonnant à ce que la question tribale revête, après quinze années de division et d'oppression P.D.G., une accuité qu'elle avait cessé d'avoir à la fin du régime colonial.
Nul n'a dénoncé avec autant de vigueur que Frantz Fanon, le mouvement de perversion et de régression du parti unique à l'africaine. Relisons ce long passage extrait de son retentissant ouvrage :

« Sur le plan de l'unité nationale le parti va également multiplier les erreurs. C'est ainsi que le parti dit national se comporte en parti ethnique. C'est une véritable tribu constituée en parti. Ce parti qui se proclame volontiers national, qui affirme parler au nom du peuple global, secrètement et quelquefois ouvertement, organise une authentique dictature ethnique … Les ministres, les chefs de cabinets, les ambassadeurs, les préfets sont choisis dans l'ethnie du leader, quelquefois même directement dans sa famille. Ces régimes de type familial semblent reprendre les vieilles lois de l'endogamie et on éprouve non de la colère mais de la honte en face de cette bêtise, de cette imposture, de cette misère intellectuelle et spirituelle. »

En fait, qu'est-ce que le régime P.D.G. ? Par qui ou par quoi est-il incarné ? Bien entendu par le despote et son clan. Ce clan comporte deux branches :

Le clan Sékou Touré ainsi défini s'appuie sur une bande de nervis, d'aventuriers et aussi de vieux compagnons de route du tyran que celui-ci n'a épargnés que pour les besoins formels de sa misérable arithmétique tribale.
En Guinée, l'exercice du pouvoir a donc affaibli très tôt l'idée nationale. L'intérêt général a cédé la place aux considérations d'ordre tribal, clanique et même familial. Le favoritisme a supplanté les règles objectives du choix des hommes, du fonctionnement des structures d'Etat et du parti. Les procédés utilisés par le chef du P.D.G. sont bien connus. L'un des plus classiques consiste dans le fait de rouvrir délibérément les vieilles plaies non cicatrisées, d'opposer les ethnies les unes aux autres tout en n'en épargnant aucune. Un despote qui pousse la bassesse jusqu-à s'introduire dans les familles pour semer la division entre les épouses et les demi-frères, pouvait-il hésiter un seul instant à exacerber les vieilles rancunes inter-ethniques ? Certes, de temps à autre, l'entend-on dénoncer violemment le tribalisme. Mais c'est par duplicité, pour donner le change. C'est aussi parce qu'il prend peur tout à coup, aux moments où le contrôle de cette terrible bombe qu'il manipule, tel un apprenti-artificier, tend à lui échapper.

Qu'on nous permette de citer ici un exemple personnel pour illustrer nos propos. Pour pouvoir quitter la Guinée, nous avions pris prétexte d'un « congé de maladie ». Le despote nous l'accorda volontiers, étant à mille lieues d'imaginer qu'on pût renoncer à un poste envié jusque des plus hauts dignitaires du régime : la Direction Générale des Douanes. Il ne fut pris de doute que lorsqu'il ne nous revit pas au terme de notre « congé ». Alors, il entreprit de nous « récupérer » à sa manière. L'argument qu'il fit tenir à ses émissaires ? Rien de plus détestable et de plus bête : les Foulas, ayant à leur tête Diallo Saïfoulaye (alors Ministre d'Etat chargé des Finances), entendaient mettre à profit notre absence pour faire nommer un des leurs. Or, nous dit-on, ce poste de confiance devait à tout prix être tenu par un Malinké. Notre présence à Conakry était donc indispensable, même pour quelques semaines seulement ; après quoi, il nous était loisible de revenir en France pour poursuivre tranquillement nos « soins ». Qu'on n'aille pas nous dire qu'il s'agit de propos d'émissaires trop zélés ou que le despote ne les a fait tenir que par ruse. Certes, celui-ci entendait-il s'adresser à notre naïveté. Mais il avait usé de ce type d'argument avec bien d'autres, avec tous ceux qu'il a placés à tels ou tels postes pour des considérations autres que l'efficacité ou la capacité, en vertu du « principe » de la primauté de l'engagement politique. Et depuis lors, il n'a nullement renouvelé son jeu. Mais en l'occurrence, il a commis une seule erreur : c'est d'avoir oublié que celui qu'il tentait de « récupérer » de la sorte avait et a encore une toute autre conception de l'engagement politique que celle définie par le P.D.G.

Cet exemple date du début 1964, c'est-à-dire à une époque où le potentat guinéen cachait encore son jeu et où l'exacerbation des passions tribales n'avait pas atteint, au niveau populaire, le degré qu'elle revêt depuis.
A ce niveau, le rassemblement au sein du parti unique de la majorité des Guinéens, pas plus que les relatifs progrès réalisés au cours de la lutte syndicale et politique, ne pouvait signifier la disparition miraculeuse des vieux réflexes tribaux. Ceux-ci, on n'y insistera jamais assez, étaient appelés à disparaître progressivement, seulement à une condition : un accroissement sensible et soutenu du revenu national suivi d'une répartition non-déséquilibrée entre les différents canaux ethniques ou régionaux. Encore, faudrait-il que le progrès économique et social, ainsi que l'effort de justice, fussent perçus comme tels par les uns et les autres. En tout cas, d'une manière générale, à défaut de cette condition, rien, pas même la frénésie démagogique ou la force sanguinaire, ne peut empêcher la résurgence du clivage ethnique. Alors, les uns et les autres se mettent à se haïr de nouveau : dans un premier temps, l'objet en sera le partage du pouvoir et de ses avantages vus à travers le prisme tribal ; et dans un second, la question sera de savoir sur qui pèse davantage la misère.
C'est bien, en gros, par un tel processus que se fit l'extrême sensibilisation des populations guinéennes au fait tribal. En effet, dès le lendemain de l'indépendance, l'absence de démocratie et de définition précise des objectifs nationaux aidant, les différentes ethnies se mirent à évaluer leur poids respectif dans les nouvelles structures. Comment ? En dénombrant leurs ressortissants aux principaux postes. Et en mesurant leur influence réelle dans le système. Qu'on se souvienne également de cette imagerie populaire qui assimilait la Guinée à une vache grasse qu'on aurait abattue le 28 septembre 1958 et répartie de la manière suivante :

Le despote l'avait alors attribuée aux « contre-révolutionnaires » qui, selon lui, cherchaient à nuire à son pouvoir en ravivant les vieilles méfiances réciproques. Comme si les déceptions et les injustices ne suffisaient pas en elles-mêmes à réveiller les vieux réflexes.
La seconde phase est caractérisée par l'angoisse populaire consécutive à la tyrannie exercée à visage découvert. La population se tait, par peur, ce qui ne veut nullement dire qu'elle n'est pas au fait du jeu de l'oppresseur. Plutôt, elle murmure.
On parle de « malinkisation » de la Guinée. Les Malinkés, mis à part le clan du despote, ne comprennent pas ce reproche puisqu'ils n'échappent pas aux rigueurs sanglantes de la tyrannie. Est-ce leur faute si Sékou Touré est d'origine malinké ? Et puis, on dit : ah ! si la capitale était ailleurs qu'à Conakry !… les choses ne se seraient pas passées de la sorte. Et chaque ethnie se découvre, à tort ou à raison, une vertu qui eût barré la route au despotisme ou hâté sa fin : qui, son dynamisme économique ou ses traditions guerrières, qui, sa souplesse ou sa propension à l'intrigue, à moins que tel autre groupe ne se prévaille de son rôle de catalyseur où d'arbitre … On sait que dans les situations d'angoisse collective les hommes ou les groupes sociaux ont tendance à vouloir tromper leur misère par l'exaltation de quelque vertu ou mythe. Et le plus souvent, cette façon peu constructive de s'affirmer, va de paire avec la négation des autres. C'est bien ce à quoi on assiste au sein de cette soci-été guinéenne immobilisée par une fracture extrêmement grave. Après chaque bain de sang, les différentes ethnies comptent leurs morts respectifs, en maudissant les autres considérées comme responsables directes ou complices de l'oppresseur.
Celui-ci frappe aveuglément, mais chaque ensemble ethnique reste persuadé que son tribut est plus lourd que celui des autres.
Bref, les passions haineuses se trouvent exaspérées à tel point que la Guinée fait penser à une immense poudrière susceptible de sauter d'un moment à l'autre. Il faut être myope pour s'illusionner sur l'apparent calme qui semble régner parce que les passions sont pour l'instant contenues tant bien que mal.
Il n'est pas jusqu'aux milieux dits intellectuels qui ne soient atteints du mal tribal. Certes, existe-t-il des éléments trop conscients de la gravité de la situation pour ne pas tenter de prévenir l'explosion. Mais souvent, ces diplômés qui se disent volontiers intellectuels, donnent le plus bêtement du monde dans le piège tendu par le régime. Ils ne le montrent pas ouvertement, certes. Ils font même semblant de nier ou de minimiser le problème. « Oh ! tu sais, pour ma part, je trouve que ces choses-là sont tout à fait dépassées », aiment-ils à dire, quand on veut avoir avec eux une franche discussion à ce sujet. Mais on sait que dès qu'ils se retrouvent dans un cercle ethniquement homogène, c'est la loi tribale qui prévaut. Elle y joue même plus intensément qu'au niveau populaire, car ces « intellectuels » se croient tout naturellement désignés à prendre la succession du P.D.G. Quelle misère que celle de ces individus qui roulent leur impuissance et leur bêtise à l'étranger !
Les divisions et les passions tribales retentissent au sein de l'opposition. Pratiquement, elles condamnent celle-ci à l'inefficacité et à l'immobilisme. A l'action parcellaire ou désespérée, ainsi que l'a dramatiquement montré l'affaire du 22 novembre. Mais soyons direct et avançons des exemples précis que tous les Guinéens de Paris connaissent d'ailleurs, encore qu'ils préfèrent garder silence. Il y a, à Paris, un prétendu « Comité de Défense de la République » (C.D.R.) composé en majorité de jeunes Malinkés : ce sont soit des éléments manipulés par le despote suivant lequel l'opposition est le fait des seuls Foulas, soit des espions purs et simples branchés sur Kéita Seydou à Rome. Ils sont tous plus ou moins stipendiés par celui-ci ou directement par Conakry. Il ne s'agit d'ailleurs que d'un petit groupe qualitativement et numériquement moins important que l'ensemble des Malinkés expatriés pour qui la lutte contre la tyrannie n'est pas une affaire d'ethnies. Un autre groupuscule vient de voir le jour: le Mouvement Unitaire des Guinéens » (M.U.G.) ; il est composé en majorité de Soussous. Il faut voir dans ces mouvements fractionnistes l'une des conséquences négatives du mauvais coup du 22 novembre. Il faut dire aussi, en y insistant, qu'il y a un problème tout aussi irritant : le particularisme foula. Qui le niera ? Notons au passage la franchise de nos compatriotes Foulas qui s'en plaignent et qui le dénoncent avec vigueur. Dénonçons à notre tour ceux de nos frères de Moyenne-Guinée qui se croient les grands perdants de l'indépendance et les victimes de la tyrannie. Leur raisonnement est des plus simplistes : étant les plus nombreux et s'estimant les plus durement frappés, ils en concluent que la libération de la Guinée est d'abord leur affaire. D'où leur jeu particulier, leur action marginale et parcellaire, ce qui ne peut favoriser ni l'entente, ni la cohésion. Le régime ment en affirmant que l'opposition est le fait des Foulas. Mais pourquoi donc se comporter comme si on voulait lui donner raison 58 ?
Il reste qu'à ce train, si rien n'est fait dans le sens de l'entente et de l'unité d'action, il ne faut pas exclure que quelques-uns de nos compatriotes de la région forestière créent à leur tour un groupuscule. A ce moment-là, fier de son oeuvre de division, le despote pourra se dire : « Ça y est ! Pendant qu'ils se disputent entre eux, nous aurons la paix ! »
Voilà en peu de mots, l'usage que fait un dirigeant perverti de la différenciation ethnique, ainsi que la dangereuse situation qui en est résultée. On ne peut mieux la résumer qu'en empruntant cette forte réflexion d'Alexis de Tocqueville :
« Le despotisme, loin de lutter contre cette tendance, la rend irrésistible, car il retire aux citoyens toute passion commune, tout besoin mutuel, toute nécessité de s'entendre, toute occasion d'agir ensemble ; il les mure, pour ainsi dire, dans la vie privée. Ils tendaient déjà à se mettre à part : il les isole ; ils se refroidissaient les uns pour les autres : il les glace. »

S'il est une question nationale que les Guinéens conscients et résolus doivent poser publiquement et s'efforcer de résoudre de toute urgence, c'est bien le tribalisme ainsi ranimé par un tyran ne reculant devant rien pour se survivre. C'est dans cet esprit que nous avons tenu à en dire un mot. Nous tenons également, en nous autorisant de notre simple qualité de citoyen guinéen, à lancer un solennel avertissement à l'ensemble de nos compatriotes:

Un régime comme celui du P.D.G. fait appel aux bas instincts de l'homme. Il attaque la société dans ses structures de moindre résistance, pour la corroder, l'affaiblir et l'asservir le plus longtemps possible. En Guinée, le point sensible n'est ni le clivage religieux, ni, pour l'instant, l'antagonisme des intérêts économiques des différentes régions. C'est, comme dans la plupart des jeunes pays d'Afrique, la différenciation ethnique et tout ce qu'elle peut comporter de particularisme, de méfiances réciproques et de mauvaises passions. Sékou Touré, cet oppresseur d'esprit et de coeur désertique, a systématisé la manipulation tribale en « glaçant » les relations interethniques, en opposant les uns aux autres. Des Malinkés ont cru gagner à ce jeu-là, tout comme des Foulas, des Soussous et des Forestiers. Il reste que tous ceux qui ont eu l'inconscience ou la bêtise de le suivre dans cette voie combien haïssable, l'ont payé de leur vie, de leur liberté ou de leur honneur. Il les a tous broyés après s'en être servi. Et il broiera tous ceux qui le suivront avant d'être pris à son propre piège. D'un autre côté, des Guinéens veulent répondre à la bêtise par la bêtise. A ceux-là nous disons une chose : la lutte contre le despotisme ne peut en aucun cas être gagnée dans les marécages du tribalisme, du contre-tribalisme ou du sectarisme ethnique ; elle ne peut en aucune manière être ni une occasion de conserver on ne sait quel monopole, ni la revanche de tel groupe ou de telle région sur les autres. Elle sera ou bien l'affaire des Guinéens qui croient en leur pays, ou bien une confuse mêlée fratricide.
Une « passion commune », voilà ce qu'il faut aux Guinéens. Rien d'autre. Du jour où ils seront animés de cette passion, il n'y a pas l'ombre d'un doute, la tyrannie s'écroulera comme château de cartes. A coup sûr, il faudra du temps pour que se cicatrisent les vieilles plaies rouvertes et que les Guinéens puissent se plaisanter innocemment sur leurs originalités respectives. Mais il n'est pas besoin d'attendre ce jour-là pour s'unir. Pour s'entendre et s'unir afin de briser la tyrannie et définir une nouvelle « manière de vivre ensemble » dans une Guinée enfin réconciliée avec son destin.

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