Camp Boiro Memorial
Courrier


Reponse à Aboubacar Sidiki Diakité


Vous confondez l'homme d'Etat et le père de famille réunis dans votre père. Il s'agit là de deux facettes d'une même personne, mais c'est la première qui est en question, non la deuxième. Que vous soyez le portrait craché n'a donc aucune importance dans l'analyse de l'histoire du PDG.
Et si nous vous répondons ce n'est pas par culot, mais par charité voire par pitié, et surtout par ‘devoir de vérité.’ Et nous ne nous adressons pas à la progéniture de Moussa Diakité — cela équivaudrait à une attaque ad hominem d'un défunt, une démarche futile —, mais à l'orphelin politique du régime de Sékou Touré.

Vous exprimant dans la langue de bois et avec les slogans creux du régime pseudo-révolutionnaire, vous nous appelez traîtres. Ce langage est typique de Sékou Touré et de son régime. Il rappelle le maniement léger des épithètes et la promptitude aux injures. Il exprime l'arrogance du psychopathe et la duplicité du sociopathe. Il résume l'incapacité de réaliser la gravité d'une politique de crimes et de destruction.
De fait, l'archi-traître c'est qui ? C'est le dirigeant honoré au début par tous les citoyens, et qui, par démagogie, promit monts et merveilles aux Guinéens, pour ne leur livrer que les chaînes de l'oppression et le carcan de la pauvreté.

En créant le site Internet sur le Camp Boiro et ses dépendances à travers le pays, nous rompons délibérément et rationnellement avec le pacte du silence autour des crimes de Sékou Touré et du PDG. C'est cette démarche que vous appelez traîtrise, parce qu'elle dérange votre confort nostalgique de la dictature touréenne.

Vous affichez une indifférence totale aux souffrances des victimes d'un régime dont votre père fut un des grands-prêtres, à l'exception d'une courte période de disgrâce...
Vous célébrez en ricanant l'acte désignant le nouveau palais de la présidence du nom de Sékou Touré. Vous n'ignorez pas cependant la controverse et les réactions négatives par rapport à une telle décision, qui ne devrait pas résister à la pression du temps. Car toute reconnaissance ‘nationale’ exprimée à Sékou Touré devra résulter d'un débat public institutionnalisé au cours duquel seront analysées les longues années de son règne, et partant les causes et les conséquences de sa politique. C'est seulement après un tel examen des faits que la stature historique de Sékou Touré pourra éventuellement se dégager dans toute sa complexité. Entre temps, il ne suffit pas de présenter la face de la médaille pour clamer le rôle pionnier de Sékou Touré dans l'acquisition de l'indépendance et la création de l'Etat, encore moins son anti-néocolonialisme surfait. Il importe de regarder le côté pile de la pièce et d'y lire un palmarès horrible: opportunisme, cruauté, népotisme, clanisme, mégalomanie et échec.

En attendant, l'avenue Diallo Telli existe en plein coeur de Conakry-ville, dans la presqu'île artificielle de Tombo (appelée — par erreur — [commune de] Kaloum, alors que le vrai Kaloum correspond à la presqu'île naturelle qui s'étend du Pont des Pendus à la Baie de Sangaréah, en haute-banlieue). Si aujourd'hui aucun site physique ne commémore en Guinée le martyre de Barry III et des autres victimes (Fulbhe et non-Fulbhe) de la dictature, c'est là une lacune sérieuse dans la mémoire collective guinéenne. Et il faut espérer qu'un telle omission sera réparée. A l'image et peut-être mieux que le site virtuel www.campboiro.org, qui honore les cibles de la répression sous le régime du PDG.

Quant à l'attaque du 22 novembre et du rôle de Siradiou Diallo, les circonstances ténébreuses de cette tentative ratée de coup d'Etat sont loin d'être établies. Par exemple, faisant fi des objections d'Amilcar Cabral, Sékou Touré lui-même aurait coopéré dans la préparation de l'enlèvement des prisonniers de guerre portugais du PAIGG. En retour, il escomptait on ne sait encore quel avantage machiavélique de l'invasion de son pays par les colonialistes portugais.

Vous pouvez nous insulter à longeur de emails ou de conversations privées. Rappelez-vous cependant que votre héros n'est pas innocent dans la débâcle guinéenne. Si vous en avez le courage, lisez les passages ci-après :

Finalement, vous annoncez le retour éventuel au pouvoir la jeune génération PDGiste, pour rouvrir le Camp Boiro et faire subir au pays les méfaits d'une politique revancharde et terroriste. Vous alimentez ainsi les rumeurs intermittentes qui circulent dans la presse privée guinéenne. Et qui font état de préparatifs d'invasion armée de la Guinée et de coup d'Etat par des Guinéens, sous la bannière de l'ethnicité et du clanisme. Vous croyez que la Guinée est un fief paternel qui revient de droit à vous, les princes épigones, héritiers présomptifs d'un trône vacant et d'une dynastie clanique, qui n'existent que dans votre naiveté désolante et dans votre imagination fertile. En réalité, ce pays est une république démocratique en gestation — difficile en raison de l'héritage négatif légué par Sékou Touré.

Préparez-vous donc autant que vous pouvez. Le jour fatidique où vous tenterez de vous imposer, les Guinéens et leurs alliés d'Afrique et d'ailleurs sauront vous administrer une leçon cinglante de la démocratie et prévenir le retour des ténèbres de la terreur.

Tierno S. Bah
www.campboiro.org