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Camp Boiro Memorial
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Barry Diawadou (1916-1969)
Artisan de “l'indépendance” guinéenne.
Fusillé au Camp Boiro dans la nuit du 27 mai 1969
Prince Seediyanke Soriya, fils aîné de l'Almami Aguibou (Dabola)

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Le pieux prince Sediyanke Soriya. Il paya de sa vie son ralliement au PDG et sa loyauté envers Sékou Touré, qui se retourna traîtreusement contre son ancien rival et la famille de celui-ci, comme l'indique clairement le tableau suivant.

La haine et et l'acharnement de Sékou Touré contre Diawadou Barry et famille
Barry Almamy Aguibou, Dabola Père Arrêté, condamné en même temps que son fils en1969. Prisonnier à Boffa, il fut libéré la même année, après l'exécution de Diawadou et de ses co-accusés. Décédé un an après l'exécution de son aîné, le 30 mars 1970.
Barry Yaya Frère Fusillé
Barry Amadou Frère Rescapé (décédé)
Barry Koto Alpha Frère Rescapé
Barry Biro Frère Rescapé (décédé)
Barry Alphamadou Hadi Frère Rescapé
Barry Aliou Frère Rescapé
Barry Baba Alimou Frère Assassiné entre Conakry et Coyah
Barry Bassirou Frère Accusé et condamné par contumace
Barry Alpha Abdoulaye Fils Détenu et interrogé à Labé
Barry Alpha Abdoulaye 'Ablo' Neveu Rescapé
Barry Aguibou 'Boup' Neveu Rescapé
Bah Mamadou Bano Gendre L'époux de feu Roughiatou Barry, la fille aînée de Diawadou. Libéré après huit ans de prison au Camp Boiro. Fils aîné de Tierno Mamadou Bah, décédé en 2004

“Un homme d'une honnêteté intellectuelle et d'un sens du bien public exemplaires. Certains ont pu dire de lui qu'il était « trop droit pour réussir en politique ». C'est sans doute, vrai. De toute façon, les Guinéens savent de longue date la part qu'il prit dans l'indépendance du pays. Beaucoup d'entre eux se souviennent de cette entrevue qu'il eut avec Sékou Touré à la veille du référendum : celui-ci vint le trouver pour lui dire en substance :

« Le sort de la Guinée est entre tes mains ; tout dépendra de toi … »

C'était intensément vrai. Barry Diawadou choisit, dans l'honneur. Ainsi, il évita à la Guinée une certaine situation qui se produisit ailleurs en Afrique dans cette période référendaire.
Sako Kondé. Guinée. Le temps des fripouilles.

Extrait

Fodéba qui n'avait jamais tenu une houe dans sa main, tint une pioche et une pelle pour creuser sa tombe ; à sa droite, Barry Diawadou creusait la sienne. Les condamnés à mort creusaient leur dernière demeure en pleurant. La nuit était d'encre, les phares des camions, qui les avaient transportés là, trouaient la nuit pour leur permettre de travailler tout en éclairant leur peur. Au bas de la montagne, l'air était plutôt froid mais eux ne sentaient rien. Devant eux et derrière eux, les baïonnettes des pistolets mitrailleurs soviétiques brillaient dans la nuit comme le ventre des poissons qui se retournent dans l'eau de la rivière. Mêlé aux sanglots, on pouvait percevoir le murmure des versets du Coran. Ils étaient tous en tenue bleue de chauffe des détenus.
Ils étaient méconnaissables avec leur maigreur extrême et surtout avec leur barbe de plusieurs mois. A gauche de Fodéba, son ami Fofana Karim, ministre des Mines et de la Géologie. Kaman était à l'extrême droite. Il creusait sa tombe sous les baïonnettes de ses soldats d'hier. Depuis 2 heures du matin, ces infortunés creusent. A 4 heures 15 le trou du plus vaillant arrivait tout juste à ses genoux.
— C'est pas fini non ? cria un officier d'escorte.
Pas de réponse, il passa devant chacun, inspecta, tempêta, injuria puis ordonna:
— Reliez vos trous !
Fodéba pleurait ; il regarda Diawadou qui cessa de creuser et qui récitait toujours son « Yasin », un long verset du Coran. Keïta Fodéba relia son trou à celui de Diawadou avec quelques coups maladroits de la pioche, puis parla :
— Ce qui est passé est passé. Tu étais du BAG et moi du RDA. C'est de la politique. Toi et moi sommes maintenant devant Dieu, c'est-à-dire devant la mort ; nous devons nous pardonner nos erreurs d'hier. Vois-tu, nous avons la même tombe. Donnons-nous la main. Tiens, voici la mienne.
Fodéba tendit sa main, Diawadou la refusa et c'est à ce moment que les rafales partirent. Chaque tireur, comme pour s'amuser, vida son chargeur au jugé. Presque tous les corps furent projetés par derrière, en dehors du trou. Un membre du BPN, comme toujours, passa au contrôle, suivi par l'officier qui commandait l'expédition. L'homme politique, lui, supervise et doit rendre compte après à Sékou qui dira un jour : « je n'étais pas seul ». Chaque exécution, de 1959 à 1980, est toujours supervisée par un haut cadre du Parti ou de l'Etat.
Le contrôle fut long. Le nombre de cadavres devait correspondre au chiffre qu'il avait sur le papier , il avait le coeur serré et les pieds pesants, le membre du BPN. Il connaissait parfaitement chacun d'eux. Les corps déchiquetés de ses frères, amis ou camarades étaient là sous ses yeux comme s'ils n'avaient jamais existé. Par routine, il devait donner le coup de grâce mais, par oubli ou manquant de coeur, il ne le fit pas. Son gros pistolet de marque soviétique lui glissait de la main, de sa main pleine de sueur. Il tendit l'arme à l'officier qui le suivait. Ce dernier la prit sans poser de question. Toute question était inutile. Chacun des corps était sans souffle et si le ministre membre du BPN avait là ses amis, lui aussi avait les siens, supérieurs et inférieurs. Leur mission à eux deux était plutôt ingrate, pénible, déchirante, mais l'ordre donné devait être exécuté, se disait-il. Arrivé devant ce qui restait de Keita Fodéba et de Barry Diawadou, le membre du BPN resta plus longuement qu'il ne l'avait fait devant ceux des autres assassinés : Barry Diawadou avait sa tête sur la poitrine de Fodéba dans cette position de deux amants endormis, épuisés d'étreintes ; Fodéba le visage tourné vers le ciel, celui de Diawadou vers la terre.
— Ils furent de grands hommes, prononça le membre du BPN comme pour lui-même. L'officier à ses côtés l'entendit et dit à son tour :
— Tous ceux qui sont là furent grands, n'est-ce pas ?
Le ministre à cette réplique tenta de se ressaisir. Il se raidit, bredouilla mais sa voix le trahissait ; elle avait refusé de quitter sa poitrine pour le suivre dans la reconquête de sa personne. Ils quittèrent enfin les deux cadavres et poursuivirent leur contrôle, mettant un petit trait devant le nom de chaque abattu en s'éclairant d'une torche de poche.
Les phares des camions et ceux de la jeep de commandement trouaient toujours la nuit. Les soldats tireurs étaient derrière eux et ne parlaient pas. Imperceptiblement, le jour grignotait la nuit. Le contrôle terminé, le membre du BPN donna l'ordre de fermer la longue fosse commune.
— Enterrez ! commanda l'officier.
A peine les corvéables se saisirent-ils des pelles qu'un vent formidable se leva et roula sur tout le bas de la montagne comme pour rendre, à la place des humains, un dernier hommage à ces hommes qu'on ensevelissait là, ces hommes qui ont dit non à la domination étrangère, pour dire oui à une Guinée libre, heureuse, ces hommes qui ont fait de longues et bonnes études, qui ont sacrifié leur biens, leurs familles pour que la Guinée vive et prospère, à ces hommes, dis-je, qui nuit et jour, sous le soleil et sous la pluie, ont donné plus que le meilleur d'eux-mêmes à Sékou et à sa prétendue « Révolution » et qui ont piteusement perdu leur vie sans l'avoir pleinement vécue. Aucun d'entre eux, à part Barry Diawadou, n'avait ses 50 ans.
Camara Kaba 41. Dans la Guinée de Sékou Touré : cela a bien eu lieu
Biographie Formation et carrière professionnelle Carrière politique et parlementaire Mandats électifs

Député du Territoire de la Guinée à l'Assemblée nationale française, 1954 — 1958

Originaire du centre de la Guinée, Diawadou Barry est le fils de l'Almamy (chef traditionnel) de Dabola. Il est envoyé à l'Ecole normale William Ponty en 1939 et en sort diplômé. Il entre alors dans les services financiers du gouvernement de l'Afrique Occidentale française, où il devient successivement comptable aux travaux publics en 1945, comptable principal en 1949 et chef de bureau en 1953.
Entre-temps, il s'est lancé dans la vie publique. Il est élu conseiller général de la Guinée en 1946. Aux élections législatives du 10 novembre 1946, il figure en seconde position sur la liste du Parti socialiste de Guinée. La liste recueille 30 982 voix contre 60 555 à l'Union socialiste et progressiste de Guinée. Seul le premier de liste est donc élu. Aux élections de 1951, Diawadou Barry est, cette fois, tête de liste d'Union française d'action démocratique et sociale mais son score électoral tombe à 20 423 voix et la liste de son adversaire de 1946, Yacine Diallo, emporte deux sièges, le troisième revenant à Mamba Sano, chef d'une liste des "indépendants". Peu de temps après, Diawadou Barry prend sa revanche. En 1953, il devient conseiller de l'Union française et, le 27 juin 1954, une élection partielle est organisée pour remplacer Yacine Diallo décédé. Diawadou Barry l'emporte nettement avec 145 497 voix (57,1 %), contre 85 808 à Sékou Touré, son concurrent le plus dangereux. Mais, selon le témoignage ultérieur du ministre de la France d'outremer de l'époque, Robert Buron, les résultats auraient pu être entachés d'irrégularités.
Après la validation de son élection, Diawadou Barry est nommé membre de la Commission des territoires d'outremer et de celle des pensions, en octobre 1955. Son activité parlementaire se limite, pour cette fin de législature, à des interventions dans la discussion du projet de loi relatif à l'organisation municipale dans les territoires d'outremer et à celle du budget du ministère chargé de ces territoires. Le 16 décembre 1954 notamment, il soutient les revendications des administrateurs de la France d'outremer concernant une indemnité de sujétion afin que ces fonctionnaires jouissent d'une situation analogue aux autres fonctionnaires coloniaux. Le même jour, il réclame le dégagement de crédits du FIDES (Fonds d'investissement et de développement économique et social), nécessaires à la construction d'un cours normal à Macenta en Guinée forestière, seule région encore dépourvue de ce type d'établissement scolaire.
Fort de son expérience parlementaire, Diawadou Barry se présente de nouveau aux suffrages des Guinéens, en tête d'une liste du "Bloc africain et guinéen des indépendants d'outremer" (apparenté au Parti radical). Dans sa profession de foi, il insiste sur les progrès réalisés grâce à ses interventions au Comité directeur du FIDES, qui ont permis l'aboutissement de plusieurs projets d'équipement. Le programme de la liste pour la future législature porte sur deux points : vote d'une loi électorale pour l'outremer et mise sur pied d'une nouvelle structure définissant les rapports entre la métropole et l'outremer (fédéralisme ou association). Ce programme réformiste recueille 146 543 voix mais est distancé par la liste du Rassemblement démocratique africain (RDA) de Sékou Touré (346 716 voix et deux élus). Seul de sa liste, Diawadou Barry est réélu. Pendant cette dernière législature de la IVe République, il fait partie à nouveau de la Commission des territoires d'outremer, dont il est le secrétaire et de la Commission des pensions. Il dépose deux propositions de résolution, l'une concernant les pensions militaires payées outre-mer, l'autre relative à la formation des Assemblées de groupes et des Assemblées d'AOF, du Togo, d'AEF, du Cameroun et de Madagascar. Ses interventions ont trait, l'une à la discussion de la loi-cadre sur les territoires d'outremer, l'autre aux incidences du Traité de Rome sur l'Union française. Lors de la séance du 20 mars 1956, il se prononce en faveur du vote de la loi accordant les pleins pouvoirs au gouvernement pour élaborer la loi-cadre sur les territoires d'outremer en insistant sur deux points essentiels : l'africanisation de la fonction publique et l'unicité du collège électoral pour les Assemblées territoriales.
Le 6 juillet 1957, lors de la discussion de la ratification du Traité de Rome, Diawadou Barry dresse un tableau particulièrement sombre des effets de celui-ci sur les territoires de l'Union française : invasion des produits étrangers au détriment des produits français, diminution des recettes douanières essentielles pour l'équilibre des territoires, perte des débouchés des produits tropicaux qui n'auront plus la France comme importateur privilégié mais les autres pays européens, habitués à se fournir dans d'autres pays tropicaux. Enfin, il juge illusoire les promesses d'investissements européens en Afrique. Il vote donc contre la ratification. En revanche, en 1958, s'il ne prend pas part au vote sur la confiance au général de Gaulle (1er juin) il accorde les pleins pouvoirs et se prononce pour la révision constitutionnelle (2 juin). Mais le refus exprimé par la Guinée, lors du référendum du 28 septembre, d'entrer dans la Communauté proposée par le général de Gaulle donnera à la carrière politique de Diawadou Barry un tour nouveau.


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