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Camp Boiro Memorial
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Diallo Mamadou Labiko (1920-2004)

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Postier. Vétéran du PDG-RDA. Ancien Secrétaire fédéral de Labé.

Promotionnaire de Sékou Touré au Collège George Poiret de Conakry.
Ils se querellèrent et en vinrent aux poings.
C'est Mamadou Da'i, le frère aîné de Saifoulaye Diallo, son copain d'enfance, qui vint les séparer. Nous étions en 1938.
Trente-quatre ans plus tard, en 1972, devenu le maître absolu de la Guinée, Sékou Touré effectua une visite à Labé, où son vieux camarade d'école venait d'être élu président du comité de salut public.
Après la réception officielle, Elhadj Labiko prit place dans la voiture présidentielle pour raccompagner l'hôte de marque à la Villa Syli — la résidence de passage. En cours de route Sékou Touré dit à Elhadj Labiko :
— « Dis donc, tu sais que tu étais canaille, toi, tu t'es battu un jour contre ton président. »
Elhadj Labiko répondit :
— « Camarade responsable suprême de la Révolution, je n'ai pas porté la main sur mon président. C'était tout simplement deux jeunes élèves qui avaient eu une altercation, s'étaient battus et qu'on avait dû séparer … »
Sékou Touré se tut. La parenthèse était apparamment fermée. Mais quelques mois plus tard, Elhadj Labiko se retrouvait au Camp Boiro. Il ne fut libéré qu'après un an de cachot.

En 1976, durant le Complot Peul, et au plus fort des attaques de Sékou Touré contre les Fulbhe, Elhadj Labiko fut attéré par la déclaration superflue et humiliante de Saifoulaye Diallo. Il dépêcha deux de ses fils —Talibé et Abdoulaye, des promotionnaires à moi — auprès de son vieil ami. Il les chargea de remettre à Saifoulaye la copie d'une lettre qu'il avait reçue de lui en 1948. Il tenait par ce geste à rappeler que Saifoulaye — ex-secrétaire politique du PDG — n'avait de leçon à recevoir de personne, ni de justification à fournir sur ses convictions et son comportement. Voici la teneur de ce document :

4 février 1948
Mon cher Labico,
Tu as sans doute entendu parler du RDA. C'est un mouvement démocratique qui, tôt ou tard,
groupera tous les Africains désireux d'émancipation. Je te prie d'y adhérer, si tu ne l'as
pas encore fait. Tous les amis, parents et connaissances que tu peux toucher et convaincre,
invite-les à adhérer à la section de Labé. La place des gens comme toi, qui disent la vérité à n'importe qui, qui ont conscience de leurs devoirs, n'est nulle part sauf au RDA. Si certains
Foulas croient que le RDA de Guinée est dirigé par des Malinkés, dites-leur que ce n'est pas vrai.
Au RDA, il n'y a ni Foula, ni Soussou, ni Malinké, il y a des Africains tout court.
Saifoulaye Diallo

La lettre fut reproduite dans Horoya, 3-9 juillet 1977. pp. 20-24, avec le sous-titre, maladroit voire absurde : « Le racisme peul, sa profondeur et son destin. Réflexion sur une correspondance du 4 février 1948. »

Elhadj Mamadou Labiko me fournit ce témoignage et bien d'autres au cours de trois jours d'entretiens dans son salon à Labé, en mars 2004, quelques mois avant son décès. Il laisse des archives précieuses sur l'histoire du PDG-RDA à Labé.
Tierno S. Bah, directeur de publication, Camp Boiro Memorial.