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Camp Boiro Memorial
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Kassem Hilal

Kassem Hilal

Commerçant libanais de Mamou

Kassem et Noha Hilal, 1976. Venise
Le couple Kassem et Noha Hilal, en juin 1976 à Venise (Italie).

Jusqu'en ce début de mai 2011, l'ancien prisonnier Kassem avait un nom de famille X sur le registre des victimes du Camp Boiro Mémorial. Je suis heureux d'annoncer que le semi anonymat est levé. Survivant des geôles de Sékou Touré, Kassem Hilal est désormais identifié grâce aux renseignements ci-après, qui ont été aimablement fournis par son fils, Dr. Nazih Hilal. — T.S. Bah

« Kassem Hilal est né à Kornayel, district de Baadba (Liban), le 24 avril 1927. Il s'établit comme commerçant à Mamou en 1950. Il y épousa Noha Saad, née en Guinée le 11 août 1942. Le couple a quatre enfants. Kassem n'avait pas d'engagement ou d'activité politique en Guinée. Il fut quand même arrêté en fin 1971, peu de temps après la chute d'Emile Cissé. »
Dr. Nazih poursuit :

« J'étais avec lui à Conakry quand il reçut un appel téléphonique de Mamou lui annonçant que notre maison était encerclée par l'armée et qu'il ferait mieux de fuir. Mais il tint à rentrer à Mamou, pour sa famille qui était encerclée et prise en otage en attendant son retour. Et de toute façon, il pensait que c'était certainement une erreur car il n'avait rien à se reprocher.
Arrivé à Mamou les autorités l'ont empêché de voir sa famille et ils l'ont emmené à pied jusqu'au commissariat, qui était à environ 1 km, entouré d'une dizaine d'hommes armés et suivi d'une foule dont des enfants qui criaient “5ème colonne, 5ème colonne”. Depuis ce jour, nous n'eûmes aucune nouvelle de lui pendant toute la durée de sa détention. De temps en temps nous apprenions des rumeurs selon lesquelles il était en vie et emprisonné au Camp Boiro.
Ma mère envoyait souvent des colis sans jamais être sûre qu'il était encore vie et qu'il recevait ces paquets.
En février 1975, à l'occasion de la visite d'officiels du Liban il fut été libéré et expulsé le même jour vers le Liban, avec 6 autres compatriotes. A sa sortie, il était très affaiblit, son poids était de 40 kg environ.
Mon père choisit de ne parler de sa détention. Il voulait oublier, semble-t-il, donc je n'ai aucun renseignement sur ce sujet. Nous n'avons jamais connu la raison de son arrestation, nous supposons que la raison pourrait être le fait qu'il connaissait Emile Cissé.
Les conséquences de son arrestation ont été terribles pour notre mère et pour nous, les enfants âgés de 11, 09, 07 et 3ans. Ma mère resta en Guinée avec notre plus jeune frère de 3 ans, tandis que les autres enfants, dont moi, furent envoyés au Liban où nous vécûmes chez notre tante des moments très difficiles loin de nos parents.
Nous avons été dépossédés de tous nos biens en Guinée. La maison que mon père a construit à Mamou est probablement occupée encore aujourd'hui par la société des eaux.
Mon père réussit toutefois à se remettre dans le commerce. Il voyagea et finit par s'installer à Abu Dhabi, où il ouvrit une entreprise qui a bien réussi.
Tous les Libanais libérés avec mon père sont décédés peu de temps après leur libération.
Mon père, lui, est décédé le 12 janvier 1997 d'un cancer du foie secondaire à une hépatite C qu'il aurait contractée au Camp Boiro et probablement due aux injections non stérilisés, et l'utilisation de la même aiguille sur plusieurs détenus. »