Camp Boiro Memorial
Victimes


Abbass Baldé
Voix des ténèbres

Abbass Balde

Ce poème fut écrit dans les cachots du PDG. L'auteur, mon cousin Abass Balde, fut kidnappé à un jeune age et détenu sans jugement durant sept ans dans les geôles du Parti-Etat.

Il aura fallu plus de trois décennies pour que ce poème arrive au grand jour.
Dans le silence du long cheminement il mûrissait pour résonner avec la même acuité aujourd'hui. Les voix des ténèbres s'échappent ainsi des tombes de l'oubli. Des interstices du passé fuseront des témoignages similaires pour nous donner une peinture correcte des cauchemars endurés.

L'auteur m'offrit une copie audio sur une cassette en 1981 à Dakar. Je transcrivis le contenu sur papier et le traduisis. Le papier fut enfoui dans des malles et les pérégrinations de l'exil. Je le retrouvai en 2001 et l'envoyai à l'auteur pour en vérifier la traduction. Cela prit trois années supplémentaires.

Le titre du poème laborieusement traduit par “Le Trépied Volé” indique un trépied en déséquilibre du fait d'avoir perdu un de ses pieds. En l'occurrence, l'auteur, de façon symbolique, décrit comment son enlèvement rompit l'équilibre du foyer maternel représenté par le trépied qui lui même renvoie à l'image des trois enfants de sa mère.

Celui qui parle pular, pourra lire la version originale. De la saveur de Gimɗi du poème, il ressort une émotion encore plus profonde soutenue par la mélodie inoubliable des leçons de coran, les chansons religieuses des sorties de mosquées qui imprègnent la vie profondément religieuse de notre nation, sa foi inébranlable et salutaire en la rédemption divine.

Cependant, le poème va bien au-delà. Il est empreint d'un ton tragique qui lève le voile sur des douleurs aigues et les traumatismes d'une nation. Celles que vécurent les mamans injustement privées de leurs enfants. La diction intimiste de la tourmente des cachots de l'absurde arbitraire du PDG. L'insoutenable horreur des nuits d'exécutions sommaires. En filigrane et au détour de quelques mots, jaillit le spectre qui grippe encore les âmes de notre pays. Celui de la froide et inhumaine solitude des camps de la mort ainsi que le moisi nauséabond des charniers restés hermétiques. Trente-quatre ans après, le poème agit comme une interpellation aux lambeaux de conscience d'une nation qui s'est laissée subjuguer durant sa courte existence. On ne peut lire ce poème sans ressentir un dépit profond. Celui de notre faillite collective à arrêter les forces obscures et inexorable, à maîtriser les inerties gesticulatoires que nous avons laisser fleurir en nous et qui nous ramènent toujours sur les sentiers battus du passé.

L'auteur a dédié ce poème aux victimes de la nuit du 18 Octobre 1971 durant laquelle une soixantaine de personnes furent sacrifiées aux lubies du tyran qui — s'abreuvant à la source de ses chamans et faisant fi du sang des innocents — voulait, dit-on, jeter un sort a son rival Houphouët-Boigny.

Ourouro Bah

Le Trépied volé

Le trépied a perdu son équilibre sur le foyer
La marmite nourricière a été abattue
Le foyer se refroidit
Dans la cendre des regrets
Le soleil est mort
Il a été gorgé
Le trépied est en déséquilibre sur le foyer
La famine a surgi accompagnée de peur
Les ténèbres apportent la mort enveloppée
Sous chaque copeau d'ombre

Ce furent des criminels allaités avec la haine et l'intrigue
Mal traitants et menaçants
Insultants et humiliants
Tueurs de tout ce qui est consistant
De la décence
Tout ce qui est noble
La droiture
Le goût d'apprendre
Ils ternirent la lumière
Ils dilapidèrent les fleurs de l'éveil
Ils effeuillèrent les bourgeons de promesse

Ces ténèbres rongent ma solitude
Accentuant mes douleurs multiples
Ils attisent mes angoisses dans mes prières
Mon âme puise dans l'atrocité des tortures
Endurées
Sautant en face des épreuves actuelles
Pour affronter le devenir
Les vents qui soufflent sur ma tombe vivante
Emportent mes pensées vers vous
Et dans cette attente j'oui votre voix
Auprès de mon être
La soif de mon ouie s'en remit
Les douleurs de mes organes s'entrelacèrent
S'affrontèrent sur ma poitrine
Envie et nostalgie
Désir et addiction
Dans mon dénuement sans limites.

La nuit s'allongea
La lune disparut
Les étoiles scintillèrent par delà les nuages
Des ****s aboyèrent
Les ombres de la nuit soupirèrent
Les oiseaux sorciers gémirent
J'entendis des pas
Les lamentations d'une porte grinçante
Un homme fut extirpé
Un autre homme fut arraché
Et puis d'autres
Un gémissement fusa
Un moteur gronda dans la nuit
Vers une destination sans retour
Les ****s se lamentèrent.

Ce fut long.
Puis le silence.
Puis la pitié.
Une tornade de cartouches tel la chasse ouverte.
Encore les ****s se lamentèrent
Ma main s'alourdit
Et elle s'ankylosa.
Mon coeur fut un mortier en cadence
Battant.
Battant encore.
Battant comme les derniers battements
Mon corps de sueur secréta.

Les larmes chaudes jaillirent.
Ruisselant vers mon coeur.
Suintant sur ma cuisse.

Je sais qu'il n'y qu'un Dieu.
Je meus mon corps
Je m'appuie contre le mur
Je tâte à la recherche de choses non perdues
Je suis seul dans cette chambrée.
Je remerciai Dieu encore
JÕen appelai a ma mère
Je pensais. Je repensais
De longues pensées.
Je vis le néant.
Je compris l'incompréhensible
Je rencontrai l'insensé sur la pente de la folie
Un coq chanta.
Un moment passa.
Un muezzin appela à la prière.
Je remerciai le Créateur
Je n'étais pas le seul qui restait
Au Monde.
Je me levai pour mes ablutions sèches
Je priai. Je remerciai Allah encore.
Je me réveillai dans le jour tardif.

Ma foi aux mystères d'Allah en grandit

Merci à ma mère adorée
La mère si mienne et mère de ma soeur
Ma soeur Ousmani, soeur de toujours
Ma mère mienne et mère de Ibrahima Sori Sahaaba
Ma mère mienne et celle de Sire-benjamin
Ma mère fut une maman de soins
Dans les moments de douleur
Par temps pluvieux ou éclaircis
Ils accoururent de gauche et de droite
Par les villages a la recherche des gens de soins
Ceux qui conjurent les maux
Et ceux qui fabriquent les médicaments
Ceux qui écrivent les talismans
Elle paya le prix fort
Dans cette affection je grandis
Dans les mains augustes de ma mère bénie
Qui me porta sur son dos sans jamais me lâcher
Qui me lava sans jamais me heurter
Pour mes premiers pas sans égratignures
Mère protectrice
Abris contre les nécessités
Mère bénie à l'attachement si fort

Enfin arrivera le jour
Le jour des retrouvailles
Le jour des joies
Et des larmes enfin séchées
Le jour qui redressera le trépied volé
Les bannis reviendront
Les veuves ôteront le voile
Les orphelins enfin s'apaiseront
Les terres en jachère fleuriront
Les marmites nourricières sur le feu
Bouilliront en chantonnant
Le riz lavé
Sera cuit et dressé
Pour satisfaire les faims
Etancher les soifs
Et le soleil ressuscitera
Les ténèbres se dissiperont
La peur et les angoisses s'apaiseront
Je me reposerai enfin sous l'ombrage de ma mère
Qui incarne toutes les beautés Foutaniennes
Qui est élue parmi les générations du Prophète
Que nul ne pourra remplacer

Rassemblons nous pour bénir notre Allah
Le seigneur tout puissant
Dont les desseins sont inéluctables
Le détenteur des biens inépuisables
Le dépositaire de pouvoirs complets
Le Maître de mystères ineffables
Le vrai pourvoyeur de richesses
Convions nos parents
A remercier ce Maître indiscutable
A accepter ses desseins mystérieux
Avec une foi inébranlable

Wassalam

Abbass Baldé

HEREERE WUJJAA NDE

Hereere luttaama ka hubbhinirde
Wureere weliyaa nden deppitaama
Hubhinirde nden no bhuubhude
Ka nder ndoondi ninse
Naange ngen maayii
Nge hirsa.
Hereere wujjaama ka hubbhinirde
Heegue arii ardii e kulol
Niwre arii ardii e mayde buumaa'nde
E ley dhowkalkala
Yilli tobbhirraadhi ngayngu e haasidaaku
Hirbhoodyi halbha
No hersina wirta
Nanga wara kala ko wondi e yhial
Ko ne'ii
Ko aldhi
Ko feewi
Ko gandidhi
Ko jalbi woo no miwdhineede
Ko fiini woo no saamineede
Bilitti moyyidhin buy tolaama

Ndee niwre no yhakkitude wulaa an.
Sedha muuseendiiji an
Dhanna ngoyho an a nder julde anden.

Wonkii ankin no joogude e ko mi
Feyyhini.
Diwa tampere nde mi fewndini
Sutoo ko arata.
Kala hendu wifundu ndee yenaande an wurnde
No nabha miijo an moodhon
Si nettii seedha mi nantindo hawa moodhon
Takkoan
Heege noppi an dhin bhurora seedha.
Heegeji tere an fow no tyikotira, tyippira
Piira fotta ka bhernde an
Mi dho sunoo soynoo
Midho muuyaa meeyaa
E nder angal ngal alaa hattirde

Jemma on juuti.
Lewru ndun muti.
Koode dhen suudhi ka dow duule
Bareeji dhin wotti
Yhuruyhukku yhukki
Tyolli nyanne aati
Nanu mi hito koydhe goddho
Baafal nheeri
Goddho yhettaa yaltinaa
Goddho kadi aranaa yaltinaa
E wobbhe kadi
Oonaango yhenti
Oto giiri
Bhe yehi ko bhe artataa
Bareeji dhin nhuyli
Juuti.
Deyyhiti.
Yurmi.
Ko loowandhe a wiay nguriwal.
Bareeji dhin nguyli kadi
Jungo angon teddi
Tiwri.
Bhernde an nden uni.
Tyintyi.
Tyintyiti.
Sikku mi nde daroto
Lakkere tubbi e bhandu an ndun fow
Gondhi wuldhi juuri.
Ili fotti ka bhernde.
Sinti ka busal.

Sintir mi.
Memminii mi
Bhaarii mi ka maadi
Memu mi. Dhabbhitu mi ko majja.
Kabii ko mintun e nduu suudu.
Sintir mi kadi
Noddu mi neene
Miijii mi.
Miijitii mi
Junnu mi miijo
Mi ronki yiude.
Mi ronki faamude
Sikku mi mi feetii
Dontonal yhoggi.
Netti seedha.
Salliijo noddini.
Mi hamdinii.
Taw mi hinaa mintun lutti
Aduna.
Hawtii mi. Taamii mi
Juulu mi. Yettu mi Alla kadi hamdinii mi
Finoy mi hari nyalli.

Gomdhin mi Allahu e muydhe muudhun.

Jarnu mi Neenean Neene jaara
Neenean min e jaaja
Jaaja an Usmaani jaaja.
Neenean min e Ibraahima Sori Sahaaba
Neenean min e Sire Koddajo bhibhhe
Neenean dankii mi moyyha
Tentinii tuma nawnunoomi
Rewaa wunnde, rewaa hokkere
Bhe doga nano fow e nyaam
Yaha e fulasooji hewdhi dhabbhitere nyawdoyoobhe
Bhee no fofa, bhee no mottya
Bheyaabhe bhen no winda loota
Bhe ittinabhe jawdi heewundi
Ko e nder dhun fow mawnumi
E nder sookeeje neene an neene jaara

Banbubhe lan suyhaali
Lootubhe lan loyhaali
Teetubhe lan suyhitaali
Neenean lekki koldhan e heege
Neenean tiidha giggol

Hewtii ndee nyalaande
Ndee nyalaande yiitidal
Ndee nyalaande welo welo
E fitto gondhi
Ndee nyalaande artiroore hereere
Wujjanoonde
Yaanoobhe arta
Heyninoobhe wuppa
Wondhunoobhe wewla
Tyaabheeji wilita
Wureere weliyaa nden sagginee
Nde fata nde wuryhitoo
Lootee sooree
Nde bhendi rottee
Nyaamee haaree
Yaree dhondhitee
Naange ngen wuurita
Niwre nden hentoo
Kulol e ngoyho waynitoo
Mi wonta e ley tundaaje mo'on
Onon fotoobhe e sonnaabhe Fuuta fow
Onon bhuranbhe lan e mofte nden
Onon bhe gooto lontantaako lan
Hawtiten non yetten jooma me'en
Oo landho seniidho
Mo muydhe muudhun woorataa
Jon dokke mawdhe
Jon bawdhe timmudhe
Jon sifaaji seniidhi
Jon ngaluuji dhi hattataa
Yamiren musibbhe me'en
Yettugol on jey dho en
Yarloo ko iwri to makko fow
Hara firtataa

Wassalam

Abbaasi Balde