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Camp Boiro Memorial


Keita Koumandian
Guinée 61. L'Ecole et la Dictature

Nubia. Paris. 1984. 79 pages


Du memoire au complot       Table des matieres

Epilogue

Police secrète et force occulte

Le 1er août 1981, le président Ahmed Sékou Touré a demandé au frère Mamadou Madeira Keita, Secrétaire général du RDA en Guinée, ancien ministre du gouvernement Modibo Kéita, au Mali, de m'amener au Palais de la présidence pour un entretien à trois.
L'entretien a duré plus d'une heure. Il a porté essentiellement sur les tortures que je subis en secret de la part d'un service spécial rattaché, semble-t-il à la personne même du chef de l'Etat. L'entretien a eu pour avantage d'entendre le président expliquer que des gens croient quil y a la magie en Guinée ; d'après lui, il s'agit d'une déclaration sans fondement.
Mais, en nous reportant aux années 1961, nous écoutons le ministre Fodéba Kéita qui se déclare péremptoirement le chef de la police secrète et de la magie en Guinée.
Si Fodéba est mort, il a eu des successeurs. Des faits précis et édifiants attestent et de l'existence d'une police secrète raffinée, haineuse, et d'une magie active.
C'est sur la base de ces deux forces, police secrète et magie que le président Sékou Touré a finalement fondé la pérennité de son pouvoir, de son prestige personnel. Aussi, n'a-t-il pas hésité à leur sacrifier nos valeurs morales les plus chères, les plus beaux principes de la politique démocratique du PDG et la dignité, le droit de vivre de certains Guinéens.
L'auteur de ces lignes est prosaïquement un sacrifice humain. Branché sur une machine qu'il ne connaît pas. Il est instrument de la magie. Sa surveillance commencée avant 1961 n'a pas cessé jusqu'à ce jour, avec tout ce qu'elle comporte de désagréments, d'injures et de sévices.
La mort du président Ahmed Sékou Touré, survenue plus tôt que prévue, a rendu la police secrèe plus agressive, décidée plus que jamais à restaurer le régime défunt après avoir vaincu le Comité militaire de Redressement national actuellement au pouvoir.
Il est du devoir de tous les Guineens conscients d'oeuvrer pour démasquer cette police secrète armée d'appareils sophistiqués pour que la Guinée, pays croyant, cesse de subir les méchancetés étudiées des forces du mal.
Plusieurs Guinéens sont méthodiquement détruits par cette police secrète qui se moque de la légalité et vit dans le luxe en marge de notre société, contre notre societé, contre les vertus proclamées par les religions et par les lois.
La magie agit dans certaines directions. Elle a, pour la servir, des Guinéens qui ont fait de très bonnes études, leur ayant appris à connaître intimement le corps de l'homme. Elle dispose de produits toxiques qu'elle administre à sa guise. Elle peut provoquer l'insomnie pour obliger à écouter ses phonies ; elle peut faire dormir pour provoquer l'incontinence urinaire. Elle a le moyen de modifier le bol alimentaire et d'entraîner la diarrhée profuse. Elle s'amuse à modifier les organes génitaux en tirant les nerfs et en prélevant du sperme.
Le champ d'action de la magie couvre tout le territoire national ; la chance de l'heure est que le président Sékou Touré n'est plus vivant. Ses successeurs ne sont pas non plus libres, mais des relations existent entre eux et la police secrète qui n'est pas sous le contrôle du Comité militaire de Redressement national.
Il n'est pas superflu d'ajouter qu'il existe un club de chefs d'Etat membres de loges maçonniques dotés de puissants moyens matériels. Une preuve en est donnée par le courant magnétique qui n'a jamais cessé de me chauffer et de me brûler partout où je me trouve :

L'on sait que Conakry manque de courant pour éclairer tous les quartiers ; il n'en manque pas pour brûler les Guinéens. Sur ces faits, l'avènement du CMRN prenant le pouvoir le 3 avril 1984 est un don du Ciel, un fait proche du miracle. Qui l'eût cru ? Mais rien n'excède le pouvoir de Dieu. Que Dieu veille sur la Guinée.

Démagogie populiste et mépris des valeurs

Des gouvernants prévaricateurs, le monde en a connu ; des gouvernants contre le peuple ont existé. Près de nous le Troisième Reich avec Hitler en tête, Goering, Goebbels, etc.
Gœring disait : « Dès que j'entends parler de culture, je sors mon pistolet ».
Hier la Guinée n'était pas exempte de malthusianisme intellectuel, de mépris des valeurs culturelles authentiques. Elle a eu ses poteaux et ses potences.
Les chefs du Troisième Reich ont passé comme météores, laissant à l'humanité le dégoût de,leurs personnes, de leurs actions. La cruelle et redoutable police secrète guinéenne, inlassablement, s'en prend à des innocents. On ne peut la comparer qu'avec la Gestapo hitlérienne qu'elle surpasse en longévité. Son objectif principal actuel… détruire le CMRN et replonger la Guinée et les Guinéens dans l'abattement et le désespoir, dans un climat d'inquisition, de peur, de mort qui rappelle les jours célèbres du Tribunal révolutionnaire sous Fouquier Tinville, la Terreur de Robespierre.
L'épee de Damoclès suspendue sur toute la Guinée, singulièrement sur le CMRN est la police secrète et sa magie ; un des derniers cadeaux empoisonnés que le président Ahmed Sékou Touré a bien voulu faire à la Guinée, cette police qui bat, qui blesse et injurie nous dit bien que Sékou est vivant, présent, agissant.
Le peuple de Guinée tout entier doit prendre conscience de ce danger et organiser la lutte conséquente pour extirper ce mal qui est la source de tous les autres maux.
Avec leur toute-puissance et l'étendue du territoire national qui est leur champ d'investigation et d'action, la magie et ses activistes, soigneusement dissimulés au sein du peuple, n'ont aucune place dans les institutions légales du pays.
Cette touchante discrétion ne fait qu'augmenter et développer leur agressivité, leur persistance à nuire, persuadés qu'ils sont d'une totale impunité.
Les prises de positions spectaculaires, les déclarations officielles en faveur du peuple, de son bonheur, de sa souveraineté ont séduit tout le monde.
Leur effet a été d'anesthésier la conscience et le sens critique çà et là . C'est donc en toute quiétude que la police secrète agit, merveilleusement servie par des appareils dont la perfection est du dernier cri.
Ces appareils permettent de voir tout l'intérieur de la maison alors que les manipulateurs sont éloignés à des milles marins. Si vous ouvrez votre valise, une voix ironique vous dira « voilà tel rasoir », « tel miroir » ou « telle coupure de billet ». Vous saurez ainsi qu'une personne étrangère est avec vous dans votre appartement qu'elle connaît autant que vous. C'est la perfection de la dernière création, semble-t-il, des pays industrialisés, création pour la douleur des hommes, pour la torture, et pour assouvir des haines que rien ne justifie.
C'est malheureusement une des applications de la technologie condamnée par les vrais scientifiques pour lesquels la science doit rester au service du bonheur de l'Homme et de l'Humanité.

De la barbarie meurtrière à la grande esperance

Depuis sa mort survenue le 26 mars 1984, le président Sékou Touré n'a cessé de se manifester concrètement dans la vie de chaque instant de ceux qu'ils avaient branchés sur sa machine infernale. Cette triste réalité nous rappelle la trame d'un roman policier de la collection « l'Aiguille creuse » : Le masque de fer. Périodiquement, des personnes étaient enlevées dans la région, provoquant finalement une désolation pour les habitants. On imputait ces crimes à un inconnu maquillé : le Masque de fer. On en rendait compte invariablement au chef de la contrée qui prodiguait des conseils et tentait de calmer les esprits. En fait, le criminel n'était autre que ce chef lui-même, masqué de fer.
Mais nous relatons ici un fait imaginaire qui est une création de l'esprit humain. La situation que nous vivons en Guinée est, quant à elle, d'une réalité profondément douloureuse. Nous voyons qu'en politique, des hommes ne font pas toujours ce qu'ils disent et ne disent pas ce qu'ils font. L'opportunisme n'est pas né d'hier. Lorsque la bourgeoisie française, classe dominée, a eu besoin de se débarrasser de la féodalité affaiblie, elle disait : « Le monde peut changer, le pauvre peut devenir riche ; luttons». Mais lorsque cette même bourgeoisie a pris le pouvoir, elle déclarait : « Le monde est fait une fois pour toutes. Celui qui est pauvre reste pauvre ; le riche toujours riche». Autrement dit A est toujours A, jamais non A.
En nous reportant à nos annales, à l'anthologie des discours, nous trouvons une situation identique en République de Guinée. C'est ainsi ; aucun Guinéen n'imagine les ministres surveillés par le président à l'aide d'appareils, jusques et y compris dans leur vie privée.
Aucun Guinéen n'imagine que le Responsable suprême exerce des représailles inavouables pendant plus de 23 ans.
Aucun Guinéen ne s'attend à ce qu'on intoxique ses aliments, qu'on se serve des urines ou des matières fécales pour obéir aux exigences d'une magie à laquelle il faut tout sacrifier. C'est d'ailleurs cette magie qui déterminé les nominations des ministres et des gouverneurs, de même que des affectations aux différents postes. Depuis le 3 avril 1984, avec la prise de pouvoir du CMRN, le démiurge est libéré et nous allons d'étonnement en étonnement. Ce que le peuple dit aux quatre coins de la République où la parole est devenue libre est édifiant. Il reste encore beaucoup à apprendre.
Tout ce temps, j'ai bénéficié d'une liberté surveillée ainsi que je l'ai déjà évoqué plus haut. Le traitement discrétionnaire que je connais (brûlures au courant magnétique, injures grossières, flagellation au fuseau, audition obligatoire de «phonies» toutes les nuits) constitue un supplice tenu secret, très secret.


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